Profond mépris

Publié le par Maximilien FRICHE

Surtout, ne pas oublier de se vomir
 
 
        Se mépriser
 
Tout est hors du titre. Tout est tout autour du titre, aux pieds, par terre. Ce texte est dégoûtant. Je formule le vœu de ne pas m’accepter comme je suis. Je veux chaque jour porter un regard cynique sur ma personne, ne jamais renoncer à me trouver ridicule, tout en acceptant de continuer à l’être. Je veux au matin comme au soir, avoir la lucidité d’un vieillard et rire de mes faits et gestes, de mon allure forcément sur-jouée, de ma façon obligatoirement vulgaire de m’exprimer, de mes gestes tous maladroits, de la bêtise de mes propos. Et ce, non pas pour rougir de honte, pour ne plus rien oser dire ou faire, mais au contraire pour acquérir la faculté d’arborer un petit rire méprisant au coin des lèvres en pensant à soi. L’expression ‘au contraire’ vient d’être employée, car le rire et le mépris deviennent les raisons de continuer l’existence. Il s’agit de s’humilier à ses propres yeux, de se reconnaître dérisoire, de se manifester son indigence. Je m’écœure de m’entendre salir le Verbe, de participer à la niaiserie généralisée produisant raisonnements sur raisonnements. Comment peut-on avoir l’illusion d’apporter quelque chose en plus qui soit nécessaire ? Je suis surnuméraire et je n’arrive pas vraiment à me faire discret. Nous sommes déjà frustrés de nous exprimer par rapport à l’ampleur de notre pensée, comment pourrions nous nous supporter si ce qu’on dit est rapporté à la Vérité. Ne vous détruisez pas, mais contentez-vous de vous vomir tous les jours. Devenez votre propre harceleur, votre propre tyran, devenez de vous-même phobe, l’humainephobie est en vous !
 
     Vouloir tomber de haut
 
Que le rire de mépris que vous vous portez vous réjouisse, il vous permet de vous-même vous humilier et de racheter tout ce que vous moquez chez vous et dans l’espèce humaine. Cela fait presque aussi mal de flageller un corps, que de se vomir comme homme moderne, homme vivant dans son temps, homme d’aujourd’hui. Et parce qu'on a souffert de son ridicule, parce que l’on a rit de soi, parce qu’on s’est trouvé ridicule, parce qu’on a pris soin de s’humilier, alors on a le devoir de continuer à vivre. On a le devoir de continuer de risquer d’être ridicule. Parce que l’humiliation nous a un peu réconcilié, nous devons nous réjouir de vivre dans cette perspective. Nous devons continuer de porter le ridicule à la vue du monde sans l’exhiber. Vivre devient une vocation. Arriver en société avec un nez rouge imaginaire au milieu du visage, comme le porteur de croix. Essayer de s’élever et de tomber de toujours plus haut. Savoir que l’on tombe toujours, qu’on est par nature ridicule, a l’avantage de s'ôter la culpabilité de vouloir s’élever plus haut, aussi haut. Cela nous permet de faire des efforts considérables, d’être l’instrument de l’ambition d’être meilleur, tout en acceptant par avance avec humilité l’échec inéluctable. L’humiliation que l’on s’inflige lave par avance l’orgueil de s’élever, le pêché inné de vouloir être l’égal du créateur. Il s’agit donc bien du prix à payer pour vivre.
 
         Trou noir vs débordement de la création
 
Il s’agit donc de se rejeter en totalité, sans tri. Ne rien assimiler. Et avec soi, en soi, rejeter toute humanité au même titre sans distinction. Recommencer sans arrêt, comme ce n’est jamais fini, comme l’humanité ne cesse de repousser aux mêmes endroits, la naissance ne connaît pas la pudeur. Alors on peut se transformer en gargouilles oscillant entre la grimace et le fou rire. Cette attitude vient en opposition avec l’attitude actuelle du consommateur de culture, anthropophages modernes. Celui qui ne se voit pas tant achevé que lorsqu’il s’est nommé humaniste, celui qui est tant satisfait de l’homme, comme bien commun, comme lieu commun du bien, qu’il considère toute production humaine comme source du salut de masse. Le quai Branly (lieu de la masturbation intellectuelle) est le temple idéal, quoi que l’idéal serait un musée allant du néant jusqu’à nos jours, il faudrait tout mettre dans la même boîte, tout au même rang, tout digne d’adoration puisque produit humain. L’idéal serait un vrai musée de l’homme. L’homme moderne, consommateur de collections, collectionneurs de culture, n’a de cesse de venir se nourrir de lui-même, de son reflet. C’est narcisse qui se penche vers l’eau, et à force de se nourrir de culture humaniste, on finit par rester bouche bée et par avaler sa langue. L’erreur qu’il fait alors est de tout assimiler, tout avaler de sa personne, de s’accepter, de s’aimer et d’en redemander comme c’est bon. Se consommer avec l’avidité d’un collectionneur. Et finalement finir par s’oublier vraiment, faire sur soi. A force de se consommer, on peut ne devenir qu’une bouche béante où tout se digère, ne devenir plus qu’un trou, forcement noir, la source de l’anti-matière. En revanche, moi, je vous propose de vous vomir. Faites l’essai de ce rejet profond, c’est tellement facile, je ne comprends pas qu’on choisisse de se faire illusion. Ce rejet est au fond de nos entrailles à disposition, il est en nous, comme le mal est dans la création, créé non désiré. Vous savez bien de qui procède ce dépôt en vous. N’ayez crainte de le laisser remonter, il se consumera dans la logique de votre baptême. On pourrait dire ‘n’ayez pas peur’. Vous vous rejetez, écrivez avec votre vomi. Il faut créer avec ce soi déformé, acidifié, blessé, tombé. Il faut écrire avec cet homme devenu écorché vif, qui a le goût d’un cri, et une odeur en creux. Il faut oser se répandre en verbe, se ridiculiser et ainsi être baigné dans l’humiliation, bain du salut. Voilà notre martyre.
 
