A plat

Profil

  • : Maximilien FRICHE
  • friche-intellectuelle
  • : Homme
  • : 08/12/1975
  • : TOURS
  • : France littérature marseille liberté jazz
  • : Organe d'un livre, incorporé à de la chaire faite Verbe.

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Peinture

Chanson d'un pauvre type

Edito

 

Quelques mots issus d'une déchirure, deversés en vrac en réaction au monde, à la face de fiertés individuelles, producteurs de raisonnements comme virus, et consommateurs de cultures. Pour commencer à s'écrire entièrement. Pour que vous soyés humiliés. Peut-être sauvés. Bienvenue dans la spirale !

Maximilien Friche

(la prière)

Lundi 1 octobre 2007
Pour que toute culture soit définitivement consommée
 
 
L’autodafé, c’est dépassé, c’est fini, c’est de l’histoire ancienne, c’était bon pour ceux qui ne croyaient pas au Verbe. Aujourd’hui, ce qu’il nous faut, c’est guillotiner tous les écrivains, faiseurs d’histoires. Jeter toutes les tronches dans un même trou et enterrer les corps proprement. Toutes les têtes dans la fosse sceptique, commune pour eux. Les livres, qui existent depuis la pose du point finale, ont besoin de cette solution, qu’on leur ampute cet organe qui parle tout seul, qui vit à leurs dépens, qu’on leur ampute l’écrivain, cette excroissance, ce cancer, ce mutant aux doigts crochus. Il faut célébrer la liberté des livres dans la gloire. Il nous faut nettoyer le monde des écrivains et ne plus y revenir.
 
 
Juste pour le plaisir
 
Rien ne serait plus salvifique pour les livres et le Verbe que d’organiser à grande échelle le génocide de tous les écrivains de ce monde. Il ne faudrait en oublier aucun. Méthodiquement, prendre d’abord toux ceux qui disent avoir eu la chance d’être édités. Un à un, leur faire mâcher, puis avaler leur langue avant de les décapiter. Méthodiquement, prendre aussi tous ceux qui rêvent un jour d’être édités, qui disent n’avoir pas eu de chance. Là, décapitation directe sans mise en scène macabre. On n’aura plus le temps, ils sont vraiment trop nombreux, et il faut faire vite. Tout ce boulot devra être réalisé par les bloggueurs eux mêmes, les auto-édités, tous les branleurs exhibitionnistes. Et après, bien sûr, leur tour viendra, car nous serons très bien organisés. Pour eux, vu leur nombre, il faudra inventer une machine à couper les têtes, une qui en fait plusieurs d’un coup, qui ne nécessiterait que très peu d’entretien, afin qu’elle puisse tourner quasiment nuit et jour sans s’arrêter. Normalement, cela ne devrait plus donner envie à personne de prendre une feuille blanche et d’y coucher la première connerie venue du genre : « Cher journal… Â»
Réjouissiez-vous, collègues, 100% volontaires pour être lus, c’est dans la mort que vous serez reconnus, c’est le bain qui révèlera vos talents. Soulagés de vous avoir rendus encore plus immortels que vos bouquins, nous pourrons avouer que vous étiez doués. On se laissera aller à de véritables envolées lyriques sur vous-mêmes. Fini les phrases du genre « mouais, c’est pas mal. J’aime bien ça. Ca m’a bien plus… Â» que disaient tous les connards qui se forçaient à avoir un avis sur vous. Fini, car, désormais, ils seront inspirés, leur critique deviendra littéraire comme l’objet visé. Vous serez l’écrivain d’une époque, d’un style, peut-être même d’un livre. On croira que vous avez existé. Beaucoup d’ailleurs n’aurons jamais existé. Mais réjouissez-vous quand même, collègues, 100% persuadés de la nécessité d’avoir écrit ce que vous avez écrit. Réjouissez-vous, vous qui n’avez jamais douté de votre talent. Après avoir recherché la chance d’être édité, voici la mort, c’est pour vous maintenant la dernière chance qu’on vous prête du talent !
Imaginez quand même : d’un côté un panier de têtes d’écrivains, tous en prise de bec, mâchoires écartés, prêts à recevoir l’acide de nos vessies, imaginez les continuer de se sucer les neurones. Et de l’autre côté, leurs corps amputés recyclés en porte livres ouverts, assis sur un banc géant les uns à côté des autres au bord de la corniche Kennedy à Marseille ou dans tous les squares de toutes les villes. Je libère mon imagination de tueur en série, c’est comme ça que se sont engendrés les artistes contemporains. Je mettrai juste une fiche de lecture indiquant que c’est un hommage au Verbe, qu’il faut dépasser l’obscénité pour atteindre le message, le sens… Pour que les journalistes en crainte d’être ringardisés, trouvent ça très intéressants.
 
