Edito

... Friche intellectuelle, le blog réactif

Quelques mots issus d'une déchirure, deversés en vrac en réaction au monde, à la face de fiertés individuelles, producteurs de raisonnements comme virus, et consommateurs de cultures. Pour que vous soyés humiliés. Peut-être sauvés. Bienvenue dans la spirale !         

Maximilien Friche

(la prière)

Mercredi 6 juin 2007

La marque des esclaves  

On n’arrête pas de se poser des questions sur l’existence du Diable alors qu’il nous faudrait juste identifier comment il agit. Inlassables théologiens de comptoirs que nous sommes, confondant les contraires et les caricatures. Dire qu’il n’existe pas, est déjà une manipulation. Etre ou ne pas être n’est pas son problème, c’est : agir ou ne pas agir son dilemme, qui fait de nous à la fois le matériau indispensable à sa conquête et la finalité de son ambition. 

 

 

Tueurs potentiels 

Le diable agit comme un prédateur. Sa proie lui confère une existence au moment où elle perd sa liberté. Nous avions déjà comparé le diable au feu. Le feu n’est pas matière, il n’existe pas. Le feu détruit la matière, et c’est à ce moment qu’il apporte la preuve de son existence, jusque là réduite à du potentiel. Quelle damnation d’ailleurs que d’être condamné à être dépendant de la matière qu’on détruit pour exister, condamné à maintenir un résidu de matière, pour prolonger son éternité, alors même qu’on brûle de tout détruire. Le Diable s’est construit seul son enfer. Il peut en être fier. « Vois comme tu grandis à mesure où je me consume, mais garde encore un petit morceau d’âme quelque part dans ce monde, pour vivre de projets. » Si l’existence du diable ressemble à l’existence du feu, en caricature du Saint-Esprit qui est l’énergie première, c’est que nous présentons un potentiel calorifique. Nous avons du potentiel à pêcher. Nous sommes tous des tueurs en série et des déicides. Et nul doute que ce potentiel est repéré facilement par le grand chasseur de têtes. Le projet du diable est de revenir sur la création, il mourra avec son projet comme un kamikaze islamiste et romantique. Il faut garder ça dans un coin de sa tête comme un petit crucifix prêt à bondir lorsque des raisonnements de concessions sont produits par nos cerveaux modernes et humanistes. 

Chasse à l’homme 

Cela commence par une phase de repérage. Tout le monde a les capacités de pêcher. On est néanmoins sélectionné. La sélection étant la caricature de l’élection. Tant qu’on parlera du mal, on ne sortira pas de la singerie. Et la traque commence à la première concession d’un individu libre, au premier calcul du moindre mal, au premier abandon de souveraineté, au premier accommodement, finalement, à l’acceptation du scandale. On est alors respiré par une bête, épousé par un creux, enveloppé par une fine peau, moulé comme par de la sueur, le diable nous plaque son masque sur la face pour l’ajuster, pour voir comme cela nous irait. Comme un gant !  On devient le centre de la concavité satanique. Sans doute est-ce l’homme qui fait toujours le premier pas vers le diable. Cet homme libre et maso qui, dans une première négation, fait le premier pas, allume l’étincelle. Il se dénonce seul, lève le doigt, dis : « je suis là, vous me reconnaissez ? Qui a les capacités pour devenir tueur en série ? Ma pomme ! L’Adam perpétuel. » A partir de là, le mal est rendu possible, Satan rendu présent. L’amorce du pêché suffit, car il y a un continuum dans toutes les perversités. C’est la même absurdité qui irrigue du début à la fin. Bien sûr, tout n’est pas égal. Un fantasme n’est pas la réalité, un attouchement n’est pas un viol, un viol n’est pas un meurtre, un meurtre n’est pas un génocide, un génocide n’est pas un déicide. Et pourtant, il y a continuum. Et dans ma logique d’individu, à chaque fois je passe la frontière du bien et du mal, et c’est comme si à chaque fois je tuais Dieu. Et comme le souligne le Psaume 51, mon pêché est sans relâche devant moi, alors même que j’ai déjà crucifié Jésus. L’homme libre fait donc le premier pas et rend visible le trou noir dans lequel il s’abîme à ce moment là. Peut-on revenir en arrière en annule et remplace, comment peut-on rompre l’engrenage ?

 

 

Tatoués en série

Si les premiers pas sont faits par l’homme, tous les autres pas procèdent d’une tentation sans relâche du diable. Le premier pas nous marque à vie. Quoi que nous fassions, nous serons identifiables par cette marque. Nous sommes débaptisés par ce tatouage qui nous confère à tous le même nom commun. Peut-être un numéro pour dénombrer la masse, la sous-peser… Ces marques indélébiles sont la confirmation de la chute de notre race, c’est un petit rappel du pêché congénital. Cette petite trace honteuse, cette tâche sombre comme un morceau caché sera ce pour quoi Dieu nous aime davantage et nous inonde de sa pitié. C’est le prétexte à une surabondance d’amour. Nous connaissons l’image du boulet. Notre premier pêché nous met un anneau autour du pied, le deuxième un  premier maillon de la chaîne, etc. et nous traînons dans un fracas intérieur ce boulet partout où nous allons derrière nous, nous halons la patte, de plus en plus fatigué de nous même, comme nous sommes lourds à nous déplacer. La fatigue, c’est presque le suicide. La tentation fonctionne de façon assez simple. La marque que nous portons, a gardé l’information du niveau de pêcher atteint et, figurez-vous, qu’en cas de rechute, on ne passe plus par les étapes intermédiaires, c’est directement au taquet que l’on se met. Nous n’avons pas tout le chemin du mal à refaire, ce qui est acquis l’est une fois pour toutes ! Ce qui nous permet d’ailleurs de monter en  puissance. Retour direct jusqu’au pire, sans escales.  Et vous trouvez ça drôle ? On essaye juste de garder un peu d’esprit dans ce désespoir. Tout pêché est meurtre, notre vie n’est qu’une longue suite de récidives. Restent le pardon et l’Espérance. Un renversement de la vapeur dans la logique même de la création et de l’alliance peut avoir lieu. L’humiliation est nécessaire au salut. Se savoir pêcheur et récidivistes nous apporte sur un plateau l’humiliation dont nous avions besoin pour faire acte de constriction. Et c’est par la liberté même de penser, celle là même qui nous avait fait pêcher, que nous allons cheminer vers notre salut. Encore faut-il être en capacité de penser en être libre tel que nous avons été créés. Encore faut-il qu’il nous reste un  peu d’âme. Si c’est le cas, ce que Jésus nous a appris de lui-même et de la trinité, nous suffit à nous mettre en chemin, conscient de sa nature, inondé de l’amour divin. Nous prenons conscience du différentiel colossal entre le créateur et sa créature, de notre offense masochiste et ingrate, et comme un enfant honteux, le cœur débordant de merci, il ne nous reste plus qu’à faire des louanges à sa gloire, pour que toutes proportions soient gardées.

