Quantcast

Peinture

  • Marseille épaves 002

Profil

  • Maximilien FRICHE
  • Friche intellectuelle
  • Homme
  • 08/12/1975
  • France littérature marseille liberté jazz
  • Organe d'un livre, incorporé à de la chaire faite Verbe.

Catégories

L'homme

Calendrier

Mai 2013
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29 30 31    
<< < > >>

Peinture

  • Marseille épaves 002

Chanson d'un pauvre type

Edito

a7.jpg                                                    


Quelques mots issus d'une déchirure, deversés en vrac en réaction au monde, à la face de fiertés individuelles, producteurs de raisonnements comme virus, et consommateurs de cultures. Pour commencer à s'écrire entièrement. Pour que vous soyés humiliés. Peut-être sauvés. Bienvenue dans la spirale !

Maximilien Friche (la prière)

friche-intellectuelle

Vendredi 4 janvier 2013 5 04 /01 /Jan /2013 23:06

 

« Et comment vous voyez l’avenir, vous ? » Cette question véhicule toujours tellement de pessimisme nécessaire que celui qui répond qu’il n’en voit pas paraît toujours comme un furieux optimiste, voire un collaborateur de tout ce qui est déjà établi. Or, la curiosité devrait faire naître en nous des scenarii toujours plus excitants. Ce qu’il y a d’excitant dans les dissertations futuristes, c’est la détection de la jouissance du narrateur à débusquer une future ironie du sort. Et, c’est sur les phrases du type le pire n’est jamais certain, l’avenir est toujours moins caricatural, rien n’est jamais sûr, que l’on peut recommencer à gamberger.

 

D’un coté le Royaume est déjà advenu puisque le Christ est ressuscité et d’un autre autre nous croyons aussi à la fin du monde. De ce paradoxe naît une posture de fatalisme dans l’Espérance qui seule, peut autoriser l’humour, la dérision, la distraction. On ne rit pas autant que le peuple élu, quand on est chrétien, mais on rit quand même.

 

 

Martyrs de la reconquista française

 

Imaginons donc la France d’aujourd’hui pour commencer à s’effrayer de ce qu’elle n’est plus et donc pourrait encore devenir. Déchristianisés, nous le sommes. Mais pas seulement, nous sommes aussi dé-nationalisé et pour ainsi dire, dé-francisés. Les fanatiques de l’intégration ont permis la désintégration du pays. Mais ça, ce n’est pas le futur, c’est l’actualité. Donc, pour l’avenir, un point certain sur lequel nous nous accordons entre lucides réactifs, c’est que la France sera une terre musulmane, elle l’est déjà un peu, elle a ainsi été baptisée par nos colons, elle le sera réellement. Cela ne signifie pas que nous serons tous demain musulmans, cela signifie que ce sera la principale minorité influente, efficace et prospère. Les plus romantiques, incapables de se dépouiller réellement de leur optimisme, envisagent avec gravité la guerre civile, sont prêts à l’attiser, sans jamais consentir à y prendre part. Dont acte, partons donc pour la guerre civile. D’un côté les furieux islamistes abrutis par leur internationalisme sanguinaire, de l’autre les Français de souche toujours révolutionnaires en parole et réactionnaires en actions. « Méfiez-vous Monsieur Ramadan, méfiez-vous, il y a des Français qui ne l’accepteront pas ! » disait un jour télévisé (1), Monsieur Philippe de Villiers au fanatique helveto-égyptien. Sous-entendu, je n’arriverai peut-être pas à empêcher le bain de sang. Il serait regrettable qu’un jour les Français excédés en viennent à se faire justice eux même. Aux révoltes ethniques des banlieues peut succéder un retour à l’ordre brutal par épuration systématique. La France sait faire, plus quand elle est animée par une idéologie que par racisme néanmoins. Mettons que son idéologie soit soudain une espèce de patriotisme laïcard, alors la guerre civile peut faire quelques dégâts. C’est à ce moment que l’ironie du sort peut poindre. Quelle serait la posture des Chrétiens, c’est à dire de ceux parmi les Chrétiens qui ont averti des dangers de la déchristianisation, de la perte de la culture française, de l’islamisation de l’occident ? La posture de ces Chrétiens là serait à coup sûr de cacher les musulmans chez eux pour empêcher leur massacre. Leur destinée serait donc d’être des martyrs de la reconquista française : Soit exécutés pour collaboration avec l’ennemi, ou mieux égorgés par le musulman ainsi protégé. Tant mieux, c’est dans le sang de ces martyrs là qu’à défaut de France, l’Eglise, restera éternelle.

 

 

Camus, Abellio et Simon de Montfort

 

Mais cet avenir là garderait quelque chose de caricatural et de fantasmé. Comme le souligne Renaud Camus dans « Que va-t-il se passer ? » (2), le scénario de guerre civile est peu probable car « l’effondrement moral, intellectuel, culturel, grammatical, spirituel, « religieux », que dis-je, « hormonal », d’une des parties éventuelles au conflit l’empêchera sans doute de se lancer dans une résolution aussi extrême que le conflit armé… » D’ailleurs, on peut constater que les mosquées qui poussent aujourd’hui en France ne subissent aucun attentat ou graffiti. L’avenir du blanc français est donc plus celui d’un dhimmi ou d’un exilé que d’un Hidalgo. Donc pas de guerre civile mais une dégringolade culturelle à deux moteurs : l’islamisation et le mercantilisme. Il faut pourtant bien qu’il se passe quelque chose dans le futur, sinon ce n’est pas drôle, sinon à quoi bon vieillir ? Je me souviens des « yeux d’Ezéchiel » et de « la Fosse de Babel », je me souviens de comment le narrateur, dans ce livre de Raymond Abellio (3), voyait l’avenir. Empêtré dans les idéologies trotskistes, communistes, maoïstes, le futur restait romantique pour lui, c’est à dire surtout pas cynique comme l’époque mercantile qui s’est déroulée jusqu’à nous. Cependant, dans son analyse, quelque chose sonnait juste autour du diagnostique. Notre occident ressemble étrangement à l’Occitanie de l’époque des Cathares. Le commerce et la démocratie y règnent. La tolérance y est de mise. Les Cathares peuvent bien être des fanatiques, si ça leur fait plaisir. Tout se vaut du moment que c’est un choix et que cela ne m’empêche pas de continuer mon petit commerce. Et je me souviens avec beaucoup de tendresse de la première phrase que le grand-père de ma femme m’a adressée à mon arrivée dans sa famille : « Simon de Montfort, quel Saint homme ! » J’avais souri comme une Joconde. On ne sait jamais c’est peut-être un piège. On ne sait jamais, c’est peut-être vrai. Mais je comprends aujourd’hui que bien sûr, l’homme n’était pas un saint, mais qu’on avait le droit de se réjouir que la France soit restée catholique. Aujourd’hui les islamistes remplacent les Cathares et j’en appelle à un nouveau Simon de Montfort pour vouloir notre bien à notre place, pour regretter de nous voir prêter asile et encourager les pires fanatiques. Un Simon de notre monde, mais du nord, resté brutal, d’un monde cousin de l’occident, comme le nord de la France l’était de l’Occitanie. Je perçois un monde blanc et froid à l’Est. Je perçois dans mon futur fantasmé que Simon de Montfort peut être russe. Il ne lui manquerait qu’une chose, l’universalité. Pour avoir l’ambition de sauver ces « malgré-nous » que nous devenons, il faudrait que son église nationale rejoigne l’Eglise universelle. Ce futur pourrait être le début d’un scénario. L’ironie du sort est bien là, puisque nous serions alors amenés à combattre celui que les générations futures espèreraient voir gagner, tout en affichant leur solidarité romantique avec nos faiblesses. Plus tard, plus tard.

 

 

(1)   Emission Riposte la 5 du 28/01/2007 animée par Serge Moati.

(2)   Texte suivant le communisme du XXIième siècle de Renaud Camus, éditions Xénia, ISBN 978-2-88892-034-2

(3)   Les Yeux d'Ézéchiel sont ouverts, Roman, Éd. Gallimard, 1949.

La Fosse de Babel, Roman, Éd. Gallimard, 1962.

Par Maximilien FRICHE - Publié dans : friche-intellectuelle
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 26 novembre 2012 1 26 /11 /Nov /2012 22:30

La distinction entre l’art religieux et l’art profane n’a pas de sens dans un monde postmoderne. En effet, si l’artiste affiche ses intentions chrétiennes, il y a de grandes chances pour que l’œuvre serve l’affirmation de la Vérité dans une niche culturelle non comestible par tous ceux qui ont fait le deuil de Dieu.  En revanche, si l’artiste affirme son intention d’une expression libre, il y a de grandes chances pour que l’artiste serve l’affirmation de sa vérité en mettant le monde dans son nombril pour le lécher devant un public qui vit par procuration ses émotions. Renvoyons ces deux intentions dos à dos pour explorer comment dans son œuvre, l’artiste est relié au créateur. Explorons de quelle manière ce lien est contenu d 1827462362.2 ans l’œuvre en plus et malgré ses intentions.

 

L’art de dissimuler une prière, voilà bien l’énigme. La formule est circulaire dans le sens où elle laisse entrevoir les différentes possibilités de combinaison qu’elle contient. Elle est le raccourci qui ramène au cœur du labyrinthe, elle fonctionne comme une devinette démultipliant le champ des questions. Elle est aussi la synthèse des commandes faites aux artistes si Dieu est un mécène. Parce qu’une prière non dissimulée n’est pas de l’art ; parce la vocation de l’art est l’expression d’une prière ; parce que l’émergence d’une prière révèle l’œuvre d’art ; parce que dissimuler une prière est un art ; parce que…

 

Pour discerner l'émergence d'une prière, nous pouvons analyser l'art sous trois aspects. D’abord, considérer le caractère sacré du média, de la matière manipulée aussi bien que le manipulateur. Deuxièmement, observer l’instant de combustion de l’œuvre, de son existence, sa rencontre discrète avec l’autre. Enfin et surtout, finir par finir, reprendre conscience que tout s'achève dans l'œuvre d'art, qu'elle est sacrifice, qu'elle rend possible voire souhaitable la mort de l'auteur.

 

La prière peut émerger dans l’art suivant des stratégies différentes. Elles sont issues de la somme des pêchés de l’artiste et de ses différents avec le Père. La première et la plus perverse est la stratégie de détournement de Dieu. Elle peut néanmoins aboutir à l’émergence d’une prière neuve. Nous prendrons l’exemple de "la nausée" de Jean-Paul Sartre. La deuxième stratégie est celle du contournement de Dieu, c'est celle de l’élu qui cherche à toucher Dieu. Nous nous attarderons alors sur les peintures de Nicolas de Staël.  Il y a enfin la stratégie du dialogue avec le Père. C’est l’attitude d’Ahmad Jamal, dans la musique, cet art du temps réel, et dans le jazz, cette musique de la création en temps réel.

 

 

..........

 

La suite : ici

Du religieux dans l'art

Par Maximilien FRICHE - Publié dans : friche-intellectuelle
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 9 juillet 2012 1 09 /07 /Juil /2012 19:32

 

L’arnaque, l’usurpation, le foutage de gueule sont les qualificatifs désormais réservés aux derniers endroits réactionnaires que sont les comptoirs des cafés pour qualifier l’Art Contemporain (AC). Les malheureux ne savent pas à quel point ils ont raison, ne savent pas à quel point l’art conceptuel est allé au-delà de l’imagination en perversion. Après "l’Art caché" (2), Aude de Kerros reprend l’écrit pour résister et entrer en dissidence vis-à-vis de l'AC avec son nouvel opus intitulé "Sacré Art contemporain."(3) Elle révèle, exemples à la clé, le fonctionnement totalitaire de l’Art Contemporain grâce au travail de commissaires d’expositions, d’inspecteurs et tant d’autres fonctions aux évocations bolchéviques du ministère de la culture et de ses ramifications. Elle révèle aussi comment, avec la complicité et la collaboration d’évêques français, l'AC opère l’alchimie postmoderne de sacraliser la tourbe. Il est tout à fait légitime et logique qu’après avoir opéré par un détournement du langage, et dans la grande tradition Duchampienne, la transsubstantiation d’un objet vil en art, l’AC veuille acquérir ses lettres de noblesse en incarnant un sacré, un sacré sans Dieu bien sûr. L’année 2011 a été l’occasion de querelles qui rappellent les guerres de l’AC aux USA il y a dix ans : Golgotha picnic, la pièce Sur le concept du visage du fils de Dieu, Piss Christ. Le livre d’Aude de Kerros arrive donc à point pour encourager tous ceux qui veulent entrer en dissidence.