 
Pauvre talent !
 
Si j’en suis venu à imaginer un génocide de tous les écrivains, c’est à la suite de lecture d’articles et livres d’écrivains sur d’autres écrivains. Non pas la critique facile de la lectrice habituée et abonnée aux éditions Actes Sud sur les mauvais et médiocres, mais plutôt celle, excellente des meilleurs envers leurs plus proches semblables, envers ceux qui portent leur reflet. Je suis fatigué de lire les insultes des uns sur les autres, qui usent d’une dialectique de chroniqueur télé pour assassiner ce qu’ils interprètent être leurs concurrents. Nabe contre Dantec, Dantec contre Soral, Stalker contre Nabe, Santacreu contrelittéraire, la littérature contre son contraire. Est-ce de la Gueguerre entre mecs qui se la comparent ou est-ce encore plus humain ? Un livre ne peut être en concurrence avec un autre et avec rien d’ailleurs. Un écrivain peut se sentir en concurrence avec un autre et là, c’est le comble du ridicule ! Sur des pages entières de leur papier en rouleau, ils égratignent en matador l’homologue. Ils sont tous tellement fiers d’utiliser leur talent par habitude et lâcher leurs bons mots. L’un utilise à outrance l’expression « diarrhées verbales Â» pour qualifier les écrits de l’autre. Pauvre talent ! Et tous trouvent les autres verbeux. C’est génial, et si tout le monde l’était, et si tout le monde méritait la fosse… Partout on voit s’étaler florilèges d’insultes destinés à prouver la capacité à imager leur propos, leur capacité à manier la langue. C’est ridicule, comme la littérature. Comme si un grand sportif était toujours sur la performance même quand il marche sur un trottoir. Ce besoin de recherche des applaudissements, ce besoin de montrer toute la palette de son talent dès qu’on écrit ou parle, ce besoin du paraître et de la performance est bien plus informatif que l’écrit lui-même, on atteint le romanesque en périphérie de l’objet littéraire. Heureux sont-ils de trouver à redire, puisque c’est ce qui est jouissif pour eux : dire et redire et re-redire. Qu’on se le dise. Le verbe plus fort que tous. Car à ce moment là, à cause de leur bassesse, il les récupère et les incorpore au livre comme un organe, comme ce qui donne le sel, ce qui manquait pour que le beau soit en plus vrai ! L’écrivain critique devient le prolongement vivant du ridicule écrit dans le livre, il devient le ridicule fait chair.
Quelle obscénité de se comparer ses malheurs. Je suis plus grave que toi ! Plus malade, plus fou, plus damné ! Comme des enfants qui se comparent leurs égratignures, mettent le doigt dans leur cicatrice pour faire saigner avant de partir marcher la tête haute au milieu de la foule, la blessure comme une médaille, une légion d’honneur. Allez dans la fosse commune pour être sûr d’y voir votre collègue se décomposer. Vous acceptez volontiers de mourir pour vous assurer de la mort de l’autre. Avec vos gueules édentées, vos narines frétillantes de vermines, il ne reste qu’à lancer à la tête de mort de son homologue : « bien fait pour toi ! Â» Amorce d’une partouze pour intellectuels. J’espère que cette image plait aux critiques des verbeux, aux baveux critiques médias du Verbe…
Apprécier le talent de tel ou tel. Quelle connerie ! Cela correspond au souci des gens qui veulent en vivre, de la littérature. Alors qu’il faudrait en mourir. Les auteurs ne sont rien d’autre qu’une marque déposée sur un objet. Les livres ne sont pas les leur, les livres sont libres. Ils ne seront jamais la preuve de leur talent. Ecrire n’est pas interpréter quelque chose, cela ne relève pas d’une performance, c’est tout juste se transcrire. Tous les professionnels de la littérature qui s’y connaissent, experts en vrai et en beau, comme par hasard tombe d’accord quand il s’agit d’un mort, tous trouvent géniaux Céline, Kafka, Bernanos, etc. Ils cherchent aujourd’hui l’équivalent et se décide à tuer les écrivains un à un pour les révéler. Un peu comme moi, sauf que je propose ici un crime de masse, pas du règlement de compte.
 
