Peinture

Profil

  • Maximilien FRICHE
  • Friche intellectuelle
  • Homme
  • 08/12/1975
  • France littérature marseille liberté jazz
  • Organe d'un livre, incorporé à de la chaire faite Verbe.

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Peinture

Chanson d'un pauvre type

Edito

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Quelques mots issus d'une déchirure, deversés en vrac en réaction au monde, à la face de fiertés individuelles, producteurs de raisonnements comme virus, et consommateurs de cultures. Pour commencer à s'écrire entièrement. Pour que vous soyés humiliés. Peut-être sauvés. Bienvenue dans la spirale !

Maximilien Friche

(la prière)

L'âme et sa vague

Jeudi 25 août 2011 4 25 /08 /Août /2011 21:08

Le mouvement perpétuel dans lequel le monde est lancé, est celui du siphon. Nos révolutions successives nous amènent, le cœur au bord des lèvres, toujours plus prêt du trou. Le monde se vide par le bas, comme les corps pendus des traîtres.

 

siphon

 

 

Dans ce petit manège, il nous reste à jouir un peu, pour mieux se mépriser dans le monde, pour ne pas nous préserver de notre gerbe, pour être sûr de désirer davantage l’apocalypse.

Demain sera pire qu’aujourd’hui
Et nous avons déjà gagné.

Quelle ironie ! Quelle Espérance !

 

 

... Ce doux désir d'apocalypse

Par Maximilien FRICHE - Publié dans : L'âme et sa vague
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Mercredi 8 décembre 2010 3 08 /12 /Déc /2010 20:53

Porte du ciel dérobé

 

Je pense donc, je suis sale

File moi vite une éphémère couronne d’épines

Regarde-moi sous mon faux air de banal vassal

Grimacer, faire des mines

 

Moi, le déçu des muses,

Le blasé de la vie, l'habitué des rechutes,

Je réclame une purification comme ruse

Afin qu’au ciel je mute

 

Mais dans ma chair je bute et je me sens piégé

Depuis la chute, quel est l’équilibre possible ?

La réponse est que la croix seule peut me figer

Mais je ne peux l’adorer, la prendre pour cible.

 

Et toi Reine ? Tu le peux ?

L’instrument du supplice, la potence de ton fils ?

Mais bien sûr, tu le peux.

C’est pour ça que l’on t’appelle co-rédemptrice.

 

Reine des anges, reine du ciel et de ses ailes,

Créature hissée haut,

O toi, l’élue du fils, fais-moi la courte échelle

Jusqu’au cœur d’où sort l’eau

 

Tu t’abaisses et déplies l’infini sous nos pieds

Mère vierge, tu es l’attendrisseuse de Dieu,

Tu sais qu’il se cache et aime se faire prier,

Se faire infléchir à travers l’eau de tes yeux.

 

Prends pitié du morbide pékin qui veut renaître

Et prie dans un fou rire,

Funambule figé entre la morgue d’être

Et la terreur de mourir.

 

Pleure sur le vieux pleurnichant sur son sort précoce

Lave sa face en sueur,

Ote ce linceul, et embrasse-le comme un  gosse,

Pour qu’il voie une lueur

 

Toi qui multiplie l’infini par l’infini,

Toi le mystère de la venue du Ressuscité,

Donne à ma tête têtue ta jupe pour nid

Et aide moi à aimer ton fils, l’imiter.

 

J’ai conscience de la mort, voilà le grand écart !

Indigent romantique

Fasciné par le destin de la masse, par sa tare,

Je cherche à être unique

 

Il ne me faudrait qu’une bonne mort de vieux,

M’endormir satisfait,

Entrer dans la collection d’hommes que Dieu

En son Royaume se fait.