Des milliards de diables en zéro personne 

Il y a toutefois des pactes avec le diable, des collaborations totales. En ces jours où le totalitarisme se fait rampant, ces pactes le sont aussi. Ils sont productions de raisonnements, de fausses justifications pour continuer à tirer son boulet plus loin. C’est ainsi que la mise en esclavage devient totale. Au moment, où le pêché ne procure plus aucun plaisir mais devient systématique, noué par l’habitude prise. Quand on passe du plaisir à la compulsion, nous sommes des esclaves, enchaînés les uns aux autres, sans geôliers. Le vice est systématique, car relevant du système créé. Le diable reste invisible, seule son œuvre subsiste. Dans la grande chaîne des corps tatoués, la mort a précédé la mort. Il n’y a plus d’âme, elle a été le matériau nécessaire à la combustion, car il faut de l’énergie pour construire le système qui marche tout seul. Ce qui est devenu immortel, ce n’est plus l’âme, mais les raisonnements produits et la consommation compulsive. Je jouis par pression sociale, c’est obligé. Je le justifie à coup de raisonnements, j’opère un renversement du bien et du mal, je consomme équitable et je vote niais pour obtenir gratos, tout de suite une bonne conscience sans douleur, l’orgasme dans lequel je suis maintenu est alors renforcé et j’ai la vie au bord des lèvres, j’hésite à me vomir. Quel tord d’hésiter ! Il n’y a plus d’individu mais la propagation d’un foyer qui n’existe qu’un instant au moment de la combustion. Tout est réduit au système, au maillage, au piège lui-même. Les êtres sont pensés par un être disparu, pensés par la mort (Cf. Cosmos Incorporated de Dantec.) Ne restent qu’à ces chairs pensées par leurs raisonnements devenus immortels, pensés par le système créé par l’homme, pensés par le piège, que la glorification du monde virtuel. Il y a eu fuite d’âme et l’homme moderne s’est nourri de lui-même pour se recycler en organe constitutif du corps devenu camp. C'est une inversion totale de la trinité à laquelle nous assistons, la négation des personnes pour un renouvellement perpétuel de substances sataniques. L’humanité entière est alors méprisée comme des embryons. Ne restent aux vivants résiduels, au bord du précipice, juste après l’opération, dans leur migraine entretenue sur leurs balançoires de patience, qu’à psalmodier pour toujours " 

Ps 51:3- Pitié pour moi, Dieu, en ta bonté, en ta grande tendresse efface mon péché,
Ps 51:4- lave-moi tout entier de mon mal et de ma faute purifie-moi.
Ps 51:5- Car mon péché, moi, je le connais, ma faute est devant moi sans relâche;
Ps 51:6- contre toi, toi seul, j'ai péché, ce qui est coupable à tes yeux, je l'ai fait. Pour que tu montres ta justice quand tu parles et que paraisse ta victoire quand tu juges.
Ps 51:7- Vois : mauvais je suis né, pécheur ma mère m'a conçu.
Ps 51:8- Mais tu aimes la vérité au fond de l'être, dans le secret tu m'enseignes la sagesse.

..."
par Maximilien FRICHE publié dans : friche-intellectuelle
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Lundi 21 mai 2007

                           

 

Issu du néant, en fuite vers maintenant, issue de secours en ligne de mire.

par Maximilien FRICHE publié dans : Peinture
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Vendredi 4 mai 2007

Fenêtre ouverte sur le purgatoire

 

Il est étrange de constater que les moments d'extrême fatigue, sont des occasions d'extrême lucidité, de jaillissement de la lumière aveuglante. La fatigue est comme le point de disjonction entre le corps et l'âme. C'est lorsque que l'intention  de faire quelque chose ne suffit plus pour que cela se fasse. Quand on se dit qu'il faut bouger le bras ou tourner la tête et que rien ne se passe, quand les muscles s'absentent et que le corps ne répond pas, qu'il n'y a plus d'électricité, c'est quand le regard ne sert plus à rien. « Tu rêves ! » Non, c'est que l'horizon, dans la lucidité qui va naître, n'existe plus. Alors, les yeux sont dans le vague, flou à nos pieds, flou dans le lointain, flou dès qu'il y a de la lumière.

  

Ambiance

Je vais faire un peu plus de description, vous donner du vécu comme on dit, en journaliste d'investigation de ma vie. L'ambiance commence par le moment où les bras pourraient nous en tomber si nous n'étions pas déjà allongés comme un corps, comme un mort. On n'arrive pas à se réveiller complètement, on se résiste. Pendant ces quelques minutes où l'on n'est plus endormi, où l'on n'arrive pas encore à bouger, le stock de fatigue des jours précédents, nous leste jusqu'à laisser l'empreinte définitive de notre corps dans le matelas qui n'est pas encore de terre. C'est lorsque l'on existe en creux. A ce moment là, nous n'avons plus nos personnalités, nous en sommes vidés. Nous n'arrivons pas, malgré les essais, à se parer pour la journée, de notre profil bien rodé. Nous sommes encore vidés  des justifications, des raisonnements qui nous rendent justes à nos yeux. Style, accent, manières, esprit, impossible à se télécharger. Le débit qui nous relit au monde est très bas. On a du mal alors à se souvenir de comment on fait déjà pour exister, pour n'être pas qu'un bébé. C'est un état où on se sent faible en réalité, à la merci de Dieu enfin, incapable de résister, d'agir et de vouloir, juste indigent par nature et aimé. Aux portes du sommeil, dans le vague, épuisé. Plus de force, avec la bouche ouverte et le regard bête. Se savoir éveillé, mais être comme endormi. Conférer à la réalité les contours d'un rêve et se savoir, encore une fois, éveillé. En veille. Un point rouge sur de la haute technologie, haute fidélité, consommant encore de l'énergie. Un point rouge comme pour signifier la présence du Christ dans le tabernacle, dans la créature que je suis.

 

Première grande fatigue : l'homme est mortel

 

La tête sur l'oreiller, les yeux ouverts, projetant les restes d'un rêve pour conférer à l'espace une ambiance floue, de mélanges de choses habituellement distinctes, de fusions idiotes. Je viens de rêver que la mort existait. Je suis horrifié. Mon coeur bat vite comme sorti d'un cauchemar. Je viens de rêver que nous étions tous mortels. Je transpire en ayant froid. Une impression impossible à décrire autrement que par l'effroi que provoque un cauchemar, effroi se dissipant dès qu'arrive le jour. Ouf ! Ce n'était qu'un rêve. Comme d'habitude, j'ai encore la tête sur l'oreiller, je suis bien, je me réveille dans les bras de Dieu, mon souffle dit « je t'aime », sans avoir besoin d'englober un support destinataire du sentiment, je respire l'amour. Ouf ! Ce n'était qu'un mauvais rêve, c'est maintenant le matin du jour. Encore un peu de vagabondage avec les yeux, sans bouger la tête, sans utiliser son corps, se promener au plafond, compter les arêtes, identifier les tâches bien connues au plafond, les formes issues des jeux de la lumière, dessiner en pensant à soi, en soi. Finalement être comme on a été créé, être par amour. Et puis, heureux sans raisons, décider de commencer la journée. Combien de temps l'illusion de croire que le rêve était faux va-t-elle durer ? En se brossant les dents, en allumant la radio, en buvant son café, en tournant le contact de la voiture ? Tout revient, dans une remise en ordre brutale, un réajustement instantané de notre puzzle mental. Quel con ! Dire que j'ai cru avoir rêvé la réalité ! Je dois être bien fatigué pour en être arrivé là. Restent les sensations doublement bizarres. Celle de s'être cru immortel bien sûr jusqu'à ce qu'on se lave les dents (ou...) mais aussi celle d'avoir été horrifié dans le rêve de se savoir mortel. C'est cette dernière qui bouscule le plus. En effet, dans mon rêve, c'était horrible, inconcevable, digne de tout arrêter sur-le-champ et là, je continue comme d'habitude.

