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Profil

  • : Maximilien FRICHE
  • friche-intellectuelle
  • : Homme
  • : 08/12/1975
  • : TOURS
  • : France littérature marseille liberté jazz
  • : Organe d'un livre, incorporé à de la chaire faite Verbe.

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L'homme

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Peinture

Chanson d'un pauvre type

Edito

 

Quelques mots issus d'une déchirure, deversés en vrac en réaction au monde, à la face de fiertés individuelles, producteurs de raisonnements comme virus, et consommateurs de cultures. Pour commencer à s'écrire entièrement. Pour que vous soyés humiliés. Peut-être sauvés. Bienvenue dans la spirale !

Maximilien Friche

(la prière)

L'âme et sa vague

Mardi 4 avril 2006

Je ne suis pas obligé d'exister (et je ne suis pas le seul)

Je n'existe pas tout le temps. Ma présence sur terre est discrète. Entre deux temps d'existence, je flotte, ma conscience est une enveloppe vide sous vide. Comme vous.

 Je ne suis pas obligé d'exister. En tout cas pas tout le temps. Quand pensez-vous ? Par intermittence et j'évite de répéter trop souvent l'expérience. Entre deux moments d'existence où je prends possession du monde, où je m'exclus du monde pour mieux le ramener à moi dans une synthèse orgueilleuse, je ne suis pas. Dans cet espace temps, entre deux non accompagné, ma conscience ne trouve pas d'accroche et je reste à bailler au corneille, à prendre racine. Quand je nage, je commence par être empli du nombre de longueurs en cours, je me remplis d'un chiffre unique en caractère gras puis, sans frontière, deviens le lieu d'une bouillie de mots, sans nom, d'idées, d'images, sans début ni fin, morceaux d'infini, contenant l'infini, sans sens puisque fraction de réel, organes isolés d'un corps. Mon corps en pilotage automatique ne se noie pas. Pas encore. En société, je m'efforce d'exister pour faire plaisir aux gens qui sont là. Je plisse les yeux comme ça. Mais c'est parfois dur d'exister, car en face, il y a des gens d'expérience. J'en deviens complexé de ne pas arriver à dire quelque chose. « Pourquoi ne parles-tu pas ? Parce que je n'ai rien à dire ? » Je suis désolé de vous l'avouer mais il m'arrive souvent de ne pas avoir d'avis sur telle ou telle chose, de ne rien ressentir du tout. Est-ce grave docteur ? Non, je ne vous demandais pas sérieusement votre avis. J'en ai cure. Je sais que je ne suis pas obligé d'exister et je vais user de cette liberté jusqu'au bout. Je suis à suivre.

  

Chers (riches) consommateurs de culture

 

Je vois un film, un tableau, du beau, du moche et puis rien. Je n'en pense rien du tout. Rien ne m'oblige à  parler comme un critique, on ne peut pas être expert en tout et j'essaye de ne l'être en rien. Désolé mais je ne m'y connais pas en vie. Je ne supporte plus cette obligation de s'y connaître en vin, en cinéma, en peintures, en météo aussi. J'ai la nausée et l'ensemble des phrases de critiques toute faites m'encombrent la gorge comme une pelote de déjection. Je n'arrive pas à dire « je trouve ce film particulièrement bien abouti, en de ça tout de même de ce qu'il avait pu faire dans sa jeunesse, mais quand même fouillé dans les caractères. Un tel est excellent. On en arrive à oublier la pauvreté des dialogues » sans rougir, je n'arrive pas à le dire. J'aurais honte et je me sens de toute façon ridicule. Un compliment en forme de dissection in vivo, plus que nu, décharné, destiné à humilier. Chers consommateurs de cultures avertis, vous qui avez appris à ressentir des choses, vous qui connaissez parfaitement vos réflexes, qui êtes dans l'imitation des journalistes, dans l'imitation eux même des intellectuels, ceux là dans l'accomplissement des salons littéraires matriarcaux, il est indéniable que vous avez trop de temps et trop d'argent. En être arrivé à consommer des voyages, à comparer le Maroc avec la Patagonie, c'est  comme être consommateur de chirurgie esthétique. On vous a dit qu'il fallait avoir des loisirs, alors vous avez inscrit des choses en bas de vos curriculum vitae. C'est comme si tout le monde s'était d'un coup retrouvé à la cour de Louis XVI. Des gueux dégueu.

 Marécage de pensées

 

Je passe des heures à ne pas exister. Je n'ai conscience de rien. Je suis vivant c'est tout. Ma conscience n'enveloppe aucune chose, ne se moule sur rien. Ma conscience n'est pas non plus conscience moi, elle n'est plus qu'une enveloppe vide et donc légère. Ne vous y trompez pas, la conscience est un contenant et non un contenu. De même, j'essaye de montrer là, que la conscience n'est pas continue mais discrète comme les anges. Pendant ce temps d'explication, elle ère, et les choses existent comme moi à côté de moi sans réalité. Cela commence généralement par un zapping géant entre plusieurs pensées, idées, photos, la grandeur nature. Cela finit par un excès de confiance et je me laisse aller à ne plus rien penser du tout. Mon regard est dans le vague. On me dit absent. Et je ne suis pas ailleurs. Comme de la haute technologie, je suis en veille, un point lumineux vert, un ronronnement, les yeux ouverts et le souffle, comme un frigo. Je ne suis pas dupe, je sais que certains, par peur du vide, se concentrent et se fatiguent autour d'une activité inutile, du type dénombrement des choses, troubles compulsifs, sports divers et variés, production de raisonnements, etc. J'accepte de jours en jours davantage le marécage de pensée dans lequel je (suis.) sans accroche, sans prise sur le monde. Et ça ne dure pas, secouée par les autres, ma conscience reprend la forme du monde. Elle se déforme dans un mouvement infini sur l'instant. Avec toutes les dimensions extérieurs et je suis dans le monde. Conscient même de l'état endormi où j'étais, conscient à rebours grâce aux souvenirs gravés dans mon corps.

