Edito

... Friche intellectuelle, le blog réactif

Quelques mots issus d'une déchirure, deversés en vrac en réaction au monde, à la face de fiertés individuelles, producteurs de raisonnements comme virus, et consommateurs de cultures. Pour que vous soyés humiliés. Peut-être sauvés. Bienvenue dans la spirale !         

Maximilien Friche

(la prière)

Lundi 10 décembre 2007
J’ai déjà dit tout ce que je pensais des niaiseries produites les unes à après les autres, à coups de raisonnements et de perverses démarches analytiques. J’ai déjà, maintes fois, déploré les dérives moralistes consistant à identifier des déterminismes au salut. J’ai déjà abusé du mépris en vers tous ces humanistes fiers de leurs capacités à réfléchir qui fabriquent le bien en pratiquant le dénigrement, pour définir ce qui ne l’est pas. J’ai déjà haï ces fabricants de charia applicable à chaque modernité, donnant les moyens de juger dès à présent des chances de salut de tel ou tel, donnant les moyens de juger du mérite d’être tué aussi. Passons sur les inventeurs de la charia, passons sur l’islam, cette religion aliénante, qui copie mal, qui copie en mal. Passons sur ceux qui considèrent que vouloir connaître Dieu est mal, passons sur ceux qui n’ont pas soupçonné l’infini liberté des créatures, l’infinie liberté de chaque personne. Passons. Mais je peux vous dire que le procédé est copié et plagié par une modernité fière de ses tables de lois. Il existe la charia humaniste, voire humanitariste. Celle qui vous a appris la tolérance à l’école, celle qui faisait la course avec le catéchisme à l’époque. Le retournement de deux trois slogans en vers son prochain a biaisé tous vos raisonnements jusqu’à vous pousser à l’autodestruction. Que je suis mauvais puisque je suis né français, que j’ai bien plus d’obligation envers le monde entier qu’envers ma patrie et ma famille ! Que le journal de vingt heures est bien plus proche de moi que ce courrier de ma vieille tante !
Il existe la charia durable. En voilà une qui a de l’avenir, car on dirait presque que ce n’est pas une idéologie. Ce n’est plus les Français les coupables, c’est carrément les hommes, l’humanité dans son entier. Même les nazis avaient davantage ciblé la cause de tous leurs maux. Prendre un bain, c’est mal. Faire du vélo, c’est bien. C’est fastoche, le paradis à portée de main. On aura des preuves à aligner, on aura vraiment mérité les flammes si on a fait que prendre des bains toute sa vie !
Il existe aussi la charia gay, on ne peut plus moderne ! Celle qui vous a sensibilisé aux sexualités au collège. En conséquences de quoi, si on est homo, on ne peut pas être foncièrement mauvais, il y a forcément du bon en vous, qui excuse le reste. D’ailleurs, vous êtes contraints à la fierté dès lors. Que tous les homos honteux soient dénoncés par nos amis bienveillants de Act-Up ! Pas le droit d’avoir honte et, si on est hétéro, y a vraiment pas de quoi se vanter. Que tous ces gens vomissent sur l’hétérosexualité qui les a fait naître ne fait broncher personne ! Il ne faut pas voir dans leur combat une remise en cause de leur propre naissance, il ne faut pas y voir un désir de revenir sur la création, ce serait faire de l’interprétation.
A mon triste regret, on subit même parfois des velléités de charia chrétienne ou catholique : allaiter son enfant c’est catho, Harry Potter c’est pas catho, Glorius c’est catho, Tolkien c’est catho, et toutes ces niaiseries qui craignent du Bouttin. Est-ce que si ma fille est invitée dans une famille lefebvriste, elle peut les accompagner à la messe ou est-ce que c’est grave ? Famille crétine vous répond, pas de panique, vous aurez la solution à votre dilemme, n’ayez pas peur. Là c’est clair, la relecture de tout Bernanos s’impose. Je veux crier : Il n’y a aucun déterminisme au salut. Nous verrons des tueurs en série dans les bras de Dieu. On verra aussi les bondieusards de la première heure, avec une sainte femme et, personne n’aura rien mérité.
J’ai déjà pleuré devant cette tactique qui consiste à nous faire regretter la modernité d’avant-hier pour combattre celle d’aujourd’hui pour nous réduire à des nostalgiques ou passéiste. J’ai déjà témoigné enfin de mon désir de refuser de participer, comme ultime et dernière réaction. Je sais déjà tout ça. Bref, je me suis retranché dans une posture. La satisfaction que j’y trouve est une preuve de confort. Il faut donc pousser le texte plus loin.
 