 


L’incontournable art Sub-Sub

Je-me-la-pete-en-art-contemporain-un-flingue-des-Smarties


Une Vierge formée avec des étrons, un strip-tease sur un autel, un crucifix noyé dans l’urine, un Christ en piéta assis sur une chaise électrique à la cathédrale de Gap, une machine à baptiser réalisée dans une église en Vendée laissant couler un liquide blanchâtre et plastifiant, le sperme de Dieu, des multiples réalisations nihilistes ou carrément satanistes, des vitraux aux symboles de la communauté gay et enfin  Jean de Loisy qui clame en conférence de carême à Notre Dame de Paris en 2008 : la bite est sacrée, le trou du cul est sacré ! Bref, il suffit d’un condensé de porno-choc, de scato-chic, de catho-maso pour former l’art Sub-Sub, subventionné subversif et définitivement le sacraliser. « La transgression est devenue un service public, un monopole de l’Etat » (4) souligne dès le début de son livre Aude de Kerros. Le scandale ne réside pas dans la subversion mais dans la subvention. Aude de Kerros nous rappelle que la subversion a toujours existé sans poser soucis. Le véritable scandale est son officialisation par la commande publique.

Le deuxième scandale est, par-dessus l’officialisation, la sacralisation de l’art conceptuel par la commande publique avec la collaboration de l’Eglise de France. Car en France, l’Etat est un label, il donne le ton et les fondations privées, les collectionneurs, etc. suivent comme un seul homme. En investissant les églises, Aude de Kerros explique que l'AC se drape de la légitimité historique et d’une ambiance de transcendance. C’est essentiel puisque « la légitimité de l’AC n’est que financière et repose essentiellement sur la foi elle aussi, tout comme la monnaie est fiduciaire. » (5) Pour la première fois de l’histoire de France, il y a donc un art sacré d’Etat, les commissaires, car les totalitaires n’ont pas peur des fonctions, imposent aux évêques.

Le troisième et dernier scandale révélé par le livre est le monopole de la commande publique détenu par l'AC. Il n’y a pas de place pour tous les artistes d’aujourd’hui. Tous ceux qui travaillent de leurs mains pour faire du beau feraient bien de circuler pour s’orienter vers les salons des arts créatifs. Seuls ceux qui manipulent les concepts sont autorisés à gagner leur vie pour les fonctionnaires de l’art qui agissent et décident seuls.

 


« Ce que tu vois est de la merde, mais rassure-toi, il y a une pensée derrière. » (6)


429Aude de Kerros, à travers les multiples exemples qu’elle livre dans son livre, nous fait comprendre comment l’artiste contemporain échappe systématiquement au jugement, esquive toutes responsabilités. Ses stratégies sont diverses. Il y a d’abord le cache-cache. L’auteur parsème des retables ou statues de vierges en plâtre de petits cœurs, de petites croix et XXX. Les initiés reconnaissent des anus, deux pénis croisés et le symbole des morts du sida. Les clercs n'y voient que des motifs décoratifs. Les militants gays sont contents de leur coup.

La deuxième va légèrement plus loin et procède du "farces et attrapes". Le regardeur (7) doit être absolument bousculé, questionné, choqué. Le bourgeois ne sera plus jamais tranquille, il sera assailli de blagues et contraint à la réflexion permanente. Exemple donné par l'auteur : 2001, Maine et Loire, en l’église Saint-Georges des gardes, posée à côté de la chasse du saint guérisseur, une autre chasse remplie de boîtes de médicaments. L’œuvre s’appelle : le miracle des antibiotiques. Ce n’est pas méchant. Cette petite blague permet une démultiplication des questionnements et débouche sur la délivrance de messages, voire d'une morale comme notre temps l’aime.

La troisième stratégie convient aux artistes, dupes, légèrement niaiseux, piégés par leur propre dialectique. Il s’agit de la sincérité du jeu du hasard au palais des glaces. Très en vogue chez les artistes étatisés. L’œuvre, le concept ne se réalise que par le regardeur. L’effet miroir est immédiat. Si ce que vous voyez est choquant, c’est que la société elle-même est choquante. Les artistes ne font que montrer, les œuvres sont des épiphanies de ce monde (et de son Prince). Les artistes dénoncent et on les blâme, c’est le comble. C’est le cas de Piss Christ, les gens ne comprennent vraiment rien. L’œuvre peut aussi être montrée comme étant purement spontanée, le fruit du hasard, et c’est le regardeur qui y projette sa culpabilité. L’œuvre révèle le mal contenu dans le regardeur. Les artistes ayant cette stratégie sont capables de croire sincèrement aux raisonnements produits, aux dossiers de presse. L'essentiel est donné dans cette sentence : « L’œuvre produit une déception qui donne à penser » (8) Aude de Kerros nous livre ainsi un pot pourri de l'art contemporain qui aurait pu servir de source intarissable à Philippe Muray. Il faut bien en rire.

 


Et en plus l’Eglise aime ça


les-pretres-(de-gauche-a-droite)-jean-michel-bardet-et-charL’Art Contemporain est donc le rendez-vous de tous les blasphèmes. Il serait logique qu’il soit le prétexte d’une querelle entre l’Etat et l’Eglise. Et bien, Aude de Kerros nous montre que l’étude de l’histoire de l’Art Contemporain, et de sa quête du sacré, révèle une collaboration de l’Eglise par la voie d’évêques à son humiliation. L’Eglise se fait insulter, voit sa foi salie et elle aime ça. On trouve deux sortes de clercs. Il y a d'abord les militants de l'intérieur, les défenseurs du progrès par l'AC, autant dire des idéologues qui noyautent l'Eglise. Aude de Kerros nous rappelle le lancement en 1997 à Lourdes lors de l'assemblée plénière de tous les évêques de France d'un groupe "Arts, Culture et Foi". Gilbert Brownstone y servira de sherpa entre autres à Mgr Rouet et à l'abbé Pousseur pour expliquer l'essence de l'AC. Sur Piss Christ, l'abbé conclut que l'œuvre était "porteuse de lumière". (9) Quant à l'évêque, il encense l'AC qui, contrairement à l'art moderne, est "moral, utile socialement, humanitaire, fondé sur la transgression..." (10) Pour ceux là, rien à faire d'autre que prier pour leur conversion.

Comme chez les artistes, derrière ceux que l'on aimerait qualifier de mal intentionnés, se cache une armée de niaiseux qui suivent. Ils sont piégés par les raisonnements des premiers. Pour eux, la charité exige de choisir l’art contemporain. De la maltraitance du regardeur, doit naître le dialogue. Du pur sado-maso. L'ouverture des Bernardins en 2008 constitue pour Aude de Kerros l'aboutissement de la convergence entre christianisme moderne et art contemporain. Jean de Loisy, commissaire d'exposition, en charge du département art contemporain aux Bernardins et théologien par dessus le marché, aime ça aussi. Il aime cette façon "salutaire" d'être secoué. Et ce département s'arrange pour ne laisser aucune place à l'art d'aujourd'hui et à tout donner aux concepts. Pour Aude de Kerros, si l'Eglise suit tous ces théoriciens, c'est avant tout mû par le désir d’inculturation de la modernité, de l'art contemporain. Stratégie séculaire de l'Eglise. Sauf que l'auteur se pose la question que certains évêques ont oublié de poser aux commissaires : « est-il possible d’inculturer une anti-culture ? » (11) Est-il possible d'inculturer un système d’essence totalitaire ?

 


Guerres culturelles et dissidence


13 - pieta - Michel AngeLe livre "Sacré art contemporain" commence par un lexique, car l'AC, comme tout mouvement révolutionnaire change les définitions. Tout comme Duchamp avait qualifié d'art ce qui ne l'était pas, le laid devient beau, le blasphème salutaire, etc.  S'il y a guerre, c'est avant tout la guerre des mots. L'Art Contemporain, on l'aura compris, qualifie tout autre chose que tout l'art d'aujourd'hui. Aude de Kerros déplore qu'aucune place ne soit laissée à celui qui, travaillant de ses mains, réalise une œuvre traduisant une vision intérieure du monde, se passant d'explications, destinée à la contemplation voire à la communion. « L’artiste conceptuel celui dont la cote monte, ne fat rien de ses mains.» (12)

En 2011, les affaires comme Golgotha pic-nic ont montré que le peuple pouvait réagir sous différentes formes pour s'opposer à ces choix de fonctionnaires. Dans un autre registre que la réaction, des paroissiens, comme à Fréjus, encouragés par leur évêque, sont parvenus à faire revenir l'Art dans leur église et à l'imposer aux fonctionnaires. L'Eglise de France a commencé à corriger le tir. L'Etat devra à sa suite infléchir un peu sa position. Aude de Kerros reprend la parole de Mgr Vingt-Trois : "La foi est indissociable d'une expression esthétique de cette foi et n'est pas assimilable à un modèle artistique particulier" Et déjà, comme tout système totalitaire, l'Art Contemporain se fissure. Des brèches sont réalisées. Des artistes rentrent en dissidence et l'écrivent pour se battre avec les mêmes armes que les conceptuels, pour se battre avec les mots. Le livre d'Aude de Kerros nous rappelle que les artistes existent bien, ils sont masqués par l'Art Contemporain, méprisés par les commissaires et autres fonctionnaires de la culture. L'Art n'est pas mort, il patiente. Comme Dieu.

 

(1) Aude de Kerros est peintre et graveur. Elle est également l'auteur de plusieurs livres et articles sur l'Art Contemporain. Elle anime l'émission "le libre journal d'Aude de Kerros" sur Radio Courtoisie.

(2) L'Art caché - Aude de Kerros - Eyrolles éditions - ISBN-10: 2212539339

(3) Sacré art contemporain - Aude de Kerros - Jean-Cyrille Godefroy Editions - ISBN-10: 286553233X

(4) Sacré art contemporain  - p21

(5) Sacré art contemporain  - p62

(6) Extrait de "Art" de Yasmina Reza à entendre dans la bouche de Pierre Vaneck jouant Marc

(7) Aude de Kerros explique dans son lexique au début de son livre que le "regardeur" est un des mots clefs de l'art contemporain. "L'acte de foi du regardeur est fondateur ..."

(8) Sacré art contemporain  - p106

(9) Sacré art contemporain  - p95

(10) Sacré art contemporain  - p96

(11) Sacré art contemporain - p176

(12) Sacré art contemporain - p149

Par Maximilien FRICHE - Publié dans : friche-intellectuelle
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
Samedi 31 mars 2012 6 31 /03 /Mars /2012 17:14

Tous les ingrédients sont presque réunis :

Il y a ceux qui sont prêts à trahir leur pays, capables d'antipatriotisme pour servir leur idéologie. Il y a ceux qui sont là et qui continuent d’entrer chaque année et qui ont bien compris que seuls les premiers serviront leurs intérêts communautaires. Il y a ceux qui ont la trouille et qui sont piégés par la dialectique des premiers.

 

Il y a désormais des clans en France, une ligne de fracture de plus en plus nette semble se dessiner entre ceux qui aiment la France et ceux qui l'aimeraient tout eautre.

Il y a des armes.

 

L’affaire Mohamed Merah n’est pas encore l’allumette suffisante pour lancer le grand brasier, elle est le point de départ pour la préparation, l’armement, et l'entraînement…

 

Et dans 10 ans, 20 ans tout au plus, tout bascule. La France peut sombrer définitivement, sauf si quelque chose comme l'ONU vient à notre secours bien évidemment.

 

guerre civile  

 

 


La padamalgamisme de gauche à droite

 

S'il n'y avait qu'une chose à retenir de la dernière affaire terroriste française, de l'affaire Mohamed Merah, ce serait sans doute ce concert de fausses notes autour de la nécessité de ne pas stigmatiser une communauté, de ne surtout pas faire d'amalgame. Sans dire vraiment avec quoi d'ailleurs, il convient de ne pas faire d'amalgame. "Pas d'amalgame", voilà le refrain d'une petite chanson entendu dans les salles de rédaction françaises. Ce concert sonne faux car pour certains, l'invective vaut militantisme de l'antiracisme, et pour d'autres c'est tout simplement la trouille. La trouille que six millions de Musulmans prennent mal une autre interprétation. Le consensus a été tel que l'on aurait pu rebaptiser de façon posthume le terroriste Mohamed Pasdamalgame, afin de permettre une meilleure assimilation de sa mémoire à notre nation, en francisant son nom, comme à la belle époque.

