Edito

... Friche intellectuelle, le blog réactif

Quelques mots issus d'une déchirure, deversés en vrac en réaction au monde, à la face de fiertés individuelles, producteurs de raisonnements comme virus, et consommateurs de cultures. Pour que vous soyés humiliés. Peut-être sauvés. Bienvenue dans la spirale !         

Maximilien Friche

(la prière)

Mardi 12 décembre 2006

Saisir des choses alors qu'elles n'existent déjà plus.

par Maximilien FRICHE publié dans : Peinture
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Samedi 18 novembre 2006

Election en France ou élection de la France ?

 La France est un territoire abandonné, comme un cadavre. La France ne se reconnaît plus, elle est maintenue en vie de façon artificielle. La tentation de devenir nostalgique de ce qui a engendré la France d'aujourd'hui est grande. La tentation de regretter la République, De Gaulle, la monarchie absolue, la révolution etc. est grande. Cette réaction n'est qu'un sous-produit de la modernité établie en France depuis longtemps. Il faut maintenant reconnaître le cadavre et bâtir autour de ce symbole moribond, il faut maintenant être sûr d'avoir été choisi et avancer en confiance comme un peuple élu. C'est une révolution qu'il nous reste à faire.

 

   Fiertés patriotiques et fausses réactions

  Il faut être fier d’être français nous dit l’historien moderne repenti. Max gallo c’est bien, mais ne vient-il pas trop tard. La France existe-t-elle encore ? Je veux dire la France en terme de territoire pour lequel nous avons à rendre grâce, la terre qui nous nourrit, cette nature docile, ce lieu des baptêmes, cet espace des Saints, des apparitions, de Sainte Marguerite-Marie, ce paysage à Son image. Les réactions d’aujourd’hui brassent pèle mêle tout ce qui a pu faire office d’objet de fierté. Les réactions d’aujourd’hui sont assez peu exigeantes et se contentent de postures historiques plutôt que de projets, projections vers le symbole de la présence de Dieu sur terre. Alors on regrette la monarchie absolue, on déplore la perte des empires, on admire de Gaulle, et on va même jusqu’à trouver des qualités à un Mitterand quand il disait qu’il ne s’excuserait jamais au nom de la France. Les réactionnaires d’aujourd’hui sont décevants. Il troque la modernité d’aujourd’hui contre une modernité d’hier ou d’avant hier (un autre combat de modernes contre modernes à l’instar de ce que décrivait Philippe Muray) mais ils ne sont jamais en complète contradiction, en totale révolution. Par pitié, ne revenons pas à l’Etat et ne revenons pas non plus à la Nation. Pitié ne confondons pas la France avec la nostalgie de nos guerres idéologiques, de nos grands hommes d’état qui envoyaient mourir nos hommes sans souci puisque Paris en une nuit pouvait refournir de la chair... Je m’appuie sur l’excellent livre de Jean de Viguerie : les deux patries. Ce dernier expose une thèse dont plus personne ne peut faire l’impasse, il montre à quel point nous ne cessons depuis longtemps de ne regretter que la patrie révolutionnaire, il explique que même l’Action Française s’était trompé de combat en versant dans le militarisme et qu’elle n’a fait que servir l’idéologie révolutionnaire. La patrie révolutionnaire est une ancienne idée de modernes que ces derniers nous poussent à regretter maintenant qu’il n’y a plus rien. Mais il faut se méfier de tous ces chevènementistes, notre patrie n’est pas la leur (celle de La Marseillaise.) Notre patrie ce n’est pas De Gaule et Napoléon, qui se servaient de l’idée de patrie pour disposer de la nation comme matière première. Il est curieux que ces gens se réveillent trop tard. Sur le cadavre de la France, ils fantasment sur ce qu’elle était à l’agonie. Les réactionnaires d’aujourd’hui sont certainement des hommes biens, qui ont eu tort, et qui, comme tous les modernes, ont eu raison d’avoir tort en leur temps, mais ce n’est pas un petit retour Chevènementiste qui en fera des amoureux du pays. Certains (surtout les présidentiables de la République) ne sont pas non plus nostalgiques de la patrie, mais le sont en fait de l’Etat, de l’autorité absolue qui se passe de Dieu, ils fantasment sur louis XIV, sur cette usurpation, ce monde de la structure et des boîtes, ce monde de la virtualité. Peu, en revanche, ne savent que la patrie est celle du territoire pour lequel nous avons quotidiennement à rendre grâce à Dieu. La vraie patrie, c’est l’avant goût de l’au de là, c’est le goût de la vie, c’est mille grâces, c’est la gloire de Dieu, "la terre des pères, le pays de la naissance et de l’éducation." Pour Jean de Viguerie la vraie patrie est La France et est faite de gratitude et de piété, la patrie révolutionnaire par contre n’est pas la France mais l’utilise, "marquée par la passion et la démesure, elle exige le sacrifice de nombreuses vies." Alors prudence aux nostalgiques. S’il faut l’être, c’est plus loin qu’il faut remonter. Je ressens simplement la patrie comme l’agrandissement fantasmé de la famille. La France est morte il y a longtemps et ce n’est pas la mort de la nation aujourd’hui ou la mort de la modernité tuée par son double engendré qui me fera donner du crédit à la posture des réactionnaires de maintenant. Les nations ne m’intéressent pas. Elles sont le fruit d’idéologies. C’est justement en faisant la distinction entre la patrie et la nation et l’état que l’on arrive à identifier ce que l’on recherche réellement.

