Extrait d'un futur "Méprisable"

Publié le par Maximilien FRICHE

Prison

 

Un cri pour rien. Aucune fissure. Sans échos. Son, absorbé alors qu'à peine sorti de l'orifice. Mort né dans sa gorge au goût du rouge chaud. Il est libre dans ce volume à six facettes lisses. Ce volume qui produit de la poussière en quantité tous les jours. Il a bien le sentiment d'être au creux de futures ruines. Logé, comme une balle dans un corps. Il a bien l'impression d'être dans une case destinée à s'effriter et à l'engloutir. Son âme dans son corps est toute pareille. Il a du mal à voir comment naîtra de lui une essence viable dans la plénitude spirituelle. Ce qu'il a en lui, est embryonnaire et a renoncé à tirer sur sa chaire, à animer le pantin. Il est mort vivant. Il est gâché. Il ouvre la bouche et grimace autour d'un son rond qui reste sans réponse. Il se demande s'il a dit quelque chose, si sa gorge à noeud en a été capable. En tout cas il n'a rien entendu. Il confond. Avec tout à l'heure. Avec l'autre jour. Il n'est plus qu'un murmure marécageux et plaintif. Il se résume à des projets de phrase.  Son souffle se confond avec un sifflet ténu entrecoupé. Peut-être ne sait-il plus parler ? Il ne s'entend plus. Peut-être est-il mort ? Emmuré dans sa chair comme dans un passé. Aplati dans une photographie. Hier est loin et il y est encore.

Publié dans L'âme et sa vague

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