Profils et postures

Publié le par Maximilien FRICHE

Du Dandy réactionnaire à l’existentialiste engagé

 

 

Mole de chair en mouvement dans une masse en progrès constant, je fantasme sur l’oblation. J’aimerais bien me retirer. SVP, coupez le cordon. Et pour sortir du corps social, permettez que je vous fasse vomir. Permettez que j’utilise un langage outrancier, que j’agrège en moi toutes les phobies qui vous rendent solidaires dans votre révolution linéaire et donc, ridicule. C’est quasiment par réflexe que je vais opter pour la posture réactionnaire, par peur de me salir, d’être assimilé, digéré comme quelque chose de féculent. Je préfère, en me dandinant, peut-être même en vers, m’exclure pendant qu’il est encore temps, pendant que je ne me crois pas encore contaminé. Cette posture est un snobisme. Bien sûr, il y a mon intelligence, réfractaire à toute collaboration. Mais au de là, c’est aussi par esthétisme que mon profil toise votre modernité. J’ai d’abord envie de dire « si je veux », en me dégageant brutalement d’un coup d’épaule, en reprenant la main. C’est par un mouvement de mauvaise humeur, que j’amorce ma réaction à la théorie de l’évolution de l’humanité dans l’Histoire. Je n’en suis pas, non pas trois fois dit, mais une fois pour toutes. Pour le réactionnaire, le vrai est le beau. La posture est celle d’une suffisance. L’intelligence suffit. Elle peut régner seule sur mon individu. Dès lors l’objectif est d’utiliser cette arme pour déshabiller toute la planète, dissoudre tous les artifices : raisonnements, concepts, sens des choses, messages, idéologies, théories. En arriver de toutes façons à refuser de participer, même de combattre, car complètement conscient que la vie n’est qu’un jeu, une illusion, que la vérité, c’est la mort. Que le beau (le vrai) c’est aussi la mort. Revenu au néant, la liberté de ce Dandy que je suis devenu apparaît comme infinie, la liberté apparaît comme source d’éternité, comme une ressource inépuisable. La dandy réactionnaire voudrait crier : « nous sommes tous mortels ! » avec une joie non dissimulé. Mais je préfère me taire, considérant toute action comme vulgaire et source de corruption de cette liberté reçue. « Détruisez tout, rien ne compte plus, rien ne va plus, nous sommes mortels ! » Rien ne va plus, convertissez-vous ! Ce slogan n’est pas sûr de faire recette…

 

 

Tout et son contraire

 

Je suis donc très riche, le plus riche du monde, puisque je m’en suis exclu, comme le premier mortel, comme le premier homme vraiment libre. Il ne s’agit pas maintenant de dépenser son argent mais de le gaspiller. C’est le réel luxe, la réelle posture du beau et donc du vrai. Gaspiller sa liberté, c’est s’engager. En toute lucidité, renoncer à être libre, voire même à utiliser son intelligence. Dans l’engagement, il faut se perdre, si possible avec mauvaise foi, pour être sûr de ne pas renier tout le mépris que l’on porte à l’espèce humaine dans sa masse. Un glaçon jeté dans la mer.S’engager, c’est plonger dedans, se piéger dans la nasse, dans la masse (alors même qu’elle vient de nous vomir) pour l’emporter dans son suicide perpétuel, pour l’emmener dans sa propre démarche d’humiliation. Il faudrait être comme un communiste lucide, non dupe. Je ne peux m’empêcher de penser à Sartre, à ses chemins de la liberté qui l’ont conduit au négationnisme positif. Dès lors, toutes les causes sont bonnes tant qu’elles incluent une partie de mort, tant qu’elles évitent de laisser l’humanité baigner dans la niaiserie, tant qu’elles commencent par détruire tout humanisme même si c’est pour en construire un autre. C’est obéir qui nous permet de faire pénitence de notre pêché congénital. Il faut rentrer au parti comme on se marie, sinon cela ne vaut rien. Obéir et rester fidèle, c’est un début qui nous autorise à vivre. Une fois le constat fait de sa liberté infinie et de l’indigence extrême de notre race, nous pouvons tout faire, tout et son contraire ! Tout se vaut, tous les humanismes entre eux. C’est le seul fait de m’engager qui va me procurer les éléments nécessaires au salut. Ce n’est vraiment pas la fin qui compte pour moi, mais les moyens, les méthodes. L’objectif est de disparaître complètement et, si possible de faire des émules.

 

 

Post face et derrière

 

Je ne pense pas ce que je viens d’écrire. Enfin, pas seulement. Je pense aussi d’autres choses.

Publié dans friche-intellectuelle

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Woodpecker 08/02/2009 08:13

Vanité des vanités, que sont tous ces commentaires qui ne changeront en rien les inconséquentes réactions des uns et des autres à propos de notre misérable et mortelle constitution humaine.La seule réponse que j'en ai eu à ce propos c'est celle que j'ai découverte en essuyant mon annus qui m'a révélé la couleur et l'odeur de mon orgueil !

Fabrice 14/05/2008 18:15

Merci d'être venu poster un commentaire sur mon blog. Par la même occasion j'en profite pour replonger dans le votre et retrouver quelques thèmes, quelques pensées que nous avons en commun.