 

Quelle déception que ce n'ait pas été un nazi, les choses auraient été tellement plus simples pour les 80% de journalistes de gauche. Olivier Chapuis, journaliste au Nouvel Observateur l'avoue même dans un Tweet désespéré : "putain je suis dégoûté que ce soit pas un nazi." (1) Comme si la France était connue pour abriter des groupuscules nazis, comme si il y avait de l'activisme nazi armé en France... Olivier Chapuis fantasme. Et comme dirait Soral lui-même, ce ne peut pas être un mec de l’extrême droite, car aujourd’hui toute l’extrême droite est sioniste…(2) Même 24 heures de trêve dans l'élection présidentielle n'ont pas suffit à éviter les dérapages. Les tenants de la morale antiraciste se sont lâchés trop tôt, ils n'ont pas pu se retenir. La liste de ces incontinents de la morale anti-raciste-anti-française est longue :

 

 Jean-Pierre Dubois, président d'honneur de La Ligue des Droits de l'Homme, lundi 19 mars sur France Inter (3) a dégainé très vite dans le domaine du prêt à moraliser ultra-rapide. Pour ce faire, il a pointé du doigt le risque de considérer  les meurtres comme un acte isolé, la nécessité de lancer un débat sur la tolérance, comme François Bayrou d'ailleurs. Le droitdel'hommiste voyait dans l'acte barbare le signe d'une société malade où s'était installés le racisme et l'antisémitisme. C'était la veille du jour où la France a fait connaissance avec Mohamed Merah. C'aurait été bien que Jean-Pierre soit de nouveau invité le lendemain sur la même chaîne pour nous redire que pour lui notre société courait un danger énorme. A moins qu'il ait changé d'avis, et qu'il considère le tueur comme un fou isolé et qu'il convient de ne surtout pas faire d'amalgame. Girouette ? Non militant antifrançais.

 

Lundi 19 mars également, notre éternel nouveau philosophe, BHL déplorait « l’assassinat du contrat social » français, et appelait à répéter les bourdes de l'histoire et à manifester, tous les humanistes au coude à coude, comme au lendemain de la profanation du cimetière juif de Carpentras. Le Bureau National de Vigilance contre l'Antisémitisme, le MRAP (Mouvement contre le Racisme et pour l'Amitié entre les Peuples) et la Ligue des Droits de l'Homme ont appelé à participer à cette marche, à laquelle les socialistes Manuel Valls, Harlem Désir et Bertrand Delanoë ont pris part. Le président de SOS Racisme, Dominique Sopo, et son prédécesseur Fodé Sylla étaient là pour la ramener : "Il faudrait arrêter de dresser les Français les uns contre les autres". Le racisme est  logiquement le carburant indispensable à l'idéologie antiraciste, ce communisme du XXIème siècle comme l'avait nommé Renaud Camus en 2008 (4). Si le racisme n'existe pas, il faut l'inventer.

 

Mais la fourberie des idéologues leur a conféré la capacité de retomber toujours sur leurs pattes, pour dire que ce qui était vrai hier devient faux aujourd'hui et ainsi continuer de servir la cause. Cette cause qui n'est qu'un jalon de plus dans la chute. Ainsi donc, dans le temps de l'après, c'est à dire une fois le coupable identifié, une fois l'identité, l'idéologie et les intentions de Mohamed Merah connues, on a pu continuer de trouver des réactions pour le moins étranges de la part des gourous de l'intelligentzia française. Ainsi Pierre Moscovici, invité de radio-classique, lundi 26 mars au matin trouvait incongru, déplacé et tendancieux que les journalistes aient osé préciser les origines algériennes du terroriste. Préciser que Mohamed Merah était un Français d'origine algérienne participait de l'amalgame odieux pratiqué entre le terrorisme et la communauté musulmane. Avec ce genre d’invective, il interdira bientôt la recherche des motivations des criminels et mettra tout événement au rang du fait divers, de l’accident de parcours. Il n’y aura plus jamais de terroristes dans la France de Moscovici, qu’on se le dise. La padamalgamisme a donc la peau dure, il résiste à la réalité des faits. Il est encore plus têtu que la réalité.

 

 

Réécriture de l’actualité

 

A côté de ceux qui ne cessent d’hoqueter leur refrain « pas d’amalgame », on trouve les plus dangereux de tous, ceux qui réécrivent l’histoire en temps réel, ceux qui réinventent l’actualité. Beaucoup moins niaiseux que les  padamalgamistes mais beaucoup plus pervers. Ils dialectisent comme la gauche mais sont déjà en guerre.

 

Tariq Ramadan, sur son site (5), le 22 mars 2012, avait déjà tout compris, c'est-à-dire tout réécrit pour que l’Islam ne soit en aucune manière éclaboussé par l’affaire Merah. " Le problème de Mohamed Merah n’était ni la religion ni la politique. Citoyen français frustré de ne pas trouver sa place, sa dignité, et le sens de la vie dans son pays... " On le sent venir, on imagine déjà comment il va faire du bourreau une victime, et des victimes des symboles d’oppression. Il ajoute "Il (Mohamed Merah) exprime une pensée politique d’un jeune adulte dérouté qui n’est habité ni par les valeurs de l’Islam, ni par des pensées racistes ou antisémites. " Plus le mensonge est gros et plus ça passe. Une fois le mensonge établi, il ne lui reste plus qu’à enfoncer le clou et à réhabiliter le terroriste en le faisant basculer du côté des victimes. "Il (toujours le même) fut lui-même la victime d’un ordre social qui l’avait déjà condamné,  lui et des millions d’autres,  à la marginalité,  à la non reconnaissance de son statut de citoyen à égalité de droit et de chance." C’est de la faute de la société, de la France, des Français de souche. L’enchaînement est évident : comme il se sent frustré de ne pas en être, il se met à voler et casser par ci par là, comme son casier judiciaire n’est pas vierge, il ne peut pas entrer dans l’armée, ce dont il rêve, du coup, dans un romantisme fabuleux, il décide de donner une leçon à la France, un peu comme on se suicide. Pauvre Mohamed Merah ! Et estimons-nous heureux que les millions d’autres frustrés du système ne prennent pas immédiatement les armes. La menace est à peine voilée chez monsieur Ramadan. Elle ne l’est pas plus chez l’autre grand démocrate Alain Soral. Pour le patron d’Egalité et Réconciliation, on est avec l’affaire Merah face à un nouveau Carpentras, au sens de la mise en scène d'un événement. Rien de tel que de faire appel au passé pour réécrire le présent. Dans sa vidéo d’autocélébration du 20 mars 2012 (6), Alain Soral décortique tout l’événement patiemment, pour, au bout d’une vingtaine de minutes, lâcher tout son antisionisme obsessionnel : il reproche aux sionistes de se réjouir d'un tel crime qui va empêcher la réconciliation nationale à laquelle ils seraient opposés. Il va jusqu’à sous-entendre qu’il ne serait pas étonné que l’attentat soit tout bonnement l’œuvre d’un complot sioniste pervers mais avoue être dans l’incapacité de le prouver. Il dit regarder à qui profite le crime, établit qu’il profite nécessairement aux Juifs et lâche que l’assassinat des enfants juifs de Toulouse  s’est fait "dans l'intérêt supérieur d'Israël pour éviter la réconciliation nationale." Il n’y a bien sûr rien de plus odieux que ces sous-entendus, mais Soral est obligé d’aller loin, de tenter de se justifier. En effet, il est tout à fait imaginable qu’un Merah soit allé puiser sa haine dans les propos de Soral et les idéologies communo-nationales de Egalité et Réconciliation qui héberge Dieudonné, admire Chavez et est prêt à l’antipatriotisme pour l’instauration de son nouvel ordre qui pue toutes les horreurs nihilistes du XXième siècle.

 

 

Les terroristes sont chez eux chez nous

 

Tous ces leaders d’opinion autoproclamés ont en fait raison, la situation du pays est catastrophique. Le racisme a réellement imprégné toute la société, ils ont raison. Sauf que cette haine de l’autre et tout simplement la haine  ne sont pas là où il le croit. Ils l’ont flairé, mais se gourent. Certains se gourent par niaiserie, et d’autres par militantisme idéologique, qui passe par l’antipatriotisme. Et avant d’exiger un minimum d’amalgame, il faudrait, par soucis de précision mettre en lumière certaines coïncidences, certains étranges rapprochements, et donner quelques chiffres.

 

Le 23 janvier dernier, le ministre Claude Guéant avait demandé la dissolution du groupe d’excités Forsane Alizza, ou les "Les cavaliers de la fierté", pour la raison qu’il était un "groupe armé" menaçant la République. L’idée d'un lien entre le tueur et Forsane Alizza a été évoquée durant l'enquête par BFMTV et par le recteur de la mosquée de Drancy (7). Enfin, peu après l’annonce de la dissolution du groupe, le porte-parole et leader du groupe, Mohamed Achamlane qui se fait appeler Abou Hamza du nom de l'oncle paternel du prophète Mohammed, mi dangereux mi comique, comme tous les gourous, avait laissé entendre dans une vidéo qu’il pourrait avoir recours à la lutte armée "si l'islamophobie s'intensifie de jour en jour". "Il se pourrait qu'un jour ça arrive. A force de stimuler la haine contre les musulmans c'est automatique" déclarait il en se préparant ainsi à être la future victime qui sera obligée de tuer. Forsane Alizza avait déjà donné le ton en piétinant le code civil en public à Limoges ou dans l’action anti-juive du 12 juin 2010 contre un Mac-Do de Limoges accusé d'être un « partenaire corporatif majeur du fonds juif uni et de la fédération juive ». Ils sont représentés sur tout le territoire français et préfèrent recruter des "soldats", des hommes prêts à se battre. Les cavaliers de la fierté semblent dire à leurs prochaines recrues, phrase de fin de la bande annonce du film "la désintégration" :  à partir de maintenant, vous n’êtes plus des Français.(8)

 

Forsane Alizza est le symbole du jour, mais les réseaux islamistes sont nombreux en France. Le site Atlantico parle d'une estimation à 12000 Salafistes présents sur notre sol (9). Il faut dire que la nature même de notre population, transformée en profondeur par l'immigration, apporte un terrain très favorable au recrutement. Nos terroristes ne viennent pas en avion, ils sont déjà là. Pour Me Christian Etelin, ex avocat de Merah, et ex candidat aux législatives dans la ville rose pour le mouvement Elan citoyen contre les discriminations, le terroriste a agi en loup solitaire. Il est persuadé "qu'il n'y a pas d'infrastructure, d'organisation derrière dont il serait le soldat." C'est bien d'avoir des certitudes. Pendant ce temps là, la chaîne qatarienne al Jazeera recevait les enregistrements vidéo des crimes de Toulouse. Pendant ce temps, il faut bien trouver comment Merah a pu se doter de ses quelques armes à feu (Un pistolet-mitrailleur Sten, un revolver Python, un fusil à pompe, un fusil-mitrailleur Uzi, trois pistolets automatiques colt 45 de calibre 11,43 mm, des munitions et des explosifs). Pendant ce temps là, le frère du tueur, Abdelkader Merah confirme l’existence d’un second complice aux services de police (10). Pendant ce temps là, le loup solitaire va devenir une star posthume.

 

 

Marseille épaves 002

 


 

Un terrorisme adossé à un tissus culturel

 

Au delà des réseaux activistes simplement militants ou plus dangereux, nous avons toute une culture, un terreau politique où s'enracine cet attentat. Les hommages à Mohamed Merah, difficilement régulés ou étouffés, montrent combien le tueur de Toulouse appartient à une culture aujourd'hui présente et bien répandue en France et qui se retrouve dans l'acte terroriste odieux de tuer des enfants juifs et des militaires français. Le 24 mars dernier, des femmes voilées ont tenté un rassemblement d'hommage à Toulouse mais la police toulousaine alertée a pu empêcher la formation de la manifestation. Une trentaine de pages et une quarantaine de groupes sont dédiés à Mohamed Merah sur Facebook. Sur le mur d'une page : "400 policiers pour une seule personne... vive la France". Près de 500 fans du terroriste ont réussi à s'inscrire en quelques heures. Les autorités l'ont fait fermer. La tâche s'annonce complexe dans le pays de la liberté d'expression car les pages se multiplient comme des petits pains. La page la plus plébiscitée récolte 5 237 "like" tandis que le groupe le plus important rassemble 1 371 membres. Tout cela sans aucune crainte  de représailles. Ils savent que l'argument du nombre est de leur côté. A Sartrouville dans les Yvelines, des tags en l'honneur de Merah ont été découverts "Vive Merah" ou "Nique la kippa". Une simple « bêtise » dirait monsieur Pierre Cohen, maire socialiste de Toulouse, comme il avait qualifié le fait de brûler le drapeau français sur le Capitole pour le remplacer par le drapeau algérien (au soir du match de foot Algérie-Égypte en 2009).