 

Deuxième grande fatigue : la souffrance de savoir ceux que je n'aime pas, mortels

Au réveil, un autre matin, encore dans mon oreiller que j'affectionne particulièrement et que j'assimile à l'amour divin pour ma personne, je suis encore baigné d'un élan passionnel pour les gens dont je reconnais les visages, ces congénères qui véhiculent à côté de moi, dans des files d'attentes, semblables. Le rêve dont je m'extirpe mollement et, où je me croyais éveillé, atteste que j'ai éprouvé de la compassion et une terrible souffrance à l'idée de savoir mortel telle personne ou telle autre. Et mon rêve était tellement bien fait qu'il a focalisé sur les personnes pour lesquelles j'ai le moins d'estime. Moi qui suis si peu enclin à la bienveillance en temps d'éveil, me voilà dans de beaux draps ce matin de me trouver en communion avec la souffrance d'autrui. Là encore, c'est en me rassemblant d'un bloc au moment de me laver les dents (ou...) que j'ai pris conscience de l'impact de ce faux rêve, ce moment de grande fatigue.

Le souvenir d'avoir été fatigué

Ces moments sont désormais redevenus insaisissables pour moi. Je n'arrive plus à percevoir comment j'étais. J'en ai le souvenir. J'ai le souvenir d'avoir pendant un court moment ressenti pleinement l'horreur de me savoir mortel et j'ai le souvenir d'avoir souffert pleinement de savoir chacun de mes congénères mortels. Souvenirs, reconstruction du vécu en livre. Forcément faux, forcément nécessaire pour se maintenir au chaud, à vif, prêt pour le départ. Continuer en ayant la sensation de vivre dans ses futurs souvenirs, d'exister entre deux trous de mémoire. C'est vrai que c'était bien comme je suis. Et j'arrive à avoir la nostalgie de ces moments de lucidité, j'en arrive à vivre dans l'attente de ce quelque chose dont j'ai eu un avant goût. Cela rentre dans le savoir, la certitude, que ma nature pourra être rachetée à la dernière minute, à l'abandon. Nous savons que nous tomberons à genoux devant le Christ blanc, fondrons en larme pour nettoyer notre visage. Décomposer sa face et pâlir à vue d'oeil pour montrer son squelette en filigrane. « Tête de mort ! » Insinue mon haleine. Tissu tenu comme un pantin en haut du mat de l'épave. Une fois l'électricité évanouie, le vrac comme avenir, rassemblement d'os. Un visage-linceul, irradié, qui montre que le Christ était aussi à l'intérieur.

Le petit purgatoire illustré

 

J'imagine très bien, et encore plus depuis ces expériences de la fatigue, que le purgatoire est le lieu de la passivité. C'est à dire, un lieu où nous sommes incapables d'agir bien sûr, mais aussi incapable de produire des raisonnements, justifications pour continuer à vivre comme si de rien n'était, pour rendre supportable le mal. Nous serons faibles face à la vérité éclatante, fondus en larme, à la merci de Dieu, incapables de plus aucune collaboration à notre salut, incapables de se dérober et de faire des concessions au diable. Repêchés, nous serons réduits à l'état d'âme d'un pardon ruisselant. La vérité fera éclater notre responsabilité de déicide lorsque nous nous lavions les dents avant d'ajuster notre noeud de cravate. Il faut s'y voir déjà dans ce lieu de la gratuité, dans ce lieu où Dieu nous offre enfin la possibilité de souffrir pour être sauvé, où comme un père, il se drape de l'autorité nécessaire pour que le bien triomphe du mal, pour notre bien. Et la sainteté, ce serait vivre son purgatoire sur terre, vivre sur la longueur ces deux instants que j'ai rencontrés au croisement du sommeil et du réveil. L'instant où je rêvais d'être mortel et où je rêvais d'être en communion avec la souffrance des autres et l'autre instant, où l'on se sait aimé, où l'on reconnaît notre vocation d'accéder au balcon. Le régime devient donc alternatif entre humiliation et épanouissement pour déboucher sur la sainte synthèse de l'Espérance.

   

 Comme dans un livre ( un autre livre) :