Par Maximilien FRICHE - Publié dans : L'âme et sa vague
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Lundi 11 octobre 2010 1 11 /10 /Oct /2010 21:37

Le monde est une boule morte qui ne m’évoque plus aucune pitié. Juste retour des choses. Puisque j’ai l’impression de l’avoir vomi. Juste retour des choses puisqu’il m’a vu naître. Puisqu’il m’a vu paître. J’ai de toutes façons la certitude qu’il me contient et que ce fait a suffi à me le faire vomir et que ce fait a suffit à le faire mourir. Dans un crachat chargé façon propriétaire d’atmosphère à casquette à l’envers, j’ai jeté le tout à mes pieds. Cette pelote de déjection est une planète à la luxuriance dégradée. Ce monde est une pelote tiède, une pelote fraîchement morte. Et je m’en moque. C’est enfin bien fait. Je loge au cœur de la planète comme une balle d’un calibre 12, un point létal. J’ai bien fait de vomir le monde. Je réinvente ainsi de déluge. C’est ça la méritocratie ! C’est ça le risque d’être son seul juge. Au monde. Le monde est une boule morte rejetée par ma bouche grand ouverte sur un cri écrasé par les deux dimensions d’une photographie souvenir. J’y loge. Dans ce monde. Pour qu’il soit toujours mort. J’y loge pour entretenir mes hauts le cœur, mes mouvements de glotte et de nuque préalables, mes simagrées d’écœurement annonçant la chute de l’ensemble. Hors de moi puisque j’y suis ! Hors de moi bouboule ! Je veux être le garant de la mort du monde. Je veux qu’il clamse à ma condition. Ma mort quant à elle a toujours été garantie. N’est-ce pas ? Je joue à domicile. Epitaphe du lucide : il connaissait déjà la mort. Tout est tellement prévisible que l’étonnement est forcément coupable. Il faut préméditer non pas la fin du monde, mais le ratage complet de la création. Démontrer l’échec de Dieu par ma simple présence dans le monde. Signifier le gâchis de Dieu. C’est ça le désespoir. Le monde est une boule morte que je vomis parce que j’y suis.

 

angoissé et mort

Par Maximilien FRICHE - Publié dans : L'âme et sa vague
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Mardi 11 mai 2010 2 11 /05 /Mai /2010 13:05

ridicule

 

 

(Tout) message est vérifié et rendu fertile par la croix.(1) On ne devrait publier que des morts. On devrait également tuer tous ceux qui ont été publiés. On devrait achever aussi les angoissés de la feuille blanche. Quelle humiliation mon Dieu d'être encore une fois illisible mais viable ! Je ne saurai jamais dire merci. Je ne saurai donc jamais bien mourir.

 

 

 

 

 

(1) issu d'une interview du cardinal Joseph RATZINGER sur le problème de la prophétie chrétienne. 30 Juin 1999

 

 

(2) Pour un génocide des écrivains !

Par Maximilien FRICHE - Publié dans : L'âme et sa vague
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Mardi 2 mars 2010 2 02 /03 /Mars /2010 03:04

Médiatrice

 

Un parpaing à chaque pied,

Statufié depuis le bas,

J’allonge  mes bouts de bras,

J’étire mon menton qui luit

Mes yeux qui se croient épiés

Vers le ciel rempli de nuit.

 

Mains jointes au dessus du nez,

Je plonge vers le point le plus haut

Je voudrais m’élever aussi vite que l’on chute,

Je désire fondre vers le beau

Dans le silence imité

Par le chuintement ridicule de mon chut !

 

Entre deux ciels,

Une reine géante me regarde en brillant.

Entre une étoile énorme et un mignon filet de lune,

Se tient debout,

Une Sainte démesurée.

 

Ses rayons poussent indéfiniment

Dans l’épaisse nuit sans firmament.

Je fais un geste pour agripper une liane juste à ma portée,

Mais on ne saisit pas la lumière !

Je n’ai plus qu’à chanter la prière,

Et respirer entre les notes dans les silences de la portée.

 

Je ne décollerai qu’une fois écartelé

Je suis celui à qui il manque d’être séparé,

L’insuffisant à qui il manque la souffrance

Maintenant j’éprouve la tendre attirance

Pour l’abandon et le retour vers le Père

Il me faut un remplaçant sur cette terre

 

Ô Reine créée,

Tabernacle premier,

Figé dans mon torticolis,

Je mise sur toi dans un coup de folie,

Je me tords le cou, j’adore à la renverse.

