L’art de dissimuler une prière

Publié le par Maximilien FRICHE

La distinction entre l’art religieux et l’art profane n’a pas de sens dans un monde postmoderne. En effet, si l’artiste affiche ses intentions chrétiennes, il y a de grandes chances pour que l’œuvre serve l’affirmation de la Vérité dans une niche culturelle non comestible par tous ceux qui ont fait le deuil de Dieu.  En revanche, si l’artiste affirme son intention d’une expression libre, il y a de grandes chances pour que l’artiste serve l’affirmation de sa vérité en mettant le monde dans son nombril pour le lécher devant un public qui vit par procuration ses émotions. Renvoyons ces deux intentions dos à dos pour explorer comment dans son œuvre, l’artiste est relié au créateur. Explorons de quelle manière ce lien est contenu d1827462362.2ans l’œuvre en plus et malgré ses intentions.

 

L’art de dissimuler une prière, voilà bien l’énigme. La formule est circulaire dans le sens où elle laisse entrevoir les différentes possibilités de combinaison qu’elle contient. Elle est le raccourci qui ramène au cœur du labyrinthe, elle fonctionne comme une devinette démultipliant le champ des questions. Elle est aussi la synthèse des commandes faites aux artistes si Dieu est un mécène. Parce qu’une prière non dissimulée n’est pas de l’art ; parce la vocation de l’art est l’expression d’une prière ; parce que l’émergence d’une prière révèle l’œuvre d’art ; parce que dissimuler une prière est un art ; parce que…

 

Pour discerner l'émergence d'une prière, nous pouvons analyser l'art sous trois aspects. D’abord, considérer le caractère sacré du média, de la matière manipulée aussi bien que le manipulateur. Deuxièmement, observer l’instant de combustion de l’œuvre, de son existence, sa rencontre discrète avec l’autre. Enfin et surtout, finir par finir, reprendre conscience que tout s'achève dans l'œuvre d'art, qu'elle est sacrifice, qu'elle rend possible voire souhaitable la mort de l'auteur.

 

La prière peut émerger dans l’art suivant des stratégies différentes. Elles sont issues de la somme des pêchés de l’artiste et de ses différents avec le Père. La première et la plus perverse est la stratégie de détournement de Dieu. Elle peut néanmoins aboutir à l’émergence d’une prière neuve. Nous prendrons l’exemple de "la nausée" de Jean-Paul Sartre. La deuxième stratégie est celle du contournement de Dieu, c'est celle de l’élu qui cherche à toucher Dieu. Nous nous attarderons alors sur les peintures de Nicolas de Staël.  Il y a enfin la stratégie du dialogue avec le Père. C’est l’attitude d’Ahmad Jamal, dans la musique, cet art du temps réel, et dans le jazz, cette musique de la création en temps réel.

 

 

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La suite : ici

Du religieux dans l'art

Publié dans friche-intellectuelle

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