 Il doit être encore tôt. La lumière est très blanche. Dans la chambre aux persiennes, on peut se lever et véhiculer sans problème, sans avoir recours à l'électricité. On y voit bien. Juste on ne peut pas lire. Philippe Réant sent le matin poindre, ouvre un peu les yeux et dénoue ses membres. Quelle heure peut-il être ? Philippe n'a pas encore le courage de se mouvoir pour attraper son téléphone portable posé sur la table de nuit de son côté où se trouve aussi le livre en cours d'Isabelle. Il l'entend dormir, tourné de l'autre côté comme lui. Elle est roulée en boule, sans aucun drap sur elle. Si Philippe ouvre un oeil, c'est qu'il veut vite sortir de son sommeil, s'extirper de son mauvais rêve lucide. C'est comme un cauchemar d'enfant dans lequel il s'est enlisé. Il a rêvé cette nuit qu'il était mortel. Comme les jours de grande fatigue où les yeux coulent tout seul, il a appréhendé en rêve une réalité insoutenable. Il a rêvé qu'il allait mourir de toute façon, en dépit de tout, quoi qu'il en soit, par nature. Il a rêvé qu'il n'était pas immortel. Il s'est vu, comme on se voit dans les rêves, de loin avec un zoom, il s'est vu précaire et s'est fait pitié. Eberlué, la poitrine sous le tam tam pointu du coeur, figé dans un cri écrasé sur une face en grimace. Il a maintenant les deux yeux énormes ouverts sur le sombre clair de la chambre. Il va mourir un jour. Quelle horreur ! Il pleure en silence en rêve, comme un enfant immensément déçu de s'être déçu, envahi de tristesse. Abandonné comme un enfant grondé. Des pleures qui altèrent la respiration. Il reste torturé par son rêve purgatoire, passif et insoumis. Et puis maintenant c'est le réveil, la vraie vie. Ouf ! Tout est concret. Il y a des choses partout et tout semble immuable. Il est bien content d'être sur son lit au matin très tôt, au matin d'éternité. Il est bien content que tout ait une place. C'est son ordre là partout. Il croit être bien réveillé, il devrait se méfier. Le fait qu'il ne bouge pas encore devrait le mettre sur une piste. Il se dit que ce n'était qu'un mauvais rêve. Il a ouvert un oeil sur le paradis ce tout petit matin. Sommeillant dans la lumière fragile du jour naissant, il sourit à son créateur. Il est à deux doigts de retrouver le sommeil, son oreiller lui inspire des je t'aime en débordement. Au lit, au chaud avec sa petite femme. Les enfants, dont il ne se rappelle plus l'age, dans les chambres à côté. Il a ouvert un oeil sur le paradis et l'a reconnu. Mon Dieu, mon Seigneur, je suis immortel et les autres aussi. Et puis, et puis ? Le téléphone portable sonne. Il s'en sert de réveil, il est programmé pour sonner tous les matins de la semaine sauf le week-end à cette même heure, juste avant le réveil naturel. Il l'a laissé comme ça. Il ne l'a pas encore changé depuis sa mise à la retraite, il ne l'a pas encore désactivé. Isabelle souhaite qu'il se contente de le retarder de trois quarts d'heure, car après, elle a des choses à faire. Elle ne s'est pas réveillée, car Philippe a des réflexes, il a vite attrapé l'engin et stoppé ses sirènes. Il a des réflexes de vivant. Gravés dans son corps qui est pétri comme une mémoire. De son côté, Philippe trouve finalement assez agréable d'entendre le réveil et de savoir pouvoir traîner au lit, et faire les autres gestes de la journée lentement. Et puis ça garde son côté exceptionnel au samedi et au dimanche. Le réveil a sonné et isabelle n'a rien entendu, elle aime beaucoup dormir, elle dit qu'elle en a besoin. De toute façon elle s'est habituée à ce bruit et cela fait longtemps que son corps s'éveille systématiquement vers huit heures. Philippe a été machinal. Il a étiré son bras hors des draps vers la chambre froide, a attrapé le téléphone mobile, l'a palpé pour identifier le haut du bas, la face du dos et a appuyé sur les bonnes touches du premier coup. Il a reposé le rectangle noir. Il se lève des deux pieds ensemble, d'un bond en retournant sa partie de draps sur sa femme qui maintenant à double épaisseur sur elle. Il va dehors dans le couloir. Il va dedans aux toilettes. Il accuse le coup. Il trouve qu'il est très tôt. C'est pas comme d'habitude. Il se promet cette fois, de se coucher cet après-midi après déjeuner pour rattraper. Il pourrait se recoucher maintenant. Il n'y pense pas. Il a tellement de sommeil en retard qu'il pourrait se coucher pour toujours. Avec les gestes de la vie, avec chaque pas, sa réflexion se remet en route, Philippe reconstruit sa métaphysique, il se remet en marche. Après le tour de chauffe, il habille la tragédie de la vie de ses raisonnements, il met de l'intelligence dans ses entrailles, sans quoi il ne sait pas croire. Il se souvient. Le mal de crâne point au même instant. Cette nuit, son mauvais rêve. Tout à l'heure quand il était ravi de se réveiller en pleine confiance. La réalité prisonnière du rêve. Quelle horreur ! C'était bien vrai, c'est maintenant, depuis l'oeil ouvert qu'il est dans le faux doux. C'était bien vrai. C'est exactement comme je l'ai rêvé. Rien de romancé, rien d'exagéré. C'était comme ça, comme maintenant. La vérité est insupportable comme ce carrelage froid de salle de bain sous ses pieds et la lumière dans ses rides en face. Quelle horreur ! C'est vrai il y a bien la mort et cela nous concerne par nature. La vraie passivité est de ne plus pouvoir produire pour soi de raisonnements. Au purgatoire, ce sera cela, il le perçoit. Nous ne raisonnerons plus, ce sera des pleures sans fins, silencieuses devant l'incompréhensible évidence. Monsieur Réant sait qu'il est impossible de partager ce qu'il découvre, au degré de maturité qu'il le découvre, les mots ne permettent pas de voir. Ses homologues, hommes et femmes modernes, ont une tendance abusive à produire des raisonnements. A bon rythme, selon une gymnastique bien maîtrisée, comme lui, comme sa bru et ses fils, comme au boulot, ils fabriquent des raisonnements, issus de leur personne, devenue puits sans fond, manufacture inépuisable. La nature de la matière première ne fait aucun doute, c'est de l'âme. (...)  

 

 

 (...) Tout le monde vient s'abîmer dans ce moi-trou noir. S'être autorisé à être un auteur et avaler Dieu. Rien n'est plus facile au quotidien. Il faudrait qu'il fasse partager son rêve comme on regarde un film plusieurs fois de suite et puis en extrait aussi. Encore et encore. Monsieur Réant marche de long en large. Il s'éloigne quand même. Il arrive à son bureau, à la maison. Il n'a fermé aucune porte derrière lui. Pas de petit déjeuner en vue ce matin. Il n'en prend un que rarement et voire uniquement le week-end. Il prend un papier dans le tiroir sous le sous main en cuir. Il écrit tout en haut avec son stylo plume rempli d'encre bleue, il écrit en haut à gauche comme un écolier la date du jour, pour qu'on voit d'ici le tableau, assez gros, il écrit en haut « poème en vers » puis saute plusieurs lignes imaginaires. La page n'est plus blanche. Il griffonne une phrase en se courbant par-dessus son fauteuil. Il est resté debout d'ailleurs. Il marche à nouveau autour du bureau, vers la porte et demi-tour, il se rassemble. Il compte pendant ce temps, avec sa tête, ses jambes, les pieds de ses phrases. Il construit avec des rimes. Il va dérouler l'histoire comme un tapis sur un escalier monumental. C'est vraiment facile. Il aère ses vers de pauses pendant lesquelles il marche et compte. C'est vraiment trop facile. Il écrit comme il respire.

« Tête la première en plonge dans l'oreiller,

Une bête sort du songe et se souvient d'hier.

Dans de beaux draps, le Seigneur l'a réveillé.

Dans de longs bras, elle se récite la prière.

En tête à tête avec son créateur, elle ose

Reconsidérer toute vie depuis la genèse.

Le bras de fer du créateur avec sa chose

Consiste à faire en sorte qu'à jamais elle se taise. 

  

La bête élève sa tombe comme une pierre, 

Elle sait que son Seigneur est là pour surveiller.

jusqu'au dernier sous-sol, elle plonge tête la première,

Au dernier temps, il sauve la tête sur l'oreiller. » 

Il souffle maintenant et rebouche son stylo plume. Le jour a eu le temps de complètement se déployer au ciel, pendant ses comptes de pieds. Il souffle car il a compris qu'il suffit d'un oreiller pour être apaisé. Il suffit d'un oreiller pour attendre la mort. Se préparer au purgatoire,  accepter la paralysie de l'esprit face à la lumière, sentir son cerveau comme une langue pâteuse et se transformer en prière car devenu incapable d'habiller la tragédie de raisonnements. Ne plus devenir qu'actions de grâce et, point d'écartèlement entre le mal dont on est porteur et la lumière reçue, pour une humiliation maximum et salvifique. Dans cette salle d'attente où l'éternité est un morceau, où la venue du Seigneur est toujours inattendue. "A qui le tour ?" Au sien.

par Maximilien FRICHE publié dans : L'âme et sa vague
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Mercredi 11 avril 2007
par Maximilien FRICHE publié dans : Peinture
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Samedi 24 mars 2007

Le refus de participer, un défi d’avenir

Fatigué et écoeuré de ses raisnonnements, honteux d'en faire partie, finir par tout abandonner, se désintéresser du monde, et commencer aujourd'hui son purgatoire.