 

J’ai honte, mais je suis scellé au sol,

Dans un même sabot, socle de désolation

Je voudrais devenir élastique pour recevoir la consolation

De poser ma lourde tête sur tes genoux de soie

Mon blasphème se réduit à en avoir ras le bol

De vivre, si peu glorieux, et à inventer ma loi.

 

C’est moi qui suis réfugié sous ta cape de jour

Et c’est le cœur de chair de ton fils que l’on transperce,

Il pleure et il saigne au dessus de mon bec,

Il a pris ma place tandis que tu me berces,

Ce cœur qui s’essore dans mon palais sec,

Comble pour un temps ma soif d’Amour.

 

Ouf !

Par Maximilien FRICHE - Publié dans : L'âme et sa vague
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Dimanche 14 février 2010 7 14 /02 /Fév /2010 14:10

A la Douloureuse

 Pieta

Je regarde le sacrifice comme un spectacle, impuissant à la douleur, dans ma réserve d’incrédule. Je reporte ma participation à plus tard. Ma bouche, embarrassée par le Verbe, renâcle. Ridicule dans ma retraite, je mime une moue de malheur, une grimace de la dernière conversion, une supplique figée sur ma face non liftée, je demande la permission de me retirer. Je recule, je fais mine que ce n’est pas encore l’heure.

 

Je suis à la messe comme au spectacle. Je ne parviens pas à souffrir. Je ne parviens pas à mourir. Pas à chaque fois. Je revêts la forme passive, comme on s’enroule dans une fourrure encore saignante, comme on coule dans un bain bouillant de chair vers l’autre rive,

aux cieux. Je veux bien de la souffrance mais par procuration. Je veux bien d’une passion mais en science fiction. J’écarquille mes yeux, comme des fonds de tiroirs que l’on racle. Je rassemble ma tristesse dans une flaque stagnante, un miroir, un lac, une vitrine pour que ma face s’y lessive.

 

La créature vierge de tout mal peut m’ouvrir la possibilité d’une vraie déchirure. Me trouver sur le tard une vocation de rideau du temple. Je vois la douleur affaissée en monticule au pied du bois, c’est la créature où tout s’abîme, celle qui connaît le poids d’un corps mort. Ce talus tout en courbes, que le rédempteur étale, devient mon prie-Dieu. Je colle mes deux mains ensemble, je commence par un mime. Adoptez moi. Je suis dans le cortège et je veux être membre du corps. Je vous salue, Mère des douleurs, cooptez moi.  Je suis l’ironie du sort, je suis mon propre piège et je veux  être prononcé par mon Seigneur.

 

Découpez-moi les paupières et scellez mon corps jusqu’à mon cou dans un béton éternel. Que ma tête girouette se concentre sur son corps souffrant. Je veux me muter en prière, finir par participer à la fête. Je veux être l’image fidèle. Etre le linceul, la photographie du sang qui a serpenté et zébré sa peau. Un morceau du puzzle. A genoux sur la Mère lacrymale, j’implore d’être condamné maintenant. Je me dépouille de mon folklore pour refuser le mal. J’abdique ma liberté, je veux me pétrifier sur pied, et que l’on me cloue au moins le bec. Que l’on me fige dans mon mouvement de fuite, et m’oblige à me décorer de mon échec en public. Le purgatoire tout de suite !

 

Toi qui a toujours su pleurer. Prie pour que je l’apprenne. Je fais déjà la moue, il ne manque plus que je sois aspergé comme le centurion à la lance pour avoir le visage liquide comme toi.

Par Maximilien FRICHE - Publié dans : L'âme et sa vague
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Vendredi 4 septembre 2009 5 04 /09 /Sep /2009 14:39

C’est ma faute, c’est ma très grande faute.

Si les avions s’écrasent, si les trains déraillent, si les voitures se scratchent.

Ce n’est que ma faute, cette faute, cette très grande faute.

Si les tsunamis, si les tremblements de terre, si les cyclones.