 

Passons rapidement sur l'épisode de la minute de silence  pour Mohamed Merah proposée par une prof d'anglais à la bêtise crasse, assez représentative des capacités de zèle déplacé d'un corps professoral désireux de faire la leçon sur tout. Ce qui est intéressant, c'est de voir si le père du tueur va être suivi par un comité de soutien dans sa démarche de porter plainte contre les hommes du Raid pour assassinat.

 

Même chez les démocrates partisans d'un Islam des lumières comme Malek Chebel (Anthropologue et philosophe) invité de Naulleau et Zemmour le 23 mars dernier (11), il y a des éléments qui intriguent. Ce dernier disait que Merah n'était même pas un bon musulman puisqu'il avait bu de la bière la veille et avait tué d'autres musulmans. Sous-entendu : si il n’avait pas bu et n'avait tué que des non musulmans, alors Mohamed aurait été un bon musulman ? J’ai du mal comprendre. J'ai peur de comprendre.

 

 

Droit à un amalgame minimum exigé

 

Le criminel à peine achevé, les Français se demandaient : qu'a fait la DST ? Pourquoi n'a-t-on pas arrêté plus tôt ce gars connu des services de police et connu des renseignements généraux ? Pourquoi ? Il faudrait vraiment déniaiser les habitants de notre vieux pays. Pourquoi n'arrête-t-on pas les dizaines de terroristes potentiels présents dans l'hexagone ? Parce que nous sommes en démocratie, et même pire, en République. La sécurité d'un territoire et de ses habitants ne peut se réaliser contre la liberté de tous et même de ceux qui vont apprendre à tuer en Afghanistan. Imaginez la police faire des descentes dans les quartiers pour arrêter plusieurs dizaines d'individus dangereux, imaginez la police sanctionner les milliers de Salafistes de France pour propagation d'idéologie meurtrière, imaginez la police verbaliser les très nombreux jeunes musulmans qui, sur Facebook ou leur blog, applaudissent leur nouvel héros mort en martyr. Mais ce serait vu par les médias comme une pure et simple "ratonade". Aucun besoin de décrire les réactions de Radio France, de France Télévision,  de la presse parisienne et locale, aucun besoin non plus de décrire les réactions des dicteurs d'opinion comme notre vieux BHL. Chers Français, l'heure est au déniaisement : l'Etat de Droit ne peut plus s'appliquer, l'Etat doit désormais négocier avec certains de ses citoyens... la paix.

 

Et bien nous allons oser casser un tabou, nous allons faire de l'amalgame. Nous allons le réclamer à corps et à cri. Nous méritons un minimum d'amalgame et c'est tout. Mohamed Merah n'était pas un tueur en série mais un terroriste, ce qu'il a fait ne relève pas du fait divers mais de l'attentat, ce n'était pas un fou isolé, c'était un guerrier relié idéologiquement et culturellement aux quatre coins de la France et du monde avec ses frères fondamentalistes musulmans. Voilà donc l'amalgame minimum exigé : Mohamed Merah - Français d'origine algérienne - immigration - musulman - islam fondamental - des milliers de Salafistes en France - prisons françaises - Afghanistan - Pakistan - Aqmi - filière d’acheminement de djihadistes en Irak – trafic d’armes en France -  héroïsation des terroristes dans les banlieues - noyautage de certaines mosquées en France - 500 fans sur Facebook - Forsane Alizza ... Je pense qu'en faisant ces quelques rapprochements, on pourrait sans doute établir un programme politique légèrement plus radical, beaucoup plus réaliste et de nature à retarder un peu la dissolution de notre civilisation.

 

Et pour ceux qui veulent que l'on arrête les circonvolutions, je vous propose l'amalgame lumineux donné en 2007 par Philippe de Villiers, qui a des airs  de tabou brisé : « l’islam est le berceau de l’islamisme et l’islamisme le berceau du terrorisme. » Pour ce coup au moins, revendiquons le droit à l'amalgame.

 

 

(1) http://www.surlering.com/article/article.php/article/-putain-je-suis-degoute-que-ca-soit-pas-un-nazi-

(2) http://www.dailymotion.com/video/xppipv_e-r-alain-soral-mars-2012-partie-1_news?start=6#from=embediframe

(3) Le téléphone sonne - France Inter - 19/03/2012

http://www.franceinter.fr/emission-le-telephone-sonne-la-tuerie-de-toulouse-le-traumatisme-pour-les-enfants-et-le-point-sur-l-

(4) Le Communisme du XXIe siècle - Renaud Camus - Editions Xenia - ISBN-10: 2888920344

(5) http://www.tariqramadan.com/LES-ENSEIGNEMENTS-DE-TOULOUSE,11912.html

(6) http://www.dailymotion.com/video/xppipv_e-r-alain-soral-mars-2012-partie-1_news?start=6#from=embediframe

(7) Le Nouvel Observateur - 21/03/2012

(8) http://www.premiere.fr/Bandes-annonces/Video/La-Desintegration

(9) http://www.atlantico.fr/decryptage/nombre-musulmans-orthodoxe-france-happy-hour-atlantico-chiffres-315149.html

(10) Le Figaro – 29/03/2012

(11) http://www.surlering.com/video/video.php/video/zemmour-naulleau-sur-mohamed-merah-2-2-

 

 

Par Maximilien FRICHE - Publié dans : friche-intellectuelle
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 28 novembre 2011 1 28 /11 /Nov /2011 19:21

Face aux fantasmes des fanatiques, la vérité apparaît dans sa grande banalité. Il y a une supériorité naturelle et éternelle de l'écrivain sur le polémiste. Le meilleur service que l'on puisse rendre à Soral est de ne plus l'écouter. Il ne pense pas ce qu'il dit, il exprime la simple souffrance de la médiocrité. Ayons pitié.

 

 

Par Maximilien FRICHE - Publié dans : friche-intellectuelle
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Jeudi 17 novembre 2011 4 17 /11 /Nov /2011 21:46

Ai-je perdu mon temps ? Aujourd’hui, hier et demain ? Voilà l’insupportable question et le supplice de tout examen de conscience que l’homme honnête et désireux de s’humilier doit s’imposer. Pascal avait bien cerné cet être insensé qui investit tellement à fond perdu. Hommes de peu de foi que nous sommes, oisifs suffisants alors que notre tour approche, êtres infatués de son creux, avez-vous perdu votre temps ? Heureusement, il suffira d’une seconde pour regretter une vie entière. Il est important de se faire pitié.

 

 

Le temps, premier don de Dieu

 

Commençons par le commencement, c’est à dire la Genèse. Le temps fait partie du monde. Ce qui n’est pas le monde est de toute éternité. Par définition, le temps ne peut être de toute éternité. Le temps est dedans, il est créé. Il est l’une des dimensions de la matrice créée par Dieu. Malheureusement, il n’y a pas de jour, du dimanche au samedi où il est écrit que Dieu a créé le temps et qu’il vit que c’était bon. Mais les jours eux-mêmes sont la marque du temps. Ils sont comme le berceau, l’écrin de chaque division, du jour et de la nuit, des eaux et de la terre, de l’homme et de la femme. Le temps est donc d’abord la fragmentation de notre perpétuité dans l’Eden. Un rythme, des respirations ? Oui un rythme pour le travail. Nous savons, mais il est bon de le rappeler, que l’homme a été créé pour travailler, pour collaborer à l’œuvre de Dieu. Le travail n’est pas une punition, la conséquence de notre pêché, le travail fait partie du dessein de Dieu pour l’homme dès l’Eden. C’est la pénibilité et la mort qui sont la conséquence du pêché, non le travail. Le temps, sous forme de semaines, permet donc à l’homme d’y inscrire son travail, à l’imitation du créateur, du dimanche au vendredi. L’origine est le moment où le temps est un lieu, collabore au territoire, à l’accueil de la création. Le temps n’est pas encore un capital donné, un héritage à consommer. Pas encore, mais notre pêché va permettre sa mutation.

 

 

La mort comme coup de grâce

 

On sent très vite que la semaine, ce temps des origines, n’a rien à voir avec nos vies. Ce temps là n’est plus le nôtre. Nous sommes les deux chevilles prises dans le sablier, mains en l’air. Voilà l’image mélodramatique de notre angoisse. Après la création, il y a eu le pêché. Et après le pêché, il y a eu un ultime don pour organiser notre retour, le coup de grâce, la mort. Notre rapport au temps a considérablement changé, comme on dit en modernité. C’est que le temps a chuté en nous, il s’est réduit à notre dimension. On comprend ainsi aisément le caractère précieux de ce que l’on avait avant en abondance. Le temps nous est compté et le gaspiller serait une folie en plus d’un pêché. La vie qui nous est donnée devient dès lors le chemin qui nous sépare de Dieu, l’espace destiné à nous convertir. La question portée au terme d’une vie risque d’être : qu’as tu fait de tes dons ? Qu’as tu fais de ton temps ? Ah, mais la réponse peut être cinglante et donc suicidaire. La liberté de la créature va jusque là. Je ne me sens pas responsable de ma nature en temps que créature et encore moins lié à ce pêché originel que l’on se refile comme une maladie congénitale, une maladie honteuse, de générations en générations. Et je me laverai bien les mains de tout ça. Le raccourci que je fais mien est le suivant : Dieu a créé l’homme mortel, c’est bien à cause de Lui que je patauge entre angoisse et jouissance, entre nausée et orgie, entre prière et théâtre. La mort est la cause de tous mes problèmes et je n’y suis pour rien. C’est ainsi que l’homme moderne commence à jouir sans retenue, sans arrêt. C’est ainsi que le réactionnaire commence à refuser de participer et à ruminer le nez dans son whisky.

 

 PA300062

 

 

 

Désaccord profond

 

Le pêché originel est sans doute le fait le plus inacceptable qu’il soit. Par un seul homme, à cause d’un seul homme, nous voici dans une angoisse inouïe. La mort est partout, toute créature meurt, toute chose se corrompt. Il y a là une profonde injustice, un scandale magnifique, une tragédie révoltante. Si nous n’étions pas si faibles, nous partirions bien demander des comptes à celui qui n’a aucune mesure avec nous. Et se fâcher avec Dieu, c’est aussi le prier. L’explication donnée ne suffit pas à notre intelligence bornée. Ah, le baptême qui lave du pêché originel. Ce baptême une fois pour toutes et qui révèle son impuissance face à notre nature. Est-ce moi qui pêche ou Dieu qui a créé la nature pécheresse. Je suis comme ça. Ce n’est pas de ma faute, ce n’est pas de ma faute, ce n’est pas de ma faute. Et voilà que j’ai envie de chanter Brigitte Fontaine : « ce n’est pas d'ma faute je n'pouvais pas faire autrement tu comprendras, ce n’est pas de ma faute, voici pourquoi: j'suis égoïste ! » La logique de la propension à pêcher est une tentation trop facile au regard de l’existence de la sainteté sur terre. Car il ya  des saints et c’est bien ça qui nous dérange. Ce qui nous dérange, c’est bien la présence du Royaume ici bas, la réalité de son annonce au regard de sa présence anticipée par les saints. Pour dépasser notre désaccord avec le Père, il nous faut faire deux efforts d’intelligence :

 

D’abord reconnaître que le pêché originel n’a cessé d’être réactualisé depuis la chute. Ce n’est donc pas à cause du pêché du seul Adam que nous continuons de naître mortel. Nous même, dès le lendemain, nous réactualisons dans notre chair le pêché du premier homme. Nous posons un acte purement volontaire. Nier cet acte volontaire revient à incorporer le diable à notre nature, il prendra alors le nom de psychisme. L’étude du psychisme est une des façons les plus efficaces de nier l’existence du diable, de se vautrer dans un petit théâtre d’émotions et de sentiments.

 

Deuxièmement, se souvenir que nous ne sommes qu’une fractale de l’humanité et de la création, un membre d’un corps. Il y a une solidarité dans le mal de chaque individu de notre race. Nous subissons tous les conséquences d’un pêcheur quelque part dans le monde, ou plus exactement, sans fausse modestie, le salut du monde est mis en péril à la moindre amorce de désir impur en nous. La solidarité dans le mal est la seule justification du baptême du Christ par le Baptiste et seule justification de sa mort sur la croix. L’innocent est condamné à mourir à cause de mes pêchés. C’est ma faute, c’est ma faute, c’est ma très grande faute si le diable existe. Dans Képhas de janvier 2010, Alain Quilici rappelait cette histoire racontée par Elie Wiesel : devant une pendaison dans un camp de la mort d'un enfant, devant la mort interminable de l'enfant se débattant au bout de la corde, un homme répète sans arrêt : où est le bon Dieu ? Et la seule réponse venant en tête à Elie Wiesel est celle ci : il est là, au bout de la potence.