 Crime absolu 

 

 Je ressens très clairement, comme on a une vision, qu’un jour le refus de participer, sera le crime absolu dans ce monde qui s’engendre comme il se vomit, par salves de progrès pour masse. Et je me sens capable de bientôt refuser l’ensemble des rôles que l’on me proposera. Dans mon abandon, je désire déjà l’exclusion. Cela viendra comme un réveil, un bien être construit sur du vide. Une conscience heureuse de constater que la Vérité se réduit à ce rien. Ce refus sera le crime absolu décrété par nos démocraties, car on ne jouera plus le jeu du débat. On ne prendra plus le rôle du contre poids. Pour progresser, la société a besoin d’opposition, et depuis que tout le monde est bon, elle se divise entre bons pour continuer d’avancer. C’est ainsi que notre opposition ne peut être que la nostalgie que le monde moderne se permet d’anticiper dans sa chute. Seul, le refus de participer, le refus de produire des raisonnements contraires aux idées du moment, atteindra le privilège d’être le crime absolu. Refuser de jouer, c'est pire que partir perdant, c'est ôter à l'autre toute possibilité de jouir, c'est castrer ce monde arrivé au bord des lèvres.

 Abandonner toutes choses égales par ailleurs

Prenons quelques exemples pour s’illustrer. Tout d’abord évoquons la politique puisque c’est l’actualité, puis nous évoquerons d’ailleurs l’actualité et toutes les choses de la vie, tout ce qui en fait une poubelle jamais assez remplie, tous les passe-temps de curriculum vitae dans la rubriques divers, toute notre vie de citoyen. J’annonce qu’il nous faudra un jour ne plus voter. Identifier la dernière fois, le moment où ce vote ne sera plus qu’utile. Quand on croira faire de la politique en tractant pour un lobby. Pride contre pride, fiertés contre fiertés, tous sur un char avec des ballons de toute façon. Quand on voudra influencer les politiques en faisant pression : ensemble on est plus fort, d’autant qu’on est tous pareil. Après avoir voté utile, arrêter de voter. Car si la démocratie vous avez plu, grâce au hasard égalitaire du choix collectif, le vote utile vous transporte dans une dilution de ce qui fait de vous un individu, pour juste devenir ce que vous en pensez. Qu’il est pathétique de constater que chaque fierté individuelle va produire des raisonnements, une intelligence de la masse, dans laquelle elle se contient, et par son calcul changer son vote, adapter son vote à la stratégie de tous les autres contenus dans la masse et qui agissent après l’avoir disséqué jusqu’à l’organe qu’il représente désormais. Pour que la droite passe, il faudrait désormais voter Royal au premier tour, puisque contre Bayrou, Sarko perd, sachant que pendant ce temps, le reste de la masse doit s’arrêter de produire des raisonnements. Le vote utile n’a pas de fin dans la connerie. Arrivé à ce stade, il est urgent de tout arrêter, de se retirer et, désormais, de refuser de participer. Déjà, qu’au tout début, on n’était pas sûr de croire à la démocratie, on avait juste fait des efforts pour continuer d’avoir des amis, mais alors là ! Bon, cet exemple est de circonstance, c’est de la discussion de samedi soir, mais plus largement, ce refus de participer sera le refus de toute morale. Il faudra arrêter de trier ses déchets ; de manager par la qualité ; de mesurer ses propos ; de consommer de la culture ; de partir au ski ; de faire du sport, de manger équilibré, de boire avec modération ; d’avoir de grandes capacités d’écoute ;  de faire les soldes ; de faire des minutes de silence ; d’avoir une pensée pour untel ; de faire des efforts ; d’apprécier les bonnes choses ; d’avoir un comportement citoyen ; de respecter les opinions ;  de récupérer les bouchons en plastique. Et puis, bien sûr, se détourner de l’actualité et de son business. Ce qui se passe aujourd’hui, en ce moment même ne doit plus nous intéresser. Il faut arriver à être incapable d’avoir une opinion sur ce qui se passe. Ce n’est pas qu’il faudra refuser de donner son avis, mais s’arranger pour ne pas en avoir. N’avoir pour motivation dans ce refus, que la fatigue, l’ennuie. Et puis il faudra aussi arrêter de lire.

 La vraie réaction

Pourquoi tu ne veux pas parler, t'es timide, t'es pas épanoui ? Laisse toi faire ! Non. Pourquoi tu ne parles pas ? Parce que je n'ai rien à dire.  Se retirer, réelle figure réactionnaire, ne pas prendre part, pour ne pas être ce truc prévu par le système, ce précipité au fond du bocal. Refuser le combat et tourner le dos à l’adversaire, en ayant pris conscience que ce combat était le sien, que les règles étaient les siennes, que le spectacle était donné pour l’avenir qui se trouve plus bas encore. Je ne veux pas servir de souvenirs aux modernes de demain qui se moqueront de ceux qui encore, à mon époque, s’opposaient, à ce qui sera alors devenu une évidence pour tout le monde. Rentrer dans le combat, c’est se forcer à adopter la figure du moderne d’avant-hier pour combattre celui d’aujourd’hui. Comme il est risible de constater que les réactionnaires d’aujourd’hui se disent républicains. Non décidément, la seule réaction qu’il subsistera, qu’il subsiste est le refus de participer. Pour ne pas être ce contrepoint qui parfait le cercle, cette petite (mauvaise) conscience qui permet au monde de continuer de chuter en suscitant la pitié de Dieu et la fierté des humanistes. La rupture se situe dans le détournement du regard, le désintérêt total pour ce monde. Ni pour ni contre bien au contraire. Ce qu’il nous reste à proposer à tous nos ennemis, c’est une rémission sans condition, un drapeau en berne, un regard fier. N'être plus qu'une âme sans vitrine sur le dos, sans carapace, n'être plus qu'une chose vive en supplice, sans personnalités, sans états d'âme sur rayons, du type, ça me fait quelque chose quelque part. N'être plus qu'une âme, comme un coeur battant hors du corps, nu, souffrant d'afficher le mal dont il est porteur. Commencer dès maintenant le purgatoire. Parce ce qu'on le vaut bien.

par Maximilien FRICHE publié dans : friche-intellectuelle
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Vendredi 16 mars 2007
par Maximilien FRICHE publié dans : Peinture
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Mercredi 28 février 2007

 

C h a m b r e       à         l  ' o m b r e

 

Une femme comme une ombre chinoise

S'imprime sur le mur de plâtre

D'une chambre où plus personne ne se croise

Où l'homme est dans l'attente de se battre

 

Il ferme les yeux sur la tâche sombre

Et retient sa salive dans sa gorge à noeuds

La femme sans contour dénombre

Les années passées à deux

 

 

Sur un lit blanc l'homme pleure

embarrassé par son souffle et son désir

Il ne peut plus cacher sa peur

De voir le jour revenir

 

Plus jamais il n'y aura d'amour

L'homme et l'ombre vivront à distance

Sa tête de toupie ne fait qu'un tour

Et roule boule puisqu'on y pense

 

 

par Maximilien FRICHE publié dans : L'âme et sa vague
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Mardi 13 février 2007

 

Chers addictifs de l'info,

Le temps du sevrage est désormais nécessaire. A vous nourrir tous les jours, plusieurs fois par jour, d'actualité, votre existence même se met en péril. Votre âme perd irrémédiablement de sa substance. A n'orienter votre conscience que vers l'actualité, le factuel à incidence collective, à force de vous maintenir au courant, de vous updater, la surface devient constitutionnelle de votre être, et cette enveloppe qu'est la conscience, représente de façon symbolique votre devenir de quote-part à un vaste contenant collectif. Rentrons dans le mécanisme pour mieux percevoir la mise en oeuvre du consentement à la négation de l'être créé libre, dans l'acte de consommation d'actualités.