C’est de ma faute, tu le sais bien,

Puisque des gens meurent, puisque des gens tuent, puisque des gens se suicident

Ce qui est mal à tes yeux je l’ai fait,

J’ai crucifié ton fils par gourmandise

J’ai vendu mon Dieu pour un moment d’absence

J’ai échangé l’éternité pour une jouissance instantanée

C’est de mes mains que le Diable existe,

c’est par ma bouche qu’il se vomit,

c’est de mes tuyaux qu’il naît.

Depuis, je ne fais que croiser des catastrophes, des faits divers, des chats écrasés

Le mal est partout depuis ma chute

C’est ma faute, c’est ma très grande faute.

Par Maximilien FRICHE - Publié dans : L'âme et sa vague
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Dimanche 3 mai 2009 7 03 /05 /Mai /2009 20:32

Peu glorieux


Je ne cesse de creuser ma peau, de déchirer mes chemises, de m’ouvrir la chair, de déboutonner mes vestes, sans jamais tomber sur le boum boum, sans jamais trouver le tambour de mon être en galère. Je tâtonne dans le poisseux sans arriver à isoler mon centre creux. Jeune homme méticuleux, mon obsession risque de tourner au carnage. J’identifie du bout des doigts et dénombre ce qui m’appartient encore, dans ce ventre en vrac. Personne ne comprend vraiment ce que je fabrique. Les gens ont arrêté de crier pour comprendre. Le monde dans sa globalité va finir par me lâcher. On croit que je me sacrifie, en réalité, je cherche mes mots. C’est moi qui ai été volontaire pour cette frappe chirurgicale. Je voulais rentrer dans l’Histoire, faire de ma chair quelque chose à raconter. Kamikaze de la dernière heure, mon échec est tout relatif, ma survie n’est que temporaire. Je baigne dans mon contenu, ma ceinture d’explosif m’a creusé un trou précieux, riche d’un fouillis de lacets, aux reliefs caillouteux, aux couleurs bouillies, rassemblés au même milieu. Je passe du rouge au brun insensiblement. Je ne bouge plus que dans ma tête, je ne parle plus qu’avec mes mains.  Mon corps morcelé va faire les gros titres des journaux.

 

Les battements aléatoires de mon cœur me font croire à une possible deuxième explosion. Cela compte à rebours depuis l’éternité que je veux rejoindre. Dans l’attente, je participe peu aux choses du temps réel, je me repasse le film, parce que c’est allé trop vite, je rembobine aussi pour revivre les mêmes stress. Il faut bien pimenter la certitude de mourir. Ma tête dodeline comme celle d’un vieux dégénérescent, dans une négation entretenue par la douleur perpétuelle dans mon corps. Peut-être n’ais-je tué personne d’autre que moi, car le liquide que j’ai sur moi me ressemble comme deux gouttes d’eau. Pas grave. La mission est quand même accomplie, car mon attentat était dirigé contre l’espèce humaine, et, j’en suis. Si je pouvais rire derrière ma grimace de douleur, je ferai mon coming-out, j’en suis, de l’humain, de cette race minable, de l’indigent content de soi, du corps piteux, de l’incarné. Mon âme est comme un ongle qui pousse de travers dans la chair de mon doigt qui me sert de crayon, puisque je l’ai trempé dans l’encre éternelle de mes entrailles. Je vais vous dessiner un mammouth avant de mourir pour la gloire de l’évolution de notre race sortie des grottes de l’histoire pour arriver en toute fierté à afficher ses droits inaliénables. Je mérite un acharnement thérapeutique pour que l’on comprenne mes motivations. On a quelques questions à me poser. Je rêve en mourant. Je me raconte la bouche ouverte. Je suis une parole vivante, je suis un roman puisque je vous nie dans votre globalité. Mon attentat contre l’espèce se pose en germe face à votre marécageux regard.  Si je me déteste tant, c’est que je vous ressemble trop. Ils ne peuvent s’imaginer les dernières phrases qui me passent par la tête au moment de mourir. Je me suis entièrement mis dans mon explosion, tout est écrit, non seulement moi, mais le monde, la création. Tout est dit dans un suicide, tout y est contenu, même Dieu.