 

Mon désaccord avec le Père, mon désaccord de réactionnaire se trouve déboulonné par mon premier et mon second, mon orgueil démasqué, et pourtant, j’aurais du mal à ne pas y revenir. Ce n’est que par l’intelligence puis la prière que je peux arriver à m’éloigner un tout petit peu de mes angoisses et de ma rancune vis-à-vis de celui à qui je dois tout.

 

 

Un temps pour tout et surtout pour mourir

 

Ais-je perdu mon temps ? Yeux fermés, mains jointes sur le plongeoir de l’oraison. Débile mental ! On aime bien se faire du mal. Ai-je perdu mon temps ? Grande Bollée d’air pour une poitrine qui veut se faire montgolfière sans lâcher du leste. Cet examen de conscience doit se faire tout modestement en posant le regard sur les gestes et pensées de la journée. Voir si l’équilibre existe entre nos devoirs et notre nature. Entre prier-travailler-aimer et dormir-manger-câliner. Dans la journée, Dieu premier servi comme dirait notre Jeanne, combien de temps pour prier ? Le temps d’un signe de croix bâclé, le temps d’un chapelet où notre imaginaire gambade ? Ais-je perdu mon temps n’est pas qu’une question de quantité mais aussi de qualité. C’est le cœur que l’on met à prier, à œuvrer et à aimer qui est mesuré. Il s’apprécie à la démesure de Dieu. La stratégie consiste, pour ne pas perdre son temps, de tout offrir à Dieu, de faire de notre travail une prière. D’aimer Dieu à travers tout être. On voit dès lors que les trois pans du programme de Dieu pour sa créature s’interpénètrent, fusionnent pour nous permettre de nous rassembler dans un mouvement de récapitulation et de nous relier à lui dans un mouvement ascensionnel. Il y a du chemin à faire pour modifier en profondeur nos vies. Alors, à l’examen de conscience, on peut répondre par une promesse de lutte pour incorporer de la prière dans quelques gestes quotidiens, pour les anoblir gentiment, pour renoncer discrètement à la vulgarité.

 

Il y a enfin et surtout un temps pour mourir. Et c’est le même que celui de se convertir. Après toutes les hésitations, les chutes et rechutes, les promesses mal tenues, les luttes abandonnées, en venir à se coucher sous la volonté de Dieu. Réapprendre à mourir comme les premiers Chrétiens offrant leur gras du bide aux crocs de lions dans l’arène. Accepter d’appartenir à un peuple prédestiné à l’abattoir, marchant lentement à la file indienne, comme pour aller communier, s’agenouillant pour mieux se coucher dans l’éternité. Ce temps de la mort doit nous aimanter, c’est la certitude d’avoir l’opportunité de se convertir définitivement. C’est la certitude du retour. La prédestination à la mort dans laquelle nous sommes engagés, est une préfiguration de la prédestination au salut dans laquelle nous serons au purgatoire, comme sous l’effet d’un miroir, d’un renversement. Refuser la mort anticipe le refus du salut. Au contraire l’accepter, c’est entrer en purgatoire comme en Espérance.

Par Maximilien FRICHE - Publié dans : friche-intellectuelle
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Mardi 3 mai 2011 2 03 /05 /Mai /2011 21:56

Le débat sur l’interdiction de la fessée fait partie des marronniers du modernisme à l’œuvre dans la société occidentale. Il revient régulièrement pour montrer qu’il y a encore des combats importants à mener y compris dans nos sociétés jouisseuses et permissives pour le triomphe complet de l’humanisme. Un ensemble de biens pensants s’indigne aujourd’hui et prend appui sur une troupe d’experts en psychisme pour donner un  pedigree scientifique à leur idéologie à la fois libertaire et liberticide. Une campagne télévisuelle contre les «violences éducatives ordinaires», lancée par la Fondation pour l'enfance (1) à partir du jeudi 28 avril sera diffusée sur toutes les chaînes et sur le Web à l’occasion de la Journée internationale contre les violences éducatives programmée le samedi 30 avril 2011. Cette campagne se veut choc. Montrer au pékin comment il peut dans sa vie ordinaire, sa vie cachée et triviale, avoir les gestes d’un monstre. Un peu comme à l’époque, on nous expliquait qu’à partir de trois verres de vin par jour, on n’était qu’un alcoolique. Dans le spot sur la fessée, on voit une enfant de huit ans recevoir une claque de sa mère pour un verre de jus d’orange renversé par maladresse. La grand-mère, au regard doux et triste, qui assiste à la scène, demande alors «pardon» à sa fille. Le message s’affiche alors : «Des parents qui battent ont souvent été des enfants battus. Eduquons sans violence. Ni claques, ni fessées». Réjouissons-nous, il nous reste encore les mots, les gros yeux, les punitions, … pour un temps. Réjouissons-nous et décortiquons la manœuvre en cours.

 

Vidéo ici

 

La légitimité abolie

 

Contre le déluge d’experts psychanalystes dont se sont équipés les idéologues anti-fessé, il convient de ne pas se laisser intimider et d’enraciner notre réponse dans le bon sens et nos expériences qui valent au moins autant que les leur. Commençons d’abord par la gifle que nous avons méritée et souvenons-nous à quel point elle a brisé en nous l’orgueil qui nous habitait de façon plus efficace et généreuse que toutes les leçons de morales imaginables. Ensuite prenons soin de définir la fessée comme la marque de la violence légitime, de la légitimité du pouvoir détenu par les parents. Une des habitudes du modernisme est de mettre sur un même plan violence légitime et violence hors la loi, victime et bourreau. Et oh, doucement, il s’agit d’enfants, pas de criminels… Oui et pourtant, le raisonnement est le même. Le spot TV nous montre une gifle légitime mais injuste car donnée à la suite d’un geste uniquement maladroit. Imaginons cette même gifle donnée à la suite d’une insulte proférée à l’encontre de sa mère par un petit gars, au hasard, un truc du type, « tas gueule sale femelle ». Le geste aurait alors été applaudi comme la marque de la légitimité et de la justice. On aurait pu donner dans le vol de portefeuille à un candidat à la présidence de la république en 2007, mais cela aurait été servir la soupe au centre mou. La fessée est l’anti-raisonnement, c’est le 49.3 de l’éducation, c’est le point d’arrêt à la palabre inutile. La perte de légitimité tant désirée par les tenants de l’anti-fessée, ne réglerait en rien le problème de l’injustice, qui seul est le cœur de la mauvaise éducation et qui peut irriguer tout agir éducatif et pas seulement la fessée. Taper à mauvais escient ou parler de travers, ne plus rien hiérarchiser, voilà bien ce qui provoque le dérèglement comportemental de l'enfant.

 

Le but d’un geste physique n’est pas de faire mal. Assimiler fessée et maltraitance est une insulte à tous les enfants battus. C’est absolument indécent pour les victimes de mettre leur bourreau sur un même pied d’égalité avec les parents ordinaires. Le geste de la fessée est la part visible de la colère. Parce que nous sommes incarnés. On n’aime pas sans embrasser de temps en temps. Et bien, on ne se fâche pas sans délivrer une fessée de temps en temps. La colère est un signe de rupture, de désaccord complet avec l’attitude de l’enfant. Il s’agit d’un retrait temporaire de la bienveillance pour accepter que la fessée rétablisse l’enfant dans son amour. Catherine Dumonteil-Kremer (2) s’insurge du fait que l’adulte abuse de son pouvoir en frappant plus petit que soit, comme s’il y avait une lutte imaginable entre enfant et parent. La fessée n’intervient pas dans un combat, mais comme une sanction. Dans la position des parents depuis la naissance de leur enfant, tout est abus de pouvoir. Le parent et l’enfant ne sont pas au même calibre c’est certain. Et c’est même la raison pour laquelle les mots trouvent leur limite dans cette relation, les mots n’ont pas la même signification contrairement au geste qui est limpide de compréhension. La loi naturelle entre l’enfant et le parent est une loi d’amour et de dépendance, et c’est l’amour qui implique l’éducation

 

Catherine Dumonteil-Kremer (2), toujours, explique avec une grande pédagogie : « Il (l’enfant) leur (les parents) fait entièrement confiance et une tape va générer chez lui un sentiment d'insécurité. Le frapper, c'est aussi donner l'idée à l'enfant que la violence peut être une solution. » En aucun cas, les contraventions n’ont incité les gens à voler, la prison à séquestrer. Les fessées n’incitent pas non plus l’enfant à être violent. Au contraire, à la vue de casseurs cagoulés en ville, nous pensons spontanément et à raison : « ils n’ont pas reçu assez de fessées. » Que les sauvageons immaîtrisables aujourd’hui  ne soient pas éduqués n’est pas un mystère, c’était déjà le constat chevènementiste de la campagne présidentielle de 2002. Jamais nous n’avons eu autant de nuisances, de nocences pour reprendre une expression chère à l’écrivain-candidat Renaud Camus (3), que depuis que les pères ont renoncé à leur autorité, se sont pétris des complexes émasculateurs sous la croupe molle de notre république matriarcale.

 

 

Collectivisation de l’enfant

 

Depuis 2008, le Conseil de l'Europe recommande à ses Etats membres d'interdire  fessées, gifles et autres gestes du même genre. Pourrait-on encore tirer les oreilles, ou y apposer une pichenette ? C’est peu probable. En 2009, la députée UMP, enorgueillie de son statut de pédiatre, donc d’experte, Edwige Antier avait déposé une proposition de loi dans le sens de l’interdiction de la fessée. Cette proposition n'a toujours pas été examinée par le Parlement. Il faut dire, qu’entre deux grèves et deux émeutes, ce n’est pas forcément la priorité de notre pays de mal élevés que de lever la main sur la fessée. Sachant que l’on ne parle pas de la protection des enfants maltraités. Les lois existent là-dessus. Elles ont du mal a être appliquées, mais elles existent. La loi supplémentaire que l’on veut faire passer sur l’interdiction de la fessée est la marque d’une idéologie en marche surfant légèrement sur l’émotion des enfants battus. Ce qui sous-tend cette idéologie, c’est que l’enfant appartient à tout le monde, qu’il fait partie du patrimoine commun de l’humanité, un peu comme une planète.

 

En cas de lois, on imagine très bien les dénonciations des gens à qui on a appris dans un réflexe pavlovien à s’indigner. Imaginons un petit gars de quatre ans en crise, tapant des pieds et des mains au sol d’un supermarché, imaginons le père, qui dans un mouvement brusque l’attrape par le col en usant de sa supériorité physique pour le remettre sur pied. Aussitôt les regards, aussitôt la honte, aussitôt les soupçons, aussitôt la réprobation et l’anéantissement de l’image du père. Il est sans doute extrémiste de songer à une nationalisation de l’enfance. Néanmoins, l’idéologie qui sous-tend l’interdiction de la fessée, est celle là, celle de la nouvelle Sparte. Construire de dociles électeurs de gauche en leur faisant croire qu’ils sont rebelles alors qu’ils ne cessent de justifier le pouvoir en place : Voilà le programme de l’Education Nationale depuis quarante ans. Voilà aussi ce qui veut rentrer dans chaque famille pour maîtriser ce pan de l’éducation laissé à la sphère privée. Et c’est par la judiciarisation des rapports filiaux que l’idéologie consent à pénétrer dans l’intime des familles. Ces rapports qui sont normalement régis par la loi naturelle seront modifiés insensiblement. On obtiendra que des enfants puissent demander réparation à leurs parents pour les fessées reçues plus jeunes. Il n’y aura plus d’impunité pour les dictateurs familiaux, les tyrans ordinaires. Une cour de La Haye pour les abus de pouvoirs familiaux sera créée. On connaît déjà ceux qui réclament le droit à ne pas naître. Et comment voulez-vous que l’on n'ait pas des envies soudaines de distribuer des claques ?