 De guerre las, se dissoudre

 

Peut-être qu'un jour, ayant le sentiment d'avoir achevé un être, je disparaîtrais dans cet entre deux marécageux. Fondu, enchaîné dans le vivant. Comme s'abandonner dans une grosse mousse, une bonne mort. Laisser mon corps et le monde aux formes non épousées, m'étaler et me confondre avec tout ce qui a été créé. N'être qu'un. Contenu. Ne plus exister car n'avoir conscience de rien. N'être plus qu'une boite à écouter et voir car peut-être vivant. Tout glisse sur moi et je me glisse plus loin. L'enveloppe reste vide et sous vide. Par fatigue, ne plus revenir au monde, se coucher les yeux ouverts comme on me suicide. Fatigué, car ayant trouvé son existence peu crédible, surjouée. Comme celles des autres. Mépriser les autres et s'apercevoir qu'on ne vaut pas mieux. Disparaitre par honte de la race humaine, par complexe, par peur du ridicule. Dormir enfin. De guerre las, n'être pas arrivé à jouer vrai, dissoudre sa pensée dans ce qui était pensé. Mettre le sujet dans l'objet. Se tuer par effet échos inversé.

 

 

 

Par Simon de Marthe
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Mercredi 3 mai 2006

Etre proche de mourir à chaque instant_____________________________

 

Synthèse

 

La mort m'enveloppe comme une conscience en sus, un fin film de sueur, liquide de la peur. Mes yeux rendent flou l'univers, et mon décor s'éloigne, se rapetisse avec les gens dedans. Je n'entends plus que mon bruit intérieur, mon sourd clapotis, un melange de sons bas, graves. Elle nous prendra comme un voleur, on ne peut pas dire qu'on n'était pas au courant. Je me repasse le film de temps en temps. La peur de la mort est la manifestation de la conscience que j'ai d'elle même. Cette peur me fige. Comme un vieil ordinateur, je ne réponds plus. Refuser la peur me conduirait au suicide, absurdité du piège dans le quel je suis figé. Le divertissement n'est plus possible puisque je suis au parfum, je le laisse donc au monde. S'ouvre alors la voie de l'espérance. Cette dernière ne m'ôtera pas ma peur mais elle permettra à mon intelligence de ne plus être figée et d'appréhender l'éternité dans un autre rapport, dans un dépassement de l'horizon. Je suis alors disposé à me convertir. Je le fais par mon intelligence, puisque je suis à Son image et j'en ressens l'exigence, le dilemme à résoudre.

  

Des livres

 

Fabrice HADJADJ a écrit Réussir sa mort et l'a publié aux éditions Presse de la Renaissance avec comme sous-titre anti méthode pour vivre. Cet essai est précis et montre l'étroit chemin du martyre, seule posture chrétienne du mourir. La mort est sans doute le seul sujet réellement intéressant. Il devient le sujet prioritaire pour ré-ouvrir la voie du salut à l'homme moderne. Je suis persuadé que l'homme ou la femme modernes ne savent plus qu'ils vont mourir, je l'ai écrit dans des articles précédents et en commentaires sur le site d'Immédiatement. Le livre de Fabrice HADJADJ va dans ce sens, m'apportant un éclairage philosophique et une cohérence chrétienne entre la peur de la mort et la foi. Ces éléments me manquaient et je l'en remercie. Je prends conscience maintenant de l'illustration que représente mon roman (je suis désolé de le ramener sur le devant, mais c'est vrai) La prière de l'approche chrétienne de la mort, du salut de l'homme qui suit le chemin ouvert par la conscience qu'il a de la mort. Je me suis aperçu qu'on retrouvait les trois attitudes de l'homme face à la mort décrites par Kierkegaard et rappelées par Fabrice HADJADJ, dans mes trois personnages créés. Dans mon livre, on a un homme et une femme qui seront sauvés par celui qui a tout compris, qui sera le catalyseur d'un chaos, lequel s'appelle l'amour et conduira la jouisseuse et le cérébral figé à espérer enfin. La lecture du livre de Fabrice HADJADJ, Réussir sa mort , renforce la peur de la mort et donc renforce l'espérance. Mon roman  La prière fait pareil dans sa sphère de la mise en scène, de l'illustration. Il faut espérer qu'avec ça, plus personne n'ignorera la mort ! Ce qui est sûr, c'est que la mort n'ignorera personne.

Par Maximilien FRICHE
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Lundi 24 juillet 2006

L’homme tombé se confond avec son ombre et avec le sol. Avancez jusqu’à la souche en prenant garde de ne pas trébucher dessus. Avancez votre bouche pour parler ma langue et vérifier quelque chose. Touchez-moi comme je ne réagis pas, comme je suis mort. A quel point. A tous et tout autour. Je suis devenu un centre creux, un trou mou, un ver invertébré, vidé de sa rigidité, féminisé. Touchez-moi en appuyant. Là où ça ne me fait plus mal. Un petit trou rouge dans le cou pour obtenir un petit corps mort dans ses bras, poupée molle, marionnette remisée. Œil fixe vide, regard contaminé par l’objet fixé. Lourd comme un sac rempli dans vos bras fins et secs. Les miens pendouillent et pointent le sol. La mort renforce la pesanteur, comme l’été. Lourd comme mon double, porté à bout de bras sur quelques mètres. On ne peut plus rien pour lui. Priez là où ça fait mal. Priez de me rejoindre.

Fragments d'hommes en milieu hostile (Iles du Frioul 2004)

 

Par Maximilien FRICHE
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Vendredi 8 septembre 2006
Surtout, ne pas oublier de se vomir
 
 
        Se mépriser
 
Tout est hors du titre. Tout est tout autour du titre, aux pieds, par terre. Ce texte est dégoûtant. Je formule le vœu de ne pas m’accepter comme je suis. Je veux chaque jour porter un regard cynique sur ma personne, ne jamais renoncer à me trouver ridicule, tout en acceptant de continuer à l’être. Je veux au matin comme au soir, avoir la lucidité d’un vieillard et rire de mes faits et gestes, de mon allure forcément sur-jouée, de ma façon obligatoirement vulgaire de m’exprimer, de mes gestes tous maladroits, de la bêtise de mes propos. Et ce, non pas pour rougir de honte, pour ne plus rien oser dire ou faire, mais au contraire pour acquérir la faculté d’arborer un petit rire méprisant au coin des lèvres en pensant à soi. L’expression ‘au contraire’ vient d’être employée, car le rire et le mépris deviennent les raisons de continuer l’existence. Il s’agit de s’humilier à ses propres yeux, de se reconnaître dérisoire, de se manifester son indigence. Je m’écœure de m’entendre salir le Verbe, de participer à la niaiserie généralisée produisant raisonnements sur raisonnements. Comment peut-on avoir l’illusion d’apporter quelque chose en plus qui soit nécessaire ? Je suis surnuméraire et je n’arrive pas vraiment à me faire discret. Nous sommes déjà frustrés de nous exprimer par rapport à l’ampleur de notre pensée, comment pourrions nous nous supporter si ce qu’on dit est rapporté à la Vérité. Ne vous détruisez pas, mais contentez-vous de vous vomir tous les jours. Devenez votre propre harceleur, votre propre tyran, devenez de vous-même phobe, l’humainephobie est en vous !
 
