... Friche intellectuelle, le blog réactif
Quelques mots issus d'une déchirure, deversés en vrac en réaction au monde, à la face de fiertés individuelles, producteurs de raisonnements comme virus, et consommateurs de cultures. Pour que vous soyés humiliés. Peut-être sauvés. Bienvenue dans la spirale !
Maximilien Friche

Je plonge ma main dans le sillon frais. Qu’il est facile de s’y enfoncer, comme une main d’ailleurs ! Je m’allonge en entier sur la terre retournée, moelleuse comme le dedans d’un gâteau. J’y
marque mon empreinte, comme un pied d’ailleurs. Et le ciel à mes yeux s’éloigne parce qu’il n’y a pas d’horizon quand on regarde en l’air. Le ciel s’éloigne parce qu’il est à l’infini devant moi.
J’ai même l’impression de reculer alors que je suis dos au sol. Je ne me suis jamais senti aussi lourd. Et chaud. Terre promise au mortel depuis sa naissance ! Je m’enfonce comme on
s’endort. Je sais que je vais être incorporé à l’appareil de la planète, sans être capable de réactions. La perspective de la noyade ne m’enlève aucunement ce sentiment de ne pas être concerné,
tout en restant prisonnier. Faudra-t-il attendre que la terre me remplisse, rentre par ma bouche, pour que mon âme s’échappe ? Je respire profondément comme chez le docteur. Le tracteur a
bien fait de retourner sa terre, et de m’offrir son revers comme lit douillet en cette fin d’après midi d’août. Il faudrait qu’il pleuve pour que je me lève. Il faudrait un orage, un
rapprochement soudain du ciel, beaucoup plus que ces voix familières qui crient mon nom depuis la maison. Je n’ai plus la moindre volonté de bouger. Je me contemple, je me vois sombrer. Mon
suicide doit durer une éternité. Je ne vais pas vers la mort, j’ai décidé de l’attendre. Là, il va falloir que j’y aille, car les voix se rapprochent, elles se sont mises à marcher dans l’herbe
sèche. Le tracteur rentre aussi, j’entends son bruit vraiment très loin. C’était pourtant bien d’être là allongé de son long en solitaire, mais il va falloir passer à table.


Amusant : jetez un coup d'oeil à ma bannière et à la photo d'en-tête de cette note...
A bientôt, amitiés tourangelles.