 

Pensé par le système dont on est l'origine

 

Dire qu'il se passe quelque chose à chaque instant, chaque seconde et qu'il ne m'arrive rien de national dans ma vie ! Dire que je ne suis pas là où ça se passe. Pourtant, j'habite le centre d'une grande ville et je ne voudrais pas que l'Histoire du monde me passe sous le nez. Je veux pouvoir dire j'y étais ! A qui ? Je ne sais pas. Pour le moment, je me parle. J'ai participé au grand tout. Il y a la queue dans les manifestations, il n'y aura pas de la place pour tout le monde. Après avoir voulu enrichir le travail des ouvriers, voilà que l'on a intéressé les ploucs à l'avenir du monde. Après avoir rendu l'ouvrier complice de sa transformation en matière première, après avoir obtenu son consentement, voilà que l'on permet à chacun de rentrer dans le virtuel, par leur propre conscience d'appartenir au monde et de vivre l'Histoire. Votre psychologie est une petite image du tout sociologique, elle est sa transcription. Voilà que je me pense tout seul. Puisque j'ai incorporé le monde que j'ai pensé. Même si c'est moi qui me pense, je deviens de toute façon un être pensé par sa propre production. Dans ce cercle vicieux où je m'avale par la queue comme un serpent, dans cette logique où je suis mon propre trou noir, ma propre anti-matière, mon anus, bouche ouverte, l'intérêt que je porte à l'info apparaît comme un symptôme caractéristique et pathétique de la fin de l'être créé libre. Aujourd'hui on s'enfile tout seul dans un ultime et pathétique théâtre de la dissolution de l'individu, dans un tout qui pensera pour lui, en lui ayant conféré les sensations de la liberté.

 

20h00, Google, France info, le Monde, 20 minutes et vous dans tout ça

  • Je reçois au café du coin, au milieu de mon marécage de pensée, plusieurs phrases à la suite l'une de l'autre, d'une traite. Ce sont des infos. J'y mets dans ma tête la ponctuation et reconnais les phrases qui racontent le monde, celui des autres, le mien.
  • Je prends une info de façon rituelle, dans mon bain, à mon volant, au petit déjeuner, au dîner avec Claire Chazal, en six minutes avant la distraction... très bien. Chaque chose est en devenir, comme chaque jour, le feuilleton peut continuer. Il y a toujours une suite et je suis l'actualité. Je me tiens au courant. Je suis l'actualité et j'aimerais bien la rattraper, voire me mettre juste devant.

 

Mais un jour, je prends conscience de la non discontinuité de l'Histoire. Je prends conscience que des choses se passent entre deux, qu'il y a un fil de la discussion. Je ne voudrais pas louper des choses. Entre les deux moments rituels, que se passe-t-il ? Le pape est-il mort maintenant ou est-ce que j'ai le temps d'aller faire une course, je ne voudrais pas l'apprendre de la bouche d'un autre que le journaliste, la voix officiel, sinon c'est un peu comme regarder un match en différé et avoir le résultat. Et puis l'autre, qui a le privilège de nous instruire sur l'actualité du monde, sa toute dernière mise à jour, arbore un sourire qui vous largue, vous êtes has been, enfermé dans le monde de tout à l'heure, d'il y a tout juste une minute. T'es pas au courant ?! Tu n'appartiens plus au monde ? Il faut vite raccrocher les wagons, sinon les raisonnements que l'on va produire n'auront aucune validité. Car le but est là. Avoir son idée sur le monde, son avenir, sa trajectoire, la conjoncture... le but est là, donner l'illusion à l'être crée qu'il peut produire librement des raisonnements en continu, en phase, avec un style blasé littéraire. Nous devons être en capacité d'analyser la boîte dans laquelle nous sommes, nous en échapper virtuellement, et en faire la synthèse en la projetant à plat dans les deux dimensions de nos idéologies, pour les discussions mondaines mais surtout, pour se trahir en tant qu'individu. La volonté de juger le monde en temps réel ne nie pas notre appartenance à ce monde mais correspond à une collaboration pleine de notre personne à la négation de notre liberté. On se met au courant pour confirmer son analyse ou en produire une nouvelle, qui définit des déterminismes, comme on respire. Ces déterminismes étant forcément extérieurs et hasardeux, il ne nous reste plus qu'à conceptualiser le chaos et négliger l'individu autan qu'un organe soumis à une chimie. Qui aurait dit qu'une simple compulsion, qu'un simple besoin d'info, de voir le monde en entier et de s'y voir dedans, nous mènerait à cette obscure complicité avec le diable? pourtant, ayant lu le journal de ce matin, nous serons contents d'échanger avec un ami sur ce 11 septembre, nous serons contents d'avoir déjà repris à son compte les comparaisons qui nous semblaient les plus parlantes, nous serons contents d'identifier des causes et des conséquences évidentes. Vous fantasmez en secret sur la possibilité de vous télécharger de la culture, pour incorporer le monde dans votre personnalité, pour les bons mots. C'est l'individu qui se digère en consommant. Que se passe-t-il ? Qui est mort ? D'ailleurs comment va-t-il ? L'abbé Pierre est mort ! Vous n'y croyez pas. L'abbé Pierre était un homme, l'homme est mortel, l'abbé était mortel. Vous jouez candide devant votre syllogisme. Vous êtes capables de vous étonner qu'un vieil homme puisse mourir, et vous êtes capables de ressentir de la tristesse, vous êtes capables de croire que vous l'avez connu. C'est quand même un comble d'aller chercher si loin pour vivre ce genre d'événements, la mort se fait toujours proche, nous n'avons pas besoin des infos pour la sentir. C'est une chose qu'on est amené à vivre de prêt sans avoir besoin de cette vie par procuration généralisée que chantait un chanteur français de variétoche. On en voit, avec leur personnalité raffinée, déclarer que cela leur fait quelque chose quelque part, tel événement. C'est que l'oeuvre est accomplie, la virtualisation est complète. Combien sont fiers d'être du même avis que tous ceux qui sont dans la tendance, avec cette fichue prétention d'être subversif, fier d'avoir produit une morale qui nous met tous dans le camp du bien. Et comment vous allez réussir à vous dire que vous êtes concernés. Et comment, dans une espèce de prophétie auto réalisante, cette actualité va devenir un déterminisme de vos comportements, votre action, et comment, au final, vous allez devenir cet élément constitutif de ce monde que vous avez pré analysé et pré-digéré. Fuite d'âme ? C'est le minimum constaté pour un homme qui change de nature. Le monde que vous avez produit, vous a engendré, comme un vomissement continu - stricte correspondance du serpent se bouffant la queue quand vous vous alimentez de votre propre culture. Il vous faut revendiquer d'être à la marge du monde, absolument pas concerné et finalement pas même intéressé par ce qui se passe, tout juste amusé, pour garder férocement votre nature humaine d'individu. Libertaire ? Oui, mais de Tradition !