     Vouloir tomber de haut
 
Que le rire de mépris que vous vous portez vous réjouisse, il vous permet de vous-même vous humilier et de racheter tout ce que vous moquez chez vous et dans l’espèce humaine. Cela fait presque aussi mal de flageller un corps, que de se vomir comme homme moderne, homme vivant dans son temps, homme d’aujourd’hui. Et parce qu'on a souffert de son ridicule, parce que l’on a rit de soi, parce qu’on s’est trouvé ridicule, parce qu’on a pris soin de s’humilier, alors on a le devoir de continuer à vivre. On a le devoir de continuer de risquer d’être ridicule. Parce que l’humiliation nous a un peu réconcilié, nous devons nous réjouir de vivre dans cette perspective. Nous devons continuer de porter le ridicule à la vue du monde sans l’exhiber. Vivre devient une vocation. Arriver en société avec un nez rouge imaginaire au milieu du visage, comme le porteur de croix. Essayer de s’élever et de tomber de toujours plus haut. Savoir que l’on tombe toujours, qu’on est par nature ridicule, a l’avantage de s'ôter la culpabilité de vouloir s’élever plus haut, aussi haut. Cela nous permet de faire des efforts considérables, d’être l’instrument de l’ambition d’être meilleur, tout en acceptant par avance avec humilité l’échec inéluctable. L’humiliation que l’on s’inflige lave par avance l’orgueil de s’élever, le pêché inné de vouloir être l’égal du créateur. Il s’agit donc bien du prix à payer pour vivre.
 
         Trou noir vs débordement de la création
 
Il s’agit donc de se rejeter en totalité, sans tri. Ne rien assimiler. Et avec soi, en soi, rejeter toute humanité au même titre sans distinction. Recommencer sans arrêt, comme ce n’est jamais fini, comme l’humanité ne cesse de repousser aux mêmes endroits, la naissance ne connaît pas la pudeur. Alors on peut se transformer en gargouilles oscillant entre la grimace et le fou rire. Cette attitude vient en opposition avec l’attitude actuelle du consommateur de culture, anthropophages modernes. Celui qui ne se voit pas tant achevé que lorsqu’il s’est nommé humaniste, celui qui est tant satisfait de l’homme, comme bien commun, comme lieu commun du bien, qu’il considère toute production humaine comme source du salut de masse. Le quai Branly (lieu de la masturbation intellectuelle) est le temple idéal, quoi que l’idéal serait un musée allant du néant jusqu’à nos jours, il faudrait tout mettre dans la même boîte, tout au même rang, tout digne d’adoration puisque produit humain. L’idéal serait un vrai musée de l’homme. L’homme moderne, consommateur de collections, collectionneurs de culture, n’a de cesse de venir se nourrir de lui-même, de son reflet. C’est narcisse qui se penche vers l’eau, et à force de se nourrir de culture humaniste, on finit par rester bouche bée et par avaler sa langue. L’erreur qu’il fait alors est de tout assimiler, tout avaler de sa personne, de s’accepter, de s’aimer et d’en redemander comme c’est bon. Se consommer avec l’avidité d’un collectionneur. Et finalement finir par s’oublier vraiment, faire sur soi. A force de se consommer, on peut ne devenir qu’une bouche béante où tout se digère, ne devenir plus qu’un trou, forcement noir, la source de l’anti-matière. En revanche, moi, je vous propose de vous vomir. Faites l’essai de ce rejet profond, c’est tellement facile, je ne comprends pas qu’on choisisse de se faire illusion. Ce rejet est au fond de nos entrailles à disposition, il est en nous, comme le mal est dans la création, créé non désiré. Vous savez bien de qui procède ce dépôt en vous. N’ayez crainte de le laisser remonter, il se consumera dans la logique de votre baptême. On pourrait dire ‘n’ayez pas peur’. Vous vous rejetez, écrivez avec votre vomi. Il faut créer avec ce soi déformé, acidifié, blessé, tombé. Il faut écrire avec cet homme devenu écorché vif, qui a le goût d’un cri, et une odeur en creux. Il faut oser se répandre en verbe, se ridiculiser et ainsi être baigné dans l’humiliation, bain du salut. Voilà notre martyre.
 
      Baptême
 
Si je vous propose de commencer par vous vomir, ce n’est pas pour finir par vous détester. C’est pour bâtir sur la réalité, ne pas se bercer d’illusions. Commencer par se rejeter pour trouver le chemin. Je vis, quel orgueil ! Quelle honte ! Mais heureusement je suis ridicule, je peux donc m’humilier tout seul, je peux donc continuer à vivre. L’humiliation lave par avance notre pêché d’orgueil. Je me sais ridicule, ne pas être au même calibre que mon créateur, je me sais capable de le penser, je peux donc vivre, marcher sans crainte, je suis d’avance pardonné. L’inéluctable échec fait que l’on ne mérite rien, que tout salut est grâce. Sa Justice elle-même, comme réponse à notre libre arbitre, est une grâce. Il nous fait don de sa justice.
Nous pouvons nous rejeter sans crainte, car nous sommes aimés. Nous pouvons faire remonter cette pelote mise en nous, cette boule de conscience de l’inachevé, ce dégoût de l’imparfait, car Il nous aime. Nous pouvons nous permettre la folie de nous vomir, nous pouvons courir le danger de ne pas nous plaire, car nous savons que nous sommes aimés. Redevenir un petit enfant, à genoux dans la crèche. Je sais que c’est pour moi que tu es venu dans l’étable. Je me rappelle cette déclaration d’amour manifesté par le baptême, cet anti-suicide qui dit « je t’ai créé sans raison mais uniquement parce que je t’aime.  Souviens-toi que quoi que tu fasses, quoi que tu dises, tu es aimé. » Le jour où j’arriverai, malgré mon ridicule à avoir pitié de moi et de mes semblables, ce ne sera pas loin d’être gagné. Heureux les toujours humbles, remplis de joie, qui ont intégré toutes ces étapes en une seule dans le retour de l’amour qui nous a été donné.
 