 

Où commence la violence ? Ce qui crée une rupture commence par vexer l’enfant, que ce soit : privé de dessert, sort de table, va au coin ou tu la vois celle là. Tout est violence du moment que cela contrarie le libre nuire de l’enfant. L’enfant vexé se civilise, commence à prendre en compte l’autre, à mettre les formes nécessaires à la vie en société. Evacuer les moyens de correction de l’enfant comme la fessée, est risquer de ne mettre en œuvre que le type d’éducation correspondant à la moyenne des enfants sans savoir s’adapter à chacun. C’est médicaliser tout comportement qui ne saurait se corriger sous la simple injonction orale de l’éducateur. C’est au final, rendre irrécupérable toute une série d’individus. Irrécupérables comme ces gouailleurs mal vieillis aux crachats chargés, et aux gestes instinctifs. Irrécupérable comme cette racaille indigne de nos fessées… Voilà toute la générosité de nos idéologues. Voilà toute l’épuration suggérée par l’abolition de l’autorité et de sa légitimité à l’intérieur du cercle familial.

 

 

Dialectique peace and love

 

Si l’idéologie sous-jacente au discours d’expert est si facile à débusquer, c’est qu’on la reconnaît à sa dialectique, à la mauvaise foi de ses arguments. Selon un sondage de 2009, 45% des Français voient la fessée comme un outil d’éducation, alors que 52% pensent que c’est un geste à éviter. Déjà l’idée fait son chemin et l’opinion bouge. Aujourd'hui, 80% des parents admettent avoir déjà donné une fessée ou une gifle à leur enfant. Ils n’ont pas encore peur ou honte de l’avouer, mais cela ne saurait tarder, la révolution culturelle est en marche. La marche est lente mais n’a jamais été interrompue depuis la chute des lumières sur le monde. Notre société allant vers toujours plus de gauche, dès lors qu’un sujet se politise d’une façon caricaturale en bien et mal, on ne peut que retarder l’avancée inéluctable du progrès. Qu’on se le dise, le compte à rebours est lancé pour l’interdiction de la fessée en hexagone.

 

Ecoutons le docteur Lazimi (4), coordinateur de l’opération de communication lancée par la Fondation pour l’enfance : "La loi interdit de frapper un adulte, la loi interdit de frapper un animal, et c'est normal. La loi doit interdire de frapper un enfant". L’angle d’attaque est vicieux puisqu’il y a bien des lois contre la mal-traitance des enfants et que dresser un animal passe parfois par des brimades. Là encore on assimile le père de famille qui donne une fessée au Thénardier qui fait subir des sévices à ses enfants. Là encore on joue sur l’émotion et la culpabilisation. Dans le dossier de presse (5), un tel continuum est établi entre le numéro vert consacré aux enfants battus et les actions militantes contre la fessée qu’il ne peut en résulter qu’un accord implicite et une bienveillance vis à vis de ces tenants du bien contre le mal. Deuxième argument à la mode du coordinateur : seules la France et l'Angleterre n'ont pas légiféré sur le sujet dans l'Union européenne. Si tout le monde l’a fait en Europe, c’est forcément un argument de poids. La première campagne TV et web de prévention des violences éducatives ordinaires a été entièrement élaborée et diffusée gratuitement avec le soutien de l’agence Publicis Conseil. A croire qu’il s’agit vraiment d’une cause prioritaire pour notre pays. A côté la cause pour la prise en compte de la diversité va développer une certaine jalousie.

 

Supposer que l’homme est par sa nature bon (6) et que la violence légitime de ses parents venant le corriger le pervertit rappelle les plus belles heures de Rousseau et nous rend nostalgiques de l’anti-Rousseau de Joseph de Maistre (7). Si l’homme est naturellement bon, pourquoi même hausser le ton et faire les gros yeux. N’élevons plus nos enfants et laissons-les s’échouer aux bancs de la société, prêts à être internés dans les grands hôpitaux des faiseurs de lois. 

 

Il sera difficile de résister à la mutation culturelle. La fessée sera interdite, la société permettra aux enfants de porter plainte contre leurs parents, aux parents contre les grands-parents, à tout le monde contre les morts, ce sera la guerre généralisée sous la forme de l’abstraction la plus diabolique. Le dernier lien charnel de la société, celui qui existe entre les parents et les enfants sera détruit. Les psychanalistes toucheront bien quelques rétrocessions sur les honoraires des avocats, eux qui ont su persuader leur client que la fessée de leur enfance leur a fait quelque chose quelque part qui est à l’origine de leur psychisme morose de ce jour. Heureusement, la société toujours en quête de faiblesse reconnaîtra la particularité culturelle de certaines communautés et tolèrera que les hommes voilent leurs femmes et que les fils battent leur mère.

 

 

A l’age adulte, on aimerait bien parfois recevoir un simple soufflet vexatoire pour quelque chose dont on n’est pas fier, de la part de quelqu’un d’infiniment plus grand, de la part de quelqu’un qui ne serait pas au même calibre que nous et qui nous aime, on aimerait bien bénéficier de cette aide pour nous remettre droit, pour nous conférer une dignité neuve. Mais on n’a le droit qu’aux condescendances tièdes des uns et des autres, aux caresses fourbes, à la tolérance méprisante d’une société qui ne cherche qu’à s’épurer. Si seulement les aïeuls de ces idéologues pouvaient revenir pour les gronder une dernière fois.

 

 

(1)  http://www.fondation-enfance.org/Une-campagne-choc-qui-va-faire

(2)  Catherine Dumonteil-Kremer,  Auteur de Poser des limites à son enfant et le respecter, interviewés sur TF1 news le 27 avril 2011

(3)  Site du parti de l’in-nocence de Renaud CAMUS : http://www.in-nocence.org/

(4)  Le monde 27 /04/2011

(5)  http://www.fondation-enfance.org/IMG/pdf/DOSSIER_PRESSE_27_04_11.pdf

(6)  Livre cité dans le dossier de presse : Oui, la nature humaine est bonne ! Comment la violence éducative la pervertit depuis des millénaires (ISBN 978-2-221-10919-9 Robert Laffont, 2009) de Olivier MAUREL.

(7)  Contre Rousseau: De l'état de nature – Joseph de Maistre - Fayard/Mille et une nuits - ISBN-10: 2755500522

Par Maximilien FRICHE - Publié dans : friche-intellectuelle
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 8 mars 2011 2 08 /03 /Mars /2011 20:02

Le sa(l)ut dans le vide

 

 

Je voudrais que cette rentrée scolaire 2008-2009 soit placée sous le signe de la page blanche. Non pas comme le reflet de l’angoisse de ceux qui se forcent à avoir de l’esprit, mais comme le résultat d’un effacement total. Vouloir écrire pour détourner le regard du vide, pour ramener l’horizon plus prêt de soi, à sa portée, est une erreur fondée sur le refus de se perdre. Il faut nous perdre au plus loin. Etre conscient que nos yeux ne sont pas faits pour s’arrêter à la ligne d’horizon, mais pour la perte de vue. C’est drôle comme cette expression de perte de vue est signifiante pour dire à la fois que nous sommes faits pour l’éternité, et que pour cette éternité il nous faut mourir.

 

Parce qu’on ne peut remplir un puits sans fond, écrire ne doit jamais être une création. Ecrire ne peut être qu’un juste retour de la chose vers son créateur. L’encre ne vient pas remplir le vide de la page blanche. L’encre est avec nous, de notre côté, dans notre monde, et la page blanche, c’est la toute éternité. Les phrases de l’homme ne remplissent pas la toute éternité. On ne peut remplir une surface. C’est la nature même de la page blanche qui en fait un lieu impénétrable. Et nos stylos promènent la frontière de notre monde sans jamais pouvoir la traverser. La limite ne peut être franchie et l’éternité pénétrée, puisque la limite, c’est notre substance même. On ne peut faire un pas sans elle. Il faut donc trouver une façon d’écrire pour rendre grâce, trouver une encre volatile, faire de l’écriture un chant et de la page blanche la cible adorée.

 

 

Rédacteurs en chef

 

Il y a trop de livres, trop de pattes de mouches partout posées sur l’immaculée. Il y a trop de lignes de codes qui s’auto engendrent, qui font re-création. Il y a trop d’écrits sur tout. Qui n’a pas déjà ressenti le désir de tout brûler, n’est qu’un héros de roman ou un objet d’étude des sociologues ! La question posée à tous les écrivains sur l’angoisse de la page blanche est bien sûr ridicule. Rien n’est plus simple que d’écrire. C’est comme parler, marcher. La méthode on la connaît, c’est utiliser des mots, les mettre dans un ordre de type sujet verbe complément. Nous pouvons même, pétris de modernité que nous sommes, être plus créatifs : changer l’ordre et inventer des mots. Rien de compliqué, rien d’angoissant non plus. Si l’on rajoute à cela que le langage écrit est la retranscription du langage parlé, commettre sa petite frappe est un jeu d’enfant que tout à chacun peut remplir les doigts dans le nez. Alors bien sûr, tout le monde n’étant pas converti au surréalisme, la plupart exige d’avoir quelque chose à dire. D’où l’angoisse encore une fois. Cette angoisse formulée ainsi est encore plus idiote. On n’est pas obligé d’écrire. Ni même de lire d’ailleurs. Ils devraient remercier Dieu de ne rien avoir à écrire, et retourner chez eux continuer de vivre. Ils ne savent peut être pas que vivre et écrire sont incompatibles en réalité (j’en ai fait des histoires, j’en ferai un article prochainement.) Ne restent que les servants auto-proclamés de l’écriture, qui ont commencé spontanément et qui à un moment d’après, se forcent. Autant dire les pros. Face à l’immaculée, ils se sentent d’un coup incapable de souiller. Tant mieux ! Ils se sentent impuissants et cherchent par tous les moyens à recouvrer leur maudit talent. C’est que chez eux l’écriture est une création, un truc qui sort de soi, un truc pour lequel il faut pousser fort en plissant les yeux comme un pékin. C’est que pour eux, écrire est enfanter. Et s’ils n’y arrivent plus, c’est la panique ! Certains prennent alors ces fameuses mères porteuses qu’on appelle des nègres dans le jargon. Ecrire va devenir un droit pour ces pros. Certains vont même aller jusqu’à chiffonner de rage l’immaculée. Les impuissants du verbe ! Les idiots ne savent pas que la page blanche est le but à atteindre. Que c’est le signe d’avoir fini de témoigner ! Cela peut signifier que l’on est prêt pour la croix. Prêt à perdre ses dimensions et à se glisser dans cette surface d’éternité. Ces pros impuissants sont tout simplement confrontés à l’angoisse de la mort. Ils ne savaient pas encore que l’homme était mortel, ou alors, ils ne savaient pas qu’ils en étaient.

 

 

Retournement de la page blanche

 

Reprenons donc tout dans l’ordre. Ecrire est une sorte de malédiction, en tout cas une élection donc une guigne de laquelle il faut se montrer digne. La mission consiste à se vider et non à remplir. Une fois la chose faite, on doit se sentir libéré de ces obligations. Le jour où tout les mots ont été épuisés, où la source a été tarie. On peut dire que la mission est réussie, l’objectif atteint. L’état de grâce ! Ecrire, c’est faire de sa chair du verbe, afin de rendre grâce à la création, en usant du beau pour approcher le vrai. On ne devrait écrire qu’un seul livre. Ceux qui ont plusieurs livres en projet derrière celui qu’ils rédigent se sont trompés de monde. Remplir peut être une obsession. Il y a ceux qui détestent le silence parce qu’on risque de les entendre et  du coup, ils sont tentés par remuer des objets pour faire du bruit. Les écrivains compulsifs, angoissés ont besoin de remplir la page de peur que l’on s’aperçoive que le verbe est nu. Ils ont peur de la page blanche, alors que c’est elle qui engendre. Nous sommes tous issus de la page blanche. Elle nous révèle en levant un voile. Elle contient tous les mots, et nous n’en grattons qu’une infime partie pour que cela reste lisible à nos yeux. Il n’y a rien à faire qu’à naître. On ne résiste pas à la page blanche, c’est elle qui nous pousse. Ecrire n’est donc pas un ensemencement stérile. Ecrire, c’est accepter une mission comme on accepte la vie à sa naissance. Accepter sa condition, c’est déjà rendre grâce. Le but est d’arriver à la page blanche, et avant ça à la marge de bas de page, et avant ça, à la marge droite qui nous oblige à reprendre la ligne à son début. Et je fantasme sur ce symbole qui voudrait qu’il n’y ait pas de création sans marge laissée vierge. Et chanter Nougaro : « Il faut tourner la page, changer de paysage, le pied sur une berge, vierge… » Adorons la vierge qui nous révèle chaque jour, et, une fois qu’on aura fini de naître, le nez au-dessus de l’éternité retrouvée, il faudra poser son stylo et se déclarer prêt pour la croix. Tout aura été accompli.