 

 Liberté über alles

 Par habitude il faut toujours se débattre avec les concepts, préférer le continuum des choses, à la logique binaire des systèmes clos sur eux même. Par tradition, par souvenir de la vérité,  il faut à chaque fois rentrer en conflit avec les structures et ne pas accepter les raisonnements produits pour et sur nous. Pleins d'espérance, les catholiques se tendent comme un arc, rappelant la simplicité et l'unicité du chemin. Le véritable salut est sous condition de liberté. C'est tout. L'exercice que nous avons à faire est de décider d'être sauvé. C'est beaucoup plus compliqué qu'une morale, c'est un chemin. Il ne s'agit pas de se poser des questions sur « comment dois-je agir au quotidien pour produire du Bien dans ce monde ? » Le Christianisme n'est pas un humanisme comme un autre, ce n'est pas un humanisme. Ce serait trop simple de trouver des déterminismes et de mériter son paradis. La vie et le salut se situent dans la relation de chacun à Dieu, dans le mystère des intentions. Sans s'étaler sur ce point, nous pouvons donc imaginer ce que nous ne voulons pas, nous pouvons vite comprendre que ce n'est pas à coup de lois que l'on va permettre à chacun de trouver le chemin. Mon inquiétude est la suivante en ces temps d'élections sur notre territoire : Sommes-nous à la recherche de l'homme providence, créant l'Etat providence (catholique), bain dans lequel la patrie et les Français pourraient être sauvés ? Je souhaiterais apporter ici une réaction libertaire, inventer un catholique libertaire. Poser d'abord que c'est dans l'homme uniquement, dans le mystère de ses intentions comme je l'ai précédemment rappelé, que résident son salut possible, et de proche en proche de la famille, et de proche en proche de la Patrie. Dès lors, la bonne santé d'une patrie n'est que le signe manifeste de la présence en son sein de coeurs purs. Disposer d?un Etat qui aurait tout compris, au service d?une loi supérieure, secourant les pauvres, transmettant la morale, ... ne nous garantirait rien. Deux écueils sont possibles : le renvoie systématique à la responsabilité de l'Etat grand organisateur (nous connaissons bien cela) et la corruption de la morale par assimilation à l'Etat, aussi exemplaire soit-il, puisque ce n'est qu'une virtualité pratique. Alors je propose de repartir d'en bas pour être sûr de partir de l'homme et non de la chose. Supprimer les subventions aux artistes et réinventer les mécènes, supprimer les subventions sociales et réinventer les oeuvres caritatives. Pour aller jusqu'au bout, laisser mourir le pauvre pour pousser l'homme à sortir de sa tanière pour le sauver et se sauver. Renvoyer tout le monde dos à dos dans sa responsabilité de tueur, de déicide. Ne plus colmater la brèche et proposer un miroir à chacun, dans le quel chacun reconnaît le mauvais. Ne plus entendre à la télé Soeur Emmanuelle dire que l'Etat devrait absolument agir pour les pauvres et ne plus entendre à la suite les applaudissements de millions de téléspectateurs. Les applaudissements ne nous élèvent pas. Je veux qu'on dise : éteignez le poste, levez vous, sortez dans la rue avec la moitié d'un manteau à offrir, sous les sifflets des téléspectateurs. L'Etat ne sert à rien pour le salut. C'est de la bonne conscience et c'est tout.

  Supprimer les partis Immédiatement ?

 Qu'il est bon de revenir sur ce qui est considéré comme une évidence, de renouer avec une tradition d'opposition aux systèmes et de proposer notre feu. Une fois encore la revue Immédiatement trouve les bons mots pour qualifier les partis politiques. J'aime beaucoup les références aux « machines broyeuses », et à « l'allégeance totale à la structures» figurant dans l'article de Jacques de Guillebon du 23 octobre 2006 s'appuyant sur une analyse de Simone Weil. Effectivement, j'ai le sentiment que les partis imitent l'Etat, que les militants imitent les courtisans, qu'ils se situent dans le monde des structures contre le monde de la substance. Les partis sont des boites, comme l'état est une boite et chacun travaille pour sa machine, pour son camp. Et pour donner de l'illusion, du souffle, aux militants et courtisans, on introduit dans les boites l'idéologie de la démocratie. Et tant que les partis ne sont pas nuisibles à la démocratie, tout va bien. Sauf que la virtualité est ainsi consacrée ! On ne travaille que pour le pouvoir d'une structure et l'idéologie n'est qu'une caution, prétexte oeuvrant aussi pour la structure, elle est l'intermédiaire nécessaire pour obtenir l'engagement des consciences. Du moment que les partis ne sont pas nuisibles à la démocratie qui n'est pas nuisible aux partis, on peut continuer. On y revient donc : commencer par supprimer les partis ? Voilà donc le début. Voilà donc l'angle d'attaque de la réforme proposé le 11 septembre dernier dans la Nef et dans Immédiatement par un groupes de jeunes intellectuelles. Dans la pelote à dénouer de la situation de la France, tirons sur la ficelle des partis. Puisqu'il faut proposer quelque chose pour la France, parce qu'il faut essayer de la sauver et parce que je suis persuadé que les partis n'ont de place que pour les courtisans et les chasseurs de prime, je trouve que cet appel est légitime en cette période de campagne.

 

    Un chef derrière son troupeau

 

   Donc, plus partis, plus d'état, plus de nations, des hommes libres, des familles rassemblées en patrie, voici où nous en sommes dans cet article. Maintenant, il nous faut trouver notre chef. Le-Pen qui fait de la peine, Villiers l'ailier, Sarkozy le ouistiti, Bayrou le centre tout mou, Ségolène la vilaine, Chevènement le faux événement, NON ou un roi légitime ou orléaniste NON. Alors quoi ? Il faut trouver notre chef, celui qui est derrière le troupeau, celui qui accepte de se mettre au service du peuple de ce territoire, celui qui nous fera passer pour un peuple élu. Election en France ou élection de la France ? Il est vrai que j'ai souvent du mal à espérer pour la France, tellement persuadé que nous allons descendre plus bas. Toutefois, je profite d'un moment de repos, pour exprimer à mon tour un espoir. L'espoir de trouver une ou des élites qui se mettent au service de la France. Qu'elles gardent l'humilité ! Il me semble que pour rester humbles, il leur faut commencer par accepter l'humiliation, et ce tout en avançant. Sur ce chemin d'humiliation on peut trouver celle d'être élu au suffrage universel alors qu'on a le sentiment de recevoir une charge d'en haut, il y a celle d'être la cible de sondages, celle d'être appelé à s'expliquer sur un plateau de télé comme une star ou un sportif, celle d'écouter les questions au gouvernement, celle de la calomnie de l'imMonde quotidien. Il lui faudra accepter les gifles, les unes après les autres et continuer de servir avec la certitude de recevoir cette charge d'en haut, sans jamais le dire, sans jamais instrumenter Dieu, sans jamais le compromettre. Trouver dans la prière de quoi renouveler deux qualités suffisantes : le courage et l'exemplarité. A cette élite, il lui faudra faire disparaître l'Idée (certaine) de la France, puis la nation (humaniste), puis l'Etat. Il lui faudra retrouver le territoire et redonner une conscience au peuple du territoire. La conscience de tout peuple est de se sentir fils adoptif de Dieu en Christ. Notre élite devra avoir l'ambition de nous faire ressembler à un peuple élu.

