La chute et le piège

Publié le par Maximilien FRICHE

La marque des esclaves  

On n’arrête pas de se poser des questions sur l’existence du Diable alors qu’il nous faudrait juste identifier comment il agit. Inlassables théologiens de comptoirs que nous sommes, confondant les contraires et les caricatures. Dire qu’il n’existe pas, est déjà une manipulation. Etre ou ne pas être n’est pas son problème, c’est : agir ou ne pas agir son dilemme, qui fait de nous à la fois le matériau indispensable à sa conquête et la finalité de son ambition. 

 

 

Tueurs potentiels 

Le diable agit comme un prédateur. Sa proie lui confère une existence au moment où elle perd sa liberté. Nous avions déjà comparé le diable au feu. Le feu n’est pas matière, il n’existe pas. Le feu détruit la matière, et c’est à ce moment qu’il apporte la preuve de son existence, jusque là réduite à du potentiel. Quelle damnation d’ailleurs que d’être condamné à être dépendant de la matière qu’on détruit pour exister, condamné à maintenir un résidu de matière, pour prolonger son éternité, alors même qu’on brûle de tout détruire. Le Diable s’est construit seul son enfer. Il peut en être fier. « Vois comme tu grandis à mesure où je me consume, mais garde encore un petit morceau d’âme quelque part dans ce monde, pour vivre de projets. » Si l’existence du diable ressemble à l’existence du feu, en caricature du Saint-Esprit qui est l’énergie première, c’est que nous présentons un potentiel calorifique. Nous avons du potentiel à pêcher. Nous sommes tous des tueurs en série et des déicides. Et nul doute que ce potentiel est repéré facilement par le grand chasseur de têtes. Le projet du diable est de revenir sur la création, il mourra avec son projet comme un kamikaze islamiste et romantique. Il faut garder ça dans un coin de sa tête comme un petit crucifix prêt à bondir lorsque des raisonnements de concessions sont produits par nos cerveaux modernes et humanistes. 

Chasse à l’homme 

Cela commence par une phase de repérage. Tout le monde a les capacités de pêcher. On est néanmoins sélectionné. La sélection étant la caricature de l’élection. Tant qu’on parlera du mal, on ne sortira pas de la singerie. Et la traque commence à la première concession d’un individu libre, au premier calcul du moindre mal, au premier abandon de souveraineté, au premier accommodement, finalement, à l’acceptation du scandale. On est alors respiré par une bête, épousé par un creux, enveloppé par une fine peau, moulé comme par de la sueur, le diable nous plaque son masque sur la face pour l’ajuster, pour voir comme cela nous irait. Comme un gant !  On devient le centre de la concavité satanique. Sans doute est-ce l’homme qui fait toujours le premier pas vers le diable. Cet homme libre et maso qui, dans une première négation, fait le premier pas, allume l’étincelle. Il se dénonce seul, lève le doigt, dis : « je suis là, vous me reconnaissez ? Qui a les capacités pour devenir tueur en série ? Ma pomme ! L’Adam perpétuel. » A partir de là, le mal est rendu possible, Satan rendu présent. L’amorce du pêché suffit, car il y a un continuum dans toutes les perversités. C’est la même absurdité qui irrigue du début à la fin. Bien sûr, tout n’est pas égal. Un fantasme n’est pas la réalité, un attouchement n’est pas un viol, un viol n’est pas un meurtre, un meurtre n’est pas un génocide, un génocide n’est pas un déicide. Et pourtant, il y a continuum. Et dans ma logique d’individu, à chaque fois je passe la frontière du bien et du mal, et c’est comme si à chaque fois je tuais Dieu. Et comme le souligne le Psaume 51, mon pêché est sans relâche devant moi, alors même que j’ai déjà crucifié Jésus. L’homme libre fait donc le premier pas et rend visible le trou noir dans lequel il s’abîme à ce moment là. Peut-on revenir en arrière en annule et remplace, comment peut-on rompre l’engrenage ?

 

 

