Non merci !

Publié le par Maximilien FRICHE

Le refus de participer, un défi d’avenir

Fatigué et écoeuré de ses raisnonnements, honteux d'en faire partie, finir par tout abandonner, se désintéresser du monde, et commencer aujourd'hui son purgatoire.

 Crime absolu 

 

 Je ressens très clairement, comme on a une vision, qu’un jour le refus de participer, sera le crime absolu dans ce monde qui s’engendre comme il se vomit, par salves de progrès pour masse. Et je me sens capable de bientôt refuser l’ensemble des rôles que l’on me proposera. Dans mon abandon, je désire déjà l’exclusion. Cela viendra comme un réveil, un bien être construit sur du vide. Une conscience heureuse de constater que la Vérité se réduit à ce rien. Ce refus sera le crime absolu décrété par nos démocraties, car on ne jouera plus le jeu du débat. On ne prendra plus le rôle du contre poids. Pour progresser, la société a besoin d’opposition, et depuis que tout le monde est bon, elle se divise entre bons pour continuer d’avancer. C’est ainsi que notre opposition ne peut être que la nostalgie que le monde moderne se permet d’anticiper dans sa chute. Seul, le refus de participer, le refus de produire des raisonnements contraires aux idées du moment, atteindra le privilège d’être le crime absolu. Refuser de jouer, c'est pire que partir perdant, c'est ôter à l'autre toute possibilité de jouir, c'est castrer ce monde arrivé au bord des lèvres.

 Abandonner toutes choses égales par ailleurs

Prenons quelques exemples pour s’illustrer. Tout d’abord évoquons la politique puisque c’est l’actualité, puis nous évoquerons d’ailleurs l’actualité et toutes les choses de la vie, tout ce qui en fait une poubelle jamais assez remplie, tous les passe-temps de curriculum vitae dans la rubriques divers, toute notre vie de citoyen. J’annonce qu’il nous faudra un jour ne plus voter. Identifier la dernière fois, le moment où ce vote ne sera plus qu’utile. Quand on croira faire de la politique en tractant pour un lobby. Pride contre pride, fiertés contre fiertés, tous sur un char avec des ballons de toute façon. Quand on voudra influencer les politiques en faisant pression : ensemble on est plus fort, d’autant qu’on est tous pareil. Après avoir voté utile, arrêter de voter. Car si la démocratie vous avez plu, grâce au hasard égalitaire du choix collectif, le vote utile vous transporte dans une dilution de ce qui fait de vous un individu, pour juste devenir ce que vous en pensez. Qu’il est pathétique de constater que chaque fierté individuelle va produire des raisonnements, une intelligence de la masse, dans laquelle elle se contient, et par son calcul changer son vote, adapter son vote à la stratégie de tous les autres contenus dans la masse et qui agissent après l’avoir disséqué jusqu’à l’organe qu’il représente désormais. Pour que la droite passe, il faudrait désormais voter Royal au premier tour, puisque contre Bayrou, Sarko perd, sachant que pendant ce temps, le reste de la masse doit s’arrêter de produire des raisonnements. Le vote utile n’a pas de fin dans la connerie. Arrivé à ce stade, il est urgent de tout arrêter, de se retirer et, désormais, de refuser de participer. Déjà, qu’au tout début, on n’était pas sûr de croire à la démocratie, on avait juste fait des efforts pour continuer d’avoir des amis, mais alors là ! Bon, cet exemple est de circonstance, c’est de la discussion de samedi soir, mais plus largement, ce refus de participer sera le refus de toute morale. Il faudra arrêter de trier ses déchets ; de manager par la qualité ; de mesurer ses propos ; de consommer de la culture ; de partir au ski ; de faire du sport, de manger équilibré, de boire avec modération ; d’avoir de grandes capacités d’écoute ;  de faire les soldes ; de faire des minutes de silence ; d’avoir une pensée pour untel ; de faire des efforts ; d’apprécier les bonnes choses ; d’avoir un comportement citoyen ; de respecter les opinions ;  de récupérer les bouchons en plastique. Et puis, bien sûr, se détourner de l’actualité et de son business. Ce qui se passe aujourd’hui, en ce moment même ne doit plus nous intéresser. Il faut arriver à être incapable d’avoir une opinion sur ce qui se passe. Ce n’est pas qu’il faudra refuser de donner son avis, mais s’arranger pour ne pas en avoir. N’avoir pour motivation dans ce refus, que la fatigue, l’ennuie. Et puis il faudra aussi arrêter de lire.

 La vraie réaction

Pourquoi tu ne veux pas parler, t'es timide, t'es pas épanoui ? Laisse toi faire ! Non. Pourquoi tu ne parles pas ? Parce que je n'ai rien à dire.  Se retirer, réelle figure réactionnaire, ne pas prendre part, pour ne pas être ce truc prévu par le système, ce précipité au fond du bocal. Refuser le combat et tourner le dos à l’adversaire, en ayant pris conscience que ce combat était le sien, que les règles étaient les siennes, que le spectacle était donné pour l’avenir qui se trouve plus bas encore. Je ne veux pas servir de souvenirs aux modernes de demain qui se moqueront de ceux qui encore, à mon époque, s’opposaient, à ce qui sera alors devenu une évidence pour tout le monde. Rentrer dans le combat, c’est se forcer à adopter la figure du moderne d’avant-hier pour combattre celui d’aujourd’hui. Comme il est risible de constater que les réactionnaires d’aujourd’hui se disent républicains. Non décidément, la seule réaction qu’il subsistera, qu’il subsiste est le refus de participer. Pour ne pas être ce contrepoint qui parfait le cercle, cette petite (mauvaise) conscience qui permet au monde de continuer de chuter en suscitant la pitié de Dieu et la fierté des humanistes. La rupture se situe dans le détournement du regard, le désintérêt total pour ce monde. Ni pour ni contre bien au contraire. Ce qu’il nous reste à proposer à tous nos ennemis, c’est une rémission sans condition, un drapeau en berne, un regard fier. N'être plus qu'une âme sans vitrine sur le dos, sans carapace, n'être plus qu'une chose vive en supplice, sans personnalités, sans états d'âme sur rayons, du type, ça me fait quelque chose quelque part. N'être plus qu'une âme, comme un coeur battant hors du corps, nu, souffrant d'afficher le mal dont il est porteur. Commencer dès maintenant le purgatoire. Parce ce qu'on le vaut bien.

Publié dans friche-intellectuelle

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Pascal 01/04/2007 18:43


Il y a en ces pages beaucoup de libre intelligence...
Ou alors... c'est moi qui n'en ai plus !
spontanément...

Pascal 31/03/2007 00:27

Il y a en ces pages beaucoup de libre intelligence... , ou alors... c'est moi qui n'en est plus !
spontanément...