par Maximilien FRICHE publié dans : friche-intellectuelle
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Jeudi 2 novembre 2006

Regarde-moi comme une chose de trop. Je suis conscient d’être surnuméraire, je suis donc acculé à la vulgarité, comme la trace d’un débordement, portant l’odeur d'un mauvais goût, je suis quelqu’un qui ne sait pas tenir sa place. Mon amour, tu ne pensais pas me voir à côté de toi, d’ailleurs, tu ne pensais pas qu’il y avait suffisamment d’espace pour quelqu’un d’autre. Et voilà qu’on est deux et je respire à ta portée. Tu es un peu virtuelle contrairement à moi alors tu sais prendre distance, tu t’évades et planes en fermant les yeux. Et tu te vois avec moi et nous t’évoquons du dégoût. Je sais, tu sais. Je n’arrive néanmoins pas à disparaître. Pire, j’ai l’impression que plus je fais d’efforts, plus je déforme le monde créé pour toi. Il faudrait me voir mort mais je respire sous ton nez. Je rentre la tête dans les épaules, je me tasse, me compresse. Je sens que tu vas prendre une décision. Mon amour, je m’exécute si tu veux. Non, ce n’est pas cette option que tu as retenue. Tu mises sur l’efficacité d’une haine absolue et m’explique ta solution. Tu me recouvres de tes pêchés, une large délégation. Mon amour je t’exécute comme tu veux. J’ai trouvé ta place, j’ai tué au centre. Tu disparais avec le monde créé par toi. Je subsiste en résidu, sans réaction, massé autour du trou nouvellement formé.

par Maximilien FRICHE publié dans : L'âme et sa vague
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Lundi 16 octobre 2006

 

 Dans ce texte tout ma muse 

 

La lettre comme genre de référence

 

 L’écriture doit être l’expression d’un amour, comme la manifestation du ridicule de l’amoureux. Il ne devrait pas y avoir de texte en soi ou pour soi, pour s’exprimer, pour se faire du bien. Bien dans son corps, bien dans sa tête, bien dans son texte, tout ça n’est ni un préalable, ni un but. Il n’y a d’écriture vivante que la lettre. Et c’est de ce genre que doit découler toute la littérature. Attention, je ne suis pas en train de faire un retour vers le romantisme plaisant, je veux simplement replacer un point d’attraction pour la bonne gravitation du texte, voire, sa transformation en météorite, se précipitant à sa perte, dans un baiser mortel, quand la vérité a été approchée au point d’obliger l’écrivain à ne plus écrire du tout. Ecrire c’est se choisir une reine. Ecrire, c’est se réduire à du consommable. Il ne s’agit pas de se transformer en usine. Je tiens absolument à borner de toute part le projet d’écriture, qu’il ne soit jamais récupéré par les hérésies modernes et contemporaines. Se transformer en consommable, c’est se faire offrande. Offrande jusqu’à dissolution de soi, oubli, disparition c’est à dire, le contraire du cadeau qui va jusqu’à devenir centre de production, usine à texte, camp. Tout roman devrait initialement être le projet d’une lettre. Imagine, mon cœur, ceci, pour toi. Vois comme j’accepte le ridicule pour te plaire. Une muse qui aspire l’être plus qu’elle ne l’inspire. Une muse à qui l’on en veut autant qu’on la désire. Et le sens du sacrifice nous pousse à aller à la ligne, il économise notre souffle. Il faut écrire en imaginant la lectrice qui lira, celle qui électrisera le texte. Evacuer tout de suite tout art de la flatterie, se faire offrande, n’est pas vouloir plaire à tout prix, c’est se donner entièrement, se perdre, en étant conscient de sa médiocrité, de son mauvais goût. Et, seule, la souffrance née de ce sacrifice devient digne de lecture. C’est seulement dans ce geste de funambule, à un pas du ridicule comme de la mort, que se trouve l’expression d’un don dans notre chair. Le ridicule est risqué. Quoi de plus beau qu’un enfant maladroit qui offre un collier de nouilles en sachant que ça ne vaut pas l’or que sa mère porte déjà autour du cou ? Tout offrir dans la conscience d’être mauvais goût, voilà ce qu’est le geste d’écrire.

 

 Je t’aime comme je respire

 

 Parce que nous n’avons été créés pour aucune raison et uniquement par amour, nous sommes dépositaires de ce souffle conteneur, de cette enveloppe de sentiment. Nous aimons avant d’avoir trouver quelqu’un à aimer. On dit « je t’aime » à un oreiller avant de s’endormir. Il y a cette sensation d’avoir trop d’air dans ses poumons, d’être asphyxié par trop d’oxygène, la condition de vie. La déclaration d’amour est ce moment de projection totale, hors de soi, de ce contenant, cette capacité d’aimer, c’est elle qui insuffle au cœur de l’écrivain le sens du sacrifice. La littérature est alors l’ultime possibilité de s’offrir. Non pas dans un romantisme humanitaire, mais avec l’oubli de l’auteur, sa disparition dans la chimie de l’offrande. Pour se dissoudre dans un objet électrique, à brancher à la lectrice. Il faut encore se mettre à genoux pour livrer sa récolte, voilà ce que j’ai fait de ce qu’on m’a donné. Pour accepter l’humiliation d’être lu, il n’y a que l’amour de la lectrice. N’étant pas étranger au pêché originel, je ne peux être qu’humilié d’être nu, lu. Je ne suis plus l’enfant créateur du collier de nouilles, je suis l’adulte également créateur du collier de nouilles. Par amour pour toi, j’accepte d’exister. Et mon écriture se tend vers le fantasme d’une lecture bienveillante ou amoureuse. Je pousse plus loin mes combinaisons de mots, fais feu de toute intelligence. J’essaye de n’avoir aucun reste au fond de moi après l’opération chimique, après la transformation en livre libre. Je vous dis, l’écriture n’est pas sur la réserve, elle est sacrifice.

