Lionel BORLA *, peintre d’un monde relié

Publié le par Maximilien FRICHE

 


La création réconciliée

 

Lionel Borla * peint une vie qui ne se déroule que le dimanche, il nous construit le monde du dimanche. C’est sa façon de peindre l’éternité. Comme architecte, il nous montre que toute utopie a vocation à se dissoudre dans le paradis. Dans l'oeuvre de Lionel Borla, plusieurs suites d'espaces se succèdent, autour de musiciens, d’unité d’habitations rêvées, de villégiatures musicales, d’après midi à la plage, au jardin, de salons avec vue. Dans ces tableaux en série, tout semble réconcilié et fait pour l’homme. Les extérieurs sont comme des intérieurs, et les intérieurs sont éclairés comme par un soleil plafonnier et global qui ne crée pas d’ombres.  Borla peint les relations et non des scènes de vie, non des expériences vécues, il peint les liens. Ce qui relie les hommes entre eux : le lieu lui-même, la musique. Il peint ce qui relie les hommes au monde. On ressent nettement l’égalité de toute chose créée dans sa relation au créateur, bien que tout ce monde n’ait été fait que pour ces petites silhouettes noires qu’on voudrait ridicules ou indignes de tant de beauté. Mais ce n’est pas à nous d’en juger. La raison d’être du monde des peintures de Lionel Borla ce sont ces êtres vivants stylisés. Le cadre lui même, comme les cases des immeubles sont autant d’endroits signifiant que chacun a sa place. Les traits noirs sont rassurants comme des consonnes dans un mot, pour bercer les couleurs. Ces couleurs semblent d’ailleurs une mise en lumière de ce qu’il y a dans le noir, elles viennent de la nuit, les bruns vont au rouge, tout baigne dans le brou de noix.

 

 


Narration

 

Lionel Borla utilise des formes identiques et diversement signifiantes, pour que l’on prenne conscience qu’au Paradis, c’est par la narration uniquement que les choses existent. Comme en usant de tampons, il écrit tantôt des nuages, tantôt des arbres si la forme est reliée au sol par un trait ou deux ; tantôt de grosses pierres, tantôt de petits coussins ; tantôt des lampadaires, tantôt des boules feuillues. Les gens aussi sont des formes. Et ils sont partout. On a même parfois l’impression qu’ils sont innombrables, qu’il va en sortir d’autres, que la création se déroule encore en ce moment même. C’est normal, les gens s’y promènent, y vivent. Ils ne posent pas, ils ne sont pas la copie de modèles las et infatués, ils sortent d’une imagination et ne sont rien de plus. Ils viennent du néant. Les formes-personnages sont toutes différentes, mais à la même image. A l’image de la signature du peintre. La conscience de ces semblables à l’image de leur créateur transparaît dans l’absence de complexe qui les habite, ils semblent rendre grâce de la générosité du trait de crayon. Vivre dans le monde qui a été créé pour eux, est leur seule et unique action de grâce. De loin, ce sont comme des empreintes, plus que des ombres, des idéogrammes qui se baladent. Quand on les voit de près, on voit bien qu’ils sont habillés, mais ça ne change rien. Les habits ont été créés en même temps qu’eux, des sortes de maillots de bain 1900, échappés de toute mode. Comme tout le reste. Dans le monde de Borla, rien n’est de main d’homme, rien n’est de la main des hommes du tableau, tout a été créé, même leurs unités d’habitation.

 

 

Dépouillement

 

Dans les intérieurs chauffés de Borla, il n’y a aucune différence entre le cadre accroché au mur et la fenêtre. La vue que l’on a de l’extérieur ne nous aspire pas à quitter le monde où nous sommes, seule la vue suffit à nous combler, elle vient ici décorer notre monde, et sa réalité est uniquement celle là. C’est pour signifier cette convergence vers le présent, vers l’éternité de ce cadre, que toute perspective a été abolie. Supprimer la troisième dimension en peinture revient à supprimer toute notion du temps également. Ce n’est pas un artifice, mais un dépouillement. Quelle n’est pas notre surprise lorsque l’on découvre un morceau d’architecture connu de nous, issu de notre patrimoine, de notre histoire d’homme. On y voit Cadaquès, Venise, Florence, peut-être Metz ? L’unité d’habitation qui jusque là nous raccrochait à notre ère, est dépassée par ce retour humble de l’histoire dans nos intérieurs bienveillants. Ce monde pourrait-il être le notre ? Y a-t-il dans notre monde de quoi se souvenir du premier jardin ?

 

 

 

 

* : Lionel Borla est peintre à Marseille, né en 1974, diplômé d’architecture, il expose à Paris, Marseille, Metz, Bruxelles, en Allemagne.

Publié dans Peinture

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