L’homme et la femme modernes

Publié le par Maximilien FRICHE

Attention danger : Il y a des fuites d’âme !

L’homme moderne, capable de produire ses propres raisonnements, sa propre morale apporte la justification de sa médiocrité sur un plateau, et se vide d’âme et devient l’usine (son camp) de sa mort totale (spirituelle et corporelle.)

 

  

  

 Je constate chez mes homologues, hommes et femmes modernes, une tendance abusive à produire des raisonnements. A bon rythme, selon une gymnastique bien maîtrisée, ils fabriquent des raisonnements, issus de leur personne, devenue puits sans fond, manufacture inépuisable. Alors bien sûr je m’interroge sur la nature de la matière première. Chacun a cette capacité anti-narrative d’émettre une boucle logique distincte de tout, capable d’enfermer un comportement, une parole, une information de toute façon dans un cercueil capitonné posé entre deux airs, à mi-hauteur en apesanteur. Ces raisonnements ont ça d’original, qu’ils sont produits finis, une fois pour toute, fermés sur eux mêmes, début et fin soudé l’un à l’autre.

 

Confortable

 

 Ils peuvent alors être reproduits à l’infini par d’autres pour les mêmes effets. Ces effets concernent en premier lieu le confort qu’ils procurent. L’homme moderne est confronté à du neuf, une information quelconque qu’il n’imaginait pas ou qu’il refusait. Il décide aussitôt, par peur du vide, à produire sa mini morale, uniquement utile pour ça, utilisable une fois, jetable comme du prêt à penser. Le ‘je’ devient la source intarissable d'une propre justification. J’utilise l’information extérieure à mon profit pour m’isoler un peu plus de ma mauvaise conscience. Flatté et élevé par des pédo-psychanaliste, je me libère de la vérité dans le seul but de dormir tranquille, de ne pas avoir de doutes. Je me libère des exigences humiliantes. Je suis mon propre étalon. J’ai raison, c’est le principe de base. Voire j’ai raison d’avoir tort, ou d’avoir eu tort (justification quand je change d’avis.) Tout le monde vient s’abîmer dans ce moi-trou noir. Je me suis autorisé à être un auteur. Dès lors, j’avale Dieu. Rien n’est plus universel. Et ma morale vient exclure tous ceux qui, par leurs agissements (bien ou mal) viendraient, véhiculés par la vérité. Ma morale exclut le doute, la recherche.

 

Quelles personnalités !

 

L’homme produit des raisonnements donc dans le but de vivre dans le confort. Il s’en sent d’autant plus spirituel, qu’il a l’impression d’être le maître de sa pensée. Il ressemble à son caractère. Parce que bien sûr, elle est plutôt comme ci ou comme ça. Il n’est pas comme les autres. Il a une personnalité. Elle est constituée le plus souvent d’un patchwork de personnalités disponibles en rayon médiatique. Il n’est pas normal de ne rien ressentir. Il n’est pas normal d’être un marécage. Il n’est pas normal d’être banal et comme tout le monde. Alors tout le monde est différent. Tout le monde ressent des choses, s’avoue sensible, voire particulièrement sensible. Quelque part, ça leur fait quelque chose. D’ailleurs ils (elles) disent : moi j’ai un caractère plutôt vif, moi je suis plutôt réservée, je n’aime pas me mettre en avant, je sais je suis bête, je suis trop modeste, trop honnête. Je devrais sans doute être plus méchant, mais c’est plus fort que moi, je n’y arrive pas. Je suis quelqu’un de très sensible. Ca c’est vrai j’ai du caractère. Chez nous, on ne se laisse pas faire.. Et les personnes terminent leur description d’eux même avec un sourire satisfait, jouisseur. Ils sont contents d’eux, œuvre créée par eux. Et le ciment de la boucle (raisonnements produits) devient donc ce moi qui aveugle l’homme (ou la femme.) Dès lors ils se voient tous dotés d’une personnalité originale. Capables de penser par eux-mêmes, ils se sentent obligés d’avoir des avis sur tout et notamment quand ils consomment de la culture (nous y reviendrons dans un prochain article.)