 
Epitaphe
 
Ce qui est important c’est d’être vieux dans sa tête. Je sais déjà tout ça, et la vie ne m’apprend rien. Je sais tout, et on est nombreux dans ce cas. Etre réactionnaire n’est pas suffisant, il faudrait être mort. Il faut pourtant continuer à vivre. Continuer d’être humilié de nature. Avancer et voir s’abîmer tout le bien reçu à l’enfance, à cause de ce corps non glorieux. Nous sommes rendus modestes de force, ayant fait buter le projet de Dieu sur notre coriace carcasse, en résistance passive, en impuissance nuisible. On pense à Saint-Paul bien sûr (Romains 7 15-19.) Qu’il est humiliant de savoir et de ne pas arriver à faire alors que c’est si simple ! Que c’est humiliant de faire le constat que la vieillesse n’amène que davantage d’échecs, avec l’abandon progressif de tous les principes évidents de l’enfance. On maudit ce premier pêché, qui nous a autorisés à nous mépriser et donc à continuer plus bas. Sur la chemise, une fois qu’une tâche est faite, plus la peine de prendre des précautions on peut y aller à fond, on peut manger avec ses doigts et s’en mettre partout. Malgré les confessions qui lavent plus blanc que blanc, quand on revient à se tâcher, c’est direct jusqu’au maximum déjà atteint. Dès le début, dès le sortir de l’enfance, il fallait écrire :« Je n’ai plus rien à apprendre. » Et pourquoi pas : « il connaissait déjà la mort » ? Epitaphe du lucide. Sentence d’inutilité proférée à la face de toute vie. On pourrait se dire suicidaire et impuissant. Prendre cette décision, ce serait déjà poser un acte, participer au grand tout. On peut se jeter comme créature incapable du bien, de durer dans le bien. Ce serait s’être fait piéger. S’éliminer soi même pour cause de ressemblance avec l’ennemi et par impuissance à combattre l’ennemi. Alors on n’a qu’à rester dans sa posture, encore confortable, mais mince. Un peu comme un équilibriste, retranché sur un fil de vérité. Il convient simplement d’attendre. Quelle mort vaut la peine d’attendre toute la vie pour la rencontrer ? Drôle de raisonnement acquis dans ce retranchement. Cela ressemble de plus à plus à la posture des suicidés éternels du loup des steppes de Hermann HESSE.
 
 
Oblation nécessaire du jeu
 
Mais on voit bien qu’il faut aller plus loin, dépasser cette simple étape. Se définir réactionnaire, suicidés éternels, et pourquoi pas existentialiste, c’est encore être dans le jeu. Ce que je souhaite maintenant, c’est dépouiller toute la vie de la moindre goutte de jeu. Je veux arriver au noyau de l’être. Dans la vie, tout est jeu. Dans la vie, d’ailleurs, tout est mal joué. Les anciens diraient qu’il convient de dépouiller l’homme de ses masques, de ses grimaces. Se voir, s’entendre est une épreuve pour. C’est tellement mal joué, sur-joué, toutes les scènes sont à refaire. Naissance deuxième ! Si c’est possible. La vie ne fait pas assez vraie, on croit de plus en plus à une fiction. On s’imagine en même temps qu’on agit. Mais si on se voyait ! Au travail, quelle comédie. Déjà écrit. La vie de famille, et oui, la vie de famille aussi. Non pas qu’on ne soit pas objectivement sincère, mais c’est quand même joué. Il n’y a quand même pas que moi qui ne suis jamais spontané ! Surtout quand on tente de se réduire à son plus petit dénominateur commun, par média interposé, drapé de psychologisme du type ça me fait quelque chose quelque part. La politique ? Le jeu est sa nature. Pas la peine d’écrire. La littérature ? C’est ridicule. Déjà écrit. Sans jeu, je suis seul, nu, sans armes et sans muscles, muet. Je ne suis qu’une cible.
 
 
Homo malus est
 
Tout ce que je dis est faux, du moment que j’ai l’intention de dire quelque chose. Tous mes gestes sont maladroits et la maîtrise de soi est encore plus ridicule. Il n’y a qu’à se définir comme mauvais ayant atteint le petit noyau de nos mesquineries. Dépouillé des jeux, on se retrouve aussi faible qu’un nouveau-né, maculé en plus de toutes ses erreurs et fautes. Et là, on sent qu’on approche la vérité. Ce noyau, c’est la mort dans l’âme. Il n’y a que ça de vrai. Notre pêché mortel autour duquel on construit sa fierté d’homme libre. Si par hasard je fais du bien ça ne peut-être que par don, que suite au pardon. Notre indigence est évidente. Et se la jouer jusqu’au bout est indécent. Quand je pense que certains vont jusqu’à écrire leurs dernières volontés ! Ils y ont donc cru. Quand je vois que l’on cherche à interpréter des événements pour les faire rentrer dans l’Histoire ou d’autres fictions, alors qu’il n’y a que des victimes et des bourreaux, alors qu’il n’y a que des créatures aimées et le mal à l’œuvre. Le dernier réflexe du réactionnaire, devenu suicidés éternels, est de vomir sa race, la race humaine. Je suis raciste car conscient qu’ils sont tous comme moi. Ces semblables chétifs, voulant se donner de l’épaisseur, un rôle sur démesure, ces mecs qui se regardent, se pensent, se construisent en toute virtualité. Je les déteste tous. Il est interdit de se détester. Et pourtant, c’est bien ce qui arrive, avec les yeux rouges, comprimés de liquide, écœuré de soi. On ne se déteste pas vraiment, pas complètement. Mais on se déteste en toute situation. A chaque fois, c’est comme cela qu’on se déteste. On aimerait ne plus rien faire du tout, resté figé par crainte de se la jouer, par crainte de comprendre que l’homme n’est que mauvais.
 
 
Deus caritas est
 
Ceux qui connaissent un peu leur catéchisme, ceux qui ont la foi, détectent immédiatement en moi la trace d’un pêché. C’est un pêché de posture, cette posture rigide du mec agrippé à la vérité, du lucide dénudé qui n’aime pas la vie et a horreur de la mort. Ce pêché est de refuser la création, toujours le même, trouvé à un autre endroit. Le pêché de la morbidité refusant par nature, l’amour, comme une raison suffisante à la création. Et pourtant, faire le constat de son indigence m'apparaît comme une étape indispensable, voire même un point de pèlerinage incontournable durant toute la vie, le point du retournement pour aller un peu plus loin à chaque nouveau départ. Il faut donc tirer de ce pêché d’existentialisme matière à conversion. En faire un socle indispensable à la construction de la foi. Partir de rien en fait, et revenir sans arrêt à ce rien. L’amour arrive dans ce moment de dénuement. Il ne reste plus que ça. Si on se refuse d’un côté à jouer, de l’autre à se détester. On ne devrait se contenter que de ça. Se savoir aimé et, aimer à son tour, à fonds perdus, sans commune mesure avec ce qu’on reçoit, sans ambition, sans intérêt. Aimer parce qu’on ne sait faire que ça, même mal. L’amour, c’est le salut. Dieu n’est qu’amour.
 
par Maximilien FRICHE publié dans : friche-intellectuelle
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Samedi 17 novembre 2007

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Bientôt le cimetière. Et ce sera tout pareil.

par Maximilien FRICHE publié dans : Peinture
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Lundi 5 novembre 2007
Je marche lentement. Déjà moins belle, mais encore charmante, n’est-ce pas ? Ondulant entre trois trottoirs. Celui de droite, l’autre de gauche et, peut être, le grand d’en haut où glissent en toute sécurité les morts et les anges. Moi, sous les réverbères humides, je pleus, malgré mes trois fleurs en main qui se fanent.
 