 

Du consommateur au producteur

Vous êtes des consommateurs d'informations, et vous produisez des raisonnements. C'est normal, c'est comme monsieur tout le monde. Vous êtes branchés 24h/24h à France info, à google, guettez les dépêches Reuters ou AFP, vous compilez et comparez en temps réel. Vous vous êtes alors trompé de métier. Et cette projection dans le néant de l'instant est le reflet d'une réelle perversité, c'est à dire d'une collaboration active à votre propre perte. Vous êtes comme des gens s'apprêtant à traverser une route, regardant à droite, puis à gauche, puis à droite, puis à gauche, et sans fin, bien que faisant de tout petits pas sur la chaussée, pas chassés. La dépendance est là. Et comme à chaque fois, on retrouve le piège du mal, vous avez commencé par trouver du plaisir et avez même joui et maintenant, vous retournez en pèlerinage dans le mal par compulsion, votre boulet chevillé au corps vous donne des réflexes. Attention à l'overdose d'actualités ! Attention aux multiples ruses qui feront de vous un fan d'un type d'actualité, c'est à dire, qui vous conféreront une flatteuse personnalité bien actuelle, standardisée, originale comme les autres, pour mieux vous hypnotiser par basse flatterie. Fan de l'actu internationale, monde diplodocus et courrier international (sera le genre humain.) Attention à l'ultime ruse qui vous donnera les sensations d'être un être libre et créateur... C'est là notre faiblesse, celle que l'on partage tous dans la chute. L"idée que les journalistes sont aussi mauvais que nous s"inverse sournoisement en l"idée que nous sommes aussi bons qu"eux, en fin de compte. Et en plus, cela semble tellement facile. Il suffit de lire et d'être doué en analogie moderne, en contrefaçon d'idées répandues. Ainsi, sur internet, dans le réseau, sur des blogs, chacun passe du consommateur avisé au producteur, de celui qui s'y connaît, expert en critique de l'information à chroniqueur mondain de son quartier de toile. C'est l'utilisation et le retournement sans fin des concepts identifiés par les communistes clamant que le capitalisme est l'exploitation de l'homme par l'homme et faisant à l'envers la même chose. C'est le vieux principe de rapports entre prédateurs dans une même chaîne alimentaire; d'autres images moins flatteuses peuvent encore me démanger. Chacun y va de son petit commentaire sur la même actualité en partage, en même temps, chacun commet son article teinté d'ironie sur le même événement. Maville.com fait fureur. On n'attendait que moi et mon avis et, les avis : c'est contagieux. Plus c'est médiocre, plus cela donne l'idée à chacun qu'il peut faire aussi bien. Mais ce n'est pas ça qui est grave, mais plutôt l'homme qui se dénature en glissant dans la modernité qui ne fait que s'illustrer dans ces manies de s'ériger chroniqueur de l'instant, du maintenant, thuriféraire d'une race dénaturée et humaniste, méprisable, instantanée (comme le chocolat). Ainsi, sur Agora vox, le site de la liberté d'expression du peuple, chacun s'efforce d'avoir un avis, de balader son ironie sur les derniers faits marquants. Pour que vos sites marchent, il faut se renouveler rapidement, c'est comme la mode, il faut qu'il y ait tous les jours du neuf. Comme vous êtes condamnés à être dépassé autant que cela soit par vous-même. Ainsi l'opinion se prend en main et se fabrique toute seule. C'est les francs maçons qui doivent se sentir inutiles ! Tout le monde rêve de collaborer à l'information des masses, une intelligence commune pour la manipulation de tous. Chers blogueurs, homologues, informateurs d'un morceau de masse, vous jouez à vivre. Vous avez pris au sérieux l'Histoire et son cours, vous avez cru à tout. Vous vous êtes dit : "moi aussi je peux" comme un enfant voulant rentrer dans le cercle. Vous ne saviez pas que ce qui s'y passait n'était pas ce que vous perceviez de l'extérieur. Vous conférez une existence au néant, vous lui sacrifiez votre existence.

 

Le Diable d'hier et d'aujourd'hui : toujours à la mode

Je vais y aller fort maintenant. Non pas que le fait de consommer ou de produire de l'info soit le mal absolu, mais plutôt un aspect comme beaucoup d'autres de la mutation moderne. Et cette mutation, c'est le retour sur la création, l'oeuvre du diable. Pas de quoi s'alarmer, c'est très banal. Depuis toujours, le projet du diable est de revenir sur la création. L'existence du diable étant conditionnelle, c'est-à-dire non libre, ce dernier a besoin de notre collaboration. Comme Le communisme avait besoin d'anticommuniste à haïr, comme les anti-racistes ont choisi de détester des racistes, comme les différentes fiertés du moment ont besoin des phobies pour exister, le Diable a besoin des créatures pour accéder à l'existence. Il en a besoin doublement. D'abord comme un virus a besoin d'un corps pour le porter. Et nous sommes tous porteur du mal et même du mal absolu. Deuxièmement, parce que notre destruction en temps qu'être créé est son but. C'est-à-dire qu'il lui faut des hommes à détruire pour exister et donc son projet de revenir sur la création le pousse à maintenir une création à l'état de résidu pour exister de façon perpétuelle tant qu'il y aura des hommes (à détruire.) C'est comme un feu, sans matière ni substance, il existe pourtant au moment où il détruit des arbres. Quand il n'y aura plus rien à brûler, il n'y aura plus de feu. Au début, le diable pour revenir sur la création disposait d'une batterie de choses : cataclysmes, épidémie, guerre, etc. Aujourd'hui dans notre monde moderne de consommateurs, on ne se fait plus la guerre. Nous sommes en paix, la paix des marchés. Il lui faut donc être plus subtile, s'adapter à notre nouveau visage et se mettre à la mode. Si la ruse était désormais non pas de détruire les hommes mais de changer leur nature de sorte qu'ils ne soient plus des êtres créés libres. Et voilà nous y sommes. Il y a des fuites d'âme. L'homme moderne est aplati dans le double vitrage de la vitrine des sociétés, profil écrasé, passe partout. En se projetant dans le présent toujours actualisé, en conférant aux collectifs une existence, aux personnes morales une personnalité, en participant à l'érection de mondes les comprenant, l'homme et la femme modernes font le choix de sacrifier leur individualité, pour ne plus souffrir la vie. L'appât, comme toujours c'est l'apparence, la ressemblance. En producteur de mondes, on se croit libre, sauf que ce que l'on crée, nous contient. Cette révélation ne fera pas réagir, car alors la seconde phase est en marche, celle de finalement trouver du confort à être pensé (plus d'ailleurs qu'à se savoir aimé.) Alors, chers addictifs de l'info, chers tous ceux qui sont au courant, vous vous dites que je dramatise, que je ne vais pas bien, que même s'il y a un peu de vrai, ce n'est pas nouveau, et sauf à dire d'opter pour la vie des Saints, que pouvons nous être ou faire ? Je vous réponds simplement, que la modernité a imité le bien. S'intéresser au monde n'est pas coupable tout de même ? Certes non. On n'est pas non plus coupable de la mondialisation, de la planète village ? Certes non. Mais on n'est pas obligé de se sentir concerné. On n'est pas obligé de s'illusionner. Pas de nouvelles, bonne nouvelle ! La Réaction n'est pas "au courant" de ce qui se passe dans le monde. Elle en a l'intuition de toute éternité. Nous savons déjà tout, alors on peut bien nous raconter des choses de l'autre bout du monde, nous sommes prêts à y croire et la nouveauté, c'est que cela ne change rien à ce qui est Vrai. Ce que je vous reproche, c'est de marcher à fond, de vous fabriquer une posture.