Tatoués en série

Si les premiers pas sont faits par l’homme, tous les autres pas procèdent d’une tentation sans relâche du diable. Le premier pas nous marque à vie. Quoi que nous fassions, nous serons identifiables par cette marque. Nous sommes débaptisés par ce tatouage qui nous confère à tous le même nom commun. Peut-être un numéro pour dénombrer la masse, la sous-peser… Ces marques indélébiles sont la confirmation de la chute de notre race, c’est un petit rappel du pêché congénital. Cette petite trace honteuse, cette tâche sombre comme un morceau caché sera ce pour quoi Dieu nous aime davantage et nous inonde de sa pitié. C’est le prétexte à une surabondance d’amour. Nous connaissons l’image du boulet. Notre premier pêché nous met un anneau autour du pied, le deuxième un  premier maillon de la chaîne, etc. et nous traînons dans un fracas intérieur ce boulet partout où nous allons derrière nous, nous halons la patte, de plus en plus fatigué de nous même, comme nous sommes lourds à nous déplacer. La fatigue, c’est presque le suicide. La tentation fonctionne de façon assez simple. La marque que nous portons, a gardé l’information du niveau de pêcher atteint et, figurez-vous, qu’en cas de rechute, on ne passe plus par les étapes intermédiaires, c’est directement au taquet que l’on se met. Nous n’avons pas tout le chemin du mal à refaire, ce qui est acquis l’est une fois pour toutes ! Ce qui nous permet d’ailleurs de monter en  puissance. Retour direct jusqu’au pire, sans escales.  Et vous trouvez ça drôle ? On essaye juste de garder un peu d’esprit dans ce désespoir. Tout pêché est meurtre, notre vie n’est qu’une longue suite de récidives. Restent le pardon et l’Espérance. Un renversement de la vapeur dans la logique même de la création et de l’alliance peut avoir lieu. L’humiliation est nécessaire au salut. Se savoir pêcheur et récidivistes nous apporte sur un plateau l’humiliation dont nous avions besoin pour faire acte de constriction. Et c’est par la liberté même de penser, celle là même qui nous avait fait pêcher, que nous allons cheminer vers notre salut. Encore faut-il être en capacité de penser en être libre tel que nous avons été créés. Encore faut-il qu’il nous reste un  peu d’âme. Si c’est le cas, ce que Jésus nous a appris de lui-même et de la trinité, nous suffit à nous mettre en chemin, conscient de sa nature, inondé de l’amour divin. Nous prenons conscience du différentiel colossal entre le créateur et sa créature, de notre offense masochiste et ingrate, et comme un enfant honteux, le cœur débordant de merci, il ne nous reste plus qu’à faire des louanges à sa gloire, pour que toutes proportions soient gardées.

Des milliards de diables en zéro personne 

Il y a toutefois des pactes avec le diable, des collaborations totales. En ces jours où le totalitarisme se fait rampant, ces pactes le sont aussi. Ils sont productions de raisonnements, de fausses justifications pour continuer à tirer son boulet plus loin. C’est ainsi que la mise en esclavage devient totale. Au moment, où le pêché ne procure plus aucun plaisir mais devient systématique, noué par l’habitude prise. Quand on passe du plaisir à la compulsion, nous sommes des esclaves, enchaînés les uns aux autres, sans geôliers. Le vice est systématique, car relevant du système créé. Le diable reste invisible, seule son œuvre subsiste. Dans la grande chaîne des corps tatoués, la mort a précédé la mort. Il n’y a plus d’âme, elle a été le matériau nécessaire à la combustion, car il faut de l’énergie pour construire le système qui marche tout seul. Ce qui est devenu immortel, ce n’est plus l’âme, mais les raisonnements produits et la consommation compulsive. Je jouis par pression sociale, c’est obligé. Je le justifie à coup de raisonnements, j’opère un renversement du bien et du mal, je consomme équitable et je vote niais pour obtenir gratos, tout de suite une bonne conscience sans douleur, l’orgasme dans lequel je suis maintenu est alors renforcé et j’ai la vie au bord des lèvres, j’hésite à me vomir. Quel tord d’hésiter ! Il n’y a plus d’individu mais la propagation d’un foyer qui n’existe qu’un instant au moment de la combustion. Tout est réduit au système, au maillage, au piège lui-même. Les êtres sont pensés par un être disparu, pensés par la mort (Cf. Cosmos Incorporated de Dantec.) Ne restent qu’à ces chairs pensées par leurs raisonnements devenus immortels, pensés par le système créé par l’homme, pensés par le piège, que la glorification du monde virtuel. Il y a eu fuite d’âme et l’homme moderne s’est nourri de lui-même pour se recycler en organe constitutif du corps devenu camp. C'est une inversion totale de la trinité à laquelle nous assistons, la négation des personnes pour un renouvellement perpétuel de substances sataniques. L’humanité entière est alors méprisée comme des embryons. Ne restent aux vivants résiduels, au bord du précipice, juste après l’opération, dans leur migraine entretenue sur leurs balançoires de patience, qu’à psalmodier pour toujours " 

Ps 51:3- Pitié pour moi, Dieu, en ta bonté, en ta grande tendresse efface mon péché,
Ps 51:4- lave-moi tout entier de mon mal et de ma faute purifie-moi.
Ps 51:5- Car mon péché, moi, je le connais, ma faute est devant moi sans relâche;
Ps 51:6- contre toi, toi seul, j'ai péché, ce qui est coupable à tes yeux, je l'ai fait. Pour que tu montres ta justice quand tu parles et que paraisse ta victoire quand tu juges.
Ps 51:7- Vois : mauvais je suis né, pécheur ma mère m'a conçu.
Ps 51:8- Mais tu aimes la vérité au fond de l'être, dans le secret tu m'enseignes la sagesse.

..."

Publié dans friche-intellectuelle

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