Stabat Mater

Publié le par Maximilien FRICHE

A la Douloureuse

 Pieta

Je regarde le sacrifice comme un spectacle, impuissant à la douleur, dans ma réserve d’incrédule. Je reporte ma participation à plus tard. Ma bouche, embarrassée par le Verbe, renâcle. Ridicule dans ma retraite, je mime une moue de malheur, une grimace de la dernière conversion, une supplique figée sur ma face non liftée, je demande la permission de me retirer. Je recule, je fais mine que ce n’est pas encore l’heure.

 

Je suis à la messe comme au spectacle. Je ne parviens pas à souffrir. Je ne parviens pas à mourir. Pas à chaque fois. Je revêts la forme passive, comme on s’enroule dans une fourrure encore saignante, comme on coule dans un bain bouillant de chair vers l’autre rive,

aux cieux. Je veux bien de la souffrance mais par procuration. Je veux bien d’une passion mais en science fiction. J’écarquille mes yeux, comme des fonds de tiroirs que l’on racle. Je rassemble ma tristesse dans une flaque stagnante, un miroir, un lac, une vitrine pour que ma face s’y lessive.

 

La créature vierge de tout mal peut m’ouvrir la possibilité d’une vraie déchirure. Me trouver sur le tard une vocation de rideau du temple. Je vois la douleur affaissée en monticule au pied du bois, c’est la créature où tout s’abîme, celle qui connaît le poids d’un corps mort. Ce talus tout en courbes, que le rédempteur étale, devient mon prie-Dieu. Je colle mes deux mains ensemble, je commence par un mime. Adoptez moi. Je suis dans le cortège et je veux être membre du corps. Je vous salue, Mère des douleurs, cooptez moi.  Je suis l’ironie du sort, je suis mon propre piège et je veux  être prononcé par mon Seigneur.

 

Découpez-moi les paupières et scellez mon corps jusqu’à mon cou dans un béton éternel. Que ma tête girouette se concentre sur son corps souffrant. Je veux me muter en prière, finir par participer à la fête. Je veux être l’image fidèle. Etre le linceul, la photographie du sang qui a serpenté et zébré sa peau. Un morceau du puzzle. A genoux sur la Mère lacrymale, j’implore d’être condamné maintenant. Je me dépouille de mon folklore pour refuser le mal. J’abdique ma liberté, je veux me pétrifier sur pied, et que l’on me cloue au moins le bec. Que l’on me fige dans mon mouvement de fuite, et m’oblige à me décorer de mon échec en public. Le purgatoire tout de suite !

 

Toi qui a toujours su pleurer. Prie pour que je l’apprenne. Je fais déjà la moue, il ne manque plus que je sois aspergé comme le centurion à la lance pour avoir le visage liquide comme toi.

Publié dans L'âme et sa vague

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