 

Mettre l’absolu en soi

 

Cette démarche d’écriture n’est pas moderne tout en l’étant davantage. Le projet moderne semble être : s’exprimer. Cela fait partie des choses dites importantes, importantes pour être bien. Tout projet esthétique converge vers ce trou noir de l’utilitarisme. On jette dans le trou pèle mêle l’écriture, les arts plastiques, le théâtre et même les religions. On aimerait tellement définir les religions comme des humanismes dont la mission est de produire de la morale, on aimerait tellement voir les religions comme des usines. On écrit maintenant comme on se soulage, pour que cela fasse du bien (pour l’empire du bien ? Cf. Philippe Murray.) Il faut donc s’exprimer, se mettre dehors, à la vue de tous, en exhibitionniste, fier de son pêché originel. Un livre est réduit en thérapie pour l’auteur, en exemple pour les lecteurs. D’où le droit démocratique, reconnu à chacun à produire son morceau de masse, à se soulager, du moment que tout le monde s’y retrouve. L’intérêt de cette modernité, est qu’elle dessine à merveille, rend visible, le mal qu’elle entoure, autour duquel elle se masse pour chuter. Ce qu’il faut adopter, c’est un contre-projet. Ne pas s’exprimer du tout. Ne pas produire du moi à l’infini, mais s’offrir d’un coup, en un seul morceau. Pour se faire, il s’agit d’intérioriser l’absolu. Ne pas s’exprimer, mais faire rentrer l’absolu en soi ou plutôt, le reconnaître là où il est déjà. Il s’agit de s’imprégner d’une exigence extérieure et supérieure. Trouver la muse au bout de la ligne, à la page suivante. Cette muse, d’autan plus efficace qu’elle est inaccessible. Cette muse parfaite, pour laquelle vous êtes indignes. Cette muse à qui vous n’arrivez pas à en vouloir, car elle pose encore le regard sur vous. Cette muse à la fois créée et parfaite, posée très loin de vous, sans autres obstacles entre elles et vous que cette infinie distance. C’est aussi pour la Sainte Vierge que vous écrivez. C’est parce que vous savez qu’elle va vous lire, que vous acceptez ce sacrifice, ce ridicule. Ce n’est qu’un essai d’ailleurs. La Sainte Vierge vous aspire. Et vous étaler des propos, une proposition honnête faite à la louange de la création.

 

Chaos créateur

 

Le livre est donc cette lettre d’amour faite à la Vierge. Dans tous les cas, si on n’a pas encore identifié son visage, c’est encore une lettre d’amour faite à une reine. Il est intéressant de considérer l’amour comme un chaos nécessaire à la création. C’est ce qu’illustre La prière (éditions le manuscrit.) L’amour est ce chaos qui arrive encore à casser l’homme moderne, à lui ouvrir les yeux, à lui montrer sa mort en relief. Le livre gigogne parle de cet amour, chaos introduit dans l’homme pour son salut. Le livre lui-même est résultat du chaos, offrande morte née rangée en rayons. L’écriture, comme sacrifice, est un acte créateur qui se réalise, s’électrifie, lorsque la muse lit le livre. Cet acte est donc voué à l’échec, à une vie de peu d’intensité. Et le plus souvent, notre sacrifice se transforme en ridicule. Le funambule tombe, mais sa chute est stoppée par un harnais de toute sécurité sous les rires de tous les démons modernes. Le livre n’existera jamais. Sauf si on reconnaît dans la Vierge la véritable muse (renvoi vers la contrelittérature.)

par Maximilien FRICHE publié dans : L'âme et sa vague
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Lundi 2 octobre 2006

Ecrit de femme de lettre : 

 (Ou la niaiserie littéraire de salon à coucher)

Homme je suis la source et ton puits sans fond

Somme de la nuit et du jour le plus long

Je nourris l’humanité de mon lait

Tous les fils du plus beau jusqu’au plus laid

Je retiens ceux qui ont peur de la fin

Tout contre moi pour leur nier demain

Dressée comme un mythe au milieu des lois

Passé la limite je n’ai plus le choix

Je vous épouse tous et vous jette mon gant

Je vous défie de me faire un enfant

Poème signé : Martine est romantique

par Maximilien FRICHE publié dans : Peinture
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Vendredi 8 septembre 2006
Surtout, ne pas oublier de se vomir
 
 
        Se mépriser
 
Tout est hors du titre. Tout est tout autour du titre, aux pieds, par terre. Ce texte est dégoûtant. Je formule le vœu de ne pas m’accepter comme je suis. Je veux chaque jour porter un regard cynique sur ma personne, ne jamais renoncer à me trouver ridicule, tout en acceptant de continuer à l’être. Je veux au matin comme au soir, avoir la lucidité d’un vieillard et rire de mes faits et gestes, de mon allure forcément sur-jouée, de ma façon obligatoirement vulgaire de m’exprimer, de mes gestes tous maladroits, de la bêtise de mes propos. Et ce, non pas pour rougir de honte, pour ne plus rien oser dire ou faire, mais au contraire pour acquérir la faculté d’arborer un petit rire méprisant au coin des lèvres en pensant à soi. L’expression ‘au contraire’ vient d’être employée, car le rire et le mépris deviennent les raisons de continuer l’existence. Il s’agit de s’humilier à ses propres yeux, de se reconnaître dérisoire, de se manifester son indigence. Je m’écœure de m’entendre salir le Verbe, de participer à la niaiserie généralisée produisant raisonnements sur raisonnements. Comment peut-on avoir l’illusion d’apporter quelque chose en plus qui soit nécessaire ? Je suis surnuméraire et je n’arrive pas vraiment à me faire discret. Nous sommes déjà frustrés de nous exprimer par rapport à l’ampleur de notre pensée, comment pourrions nous nous supporter si ce qu’on dit est rapporté à la Vérité. Ne vous détruisez pas, mais contentez-vous de vous vomir tous les jours. Devenez votre propre harceleur, votre propre tyran, devenez de vous-même phobe, l’humainephobie est en vous !
 