 

Chaque coup intérieur dans ma poitrine est une prouesse. Je m’applaudis de vivre encore, de prolonger l’inutile pour que l’humiliation soit complète. Tout gâcher, dans un retournement de la créature contre elle-même et non contre Dieu, utiliser toutes les grâces contre le projet de Dieu, voilà bien l’ultime acte littéraire. J’ai voulu me muter en lettre d’adieu. Ce n’est pas en tant qu’individu que je me donne la mort, mais en tant que fractale de la masse. Je suis le gâchis de Dieu. Je sais que je vais finir par Le faire pleurer si je continue. Kamikaze d’opérette, mon but est que l’on rit de la création. Je me suis pointé tout à l’heure, tout fier, habillé pour sauter, au cœur d’une foule en beauté, du samedi après midi. Je me suis planté bien droit comme un pivot, comme un épouvantail de potager, j’ai fait un geste brusque et un enfant et un chien ont aboyé.  Une zone de vide égale à deux corps s’est créée autour de la verticale, la science est magnifique puisque ça a fait comme des ronds dans l’eau. J’ai donc été contraint de me faire exploser, puisque la scène avait commencé. Je n’ai tué personne, le sang sur leurs vêtements et leurs sacs de vêtements, c’est le mien. Mon attentat contre l’espèce humaine a tourné court, mais a été efficace. Puisqu’il est impossible de se débarrasser de tous, autant se soustraire soi-même. Non par désespoir, mais par vengeance ou défi, je ne sais plus à quel stade j’en suis maintenant.

 

Il a fallu que je saigne pour que je baigne. Pas de mangeoire pour couche, juste le jus de Dieu que j’ai saigné comme il était encore en moi. Les bâtons d’explosifs, l’ont fait ruisseler, lui ont permis de m’entourer. Je me laisse dorloter tandis que l’extérieur de ma pomme devient de plus en plus virtuel, tandis que je m’échappe de toutes les dimensions du monde, je fuis en lignes courbes.  Mon propos semble désormais réduit, ramené à l’onomatopée, au bruit, au gargouillis. Alors qu’on me réchauffe gentiment depuis que je me vide, je me rends compte que l’enveloppe proposée est surdimensionnée par rapport au message que je suis devenu. Dire que je l’avais en moi ! Tout ça. Et dire que j’ai pensé le réduire à mon expression. Je ne peux pas dire que la douleur me soit indifférente, mais plutôt qu’elle me permette de mettre les voiles plus rapidement, de m’anesthésier par le rêve, de patauger dans ma large marge rouge. Elle me sauve en quelques sortes. Comme par hasard ! Je n’en reviendrai pas. Je crève la bouche ouverte car les mots me manquent devant tant d’attention portée à ma personne, et en liquide en plus ! Je barbotte en grimaçant, yeux dilatés. Et, cela ne s’arrête pas là, car puisque je garde la bouche grande ouverte, on va pleuvoir.

 

Le ciel se rapproche dans un courant d’air, et des grosses gouttes espacées explosent sur mes joues. Je ne pleure pas, j’ai soif. La douche va commencer. Les gros grains d’eau accélèrent leur descente. Ils viennent surtout sur ma figure. Je crois. Ca me nettoie. La foule recule pour s’abriter. Il pleut averse. Cette pluie n’a pas de source, elle se déplie comme un rideau de cordes depuis l’infini jusqu’à la tourbe. Il n’y a pas d’horizon quand on regarde en l’air. Au sol, l’eau dilue le sang séché. En marge, l’eau floute mes contours. L’eau rentre partout, ses chemins sont étonnants. Mon corps forme un réservoir des deux liquides. Ma langue s’étend au delà des dents pour laper. J’ai très soif. Je souris. Toute la pluie tombe sur moi. Je psalmodie quelque chose pour rendre l’âme en me vidant d’air. Toute la pluie tombe pour moi. Le déluge ne s’arrêtera plus. Je le savais. J’aurai dû. Mon Dieu ! Pitié ! Pauvre de moi. Je ne savais pas qu’on pouvait aimer avec ma matière. L’eau et le sang accompagne mon épave charnelle, comme un blasphème vers le siphon de la ville, je fous le camp les pieds devants. Je glisse par en dessous, pour un renversement du monde. Entre le trottoir et la plaque d’égout, j’ai encore le temps de me convertir.