 
Avoir de la chance
 
Et moi ? Moi je n’existe pas. Maximilien Friche n’existe pas. Ce ne sont que deux mots. Nommer ce qui existe individue ce qui existe, mais nommer ce qui n’existe pas et s’y identifier, ce serait se prendre pour le diable ! Mon pseudo vole entre deux airs, comme une marque non encore déposée. J’essaye de rester à distance de l’écrit, comme un organe extérieur, un placenta, un prolongement temporaire dont il faudra se débarrasser au premier n°ISBN.
Souvenez-vous de cette phrase prononcée par une future victime d’un génocide : « C’est ma dernière chance d’être édité.» Sa dernière chance d’être édité, ce serait peut-être d’avoir du talent ! Considérer que c’est une chance d’être édité, c’est déjà une perversion de l’esprit. Je considère comme une guigne d’avoir le tic d’écrire. Le jour où on se rend compte qu’on écrira toujours, que sa vie, cette expérience, tout, ne servira qu’à ça, alimenter l’usine à transcrire, le média du Verbe. La seule attitude qu’il reste à adopter est une attitude de service, voire de sacrifice. Et quelle joie de passer à côté de sa dernière chance d’être édité, quelle joie de ne pas la saisir ! Ne surtout pas la saisir si on croit que c’est une chance. On ne peut aller vers l’édition qu’en ayant fait le choix de se sacrifier. Que tous ceux qui n’y ont pas pensé soient passés par les armes. Que les autres se taisent à jamais ! Les lèvres cousues par des capitales d’imprimerie, l’écriture des analphabètes. Je n’évoque même pas tous ceux qui se forcent, qui ont l’angoisse de la feuille blanche, les cons ! Qu’ils arrêtent tout ! Que ce soit claire : personne n’est obligé d’écrire. A par ceux là même qui sont submergés par le verbe, les autres peuvent se contenter de suivre l’expérience, de vivre quoi !
Les hommes condamnés à la vie de scribe sont à la fois l’usine et le consommable nécessaire à la sortie du livre. Ils n’existent pas. Si certains prétendent le contraire, nous les tuerons. Si certains, veulent insister pour faire du tri de leur vivant et dire qu’untel ou untel est nul et qu’un autre est le nouveau Céline. Je vous dirai que cela n’a aucun intérêt. J’ai toujours écrit et j’ai rarement vu un intérêt à la lecture. Mais tout de même, dans tous ceux que j’ai avalés, je vous le dis j’ai touché de la vérité. Nabe, Houellebecq, Dantec, Asensio, Santacreu, c’est génial, c’est de la vérité ! Mais aussi, Yves Simon, Andrée Chédid, Jean-Paul Sartre, Milan Kundera, c’est aussi génial, c’est aussi de la vérité. Rassurez-vous, je ne donne pas dans le relativisme. Je ne dis pas des vérités ou, une vérité. J’utilise de la comme on dit du fromage, de la farine, du chocolat… C’est de la vérité tout ça ! Et vous êtes incorporés dedans, vous les écrivains. Que ce que vous écriviez soit génial, que ce soit de la vérité, ça n’a néanmoins aucune importance, pas beaucoup plus que si vous étiez mauvais, car vous l’êtes aussi, mauvais. Ecrire, c’est écrire sur sa relation à Dieu, à l’Amour. C’est tout. Le reste : être publié, la chance, le talent, en avoir ou pas, ça n’a aucun intérêt. C’est juste du matériau en plus, sortie de l’expérience de vie, pour encore écrire. Ecrire, c’est toujours être à la fois dans le blasphème et dans la prière. Il n’y a aucune relation à l’autre dans l’acte d’écrire, ce n’est pas un humanisme, c’est pour ça que les livres sont libres et les écrivains, tous ridicules. Surtout quand ils se critiquent les uns les autres, surtout quand ils ont de la chance, surtout quand ils en n’ont pas, surtout quand ils sont talentueux, surtout quand ils sont nuls, surtout quand ils se lisent, surtout quand ils sont autre chose qu’une machine à écrire. Contre l’angoisse de la page blanche, je vous recommande le génocide !
Par Maximilien FRICHE - Publié dans : friche-intellectuelle
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