 
Par Maximilien FRICHE
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Lundi 16 octobre 2006

 

 Dans ce texte tout ma muse 

 

La lettre comme genre de référence

 

 L’écriture doit être l’expression d’un amour, comme la manifestation du ridicule de l’amoureux. Il ne devrait pas y avoir de texte en soi ou pour soi, pour s’exprimer, pour se faire du bien. Bien dans son corps, bien dans sa tête, bien dans son texte, tout ça n’est ni un préalable, ni un but. Il n’y a d’écriture vivante que la lettre. Et c’est de ce genre que doit découler toute la littérature. Attention, je ne suis pas en train de faire un retour vers le romantisme plaisant, je veux simplement replacer un point d’attraction pour la bonne gravitation du texte, voire, sa transformation en météorite, se précipitant à sa perte, dans un baiser mortel, quand la vérité a été approchée au point d’obliger l’écrivain à ne plus écrire du tout. Ecrire c’est se choisir une reine. Ecrire, c’est se réduire à du consommable. Il ne s’agit pas de se transformer en usine. Je tiens absolument à borner de toute part le projet d’écriture, qu’il ne soit jamais récupéré par les hérésies modernes et contemporaines. Se transformer en consommable, c’est se faire offrande. Offrande jusqu’à dissolution de soi, oubli, disparition c’est à dire, le contraire du cadeau qui va jusqu’à devenir centre de production, usine à texte, camp. Tout roman devrait initialement être le projet d’une lettre. Imagine, mon cœur, ceci, pour toi. Vois comme j’accepte le ridicule pour te plaire. Une muse qui aspire l’être plus qu’elle ne l’inspire. Une muse à qui l’on en veut autant qu’on la désire. Et le sens du sacrifice nous pousse à aller à la ligne, il économise notre souffle. Il faut écrire en imaginant la lectrice qui lira, celle qui électrisera le texte. Evacuer tout de suite tout art de la flatterie, se faire offrande, n’est pas vouloir plaire à tout prix, c’est se donner entièrement, se perdre, en étant conscient de sa médiocrité, de son mauvais goût. Et, seule, la souffrance née de ce sacrifice devient digne de lecture. C’est seulement dans ce geste de funambule, à un pas du ridicule comme de la mort, que se trouve l’expression d’un don dans notre chair. Le ridicule est risqué. Quoi de plus beau qu’un enfant maladroit qui offre un collier de nouilles en sachant que ça ne vaut pas l’or que sa mère porte déjà autour du cou ? Tout offrir dans la conscience d’être mauvais goût, voilà ce qu’est le geste d’écrire.

 

 Je t’aime comme je respire

 

 Parce que nous n’avons été créés pour aucune raison et uniquement par amour, nous sommes dépositaires de ce souffle conteneur, de cette enveloppe de sentiment. Nous aimons avant d’avoir trouver quelqu’un à aimer. On dit « je t’aime » à un oreiller avant de s’endormir. Il y a cette sensation d’avoir trop d’air dans ses poumons, d’être asphyxié par trop d’oxygène, la condition de vie. La déclaration d’amour est ce moment de projection totale, hors de soi, de ce contenant, cette capacité d’aimer, c’est elle qui insuffle au cœur de l’écrivain le sens du sacrifice. La littérature est alors l’ultime possibilité de s’offrir. Non pas dans un romantisme humanitaire, mais avec l’oubli de l’auteur, sa disparition dans la chimie de l’offrande. Pour se dissoudre dans un objet électrique, à brancher à la lectrice. Il faut encore se mettre à genoux pour livrer sa récolte, voilà ce que j’ai fait de ce qu’on m’a donné. Pour accepter l’humiliation d’être lu, il n’y a que l’amour de la lectrice. N’étant pas étranger au pêché originel, je ne peux être qu’humilié d’être nu, lu. Je ne suis plus l’enfant créateur du collier de nouilles, je suis l’adulte également créateur du collier de nouilles. Par amour pour toi, j’accepte d’exister. Et mon écriture se tend vers le fantasme d’une lecture bienveillante ou amoureuse. Je pousse plus loin mes combinaisons de mots, fais feu de toute intelligence. J’essaye de n’avoir aucun reste au fond de moi après l’opération chimique, après la transformation en livre libre. Je vous dis, l’écriture n’est pas sur la réserve, elle est sacrifice.

 

Mettre l’absolu en soi

 

Cette démarche d’écriture n’est pas moderne tout en l’étant davantage. Le projet moderne semble être : s’exprimer. Cela fait partie des choses dites importantes, importantes pour être bien. Tout projet esthétique converge vers ce trou noir de l’utilitarisme. On jette dans le trou pèle mêle l’écriture, les arts plastiques, le théâtre et même les religions. On aimerait tellement définir les religions comme des humanismes dont la mission est de produire de la morale, on aimerait tellement voir les religions comme des usines. On écrit maintenant comme on se soulage, pour que cela fasse du bien (pour l’empire du bien ? Cf. Philippe Murray.) Il faut donc s’exprimer, se mettre dehors, à la vue de tous, en exhibitionniste, fier de son pêché originel. Un livre est réduit en thérapie pour l’auteur, en exemple pour les lecteurs. D’où le droit démocratique, reconnu à chacun à produire son morceau de masse, à se soulager, du moment que tout le monde s’y retrouve. L’intérêt de cette modernité, est qu’elle dessine à merveille, rend visible, le mal qu’elle entoure, autour duquel elle se masse pour chuter. Ce qu’il faut adopter, c’est un contre-projet. Ne pas s’exprimer du tout. Ne pas produire du moi à l’infini, mais s’offrir d’un coup, en un seul morceau. Pour se faire, il s’agit d’intérioriser l’absolu. Ne pas s’exprimer, mais faire rentrer l’absolu en soi ou plutôt, le reconnaître là où il est déjà. Il s’agit de s’imprégner d’une exigence extérieure et supérieure. Trouver la muse au bout de la ligne, à la page suivante. Cette muse, d’autan plus efficace qu’elle est inaccessible. Cette muse parfaite, pour laquelle vous êtes indignes. Cette muse à qui vous n’arrivez pas à en vouloir, car elle pose encore le regard sur vous. Cette muse à la fois créée et parfaite, posée très loin de vous, sans autres obstacles entre elles et vous que cette infinie distance. C’est aussi pour la Sainte Vierge que vous écrivez. C’est parce que vous savez qu’elle va vous lire, que vous acceptez ce sacrifice, ce ridicule. Ce n’est qu’un essai d’ailleurs. La Sainte Vierge vous aspire. Et vous étaler des propos, une proposition honnête faite à la louange de la création.