 

Homme vidé devenu machine

 

Le raisonnement intuitu personnae agit semble-t-il en substitution, a minima des vides originels d’incompréhension, puis, petit à petit de l’homme. Ce dernier se trouvant constitué uniquement et entièrement de bulles distinctes tournant sur elles-mêmes. Mécanismes produits par la manufacture vide. Machines-outils produites par l’usine elle-même. Produire un raisonnement devient un réflexe naturel, animal. D’instinct, on se protège avec des phrases toutes faites. On se met à parler un langage creux, langue de bois des gueux. Dans la rue, les gens parlent comme les sportifs, les employés comme les communicants, les stars comme les journalistes du monde. Les mots se vident. Le monde se vide. Le doute disparaît. Dès lors la recherche de la vérité aussi. Restent les raisonnements produits d’instinct. L’homme perd sa dynamique. Il se fige comme une statue après avoir regardé en arrière. Comme un ensemble de rouages dignes de sa personnalité, il fonctionne en autosubsistance, a fini d’apprendre. Et l’usine devient machine. L’âme a fui d’un peu partout. Elle a juste servi à fabriquer de la personnalité. Le résidu s’est dissout dans l’inertie de l’être, lac-miroir du moi. Ame digérée par la personnalité comme un serpent se bouffant la queue.

 

Virus ou ver solitaire

 

 Ces bulles agissant comme de véritables virus se trouvent renforcées par tout argument contraire venant à leur rencontre. Nos arguments rendent plus forts nos modernes. Ils deviennent intouchables. On peut aussi prendre la comparaison des bactéries renforçant leurs résistances à mesure qu'elles rencontrent nos antibiotiques. Enfin l'image du ver solitaire se nourrissant à notre place est pas mal aussi. Le fait est que lorsque vous entrez en discussion avec l'homme moderne, arguments en poche, armés de la vérité, lorsque vous cherchez sa faille, sa fragilité, sa ride première, son écorchure vive, sa peur de la mort en fait, vous n'allez que renforcer son isolement. Ayant pris connaissance de vous avant tout, ayant décomposé votre pensé en mot, son programme d'annihilation va se mettre en branle et va être en capacité d'encapsuler vos propos et de décrédibiliser à jamais votre personne et ce qui en sortir. Vous serez devenus un média traitre, un média ennemi, un média méprisable.

 

 Le salut

 

 Dès lors deux issues sont possibles pour sauver l’homme moderne de cette mécanisation. L’homme machine peut être sauvé soit par le chaos, soit par antivirus. Le chaos possible pour tous est l’amour. C’est une grâce encore donnée à l’homme presque machine, pas encore perdu : il peut tomber amoureux. Dès lors, tout ce qu’il sait devient faux, feu et brûle. Les bulles éclatent. (Voir La Prière, mon livre publié aux éditions Le manuscrit : http://www.manuscrit.com/catalogue/textes/fiche_texte.asp?idOuvrage=7153). La deuxième voix de salut est l’antivirus de la révélation. Un serpent-spirale qui, revenant sans cesse aux mêmes choses, comme un refrain, une chanson, un psaume emmène l’homme à une prière élémentaire, à baisser les armes et à se rendre à Dieu. L'antivirus, par sa forme circulaire épouse celle du virus et l'emmène dans un tourbillon. C'est ne pas rentrer en discussion, c'est accepter la réalité des raisonnements et en même temps, de façon disjointe, rappeler la mort à l'homme et puis partir. "Oui bien sûr, tu as peut-être raison mais il y a la mort". Dans un jeu de va et vient, faire exister la mort librement à côté de toutes les bulles. L'omniprésence de la mort, l'ovni présence, comme diaporama souvenir de sa naissance, de sa destinée. Nous sommes faits pour l'éternité, il ne faut pas en douter. S'il reste un peu d'âme, c'est possible, l'homme peut-être sauvé. Mais il faut qu'il en reste. Peut-être certaines morts spirituelles peuvent précéder la mort physique. Alors quel gâchis !

Publié dans friche-intellectuelle

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fermaton.over-blog.com (Clovis Simard,phD) 01/11/2011 15:35



Blog(fermaton.over-blog.com).No.27- THÉORÈME UMANE. - CRISE INTÉRIEURE.