     Vouloir tomber de haut
 
Que le rire de mépris que vous vous portez vous réjouisse, il vous permet de vous-même vous humilier et de racheter tout ce que vous moquez chez vous et dans l’espèce humaine. Cela fait presque aussi mal de flageller un corps, que de se vomir comme homme moderne, homme vivant dans son temps, homme d’aujourd’hui. Et parce qu'on a souffert de son ridicule, parce que l’on a rit de soi, parce qu’on s’est trouvé ridicule, parce qu’on a pris soin de s’humilier, alors on a le devoir de continuer à vivre. On a le devoir de continuer de risquer d’être ridicule. Parce que l’humiliation nous a un peu réconcilié, nous devons nous réjouir de vivre dans cette perspective. Nous devons continuer de porter le ridicule à la vue du monde sans l’exhiber. Vivre devient une vocation. Arriver en société avec un nez rouge imaginaire au milieu du visage, comme le porteur de croix. Essayer de s’élever et de tomber de toujours plus haut. Savoir que l’on tombe toujours, qu’on est par nature ridicule, a l’avantage de s'ôter la culpabilité de vouloir s’élever plus haut, aussi haut. Cela nous permet de faire des efforts considérables, d’être l’instrument de l’ambition d’être meilleur, tout en acceptant par avance avec humilité l’échec inéluctable. L’humiliation que l’on s’inflige lave par avance l’orgueil de s’élever, le pêché inné de vouloir être l’égal du créateur. Il s’agit donc bien du prix à payer pour vivre.
 
         Trou noir vs débordement de la création
 
Il s’agit donc de se rejeter en totalité, sans tri. Ne rien assimiler. Et avec soi, en soi, rejeter toute humanité au même titre sans distinction. Recommencer sans arrêt, comme ce n’est jamais fini, comme l’humanité ne cesse de repousser aux mêmes endroits, la naissance ne connaît pas la pudeur. Alors on peut se transformer en gargouilles oscillant entre la grimace et le fou rire. Cette attitude vient en opposition avec l’attitude actuelle du consommateur de culture, anthropophages modernes. Celui qui ne se voit pas tant achevé que lorsqu’il s’est nommé humaniste, celui qui est tant satisfait de l’homme, comme bien commun, comme lieu commun du bien, qu’il considère toute production humaine comme source du salut de masse. Le quai Branly (lieu de la masturbation intellectuelle) est le temple idéal, quoi que l’idéal serait un musée allant du néant jusqu’à nos jours, il faudrait tout mettre dans la même boîte, tout au même rang, tout digne d’adoration puisque produit humain. L’idéal serait un vrai musée de l’homme. L’homme moderne, consommateur de collections, collectionneurs de culture, n’a de cesse de venir se nourrir de lui-même, de son reflet. C’est narcisse qui se penche vers l’eau, et à force de se nourrir de culture humaniste, on finit par rester bouche bée et par avaler sa langue. L’erreur qu’il fait alors est de tout assimiler, tout avaler de sa personne, de s’accepter, de s’aimer et d’en redemander comme c’est bon. Se consommer avec l’avidité d’un collectionneur. Et finalement finir par s’oublier vraiment, faire sur soi. A force de se consommer, on peut ne devenir qu’une bouche béante où tout se digère, ne devenir plus qu’un trou, forcement noir, la source de l’anti-matière. En revanche, moi, je vous propose de vous vomir. Faites l’essai de ce rejet profond, c’est tellement facile, je ne comprends pas qu’on choisisse de se faire illusion. Ce rejet est au fond de nos entrailles à disposition, il est en nous, comme le mal est dans la création, créé non désiré. Vous savez bien de qui procède ce dépôt en vous. N’ayez crainte de le laisser remonter, il se consumera dans la logique de votre baptême. On pourrait dire ‘n’ayez pas peur’. Vous vous rejetez, écrivez avec votre vomi. Il faut créer avec ce soi déformé, acidifié, blessé, tombé. Il faut écrire avec cet homme devenu écorché vif, qui a le goût d’un cri, et une odeur en creux. Il faut oser se répandre en verbe, se ridiculiser et ainsi être baigné dans l’humiliation, bain du salut. Voilà notre martyre.
 
      Baptême
 
Si je vous propose de commencer par vous vomir, ce n’est pas pour finir par vous détester. C’est pour bâtir sur la réalité, ne pas se bercer d’illusions. Commencer par se rejeter pour trouver le chemin. Je vis, quel orgueil ! Quelle honte ! Mais heureusement je suis ridicule, je peux donc m’humilier tout seul, je peux donc continuer à vivre. L’humiliation lave par avance notre pêché d’orgueil. Je me sais ridicule, ne pas être au même calibre que mon créateur, je me sais capable de le penser, je peux donc vivre, marcher sans crainte, je suis d’avance pardonné. L’inéluctable échec fait que l’on ne mérite rien, que tout salut est grâce. Sa Justice elle-même, comme réponse à notre libre arbitre, est une grâce. Il nous fait don de sa justice.
Nous pouvons nous rejeter sans crainte, car nous sommes aimés. Nous pouvons faire remonter cette pelote mise en nous, cette boule de conscience de l’inachevé, ce dégoût de l’imparfait, car Il nous aime. Nous pouvons nous permettre la folie de nous vomir, nous pouvons courir le danger de ne pas nous plaire, car nous savons que nous sommes aimés. Redevenir un petit enfant, à genoux dans la crèche. Je sais que c’est pour moi que tu es venu dans l’étable. Je me rappelle cette déclaration d’amour manifesté par le baptême, cet anti-suicide qui dit « je t’ai créé sans raison mais uniquement parce que je t’aime.  Souviens-toi que quoi que tu fasses, quoi que tu dises, tu es aimé. » Le jour où j’arriverai, malgré mon ridicule à avoir pitié de moi et de mes semblables, ce ne sera pas loin d’être gagné. Heureux les toujours humbles, remplis de joie, qui ont intégré toutes ces étapes en une seule dans le retour de l’amour qui nous a été donné.
 
 
par Maximilien FRICHE publié dans : L'âme et sa vague
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Lundi 24 juillet 2006

L’homme tombé se confond avec son ombre et avec le sol. Avancez jusqu’à la souche en prenant garde de ne pas trébucher dessus. Avancez votre bouche pour parler ma langue et vérifier quelque chose. Touchez-moi comme je ne réagis pas, comme je suis mort. A quel point. A tous et tout autour. Je suis devenu un centre creux, un trou mou, un ver invertébré, vidé de sa rigidité, féminisé. Touchez-moi en appuyant. Là où ça ne me fait plus mal. Un petit trou rouge dans le cou pour obtenir un petit corps mort dans ses bras, poupée molle, marionnette remisée. Œil fixe vide, regard contaminé par l’objet fixé. Lourd comme un sac rempli dans vos bras fins et secs. Les miens pendouillent et pointent le sol. La mort renforce la pesanteur, comme l’été. Lourd comme mon double, porté à bout de bras sur quelques mètres. On ne peut plus rien pour lui. Priez là où ça fait mal. Priez de me rejoindre.

