Désespoir

Publié le par Maximilien FRICHE

Le monde est une boule morte qui ne m’évoque plus aucune pitié. Juste retour des choses. Puisque j’ai l’impression de l’avoir vomi. Juste retour des choses puisqu’il m’a vu naître. Puisqu’il m’a vu paître. J’ai de toutes façons la certitude qu’il me contient et que ce fait a suffi à me le faire vomir et que ce fait a suffit à le faire mourir. Dans un crachat chargé façon propriétaire d’atmosphère à casquette à l’envers, j’ai jeté le tout à mes pieds. Cette pelote de déjection est une planète à la luxuriance dégradée. Ce monde est une pelote tiède, une pelote fraîchement morte. Et je m’en moque. C’est enfin bien fait. Je loge au cœur de la planète comme une balle d’un calibre 12, un point létal. J’ai bien fait de vomir le monde. Je réinvente ainsi de déluge. C’est ça la méritocratie ! C’est ça le risque d’être son seul juge. Au monde. Le monde est une boule morte rejetée par ma bouche grand ouverte sur un cri écrasé par les deux dimensions d’une photographie souvenir. J’y loge. Dans ce monde. Pour qu’il soit toujours mort. J’y loge pour entretenir mes hauts le cœur, mes mouvements de glotte et de nuque préalables, mes simagrées d’écœurement annonçant la chute de l’ensemble. Hors de moi puisque j’y suis ! Hors de moi bouboule ! Je veux être le garant de la mort du monde. Je veux qu’il clamse à ma condition. Ma mort quant à elle a toujours été garantie. N’est-ce pas ? Je joue à domicile. Epitaphe du lucide : il connaissait déjà la mort. Tout est tellement prévisible que l’étonnement est forcément coupable. Il faut préméditer non pas la fin du monde, mais le ratage complet de la création. Démontrer l’échec de Dieu par ma simple présence dans le monde. Signifier le gâchis de Dieu. C’est ça le désespoir. Le monde est une boule morte que je vomis parce que j’y suis.

 

angoissé et mort

Publié dans L'âme et sa vague

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