par Maximilien FRICHE publié dans : friche-intellectuelle
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Vendredi 26 janvier 2007

Prison

 

Un cri pour rien. Aucune fissure. Sans échos. Son, absorbé alors qu'à peine sorti de l'orifice. Mort né dans sa gorge au goût du rouge chaud. Il est libre dans ce volume à six facettes lisses. Ce volume qui produit de la poussière en quantité tous les jours. Il a bien le sentiment d'être au creux de futures ruines. Logé, comme une balle dans un corps. Il a bien l'impression d'être dans une case destinée à s'effriter et à l'engloutir. Son âme dans son corps est toute pareille. Il a du mal à voir comment naîtra de lui une essence viable dans la plénitude spirituelle. Ce qu'il a en lui, est embryonnaire et a renoncé à tirer sur sa chaire, à animer le pantin. Il est mort vivant. Il est gâché. Il ouvre la bouche et grimace autour d'un son rond qui reste sans réponse. Il se demande s'il a dit quelque chose, si sa gorge à noeud en a été capable. En tout cas il n'a rien entendu. Il confond. Avec tout à l'heure. Avec l'autre jour. Il n'est plus qu'un murmure marécageux et plaintif. Il se résume à des projets de phrase.  Son souffle se confond avec un sifflet ténu entrecoupé. Peut-être ne sait-il plus parler ? Il ne s'entend plus. Peut-être est-il mort ? Emmuré dans sa chair comme dans un passé. Aplati dans une photographie. Hier est loin et il y est encore.

par Maximilien FRICHE publié dans : L'âme et sa vague
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Jeudi 4 janvier 2007
Seul le Verbe existe
et je ne suis rien 
La chair faite Verbe

Pourquoi écrire ? Voilà la question qui taraude tout être pensant. Excluons dès maintenant des raisons liées à l'épanouissement personnel, la production d'une morale ou, à de la consommation de culture. Excluons ces mauvaises raisons d'écrire où l'on trouve la jouissance, le confort, l'orgueil, et le marché. Excluons les raisons nées de l'absurde et de la nécessité d'avoir un passe temps, pour occuper le corps avant la mort. Nous osons assumer notre soif d'absolu. Nous cherchons à écrire la Vérité, nous tentons d'écrire l'infini de la pensée. En effet la pensée est infinie, c'est à dire qu'elle a ça de semblable avec l'éternité, qu'elle ne peut être complètement atteinte. La pensée est infinie, cela signifie qu'est est totalitaire, supérieure à tout. Il s'agit donc dans un écrit de traduire la pensée, ce qui constitue un échec 'sans cesse recommencé.' La vitesse de la pensée est la vitesse infinie donc maximale, indépassable. La pensée est donc autant contenue dans la vérité qu'elle contient la vérité, elles sont comme épousées et distinctes. Ecrire serait donc traduire la vérité, en dessiner un morceau, rendre témoignage de son existence. Sauf que de l'humiliation de ne jamais écrire la Vérité, de manquer en tout la cible naît un risque d'écrire sa vérité, une vérité. C'est la tentation du relativisme où on prend la lumière difractée par le prisme de l'écriture pour la lumière elle-même. C'est le risque de substitution de la Vérité par sa projection terrestre, c'est aussi le risque de remplacement de la lumière par son empreinte, c'est à dire son ombre, ce ciel en creux (Barbey d’Aurevilly.) Et nous tombons de nouveau sur les mauvaises raisons d'écrire. Il faudrait ne s'en tenir qu'à l'humiliation et s'en réjouir quand à la relecture, elle surgit. Ecrire la vérité et échouer et ainsi en témoigner. Ou plus exactement, un livre serait une réponse, un accusé réception pour faire savoir que l'on perçoit la vérité en pensée, qu'on en est habité. Dès lors, il ne faut voir le livre que comme de la chair faite verbe, une réponse, un accusé de réception du message du créateur.

 

L'existence des livres.

Le texte, une fois maillé, construit, devient objet. Dès la relecture, il manifeste son indépendance avec la chair qui l'a fait naître. C'est à dire qu'il ne se conduit plus comme un organe de l'auteur mais comme un objet familier. Cet objet va dès lors présenter une résistance à l'auteur lui-même. Ce dernier buttera sur les mots, sur les sons, sur les limites même de la chose. La dissemblance sera effrayante. C'est que cette chair faite Verbe, ce verbe maintenant est destiné à la liberté, même s'il n'est pas vivant, c'est sa liberté qui lui confère une existence potentielle. Comme quelque chose qui présente un risque et qui ne se réalise qu'en cas d'opportunité. Le papier présente un potentiel calorifique important, le texte prend feu lors de la lecture, il existe alors. Il existe seul, comme un objet rebelle pour son auteur. Le texte est un réservoir de chaos. Le texte est un virus qui s'activera au contact du lecteur qui y consentira. De cette contamination on ne tiendra nullement responsable l'auteur qui ne maîtrise plus rien, à qui tout échappe. Il ne nous fera pas croire qu'il a tout mesuré d'avance et qu'il tire encore les ficelles. Il ne nous fera pas croire qu'il est Dieu, lui cette chair prétentieuse ! Le lecteur s'en trouvera altéré, il aura incorporé à son être le texte dans une individuation en construction infinie, le texte aura agit de façon unique et non reproductible dans le lecteur. L'auteur ne doit pas se soucier de cet effet, ce n'est pas lui, c'est le livre qui en est la cause. Il n'a rien à voir dans cette histoire là. Qu'il se contente d'écrire autre chose, pour toujours formuler son accusé réception comme une lettre à l'adresse de Dieu, pour la louange de Sa gloire.

 

 

 

 

 Les auteurs n'ont aucun droit

 

Si les livres ont une existence qui se manifeste dans l'effet qu'ils produisent sur les individus c'est parce qu'ils ont pour motif et référence la Vérité. L'auteur se contente donc d'écrire une action de grâce. Nous n'allons tout de même pas reconnaître une paternité sur une chose qui se contente d'être une réponse. On ne se rend pas propriétaire d'un 'merci' ou d'un 'bravo', ce serait opérer une translation du regard de l'oeuvre vers les applaudissements. L'auteur se contente d'écrire les applaudissements. Ces derniers obtiennent une existence autonome lorsqu'ils percutent un individu. Voilà tout. Donc pas dauteur car pas d'oeuvre, mais uniquement la louange de l'oeuvre, l'accusé réception, comme c'est écrit plus haut. S'il n'y a plus d'auteur, il n'y a par conséquent plus de droit sur la chose écrite. Le droit d'auteur devient dès lors une absurdité et son commerce une obscénité. Le fil qui relie encore l'auteur à l'objet est l'intention, le dessein de l'homme, l'accusé réception, de faire savoir comment l'homme a compris le fonctionnement de l'économie du salut. Alors inutile de parler des fiches de lectures qui analysent et dissèquent l'auteur pour mieux comprendre le texte et atteindre des sommets d'érudition. Inutile d'étudier les biographies et d'en conclure des choses. Inutiles de produire des séries de raisonnements sur l'influence de tel ou tel événement sur l'écriture. Même si c'est vrai, cela ne sert &