Fragments d'hommes en milieu hostile (Iles du Frioul 2004)

 

par Maximilien FRICHE publié dans : L'âme et sa vague
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Lundi 19 juin 2006

  

Bâtir sur la peur, écrire sur la mort

La mort devenue chose de la vie

 Le consommateur mondialisé m’informe, dans tous ses gestes, dans ses phrases chocs, que la mort n’est rien du tout. De toutes façons, on n’y peut rien. C’est comme ça, c’est la logique de la nature, c’est biologique. Et, tout le monde est super à l’aise dans sa peau. Blasé. Du genre j’ai l’habitude, j’en ai vu d’autres. A la télé. La mort est entrée dans les choses de la vie. C’est une chose banale vous savez et en plus on n’y peut rien. Comme s’il ne fallait se révolter uniquement contre ce qu’on peut vaincre ! Et Don Quichotte ! La mort n’est pas niée, elle est apprivoisée. Ce qui est nié, c’est l’absolu pour lequel l’homme est fait. Ce qui est nié c’est l’idée que l’homme est fait pour l’éternité. A chaque bout de la vie, euthanasie et avortement se répondent, du droit à ne pas naître au devoir de mourir. Il était plus facile, à porter de main de l’humain malin, d’inventer le droit à ne pas naître plutôt que le droit de ne pas mourir. Par orgueil, nous renonçons aux grandes ambitions et déclarons que ce qui est en notre pouvoir est ce que nous avons toujours voulu. Vous voulez être des Dieux, arrêtez de vouloir au delà de vos limites, et mettez-vous à adorez vos limites, à décider (décéder) en dedans.  

Bâtir sur la peur

 

Mes coreligionnaires s’étonnent de ma peur de la mort, serait-ce un manque de foi. Ils me disent, tu as peur du jugement, tu as peur de rencontrer Dieu. Je dis non. Tout rouge. J’ai peur de la mort. Et un petit complexe naît sans que je puisse me résoudre à ne pas avoir peur, à ne pas être scandalisé et terrifié. Peut-on se dire croyant et avoir peur de la mort, peut-on accueillir la résurrection du Christ et ne pas vouloir mourir. « Pour vous les chrétiens, c’est tranquille, vous croyez alors, la mort est l’accomplissement de votre vie, vous y allez joyeux. »  J’en arrive à douter de ma foi. Ne suis-je resté qu’un existentialiste incurable ? Heureusement arrive le livre de Fabrice HADJADJ Réussir sa mort et je lis que j’ai le droit d’être catholique et d’avoir peur de la mort. Je lis même que ma peur est la manifestation de la conscience que j’ai de la mort. Je suis rassuré, je peux continuer d’avoir peur, et ma foi peut même y prendre appui, l’espérance s’érigeant à la mesure de la peur. Bien sûr, juste après la peur,et l’espérance, Fabrice Hadjadj m’emmène vers l’acceptation de la mort et le vouloir mourir en martyre.

 

N’ayez pas peur

 

Ce message catholique est l’affirmation de l’exigence de proclamer sa foi, d’avoir le courage d’annoncer la Vérité. C’est bien à la  notion de courage que cela renvoie, et d’ambition, d’exigence. Quand le Christ dit " Soyez sans crainte ", cela sert à ouvrir les yeux aux apôtres, à leur révéler Sa nature, la vérité. "Ne craignez pas" signifie entre autre, Dieu a choisi l’homme, il est dans son "camp", tout homme est désormais élu en Son Fils. Seulement, il me semble que le monde médiatique s’est approprié le morceau de phrase n’ayez pas peur comme pour davantage justifier ce qu’ils avaient déjà entrepris. N’ayez pas peur, mot placebo, lot de consolation. N’ayez pas peur, je ne vais pas vous faire mal. N’ayez pas peur, ça ne va pas durer longtemps, n’ayez pas peur, il ne se passera rien, n’ayez pas peur, vous n’existez plus. N’ayez pas peur, ne réagissez plus. Et c’est là que je m’énerve. Et que je proclame : Ayez tous peur ! L’homme et la femme modernes sont pensés par le monde qu’ils ont créé, ils ne sont que des producteurs de raisonnements, ils se disent l’un l’autre : « N'ayons pas peur  et allons consommer de la culture. Puisque nous n’y pouvons rien, consommons. Consommons-nous. » Bouffez-vous les uns les autres ! Le monde est un serpent qui se mord la queue, il est devenu son propre trou noir, matière et anti-matière. Le couple moderne se vide d’âme en se consommant. De retour chez les chrétiens, la phrase risque de déployer des trésors de niaiseries modernes, d’instrumentation de la bienveillance chrétienne au profit des programmes modernes de rééducation et de suppression du mal. N’ayez pas peur, rentrez dans une foi au service du confort mondial. 