 

 

Réaction directe

 

Rappelle-toi que tu étais poussière et que tu redeviendras poussière ! Voilà le slogan choisi par les réactivistes directs. Il est adressé à tous les rédacteurs en chefs et en herbe, à tous les héritiers d’une tradition journalistique, polémistique, à tous les producteurs réguliers de livres. Il faudrait avoir l’ambition de vider tous les journaux et magazines. Voir Télérama s’effacer sous nos yeux à chaque fois que l’on veut tourner la page. Voir tous les journaux se désimprimer. Chaque morceau de typographie réabsorbé par le ventre blanc originel. Si on choisit le terrorisme, on  peut aussi tuer. C’est possible. Un ou deux rédacteurs en chefs, une poétesse, un jeune polémiste et un académicien, un indigène de la poésie et son premier ministre à la mèche folle surnommé le printemps des poètes. Ce n’est pas très utile, puisque les gens meurent d’eux-mêmes. Ce qu’on peut faire, c’est gommer les épitaphes, les remplacer par du marbre non gravé. Prenons au hasard Aimée Cesaire. Son épitaphe, sur lequel Pierre Assouline s’extasie au point de ne pas trouver les mots (ou d’en faire des jeux) est le suivant :     «La pression atmosphérique ou plutôt l’historique/Agrandit démesurément mes maux/Même si elle rend somptueux certains de mes mots». Commentaire de MF : La place des poètes est dans la fosse commune. Leur épitaphe : ils connaissaient déjà la mort. Tout le reste n’est qu’humanisme, donc sans intérêt. L’écrit qui reste après sa mort, l’épitaphe, c’est vraiment la preuve manifeste d’un détournement du verbe,

 

 

La réaction directe pourrait aussi décider de glisser des virus partout. C’est à dire surabonder, rajouter des mots partout par-dessus les déluges de niaiserie. Glisser des phrases dans les interlignes des magazines, écrire sur les photos et sur les pubs. Seulement, c’est du boulot ! On peut prendre d’assaut les professionnels de la livraison et faire en sorte de livrer de mauvais livre aux gens. Quelqu’un qui commande Nothomb se retrouve avec Claudel. Amusant, mais par forcément efficace car il faudrait forcer les gens à lire. Alors, il nous reste à kidnapper des groupes de journalistes pour les forcer à entendre d’autres choses, leur bourrer le crâne à coup de lectures. Seulement voilà, il y aurait des comités de soutien, des photos géantes sur les hôtels de ville, des auto-collants « je roule pour les otages » au derrière des voitures, l’internationale du chacun cherche son chat moderne se mettrait en branle, et ce serait encore perdu.

 

C’est dur de motiver un réactionnaire à l’action, de le forcer à combattre, puisque par nature, il ne croit pas en la victoire, autant de suite lui proposer le martyr, c’est plus franc. De toute façon, c’est certain qu’il faudra s’imposer le silence, ne serait-ce que pour prier.

Par Maximilien FRICHE - Publié dans : friche-intellectuelle
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 21 octobre 2010 4 21 /10 /Oct /2010 20:47

Au tout début de cette année, dans ma grande entreprise industrielle quasi post-publique, un jour de séminaire rassemblant les forces vives dans un même collège, le responsable de la démarche éthique nous a demandé d’imaginer des actions pour promouvoir la biodiversité. Qu’est-ce que c’est que ce truc là encore ? Je n’en peux plus de cette entreprise moralisante ! Après l’accord sur l’égalité homme-femme, après l’opération Téléthon, après toutes les opérations de maîtrise de l’énergie, après la fameuse journée de la promotion de la diversité, voici l’année de la biodiversité ! Quesaquo ? « Excusez-moi, la biodiversité, c’est quoi ? C’est un noir qui tond la pelouse ? » Gras ricanements autour de la table de ces collègues qui sont d’indécrottables "grosses têtes" que l’on a décidément du mal à rééduquer ! Non ! La biodiversité c’est la diversité naturelle des organismes vivants : faune, flore, etc. C’est « la plus grandiose bibliothèque d'innovation que l'on puisse imaginer - à côté de laquelle celle de l'organisation mondiale de la propriété intellectuelle aurait tout juste rang d'une étagère ! » (1)

La bio… ne ment pas

2010 a été déclarée année de la biodiversité par l’ONU, la France répond à cet appel en déclarant la biodiversité cause majeure pour 2010, et tout le monde se met en branle. Entreprises, institutionnels et associations rivalisent de créativité pour préserver un bout de biodiversité quelque part. Une cause supplémentaire où se vautrent tous ceux qui se cherchent et s’ennuient depuis qu’Ingrid Betancourt, Florence Aubenas et Hussein Hanoun ont été libérés, depuis qu’ils ont renoncé à se battre pour le soldat Shalit et enfin depuis que la promotion de la diversité patine, et radote. Mais la différence est de taille ! Les combats précédents et parallèles ne sont qu’une adhésion vague à des grands principes. Comme avec la promotion de la diversité tout court, où on promène son égalitarisme en bandoulière. On refait la révolution jamais totalement achevée, dans une chute interminable. Le concept « issu de la diversité » a permis de renforcer le complexe dit de la majorité ou de la norme. C’est le vice kafkaïen qui consiste à piéger dans son être les attitudes non conscientes de discriminations envers des minorités qui sont qui plus est, invisibles. La promotion de la diversité, ça va loin ! La biodiversité, elle, reste ici. Avec la biodiversité, la modernité est prise à son propre piège, car avec la biodiversité, le territoire est de retour. C’est très concret un écosystème, ce n’est pas une planète, un grand tout à sauver, un futur Dieu qui devra nous être redevable. Non, un écosystème cela commence par une abeille, une vigne, une réserve d’oiseaux. Pour paraphraser Charles Maurras, ou plus exactement pour le remixer, on pourrait dire : la bio… ne ment pas. C’est la revanche du réel sur les concepts. On opposera sans doute à mon enthousiasme ponctuel et exagéré, toutes les idéologies écolos, les déferlantes de moralismes culpabilisant pour l’homme né un jour sur Terre. Chaque naissance est un échec pour la planète, nous le savons bien. C’est n’est pas de l’existentialisme, ce n’est pas de la difficulté d’être dont il s’agit, ce qui tracasse les modernes, c’est la quête du toujours plus virtuel, la démonstration de la facilité à ne pas être. Je ne suis pas dupe des manœuvres "zécolos", je vois bien le gauchiste recyclé. Mais justement la biodiversité, c’est bien mieux qu’une idéologie, c’est le regard de l’homme porté à son environnement et le rapprochement avec l’Eden de ses grands parents dont il se souvient. L’odeur des mûres écrasées, murmurait Barbara ; la maison près de la fontaine clamait l’excellent Nino Ferrer. La biodiversité semble rétablir l’ordre cosmique perdu par les zécolo-bobos depuis quarante ans. La nature est faite pour nous. Et comme elle est bien faite, la biodiversité nous intéresse. Ironie : la nature se retourne et arrose ceux qui veulent sauver la planète.

 

Happyculture

 

La biodiversité, c’est un truc de gourmands

Fini les bébés phoques de la belle époque BB. Nous avons des espèces à sauver à côté de chez nous. Et je ne parle pas de la réintégration des ours ou des loups dans les Pyrénées, cela ne vaudrait que s’ils croquaient réellement des touristes niaises, et des déambulateurs approbatifs (2). Je pense plutôt à tout ce gibier à qui on a redonné du territoire en replantant des haies autour des champs, en redessinant le paysage, comme disent ceux qui distribuent les subventions dans les conseils généraux, à coups de buissons, de bandes enherbées, et de talus. C’est le retour à foisons des poules faisanes, des chevreuils, des lièvres et des cochons sauvages. "La chasse alliée de la biodiversité" : c’est la nouvelle campagne de communication des chasseurs, sur fond de coquelicot, de coccinelle et de lièvre (3). C’est les premiers à militer et agir pour que le gibier retrouve gîte et couvert dans nos campagnes. Ils y ont intérêt. Ils plantent des jachères fleuries, ils entretiennent les sous-bois… Les méchants chasseurs affichent l’efficacité de leurs actions pour la biodiversité aux yeux éberlués des végétariens vénérant toute sorte de planète.  Et les abeilles ? Aucun état d’âme  pour les sauver des divers périls qui les guettent : varroa, pesticides (en particulier le Gaucho bien sûr), frelon asiatique… Nous voulons agir pour la sauvegarde des abeilles bien sûr, pour leur miel et pour la pollinisation de nos arbres fruitiers préférés qu’elles permettent. La preuve, la voilà, nous mettrons deux ruches sur les toits terrasses de ma grande entreprise industrielle quasi post-publique. Ca y est, nous l’avons notre action 2010 pour la biodiversité ! Le label HQE exploitation est maintenant à portée de manager. On pourra communiquer là-dessus. La biodiversité, vous l’avez compris, c’est en fait, tout simplement un truc de gourmands. Pour clôturer la semaine du goût, je trouve de bon ton de détourner le moralisme actuel au profit de nos palais. Les zécolos-bobos se retournent dans leur cercueil d’incorruptibles redresseurs de torts. Ils auraient préféré la terreur au terroir. Tant pis ! 2010 est l’année de la biodiversité, et en France on parle vin, miel, gibier, fruits, baies, légumes, herbes, saveurs, lumière, couleurs, … Pas de paysage sans paysans disaient la coordination rurale il y a quelques années (4). Et bien moi, je rajoute : pas de paysage sans territoire, c'est-à-dire sans pays !

 

(1)       La Vie, quelle entreprise ! Pour une révolution écologique de l'économie – Robert Barbault et Jacques Weber – Seuil - ISBN-10: 2021030024

(2)       Expression prise à Philippe Muray

(3)       http://www.chasseurdefrance.com/

(4)       http://www.coordinationrurale.fr/

Par Maximilien FRICHE - Publié dans : friche-intellectuelle
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 20 septembre 2010 1 20 /09 /Sep /2010 22:39

La France peut-elle encore servir ? Voilà une question des plus choquantes pour les purs qui se disent : peut-on encore servir la France ? C’est pourtant dans ce sens que la question doit se poser si l’on se refuse à toute naïveté. La France existe-t-elle encore d’ailleurs ? La question taraude tous ceux qui l’aiment et ne se pose même pas pour les jeunes fiertés modernes qui en ont honte. Faut-il d’ailleurs qu’elle existe, car si c’est le cas, peut-elle encore servir à quelque chose ? La question tourne à la métaphysique et c’est normal puisque c’est l’individu et son devenir qui sont en question dès que l’on cause d’existence.

 

 

 blés

 

 

 

La France, cette morte-vivante

 

La France, c’est d’abord un territoire, le territoire, un lieu précis et délimité de la désormais tant vénérée planète. Toute Patrie commence par de la géographie. Elle se précise par l’Histoire, que certains romantiques appellent la communauté de destin. Elle s’affine avec le verbe, la langue française, sa façon de se tisser,  de nous tisser. La France passe par ces trois matières très scolaires que sont l’histoire-géo et le français. Quand j’étais collégien, la France était le pays où l’on était le plus mort, où il y avait le plus de morts au mètre carré. Cette réalité aussi signifie quelque chose d’assez simple et traditionnel : la Patrie, c’est la terre de nos ancêtres, et c’est aussi cette terre qui est notre futur lieu de résidence. La Patrie a un corps, c’est la terre, et le notre, de corps, est appelé à ne faire qu’un avec. La Patrie a-t-elle une âme ? Il faudra le vérifier. Nous voyons donc, que si France il y a, elle devrait être le contraire des systèmes et des idéologies, elle ne devrait être que réalité. Jean de Viguerie a su cristalliser toutes les passions sur le sujet, de la droite nationale à la gauche communiste, dans son livre les deux Patries (1) au début des années 2000. Il a montré comment L’Etat d’abord s’est substitué à la Patrie véritable avec la monarchie absolue, usurpatrice du centre, puis comment avec les idées révolutionnaires, l’idéologie via le concept de nation, a aussi usurpé l’idée de Patrie, sans détruire l’Etat d’ailleurs mais en s’y ajoutant en sur-couche écœurante. De manière apophatique, on pourrait répondre à la question qu’est-ce que la France, en disant, que ce n’est pas l’Etat, que ce n’est pas la Nation, que ce n’est pas la planète et ainsi la circonscrire et voir si elle respire encore. Aujourd’hui, la modernité terroriste nous pousserait à adorer une France qui ne serait plus que le parti de l’étranger et, finalement la Patrie de l’étranger. L’histoire est revisitée (on a tant appris à révisionner ses leçons !), notre destin est commun aux autres à une échelle internationaliste et, les ancêtres nous font honte. Il ne nous resterait plus que le territoire et la langue pour espérer voir un peu de souffle dans le pays. Mais le paysage modifie le territoire et les villes s’en détachent comme des ballons d’hélium, aspirées par leur reflet. Les lieux urbains, les lieux communs virtualisent dans une nouvelle standardisation le territoire. Ce n’est donc pas sûr que la géographie permette à notre Patrie de respirer encore. La langue ? Peut-être dernier oripeau de la Patrie ? Quoi que la langue devienne souvent jargon, de bois et véhicule vide. De toute façon, même s’il y a un peu de paysage et un peu de langue, ça ne suffit pas pour déclarer vivante une Patrie. « Un pays ne meurt pas comme un être humain. On ne le voit pas rendre le dernier soupir. On peut très bien dire qu'il meurt, alors qu'il est déjà mort. Il y a eu sans doute un jour de la mort, le jour où toutes les forces de la Patrie ont été épuisées, mais ce jour là, on ne s'est aperçu de rien. Pouvait-on s'en douter ? La machine tournait, le gouvernement siégeait, l'assemblée légiférait, la France était représentée dans les conférences internationales. Et puis, quelques temps après, vient le temps de la découverte. On se rend compte que ce pays n'intéresse plus personne, même pas ses habitants, qu'il tourne comme un satellite, mais qu'il n'y a plus de vie en lui. On dit alors : "Tiens, il est mort." En fait il était mort depuis longtemps, mais c'était un mort vivant, un mort à qui l'on faisait faire les gestes d'un vivant. » (1) Dans cette optique, le débat sur l’identité nationale paraît bien dérisoire, semblable au travail d’un légiste. On peut remuer l’ensemble, jouer aux marionnettes, mais on n’exhume que des nostalgies incompréhensibles pour des générations d’incultes. L’odeur leur est d’ailleurs insupportable car ils ne croient même plus à la mort.