 

Chaos créateur

 

Le livre est donc cette lettre d’amour faite à la Vierge. Dans tous les cas, si on n’a pas encore identifié son visage, c’est encore une lettre d’amour faite à une reine. Il est intéressant de considérer l’amour comme un chaos nécessaire à la création. C’est ce qu’illustre La prière (éditions le manuscrit.) L’amour est ce chaos qui arrive encore à casser l’homme moderne, à lui ouvrir les yeux, à lui montrer sa mort en relief. Le livre gigogne parle de cet amour, chaos introduit dans l’homme pour son salut. Le livre lui-même est résultat du chaos, offrande morte née rangée en rayons. L’écriture, comme sacrifice, est un acte créateur qui se réalise, s’électrifie, lorsque la muse lit le livre. Cet acte est donc voué à l’échec, à une vie de peu d’intensité. Et le plus souvent, notre sacrifice se transforme en ridicule. Le funambule tombe, mais sa chute est stoppée par un harnais de toute sécurité sous les rires de tous les démons modernes. Le livre n’existera jamais. Sauf si on reconnaît dans la Vierge la véritable muse (renvoi vers la contrelittérature.)

Par Maximilien FRICHE
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Jeudi 2 novembre 2006

Regarde-moi comme une chose de trop. Je suis conscient d’être surnuméraire, je suis donc acculé à la vulgarité, comme la trace d’un débordement, portant l’odeur d'un mauvais goût, je suis quelqu’un qui ne sait pas tenir sa place. Mon amour, tu ne pensais pas me voir à côté de toi, d’ailleurs, tu ne pensais pas qu’il y avait suffisamment d’espace pour quelqu’un d’autre. Et voilà qu’on est deux et je respire à ta portée. Tu es un peu virtuelle contrairement à moi alors tu sais prendre distance, tu t’évades et planes en fermant les yeux. Et tu te vois avec moi et nous t’évoquons du dégoût. Je sais, tu sais. Je n’arrive néanmoins pas à disparaître. Pire, j’ai l’impression que plus je fais d’efforts, plus je déforme le monde créé pour toi. Il faudrait me voir mort mais je respire sous ton nez. Je rentre la tête dans les épaules, je me tasse, me compresse. Je sens que tu vas prendre une décision. Mon amour, je m’exécute si tu veux. Non, ce n’est pas cette option que tu as retenue. Tu mises sur l’efficacité d’une haine absolue et m’explique ta solution. Tu me recouvres de tes pêchés, une large délégation. Mon amour je t’exécute comme tu veux. J’ai trouvé ta place, j’ai tué au centre. Tu disparais avec le monde créé par toi. Je subsiste en résidu, sans réaction, massé autour du trou nouvellement formé.

Par Maximilien FRICHE
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Vendredi 26 janvier 2007

Prison

 

Un cri pour rien. Aucune fissure. Sans échos. Son, absorbé alors qu'à peine sorti de l'orifice. Mort né dans sa gorge au goût du rouge chaud. Il est libre dans ce volume à six facettes lisses. Ce volume qui produit de la poussière en quantité tous les jours. Il a bien le sentiment d'être au creux de futures ruines. Logé, comme une balle dans un corps. Il a bien l'impression d'être dans une case destinée à s'effriter et à l'engloutir. Son âme dans son corps est toute pareille. Il a du mal à voir comment naîtra de lui une essence viable dans la plénitude spirituelle. Ce qu'il a en lui, est embryonnaire et a renoncé à tirer sur sa chaire, à animer le pantin. Il est mort vivant. Il est gâché. Il ouvre la bouche et grimace autour d'un son rond qui reste sans réponse. Il se demande s'il a dit quelque chose, si sa gorge à noeud en a été capable. En tout cas il n'a rien entendu. Il confond. Avec tout à l'heure. Avec l'autre jour. Il n'est plus qu'un murmure marécageux et plaintif. Il se résume à des projets de phrase.  Son souffle se confond avec un sifflet ténu entrecoupé. Peut-être ne sait-il plus parler ? Il ne s'entend plus. Peut-être est-il mort ? Emmuré dans sa chair comme dans un passé. Aplati dans une photographie. Hier est loin et il y est encore.

Par Maximilien FRICHE
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Mercredi 28 février 2007

 

C h a m b r e       à         l  ' o m b r e

 

Une femme comme une ombre chinoise

S'imprime sur le mur de plâtre

D'une chambre où plus personne ne se croise

Où l'homme est dans l'attente de se battre

 

Il ferme les yeux sur la tâche sombre

Et retient sa salive dans sa gorge à noeuds

La femme sans contour dénombre

Les années passées à deux

 

 

Sur un lit blanc l'homme pleure

embarrassé par son souffle et son désir

Il ne peut plus cacher sa peur

De voir le jour revenir

 

Plus jamais il n'y aura d'amour

L'homme et l'ombre vivront à distance

Sa tête de toupie ne fait qu'un tour

Et roule boule puisqu'on y pense

 

 

Par Maximilien FRICHE
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Vendredi 4 mai 2007

Fenêtre ouverte sur le purgatoire

 

Il est étrange de constater que les moments d'extrême fatigue, sont des occasions d'extrême lucidité, de jaillissement de la lumière aveuglante. La fatigue est comme le point de disjonction entre le corps et l'âme. C'est lorsque que l'intention  de faire quelque chose ne suffit plus pour que cela se fasse. Quand on se dit qu'il faut bouger le bras ou tourner la tête et que rien ne se passe, quand les muscles s'absentent et que le corps ne répond pas, qu'il n'y a plus d'électricité, c'est quand le regard ne sert plus à rien. « Tu rêves ! » Non, c'est que l'horizon, dans la lucidité qui va naître, n'existe plus. Alors, les yeux sont dans le vague, flou à nos pieds, flou dans le lointain, flou dès qu'il y a de la lumière.

  

Ambiance

Je vais faire un peu plus de description, vous donner du vécu comme on dit, en journaliste d'investigation de ma vie. L'ambiance commence par le moment où les bras pourraient nous en tomber si nous n'étions pas déjà allongés comme un corps, comme un mort. On n'arrive pas à se réveiller complètement, on se résiste. Pendant ces quelques minutes où l'on n'est plus endormi, où l'on n'arrive pas encore à bouger, le stock de fatigue des jours précédents, nous leste jusqu'à laisser l'empreinte définitive de notre corps dans le matelas qui n'est pas encore de terre. C'est lorsque l'on existe en creux. A ce moment là, nous n'avons plus nos personnalités, nous en sommes vidés. Nous n'arrivons pas, malgré les essais, à se parer pour la journée, de notre profil bien rodé. Nous sommes encore vidés  des justifications, des raisonnements qui nous rendent justes à nos yeux. Style, accent, manières, esprit, impossible à se télécharger. Le débit qui nous relit au monde est très bas. On a du mal alors à se souvenir de comment on fait déjà pour exister, pour n'être pas qu'un bébé. C'est un état où on se sent faible en réalité, à la merci de Dieu enfin, incapable de résister, d'agir et de vouloir, juste indigent par nature et aimé. Aux portes du sommeil, dans le vague, épuisé. Plus de force, avec la bouche ouverte et le regard bête. Se savoir éveillé, mais être comme endormi. Conférer à la réalité les contours d'un rêve et se savoir, encore une fois, éveillé. En veille. Un point rouge sur de la haute technologie, haute fidélité, consommant encore de l'énergie. Un point rouge comme pour signifier la présence du Christ dans le tabernacle, dans la créature que je suis.

 

Première grande fatigue : l'homme est mortel

 

La tête sur l'oreiller, les yeux ouverts, projetant les restes d'un rêve pour conférer à l'espace une ambiance floue, de mélanges de choses habituellement distinctes, de fusions idiotes. Je viens de rêver que la mort existait. Je suis horrifié. Mon coeur bat vite comme sorti d'un cauchemar. Je viens de rêver que nous étions tous mortels. Je transpire en ayant froid. Une impression impossible à décrire autrement que par l'effroi que provoque un cauchemar, effroi se dissipant dès qu'arrive le jour. Ouf ! Ce n'était qu'un rêve. Comme d'habitude, j'ai encore la tête sur l'oreiller, je suis bien, je me réveille dans les bras de Dieu, mon souffle dit « je t'aime », sans avoir besoin d'englober un support destinataire du sentiment, je respire l'amour. Ouf ! Ce n'était qu'un mauvais rêve, c'est maintenant le matin du jour. Encore un peu de vagabondage avec les yeux, sans bouger la tête, sans utiliser son corps, se promener au plafond, compter les arêtes, identifier les tâches bien connues au plafond, les formes issues des jeux de la lumière, dessiner en pensant à soi, en soi. Finalement être comme on a été créé, être par amour. Et puis, heureux sans raisons, décider de commencer la journée. Combien de temps l'illusion de croire que le rêve était faux va-t-elle durer ? En se brossant les dents, en allumant la radio, en buvant son café, en tournant le contact de la voiture ? Tout revient, dans une remise en ordre brutale, un réajustement instantané de notre puzzle mental. Quel con ! Dire que j'ai cru avoir rêvé la réalité ! Je dois être bien fatigué pour en être arrivé là. Restent les sensations doublement bizarres. Celle de s'être cru immortel bien sûr jusqu'à ce qu'on se lave les dents (ou...) mais aussi celle d'avoir été horrifié dans le rêve de se savoir mortel. C'est cette dernière qui bouscule le plus. En effet, dans mon rêve, c'était horrible, inconcevable, digne de tout arrêter sur-le-champ et là, je continue comme d'habitude.

 

Deuxième grande fatigue : la souffrance de savoir ceux que je n'aime pas, mortels

Au réveil, un autre matin, encore dans mon oreiller que j'affectionne particulièrement et que j'assimile à l'amour divin pour ma personne, je suis encore baigné d'un élan passionnel pour les gens dont je reconnais les visages, ces congénères qui véhiculent à côté de moi, dans des files d'attentes, semblables. Le rêve dont je m'extirpe mollement et, où je me croyais éveillé, atteste que j'ai éprouvé de la compassion et une terrible souffrance à l'idée de savoir mortel telle personne ou telle autre. Et mon rêve était tellement bien fait qu'il a focalisé sur les personnes pour lesquelles j'ai le moins d'estime. Moi qui suis si peu enclin à la bienveillance en temps d'éveil, me voilà dans de beaux draps ce matin de me trouver en communion avec la souffrance d'autrui. Là encore, c'est en me rassemblant d'un bloc au moment de me laver les dents (ou...) que j'ai pris conscience de l'impact de ce faux rêve, ce moment de grande fatigue.

Le souvenir d'avoir été fatigué

Ces moments sont désormais redevenus insaisissables pour moi. Je n'arrive plus à percevoir comment j'étais. J'en ai le souvenir. J'ai le souvenir d'avoir pendant un court moment ressenti pleinement l'horreur de me savoir mortel et j'ai le souvenir d'avoir souffert pleinement de savoir chacun de mes congénères mortels. Souvenirs, reconstruction du vécu en livre. Forcément faux, forcément nécessaire pour se maintenir au chaud, à vif, prêt pour le départ. Continuer en ayant la sensation de vivre dans ses futurs souvenirs, d'exister entre deux trous de mémoire. C'est vrai que c'était bien comme je suis. Et j'arrive à avoir la nostalgie de ces moments de lucidité, j'en arrive à vivre dans l'attente de ce quelque chose dont j'ai eu un avant goût. Cela rentre dans le savoir, la certitude, que ma nature pourra être rachetée à la dernière minute, à l'abandon. Nous savons que nous tomberons à genoux devant le Christ blanc, fondrons en larme pour nettoyer notre visage. Décomposer sa face et pâlir à vue d'oeil pour montrer son squelette en filigrane. « Tête de mort ! » Insinue mon haleine. Tissu tenu comme un pantin en haut du mat de l'épave. Une fois l'électricité évanouie, le vrac comme avenir, rassemblement d'os. Un visage-linceul, irradié, qui montre que le Christ était aussi à l'intérieur.

Le petit purgatoire illustré

 

J'imagine très bien, et encore plus depuis ces expériences de la fatigue, que le purgatoire est le lieu de la passivité. C'est à dire, un lieu où nous sommes incapables d'agir bien sûr, mais aussi incapable de produire des raisonnements, justifications pour continuer à vivre comme si de rien n'était, pour rendre supportable le mal. Nous serons faibles face à la vérité éclatante, fondus en larme, à la merci de Dieu, incapables de plus aucune collaboration à notre salut, incapables de se dérober et de faire des concessions au diable. Repêchés, nous serons réduits à l'état d'âme d'un pardon ruisselant. La vérité fera éclater notre responsabilité de déicide lorsque nous nous lavions les dents avant d'ajuster notre noeud de cravate. Il faut s'y voir déjà dans ce lieu de la gratuité, dans ce lieu où Dieu nous offre enfin la possibilité de souffrir pour être sauvé, où comme un père, il se drape de l'autorité nécessaire pour que le bien triomphe du mal, pour notre bien. Et la sainteté, ce serait vivre son purgatoire sur terre, vivre sur la longueur ces deux instants que j'ai rencontrés au croisement du sommeil et du réveil. L'instant où je rêvais d'être mortel et où je rêvais d'être en communion avec la souffrance des autres et l'autre instant, où l'on se sait aimé, où l'on reconnaît notre vocation d'accéder au balcon. Le régime devient donc alternatif entre humiliation et épanouissement pour déboucher sur la sainte synthèse de l'Espérance.

   

 Comme dans un livre ( un autre livre) :

 Il doit être encore tôt. La lumière est très blanche. Dans la chambre aux persiennes, on peut se lever et véhiculer sans problème, sans avoir recours à l'électricité. On y voit bien. Juste on ne peut pas lire. Philippe Réant sent le matin poindre, ouvre un peu les yeux et dénoue ses membres. Quelle heure peut-il être ? Philippe n'a pas encore le courage de se mouvoir pour attraper son téléphone portable posé sur la table de nuit de son côté où se trouve aussi le livre en cours d'Isabelle. Il l'entend dormir, tourné de l'autre côté comme lui. Elle est roulée en boule, sans aucun drap sur elle. Si Philippe ouvre un oeil, c'est qu'il veut vite sortir de son sommeil, s'extirper de son mauvais rêve lucide. C'est comme un cauchemar d'enfant dans lequel il s'est enlisé. Il a rêvé cette nuit qu'il était mortel. Comme les jours de grande fatigue où les yeux coulent tout seul, il a appréhendé en rêve une réalité insoutenable. Il a rêvé qu'il allait mourir de toute façon, en dépit de tout, quoi qu'il en soit, par nature. Il a rêvé qu'il n'était pas immortel. Il s'est vu, comme on se voit dans les rêves, de loin avec un zoom, il s'est vu précaire et s'est fait pitié. Eberlué, la poitrine sous le tam tam pointu du coeur, figé dans un cri écrasé sur une face en grimace. Il a maintenant les deux yeux énormes ouverts sur le sombre clair de la chambre. Il va mourir un jour. Quelle horreur ! Il pleure en silence en rêve, comme un enfant immensément déçu de s'être déçu, envahi de tristesse. Abandonné comme un enfant grondé. Des pleures qui altèrent la respiration. Il reste torturé par son rêve purgatoire, passif et insoumis. Et puis maintenant c'est le réveil, la vraie vie. Ouf ! Tout est concret. Il y a des choses partout et tout semble immuable. Il est bien content d'être sur son lit au matin très tôt, au matin d'éternité. Il est bien content que tout ait une place. C'est son ordre là partout. Il croit être bien réveillé, il devrait se méfier. Le fait qu'il ne bouge pas encore devrait le mettre sur une piste. Il se dit que ce n'était qu'un mauvais rêve. Il a ouvert un oeil sur le paradis ce tout petit matin. Sommeillant dans la lumière fragile du jour naissant, il sourit à son créateur. Il est à deux doigts de retrouver le sommeil, son oreiller lui inspire des je t'aime en débordement. Au lit, au chaud avec sa petite femme. Les enfants, dont il ne se rappelle plus l'age, dans les chambres à côté. Il a ouvert un oeil sur le paradis et l'a reconnu. Mon Dieu, mon Seigneur, je suis immortel et les autres aussi. Et puis, et puis ? Le téléphone portable sonne. Il s'en sert de réveil, il est programmé pour sonner tous les matins de la semaine sauf le week-end à cette même heure, juste avant le réveil naturel. Il l'a laissé comme ça. Il ne l'a pas encore changé depuis sa mise à la retraite, il ne l'a pas encore désactivé. Isabelle souhaite qu'il se contente de le retarder de trois quarts d'heure, car après, elle a des choses à faire. Elle ne s'est pas réveillée, car Philippe a des réflexes, il a vite attrapé l'engin et stoppé ses sirènes. Il a des réflexes de vivant. Gravés dans son corps qui est pétri comme une mémoire. De son côté, Philippe trouve finalement assez agréable d'entendre le réveil et de savoir pouvoir traîner au lit, et faire les autres gestes de la journée lentement. Et puis ça garde son côté exceptionnel au samedi et au dimanche. Le réveil a sonné et isabelle n'a rien entendu, elle aime beaucoup dormir, elle dit qu'elle en a besoin. De toute façon elle s'est habituée à ce bruit et cela fait longtemps que son corps s'éveille systématiquement vers huit heures. Philippe a été machinal. Il a étiré son bras hors des draps vers la chambre froide, a attrapé le téléphone mobile, l'a palpé pour identifier le haut du bas, la face du dos et a appuyé sur les bonnes touches du premier coup. Il a reposé le rectangle noir. Il se lève des deux pieds ensemble, d'un bond en retournant sa partie de draps sur sa femme qui maintenant à double épaisseur sur elle. Il va dehors dans le couloir. Il va dedans aux toilettes. Il accuse le coup. Il trouve qu'il est très tôt. C'est pas comme d'habitude. Il se promet cette fois, de se coucher cet après-midi après déjeuner pour rattraper. Il pourrait se recoucher maintenant. Il n'y pense pas. Il a tellement de sommeil en retard qu'il pourrait se coucher pour toujours. Avec les gestes de la vie, avec chaque pas, sa réflexion se remet en route, Philippe reconstruit sa métaphysique, il se remet en marche. Après le tour de chauffe, il habille la tragédie de la vie de ses raisonnements, il met de l'intelligence dans ses entrailles, sans quoi il ne sait pas croire. Il se souvient. Le mal de crâne point au même instant. Cette nuit, son mauvais rêve. Tout à l'heure quand il était ravi de se réveiller en pleine confiance. La réalité prisonnière du rêve. Quelle horreur ! C'était bien vrai, c'est maintenant, depuis l'oeil ouvert qu'il est dans le faux doux. C'était bien vrai. C'est exactement comme je l'ai rêvé. Rien de romancé, rien d'exagéré. C'était comme ça, comme maintenant. La vérité est insupportable comme ce carrelage froid de salle de bain sous ses pieds et la lumière dans ses rides en face. Quelle horreur ! C'est vrai il y a bien la mort et cela nous concerne par nature. La vraie passivité est de ne plus pouvoir produire pour soi de raisonnements. Au purgatoire, ce sera cela, il le perçoit. Nous ne raisonnerons plus, ce sera des pleures sans fins, silencieuses devant l'incompréhensible évidence. Monsieur Réant sait qu'il est impossible de partager ce qu'il découvre, au degré de maturité qu'il le découvre, les mots ne permettent pas de voir. Ses homologues, hommes et femmes modernes, ont une tendance abusive à produire des raisonnements. A bon rythme, selon une gymnastique bien maîtrisée, comme lui, comme sa bru et ses fils, comme au boulot, ils fabriquent des raisonnements, issus de leur personne, devenue puits sans fond, manufacture inépuisable. La nature de la matière première ne fait aucun doute, c'est de l'âme. (...)  