 

Ecorché vif

Etre conscient de la mort signifie forcément en avoir peur. Il ne peut en être autrement. Il s’agit en fait d’exister, reconnaître en son unité un objet créé, comme les autres. Ecouter les battements de son cœur et les ressentir jusque sur les tempes. Juste après, en regardant plus loin que l’horizon, dans le vague à larmes, au bord de l’infini, ressentir l’abolition des limites de la pensée comme son caractère inachevé. Ressentir la multitude des pensées. Et prendre conscience que la substance du dedans permettrait de vivre mille vies différentes. Les différentes couches de personnages, de personnalités possibles sont en moi. Mille feuilles contenues dans une seule dimension, le corps. « Je ne peux pas mourir, ce n’est pas possible » Il faut le crier. Etre persuadé qu’on est fait pour l’absolu, que l’incarnation et ses limites ne sont rien, que je peux être immortel. De toutes façons, mieux vaut se le dire que se donner l’illusion qu’on conçoit la mort comme marque classique et inéluctable de la fin de la vie. Car au fond, jusqu’à la fin, personne n’y croit vraiment, puisque nous n’assistons ni à des conversions de masse pour les uns, ni à des suicides par troupeau pour les autres. Il est certain, que la mort est abstraite pour tout le monde. J’ai donc le droit de dire que je suis fait pour l’immortalité. De là, la mort m’est inacceptable, je me débats, c’est Le scandale. Et. J’ai peur. L’idée de la mort est une pelote qui grossit en moi. A tel point que mon existence se limite à la conscience que j’ai de la mort. Elle me rend handicapé, figé sans répondant, sur place. Incapable de passer à l’acte de vivre. Impuissant. Je redis ma peur derechef. A chaque fois que je pense à la mort, je m’immobilise et m’inscris dans du marbre. Souvenirs en lettres d’or. 

Ecrire sur la mort

Plaie béante, verticale décharnée, eu creux de la ville-vallée. Il est trop tard pour qu’on me panse, j’ai déjà commencé à réfléchir. A écrire sur le seul sujet qui l’exige, sur la mort. Des histoires comme autant de cônes, ouverts en amont, et fermés au bout. Entonnoirs de la mort. En finir par n’écrire que la fin des histoires, le plus spectaculaire, l’obsession des sur-vivants. Montrer que tous les scénarii convergent. Que les milles feuilles, les milles personnalités issues de la substance, finissent dans le cul de sac conique. Simon (de Marthe), un des trois personnages de La prière (Editions Le Manuscrit), est de celui là qui se fige dans la peur de la mort. Sur cette peur, il battit un embryon de foi : « Faites que Dieu existe ! » C’est La prière en question, c’est l’Espérance. Quant à l’écrivain, engagé dans l’humiliation totale, il doit écrire sur la mort, commencer par-là. Bâtir sur la peur ou écrire sur la mort ne signifie pas commencer par-là, et vite passer à autre chose, vite apprivoiser le tout et gagner en maturité. Etre avancé dans la foi au point de ressentir une joie dans la mort ne signifie pas la disparition de la peur première. Au contraire, il s’agit  de sans cesse y revenir, sans fin repasser par la conscience de la mort et la peur. Il s’agit du matériau à incorporer, à chaque passage de la phrase, au Verbe, à la substance du texte. L’écrivain doit se programmer un rappel de la peur, quand la ligne devient trop longue et se fond au plan. Revenir au sujet, revenir à la mort, ne pas finir un livre sans y être revenu. Le livre doit être le ressassement de cette idée dans tous les sens, variations autour d'un refrain absédant comme trois notes, un arpège.

par Maximilien FRICHE publié dans : friche-intellectuelle
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Lundi 22 mai 2006

Ecrivains, soyez humiliés !

 

L’écriture est la manifestation du ridicule de l’homme. De tout temps. Elle est la marque de notre finitude, de l’inachevé ‘sans cesse recommencé’, notre maladresse tracée, comme celle des enfants qui apprennent à dessiner. C’est attendrissant. Peut-être pour le très haut, mais pour notre race humaine, capable d’espérer, consciente d’absolu, il s’agit d’un sujet de honte, d’un exercice humiliant qui nous accule au travail qui plus est. Aujourd’hui que l’on écrit sur soi et se propose en nourriture à ses homologues anthropophages, consommateur de culture et de moi en boucle, le caractère ridicule de l’écriture atteint son paroxysme. Fini le fou du roi, l’écrivain est le plouc de nous tous. L’impudique répandu, puis atomisé dans nos assiettes, me fait honte. Le  seul intérêt de l’écriture d’aujourd’hui serait de proposer à l’auteur encore de s’humilier un peu plus, de passer à la télé par exemple, de jouir d’audience, ou au contraire de trouver seulement dans internet l’opportunité de publier ses pattes de mouches. Ecrivains, soyez humiliés, soyez lus par ceux que vous méprisez, soyez moqués par ceux que vous aimez, soyez achetés sans être lus, soyez critiqués par des professionnels de la critique littéraire, ne soyez lus que par vous. Après tout ça, là, en boule autour du vide raconté, abandonné par vous-mêmes, comme une marionnette ayant perdu la main, ressentez pour vous la pitié que seul Dieu ressent. Ridicule humilié vous pouvez devenir enfant de Dieu.

 

 La nature de l’écriture

 

 undefinedQue faites-vous de vos temps libres ? Vous écrivez. Ah, c’est bien ! - Non. Ce n’est pas un divertissement, ce n’est pas pour des compliments. C’est un vice, un boulet et des grelots. Pour repérer le fils d’Adam à travers les ages. Bien collatéral au pêché, coextensif au mal. Contenu dans le mal, l’écriture est ce morceau de vie travestie qui vit grâce au mal, qui grandit en même temps que lui, dans son ventre. Comme le mal a été créé, car situé à l’intérieur de la vie libre, séparée de Dieu, l’écriture est née à l’intérieur du mal au moment de la chute, à l’intérieur de la mort. Seul un pêcheur peut écrire.

La nécessaire honte d’écrire

 On ne peut quand même pas dire à son entourage que l’on écrit le soir. Ah oui et qu’est-ce que tu écris ? Consent l’interlocuteur. undefinedDes histoires. Des récits qui vont jusqu’à la mort. Je suis rouge de honte. Comme si on parlait de masturbation ! L’aveu est impossible. Etre écrivain du dimanche comme on fait du macramé et pourquoi pas un  café philo et un blog aussi ! Je n’ai pas choisi d’écrire, c’est que je ne me supporte pas, c’est que j’ai peur de la mort, c’est que ça sort dans un cri d’effroi. L’écriture est un geste honteux, que l’on fait en se cachant. Ce geste comporte par avance tout le plaisir que l’on aurait à être aimé en vérité. C’est le geste du mal rebelle qui cherche Dieu, c’est le remord de Satan, le truc que l’homme a reçu lors du pêché originelle.