Par Maximilien FRICHE - Publié dans : L'âme et sa vague
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Vendredi 16 mai 2008 5 16 /05 /Mai /2008 21:50



Je plonge ma main dans le sillon frais. Qu’il est facile de s’y enfoncer, comme une main d’ailleurs ! Je m’allonge en entier sur la terre retournée, moelleuse comme le dedans d’un gâteau. J’y marque mon empreinte, comme un pied d’ailleurs. Et le ciel à mes yeux s’éloigne parce qu’il n’y a pas d’horizon quand on regarde en l’air. Le ciel s’éloigne parce qu’il est à l’infini devant moi. J’ai même l’impression de reculer alors que je suis dos au sol. Je ne me suis jamais senti aussi lourd. Et chaud. Terre promise au mortel depuis sa naissance ! Je m’enfonce comme on s’endort. Je sais que je vais être incorporé à l’appareil de la planète, sans être capable de réactions. La perspective de la noyade ne m’enlève aucunement ce sentiment de ne pas être concerné, tout en restant prisonnier. Faudra-t-il attendre que la terre me remplisse, rentre par ma bouche, pour que mon âme s’échappe ? Je respire profondément comme chez le docteur. Le tracteur a bien fait de retourner sa terre, et de m’offrir son revers comme lit douillet en cette fin d’après midi d’août. Il faudrait qu’il pleuve pour que je me lève. Il faudrait un orage, un rapprochement soudain du ciel, beaucoup plus que ces voix familières qui crient mon nom depuis la maison. Je n’ai plus la moindre volonté de bouger. Je me contemple, je me vois sombrer. Mon suicide doit durer une éternité. Je ne vais pas vers la mort, j’ai décidé de l’attendre. Là, il va falloir que j’y aille, car les voix se rapprochent, elles se sont mises à marcher dans l’herbe sèche. Le tracteur rentre aussi, j’entends son bruit vraiment très loin. C’était pourtant bien d’être là allongé de son long en solitaire, mais il va falloir passer à table.


Par Maximilien FRICHE - Publié dans : L'âme et sa vague
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Lundi 18 février 2008 1 18 /02 /Fév /2008 10:24
Pardon son Dieu. N’être plus qu’un corps à cueillir. Nu comme un verbe. La tête en médaillon. L’ombre autour du cou, comme une collerette de honte. Pardon son Dieu. Il ne sait pas ce qu’il fait. Il ne sait pas qu’il Vous crucifie. Ses raisonnements produits ont créé suffisamment de fumée. Trompe l’œil en buée. De la gaze au bout du nez. Il faut le undefined récupérer d’urgence. Nous prions son Dieu. Il n’est plus qu’une goutte à recueillir. Au creux de Dieu. Un ver, un homme à la poitrine sans muscle, sans utilité. Ayez pitié de sa faiblesse. Peut-être avez-Vous surestimé les forces du vivant ? Ne permettez pas que cela soit tenté au de là de ses propres forces. Et pour lui, cette pluie, soyez un récipient. Il se dégoutte. D’avoir trahi la vie. De toute façon, si il ne vous entend pas, il Vous restera Votre colère. Vos poings serrés comme une gorge. Pardon mon Dieu. Ayez pitié. Il n’est plus qu’une tige sans tête, une tige molle et fanée. Il Vous connaît. Il Vous reconnaît. C’est pourquoi il perd toute rigidité. Ayez pitié, il se réduit à un sac d’os. Sans sens sans Vous. Sans ordre. Il est maintenant prêt à obéir. Dites seulement une parole. Il attend une main. Dans sa patience il se prête à rire. Dans sa pénitence aussi. Il espère être sauvé. Il attend le geste, la conjugaison. Pardon mon Dieu. Il n’est qu’un regret tout entier, mangé par son souvenir obscène, figé dans le diaporama de son pêché. Ayez pitié de ses deux dimensions. Il n’est plus qu’un corps à cueillir.


Par Maximilien FRICHE - Publié dans : L'âme et sa vague
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