 

 

 (...) Tout le monde vient s'abîmer dans ce moi-trou noir. S'être autorisé à être un auteur et avaler Dieu. Rien n'est plus facile au quotidien. Il faudrait qu'il fasse partager son rêve comme on regarde un film plusieurs fois de suite et puis en extrait aussi. Encore et encore. Monsieur Réant marche de long en large. Il s'éloigne quand même. Il arrive à son bureau, à la maison. Il n'a fermé aucune porte derrière lui. Pas de petit déjeuner en vue ce matin. Il n'en prend un que rarement et voire uniquement le week-end. Il prend un papier dans le tiroir sous le sous main en cuir. Il écrit tout en haut avec son stylo plume rempli d'encre bleue, il écrit en haut à gauche comme un écolier la date du jour, pour qu'on voit d'ici le tableau, assez gros, il écrit en haut « poème en vers » puis saute plusieurs lignes imaginaires. La page n'est plus blanche. Il griffonne une phrase en se courbant par-dessus son fauteuil. Il est resté debout d'ailleurs. Il marche à nouveau autour du bureau, vers la porte et demi-tour, il se rassemble. Il compte pendant ce temps, avec sa tête, ses jambes, les pieds de ses phrases. Il construit avec des rimes. Il va dérouler l'histoire comme un tapis sur un escalier monumental. C'est vraiment facile. Il aère ses vers de pauses pendant lesquelles il marche et compte. C'est vraiment trop facile. Il écrit comme il respire.

« Tête la première en plonge dans l'oreiller,

Une bête sort du songe et se souvient d'hier.

Dans de beaux draps, le Seigneur l'a réveillé.

Dans de longs bras, elle se récite la prière.

En tête à tête avec son créateur, elle ose

Reconsidérer toute vie depuis la genèse.

Le bras de fer du créateur avec sa chose

Consiste à faire en sorte qu'à jamais elle se taise. 

  

La bête élève sa tombe comme une pierre, 

Elle sait que son Seigneur est là pour surveiller.

jusqu'au dernier sous-sol, elle plonge tête la première,

Au dernier temps, il sauve la tête sur l'oreiller. » 

Il souffle maintenant et rebouche son stylo plume. Le jour a eu le temps de complètement se déployer au ciel, pendant ses comptes de pieds. Il souffle car il a compris qu'il suffit d'un oreiller pour être apaisé. Il suffit d'un oreiller pour attendre la mort. Se préparer au purgatoire,  accepter la paralysie de l'esprit face à la lumière, sentir son cerveau comme une langue pâteuse et se transformer en prière car devenu incapable d'habiller la tragédie de raisonnements. Ne plus devenir qu'actions de grâce et, point d'écartèlement entre le mal dont on est porteur et la lumière reçue, pour une humiliation maximum et salvifique. Dans cette salle d'attente où l'éternité est un morceau, où la venue du Seigneur est toujours inattendue. "A qui le tour ?" Au sien.

Par Maximilien FRICHE
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Vendredi 22 juin 2007

Revenir le crâne vidé à la case départ

Avec une sirène perpétuelle qui sonne l’alarme au-dedans

Derrière mes rides, dans la boîte, on se marre

On ricane de ma pomme et avec insistance de mon nom

Je vieillis comme si de rien n’était

Et rien n’est 

J’attends mon tour

Comme un sourd

J’ai du mal à me réjouir de concert avec tous 

Je prends patience puisque je ne peux que me taire 

Je prends les aiguilles musicales dans ma tête pour de la mousse 

Et je compte à rebours depuis l’infini jusqu’à ma mère

Rentré au début 

Je réclame une bonne mort 

SVP 

Prière de me sauver 

Prière pour vous plaire

Prière pour me sauver 

SVP 

Arrivée en fin de course 

Je ne mérite pas encore la mort 

Par Maximilien FRICHE
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