 

 Humiliés sinon mort

  Ecrire et ne pas être lu est humiliant certes. Mais écrire en étant lu ne l’est pas moins. Il n’y a pas d’issue possible. Et c’est l’humiliation qu’il faut de toute façon atteindre de crainte de complaire indéfiniment l’humanité dans son pêché. Les phrases jetées pour soi ne servent à rien, n’existent pas, l’auteur peut avoir honte de ce plaisir solitaire, peut mépriser puis haïr la terre entière et plus encore, il peut aussi accepter d’être humilié. Là s’ouvre la voie du salut.S’il est lu, son sort n’est par meilleur. Car ce sont des consommateurs qui vont le lire. En diagonale, en résumé, à voix basse, dans leur tête. De toute façon ils ne vont pas l’aimer en vérité. Ce n’est pas possible. On lui rendra des honneurs dans le meilleur des cas. Il peut même être applaudi deux fois pour le Goncourt avec deux noms différents. Applaudi deux fois par des gens dont il sait qu’ils n’ont rien compris. Evidemment puisque ce qu’il cherche, c’est Dieu. Et ces honneurs viendront rappeler qu’écrire est mal. Mis en finalité, les honneurs révèlent le désir malsain de l’écrivain, sa nature pécheresse. Cela lui dit que son intuition était la bonne, qu’il doit avoir honte. Passer à la télévision et, l’homme se met à pleurer. Quoi de plus humiliant qu’un hochement de tête de l’ardisson du moment qui s’est cru obligé de faire un résumé du livre. Quel échec ! Et pourquoi pas laisser une trace pour la postérité et finir de se damner. En effet, et c’est peut-être là que se situe le mal principal. L’orgueil d’influencer le cours de l’humanité, le désir d’être immortel dans ce monde là et donc, le refus de la mort et donc le rejet de la création divine, marque de son sceau toute aventure de l’écriture. Le faire délibérément revient à se damner. Systématiquement, écrire renvoie l’image d’un orgueilleux à l’écrivain. Il faut réussir à en être humiliés pour être sauver. Soi et l’espèce humaine. Ne me dites pas que certains prennent au sérieux les rentrées littéraires, les éditions, les émissions télévisées, les prix, les éditions posthumes, ne me dites pas que des gens se prennent au sérieux dans le fond de leur âme. Je ne veux pas le croire, c’est impossible. Qu’il joue avec le ridicule comme on se suicide un peu, lentement, sur la longueur, OK, mais se prendre véritablement au sérieux signifierait qu’ils sont spirituellement morts, et ce n’est pas possible. Il ne serait plus qu’une enveloppe pensée, incapable de s’humilier à la fin de leur temps et de se convertir dans l’intimité de leur mort. Ce n’est pas possible. Quoi que. Donnez moi des noms, on verra si ça colle.

par Philippe Réant publié dans : friche-intellectuelle
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Mercredi 3 mai 2006

Etre proche de mourir à chaque instant_____________________________

 

Synthèse

 

La mort m'enveloppe comme une conscience en sus, un fin film de sueur, liquide de la peur. Mes yeux rendent flou l'univers, et mon décor s'éloigne, se rapetisse avec les gens dedans. Je n'entends plus que mon bruit intérieur, mon sourd clapotis, un melange de sons bas, graves. Elle nous prendra comme un voleur, on ne peut pas dire qu'on n'était pas au courant. Je me repasse le film de temps en temps. La peur de la mort est la manifestation de la conscience que j'ai d'elle même. Cette peur me fige. Comme un vieil ordinateur, je ne réponds plus. Refuser la peur me conduirait au suicide, absurdité du piège dans le quel je suis figé. Le divertissement n'est plus possible puisque je suis au parfum, je le laisse donc au monde. S'ouvre alors la voie de l'espérance. Cette dernière ne m'ôtera pas ma peur mais elle permettra à mon intelligence de ne plus être figée et d'appréhender l'éternité dans un autre rapport, dans un dépassement de l'horizon. Je suis alors disposé à me convertir. Je le fais par mon intelligence, puisque je suis à Son image et j'en ressens l'exigence, le dilemme à résoudre.

  

Des livres

 

Fabrice HADJADJ a écrit Réussir sa mort et l'a publié aux éditions Presse de la Renaissance avec comme sous-titre anti méthode pour vivre. Cet essai est précis et montre l'étroit chemin du martyre, seule posture chrétienne du mourir. La mort est sans doute le seul sujet réellement intéressant. Il devient le sujet prioritaire pour ré-ouvrir la voie du salut à l'homme moderne. Je suis persuadé que l'homme ou la femme modernes ne savent plus qu'ils vont mourir, je l'ai écrit dans des articles précédents et en commentaires sur le site d'Immédiatement. Le livre de Fabrice HADJADJ va dans ce sens, m'apportant un éclairage philosophique et une cohérence chrétienne entre la peur de la mort et la foi. Ces éléments me manquaient et je l'en remercie. Je prends conscience maintenant de l'illustration que représente mon roman (je suis désolé de le ramener sur le devant, mais c'est vrai) La prière de l'approche chrétienne de la mort, du salut de l'homme qui suit le chemin ouvert par la conscience qu'il a de la mort. Je me suis aperçu qu'on retrouvait les trois attitudes de l'homme face à la mort décrites par Kierkegaard et rappelées par Fabrice HADJADJ, dans mes trois personnages créés. Dans mon livre, on a un homme et une femme qui seront sauvés par celui qui a tout compris, qui sera le catalyseur d'un chaos, lequel s'appelle l'amour et conduira la jouisseuse et le cérébral figé à espérer enfin. La lecture du livre de Fabrice HADJADJ, Réussir sa mort , renforce la peur de la mort et donc renforce l'espérance. Mon roman  La prière fait pareil dans sa sphère de la mise en scène, de l'illustration. Il faut espérer qu'avec ça, plus personne n'ignorera la mort ! Ce qui est sûr, c'est que la mort n'ignorera personne.

par Maximilien FRICHE publié dans : L'âme et sa vague
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Editions Le Manuscrit.com
20/02/2006
165 pages,

n° ISBN 2-7481-6860-7
n° EAN : 9782748168600


Hasard

Réactions

Quoi

  • : Friche intellectuelle
  • : 04/03/2006
  • friche-intellectuelle
  • : Blog de réflexions réactives lancées à la face des producteurs de raisonnements et consommateurs de culture. Une poésie de l'austérité pour la respiration.
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