      Baptême
 
Si je vous propose de commencer par vous vomir, ce n’est pas pour finir par vous détester. C’est pour bâtir sur la réalité, ne pas se bercer d’illusions. Commencer par se rejeter pour trouver le chemin. Je vis, quel orgueil ! Quelle honte ! Mais heureusement je suis ridicule, je peux donc m’humilier tout seul, je peux donc continuer à vivre. L’humiliation lave par avance notre pêché d’orgueil. Je me sais ridicule, ne pas être au même calibre que mon créateur, je me sais capable de le penser, je peux donc vivre, marcher sans crainte, je suis d’avance pardonné. L’inéluctable échec fait que l’on ne mérite rien, que tout salut est grâce. Sa Justice elle-même, comme réponse à notre libre arbitre, est une grâce. Il nous fait don de sa justice.
Nous pouvons nous rejeter sans crainte, car nous sommes aimés. Nous pouvons faire remonter cette pelote mise en nous, cette boule de conscience de l’inachevé, ce dégoût de l’imparfait, car Il nous aime. Nous pouvons nous permettre la folie de nous vomir, nous pouvons courir le danger de ne pas nous plaire, car nous savons que nous sommes aimés. Redevenir un petit enfant, à genoux dans la crèche. Je sais que c’est pour moi que tu es venu dans l’étable. Je me rappelle cette déclaration d’amour manifesté par le baptême, cet anti-suicide qui dit « je t’ai créé sans raison mais uniquement parce que je t’aime.  Souviens-toi que quoi que tu fasses, quoi que tu dises, tu es aimé. » Le jour où j’arriverai, malgré mon ridicule à avoir pitié de moi et de mes semblables, ce ne sera pas loin d’être gagné. Heureux les toujours humbles, remplis de joie, qui ont intégré toutes ces étapes en une seule dans le retour de l’amour qui nous a été donné.
 
 

Publié dans L'âme et sa vague

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salut les crev4rd$ ! 26/10/2007 11:00

allez, on ressort ce lien du placard qui ne nous rajeunit pas :http://www.parissi.com/art/nsb/index.php3?rub=/art/notsobad&num=131

Maximilien Friche 19/10/2006 13:31

Pour faire court et ne rester que sur un plan métaphysique, je pense qu'on ne peut pas vivre sans se savoir créé par amour. A moins de se contenter de virtualité, c'est à dire de nier la mort.  On peut vivre dans la virtualité, en s'envisageant uniquement comme élément d'un humanisme global, d'une morale usurpatrice du centre, dérivant comme un continent. On peut vivre comme un organe de cet humanisme, comme une preuve de vie de la pieuvre. Mais en tant qu'être libre, faisant l'expérience de la conscience hors de soi, de l'intermittence de l'existence, on ne peut pas vivre sans transcendance. Sans Dieu d'amour, la liberté me montre toute vie comme un échec, ma volonté dérisoire, ma présence superflu, la vie virtuelle comme un scandale, une manoeuvre.

lesyeux 19/10/2006 10:23

je suis très dubitative sur le dieu d'amour la recherche éperdue de l'amour, ou la conviction de sa présence, n'est pas une fin en soic'est  peut etre une belle escroquerie...peut-on vivre sans cette certitude d'amour ?oui....

Maximilien FRICHE 27/09/2006 08:56

Je ne sais pas si Patrice (et non Patrick) de Plunkett viendra vous lire sur ce blog marginal. En revanche, c'est avec plaisir que j'ai suivi le débat ouvert sur le sien jusqu'ici. Je suis tout à fait d'accord sur le fond de votre commentaire. C'est  vrai, après avoir tout élagué, epuré, notre vrai différence est de croire en un Dieu d'amour. Vous avez raison la distinction principale est celle là, d'un Dieu qui crée sans raison, car par amour. Cependant, là où je ne vous suis pas, c'est quand vous parlez d'erreur concernant Benoît XVI, l'auteur de l'encyclique Deus caritas est. Dans son discours de Ratsibonn, on a plus l'impression qu'il considère que l'amour relève aussi d'une logique, du raisonnable, et que la raison, l'intelligence est un chemin de conversion au christiannisme. Le message que je retiens, c'est : même la raison mène à l'Amour alors pourquoi résister ? Message en phase avec son auditoire du jour.

Louis-Joseph 27/09/2006 01:24

Suite et fin
 
Or, ce sens de l'homme, nous avons, nous, les petites gens. Car, cathopliques ou pas, tous rechrechent le bonheur à travers l'amour. Ne soyons pas prisonnier de la fausse image de la société dque donment les médias.
Les médias sont un miroir déformant, (en faveur des minorités), il est stupide dde s'acharner sur le miroir d'autant plus qu'il ne renvoie pas à la réalité. APrlons d'amour, du vrai amour - et un peu moins de "grands débats". C'est un piège. Même saint Paui le déconseille : "évite les  querelles de mots, elle ne conduisent qu'aux disputes" Et ceci : "où sont-ils les débatteurs de ce temps?".
 
PArlons d'amour. Et non de raison, de ceci , de cela. PArlons d'amour. "Comme le Père vous aime, moi aussi je vous ai aimés". "Celui qui aime connait Dieu"
PArlons d'amour. Ne parlons que d'amour. Tout revient à l'amour, pour un chrétien.