 

 

Regret d’un destin et arche française

 

La Patrie révolutionnaire ou l’Etat sont d’anciens concepts de modernes que l’on nous pousse à regretter maintenant qu’il n’y a plus rien. Sur le cadavre de la France, la tentation est de fantasmer sur ce qu’elle était à l’agonie. Le réactionnaire est condamné à être le moderne d’avant hier. Alors que la vraie Patrie, c’est l’avant goût de l’au-delà, c’est le goût de la vie, c’est mille grâces, c’est la gloire de Dieu, "la terre des pères, le pays de la naissance et de l’éducation." Pour Jean de Viguerie la vraie Patrie est la France et est faite de gratitude et de piété, la Patrie révolutionnaire par contre n’est pas la France mais l’utilise, "marquée par la passion et la démesure, elle exige le sacrifice de nombreuses vies." Certains (surtout les présidentiables de la République) ne sont pas non plus nostalgiques de la Patrie, mais le sont en fait de l’Etat, de l’autorité absolue qui se passe de Dieu, ils fantasment sur Louis XIV, sur cette usurpation du centre, ce monde de la structure et des boîtes, ce monde de la virtualité. Peu, en revanche, ne savent que la Patrie est celle du territoire pour lequel nous avons quotidiennement à rendre grâce à Dieu. La France est morte il y a longtemps et ce n’est pas la mort de la nation aujourd’hui ou la mort de la modernité tuée par son double engendré qui me fera donner du crédit à la posture des réactionnaires d’occasion d’aujourd’hui.

Seuls ceux qui aiment peuvent parler de la France. Eric Zemmour, isolé et toujours arrimé à sa fierté, la notre, nous éclaire sur le destin loupé de notre pays. Il explique dans son dernier livre (2) que la France, c’est l’Europe et réciproquement. De là, il argumente et montre la convergence des faits vers le destin de notre Patrie d’incarner l’empire romain, la nouvelle Rome, c’est à dire la suprématie et la paix. Ce qu’il y aurait de raté dans la France, ce serait donc ce fameux destin. C’est aussi ce qu’il y aurait à ressusciter. Sauf que si l’occasion a été loupée, la France n’est pas morte, c’est sa puissance qui l’est. La vision d’Eric Zemmour semble uniquement géopolitique, celle d’un stratège. Si la France est uniquement géopolitique, il lui manque des matières pour y reconnaître une Patrie, il lui manque de la matière. A la lecture de Mélancolie française (2), on voit que la France n’est pas forcément morte, pourtant il aurait mieux valu que de vivre cette déchéance. Il aurait mieux valu un sacrifice pour livrer définitivement au monde un héritage, passer le relais. Zemmour évoque ceux qui confèrent une âme à la France pour la prolonger, pour croire en sa résurrection puisqu’on l’aime. Et pourtant toute Patrie est bien un corps mystique, un corps mystique intermédiaire. Faire l’impasse sur cette dimension reviendrait même à souhaiter la mort de tous les pays dans l’internationalisme des structures et des concepts. Donc, si pour Zemmour, la France est héréditaire et même dépositaire de l’empire romain et de sa paix promise au monde, et si comme pour Jean de Viguerie, la France est morte, elle ne peut donc vivre que par procuration. La France serait donc destinée à imiter la Grèce avec son passé glorieux, son ambition géante, et son présent pathétique. Le but serait peut-être comme l’imaginait dans sa post-face Jean de Viguerie, d’exister en héritage dans un empire, comme la Grèce a existé en héritage à Rome ?

Pour MG Dantec, l’Europe et donc la France n’existent plus. Il a d’ailleurs rejoint l’empire, lui. Et pourtant, sa fuite est avant tout un exil. Il s’exile pour se protéger, pour continuer à écrire en français. Que la France n’existe plus ne nous empêchera jamais de nous revendiquer français. La Patrie est peut-être vouée à l’exil et voilà. Pour un temps. Le temps de la reconstruction. Rien de tel que l’exil pour reconstruire une Patrie hors d’elle-même. L’enjeu serait donc de reconstruire la France ailleurs, de se faire une France de sauvetage, une arche pour patriotes, une arche de la terre des morts en France, de la géographie de la France, de l’histoire de la France et de la langue française. Et si cette arche était un livre ? Il n’y a rien de plus vivant qu’un livre ! La France ne sera jamais un concept. Je préfère qu’elle soit un souvenir ou un projet, qu’un concept ou une idée. La France de sauvetage que l’on a à écrire doit réintégrer son paysage à la fin des temps, le territoire, un jour. Tout est lié. Tout se correspond, la géographie, l’histoire, la langue et, la place dans l’Eglise. Un dernier gros mot est lancé pour tuer dans l’œuf toutes les erreurs !

 

 

La Patrie est une médiatrice pour peuple élu

 

Si la France est morte et que l’on veut créer une France de sauvetage, doit-elle encore servir ? La question se modifie et devient morale. C’est en fait que la question aurait dû être prolongée d’un à quoi. A quoi peut-elle encore servir ? A quoi doit-elle encore servir ? Le risque du nationalisme est d’adorer la frontière comme on adore ses limites et donc adorer jouer à les déplacer sans jamais aspirer à les dépasser. Etre nationaliste quand le royaume, le seul, celui de Jésus Christ,  est déjà là ? Quelle erreur ! Comment éviter le militarisme accroché aux idéologies et aux stratégies politiques ? Quoi aimer dans la France, sous quel inventaire ? Quoi incorporer malgré tout ? Si la France doit servir au-delà de ses oripeaux ce n’est pas au monde, mais à son salut, au salut de chacun. Une Patrie sert-elle au salut et sous quelles conditions ? Le véritable salut est sous condition de liberté. C'est tout. L'exercice que nous avons à faire est de décider d'être sauvé. C'est beaucoup plus compliqué qu'une morale, c'est un chemin. Le Christianisme n'est pas un humanisme. Ce serait trop simple de trouver des déterminismes et de mériter son paradis. La vie et le salut se situent dans la relation de chacun à Dieu, dans le mystère des intentions et de la rédemption. Sans s'étaler sur ce point, nous pouvons donc imaginer ce que nous ne voulons pas, nous pouvons vite comprendre que ce n'est pas à coup de lois, de moralisme moderne, de cultes rendus aux structures et aux systèmes que l'on va permettre à chacun de trouver le chemin. La France, comme toute Patrie a besoin d’un chef qui lui ressemble, fractale et tête de pont des patriotes, capable d’être humilié pour la sauver. Il lui faudra retrouver le territoire et redonner une conscience au peuple de ce territoire. La conscience de tout peuple est de se sentir fils adoptif de Dieu en Christ. Notre chef devrait avoir l'ambition de nous faire ressembler à un peuple élu. Ce serait à cette condition que la Patrie pourrait nous servir ? Cette condition doit a minima s’inscrire dans notre désir de France, c’est certain. C’est par cette porte entrouverte que la Patrie rentre dans l’économie du salut. Notre fille aînée de l’Eglise, avant d’être la nouvelle Rome rêvée par Zemmour, est, comme toute Patrie doit l’être, le nouvel Israël de la nouvelle alliance, le  corps mystique du peuple élu de l’Eglise.

Encore une fois, la réponse se trouve d’ailleurs tout bêtement dans le catéchisme de l’Eglise catholique. Tout devient tellement simple avec le catéchisme, c’est écrit, prévu, précis comme gravure de feu sur de la pierre. Quatrième commandement : tu honoreras ton père et ta mère. Je ressens la Patrie comme l’agrandissement fantasmé de la famille. Une homothétie des proches vers le collectif. Pour Léon XIII, « (...) la loi naturelle nous ordonne d’aimer d’un amour de prédilection et de dévouement le pays où nous sommes nés et où nous avons été élevés au point que le bon citoyen ne craint pas d’affronter la mort pour sa patrie (...). L’amour surnaturel de l’Eglise et l’amour naturel de la patrie procèdent du même et éternel principe. Tous les deux ont Dieu pour auteur et pour cause première.. (3) La France, notre Patrie est bien une médiatrice, en imitation de la Vierge, c’est à dire un raccourci vers l’unique médiateur, le Christ. Néanmoins, à la différence de la Vierge, immaculée conception, la Patrie a été travestie et pervertie avant de mourir. S’en réclamer est risquée, cela suppose un retour à l’état de grâce. Cela supposerait donc l’humiliation d’accepter la mort de la France. Je me réclame d’une France aujourd’hui morte, je me réclame d’une France embryonnaire, en gésine dans une arche exilée.

Faute d’une Patrie parfaite qui n’a néanmoins peut-être jamais existé que discrètement ou en désir, il reste la possibilité de mourir pour ça ou pour rien. En effet, la mort est bel et bien l’ultime médiatrice, et la plus efficace, celle qui nous rapproche de façon instantanée et définitive de la toute éternité. Alors bonne ou mauvaise Patrie, morte ou vivante, peu importe si on meurt. Les considérations de Zemmour sont cruciales pour ceux qui disent vivre pour la Patrie aujourd’hui et inutiles pour ceux qui meurent, car la mort leur est bien plus utile. Même l’Allemagne nazie, même l’URSS peuvent servir au salut du moment qu’elles donne l’occasion de mourir. Si une Patrie me procure le choix de mourir en allant tuer pour elle, c’est gagné, c’est suffisant. Une Patrie, et donc la France, peut servir si elle me donne l’occasion de mourir et si effectivement, je cours ce risque. Alors, les mauvaises Patries, les fausses, l’Etat, la nation, etc. sont toutes avalées par le sacrifice.

 

 

Pour finir, il faut mourir

 

 

A quoi peut servir la France ? A mourir bien sûr ! Puisque c’est le seul service acceptable. Je ne sers pas la France en vivant, la France me sert à mourir. Vivre pour une France usurpatrice, une France morte-vivante, une Patrie de l’étranger, est absurde, ridicule et pathétique En revanche, vivre pour une France en gésine, pour une arche patriotique embryonnaire, un livre, relève d’une mission supérieure. Enfin, mourir n’est jamais absurde, ne peut pas l’être, même pour une France actuelle, jouisseuse et complexée. Tant que l’on peut dire « mort pour la France », la France en question aura été utile. Mais il est possible que cette France jouisseuse et complexée aille jusqu’à nous empêcher de mourir. Alors, on jette. « Non récupérable » dirait Hugo les mains sales. (4)

 

 

(1) Les deux Patries, Jean de Viguerie, éditions Dominique Martin Morin, ISBN 2-85652-275-0

(2) Mélancolie française, Eric Zemmour, éditions Fayard Denoël, ISBN 978-2-213-65450-8

(3) Léon XIII, Sapientiae christianae, 10 janvier 1890

(4) Les mains sales, Jean-Paul Sartre, éditions Gallimard, ISBN 2-07-036806-8

Par Maximilien FRICHE - Publié dans : friche-intellectuelle
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés