Conscience vide sous vide

Publié le par Simon de Marthe

Je ne suis pas obligé d'exister (et je ne suis pas le seul)

Je n'existe pas tout le temps. Ma présence sur terre est discrète. Entre deux temps d'existence, je flotte, ma conscience est une enveloppe vide sous vide. Comme vous.

 Je ne suis pas obligé d'exister. En tout cas pas tout le temps. Quand pensez-vous ? Par intermittence et j'évite de répéter trop souvent l'expérience. Entre deux moments d'existence où je prends possession du monde, où je m'exclus du monde pour mieux le ramener à moi dans une synthèse orgueilleuse, je ne suis pas. Dans cet espace temps, entre deux non accompagné, ma conscience ne trouve pas d'accroche et je reste à bailler au corneille, à prendre racine. Quand je nage, je commence par être empli du nombre de longueurs en cours, je me remplis d'un chiffre unique en caractère gras puis, sans frontière, deviens le lieu d'une bouillie de mots, sans nom, d'idées, d'images, sans début ni fin, morceaux d'infini, contenant l'infini, sans sens puisque fraction de réel, organes isolés d'un corps. Mon corps en pilotage automatique ne se noie pas. Pas encore. En société, je m'efforce d'exister pour faire plaisir aux gens qui sont là. Je plisse les yeux comme ça. Mais c'est parfois dur d'exister, car en face, il y a des gens d'expérience. J'en deviens complexé de ne pas arriver à dire quelque chose. « Pourquoi ne parles-tu pas ? Parce que je n'ai rien à dire ? » Je suis désolé de vous l'avouer mais il m'arrive souvent de ne pas avoir d'avis sur telle ou telle chose, de ne rien ressentir du tout. Est-ce grave docteur ? Non, je ne vous demandais pas sérieusement votre avis. J'en ai cure. Je sais que je ne suis pas obligé d'exister et je vais user de cette liberté jusqu'au bout. Je suis à suivre.

  

Chers (riches) consommateurs de culture

 

Je vois un film, un tableau, du beau, du moche et puis rien. Je n'en pense rien du tout. Rien ne m'oblige à  parler comme un critique, on ne peut pas être expert en tout et j'essaye de ne l'être en rien. Désolé mais je ne m'y connais pas en vie. Je ne supporte plus cette obligation de s'y connaître en vin, en cinéma, en peintures, en météo aussi. J'ai la nausée et l'ensemble des phrases de critiques toute faites m'encombrent la gorge comme une pelote de déjection. Je n'arrive pas à dire « je trouve ce film particulièrement bien abouti, en de ça tout de même de ce qu'il avait pu faire dans sa jeunesse, mais quand même fouillé dans les caractères. Un tel est excellent. On en arrive à oublier la pauvreté des dialogues » sans rougir, je n'arrive pas à le dire. J'aurais honte et je me sens de toute façon ridicule. Un compliment en forme de dissection in vivo, plus que nu, décharné, destiné à humilier. Chers consommateurs de cultures avertis, vous qui avez appris à ressentir des choses, vous qui connaissez parfaitement vos réflexes, qui êtes dans l'imitation des journalistes, dans l'imitation eux même des intellectuels, ceux là dans l'accomplissement des salons littéraires matriarcaux, il est indéniable que vous avez trop de temps et trop d'argent. En être arrivé à consommer des voyages, à comparer le Maroc avec la Patagonie, c'est  comme être consommateur de chirurgie esthétique. On vous a dit qu'il fallait avoir des loisirs, alors vous avez inscrit des choses en bas de vos curriculum vitae. C'est comme si tout le monde s'était d'un coup retrouvé à la cour de Louis XVI. Des gueux dégueu.

 Marécage de pensées

 

Je passe des heures à ne pas exister. Je n'ai conscience de rien. Je suis vivant c'est tout. Ma conscience n'enveloppe aucune chose, ne se moule sur rien. Ma conscience n'est pas non plus conscience moi, elle n'est plus qu'une enveloppe vide et donc légère. Ne vous y trompez pas, la conscience est un contenant et non un contenu. De même, j'essaye de montrer là, que la conscience n'est pas continue mais discrète comme les anges. Pendant ce temps d'explication, elle ère, et les choses existent comme moi à côté de moi sans réalité. Cela commence généralement par un zapping géant entre plusieurs pensées, idées, photos, la grandeur nature. Cela finit par un excès de confiance et je me laisse aller à ne plus rien penser du tout. Mon regard est dans le vague. On me dit absent. Et je ne suis pas ailleurs. Comme de la haute technologie, je suis en veille, un point lumineux vert, un ronronnement, les yeux ouverts et le souffle, comme un frigo. Je ne suis pas dupe, je sais que certains, par peur du vide, se concentrent et se fatiguent autour d'une activité inutile, du type dénombrement des choses, troubles compulsifs, sports divers et variés, production de raisonnements, etc. J'accepte de jours en jours davantage le marécage de pensée dans lequel je (suis.) sans accroche, sans prise sur le monde. Et ça ne dure pas, secouée par les autres, ma conscience reprend la forme du monde. Elle se déforme dans un mouvement infini sur l'instant. Avec toutes les dimensions extérieurs et je suis dans le monde. Conscient même de l'état endormi où j'étais, conscient à rebours grâce aux souvenirs gravés dans mon corps.

 De guerre las, se dissoudre

 

Peut-être qu'un jour, ayant le sentiment d'avoir achevé un être, je disparaîtrais dans cet entre deux marécageux. Fondu, enchaîné dans le vivant. Comme s'abandonner dans une grosse mousse, une bonne mort. Laisser mon corps et le monde aux formes non épousées, m'étaler et me confondre avec tout ce qui a été créé. N'être qu'un. Contenu. Ne plus exister car n'avoir conscience de rien. N'être plus qu'une boite à écouter et voir car peut-être vivant. Tout glisse sur moi et je me glisse plus loin. L'enveloppe reste vide et sous vide. Par fatigue, ne plus revenir au monde, se coucher les yeux ouverts comme on me suicide. Fatigué, car ayant trouvé son existence peu crédible, surjouée. Comme celles des autres. Mépriser les autres et s'apercevoir qu'on ne vaut pas mieux. Disparaitre par honte de la race humaine, par complexe, par peur du ridicule. Dormir enfin. De guerre las, n'être pas arrivé à jouer vrai, dissoudre sa pensée dans ce qui était pensé. Mettre le sujet dans l'objet. Se tuer par effet échos inversé.

 

 

 

Publié dans L'âme et sa vague

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