Toute la vie me tombe dessus comme une évidence, une obligation de la raison. Etre vivante : tout de suite, ça limite. Soumise à ce qui m’écrase et à celui qui, un jour, a osé m’étreindre. Toute la vie me tombe dessus avec une impression de déjà vu, même sur la fin. Je ne sais pas quoi en faire. D’où je suis, je vois le bout, ça n’a rien d’exceptionnel, ça n’a rien à voir.
 
Etre libre. Etre morte. Un état stable de solitude extrême. Que du sable, pour avoir une attitude de reine. On a bien le droit de rêver.
 
Qui suis-je ? Je suis une fille. J’ai presque tout dit. Je suis pensionnaire en ville, pensionnat de filles, maisons closes, maisons des faiblesses. Là bas, on m’éduque. On m’apprend à aimer mon prochain et, mon précédent l’apprend aussi. Je n’aime pas le pensionnat.
 
Je me rapproche de plus en plus du monde. Du haut monde. Je serre, toute tremblante, le bouquet sur mon cœur batteur. Je vacille. Les rues de ma ville sont vides et, dans un sursaut de mourante, je m’arrête, net. Ma vie commence d’un coup à virer de bord. Je me fige, les deux pieds dans le même caniveau, sale et sans eau. Mes trois fleurs ont la tête à l’envers et s’assèchent. Elles ravalent trois fois leur sève et me laisse sans beauté. Mes pieds commencent à aimer un peu trop le sal sol de la rue.
 
Une décision responsable d’adulte sans attache. Je rebrousse chemin, vivace et rebelle, je change de vase, quitte à me traîner dans la boue. Solitude…
 
Il pleut dans ma ville a sein dormant. Elle le donne aux petits des hommes qui se déshydratent sous les ponts. Les maisons en bordures des rues font grises façades et laissent découler de source mélancolique et impudique, leur rimmel de pollution. Pas une voiture, pas un badaud. Pas un chien, pourtant c’est un temps pour eux. Je pue le chien mouillé et j’attrape froid. J’attrape froid d’être venue au monde, embrumée des pleures de ceux que je déçois. Je suis née nue, je partirai en camisole de force.
 
Je parcours toute la ville sans relief, à faible allure, pour laisser de la place à mes pensées indécises. Je sème mes trois fleurs sur les trottoirs pour ceux qui s’aimeront, alors le dos courbé, honteux d’être faibles. Une révérence d’avance pour recueillir ce qui se fane. Je ne suis plus capable d’aimer et je ne le veux même pas. Que l’on m’aime ? Oui. Pourquoi pas. Mais jusqu’à l’écriture ou la mort, je n’y crois pas. Personne sauf moi. Et, maintenant, plus rien. Vidée de part en part, en pire.
 
Il pleut dans ma ville au sein dormant. Si le divin pleure, je peux bien laisser le féminin s’effondrer, tomber du haut de sa beauté et de sa fragilité. Rien n’est plus sage. Dieu pleure, mes yeux sont rouges, le ciel est noir, je suis trempée. Alors : éclats de rire au-dessus de moi et des pavés. Quel vicieux, le premier, se penchera de son trottoir pour scruter mes gestes, mes regards et mon halètement ? Qu’il se montre immédiatement ! Je me fiche de vous comme vous riez, je suis libre, insolente et libre, impudiquement répandue sur les pavés, je vous nargue, humains et saints, toutes mes prières sont derrière, chaque maillon de ma chaîne s’est émietté. Les pigeons y trouvent leur compte. Un jour ils s’envoleront vers les trottoirs de vos prisons.
 
Je suis libre, c’est pourquoi je commence à souffler comme le vent. Méfiez-vous, il se pourrait même que je tourbillonne avant d’aller voir ailleurs l’air qu’il y fait. Là, je m’armerai d’un large éventail pour chasser les courants nauséabonds d’antan. Gare à vous ! Je suis tempête et paix, je suis votre femme, en définitive.
 
Messieurs, en chaque femme est accroupi le diable et, si je me laisse aller, et si je le laisse aller, on risque d’ébranler les fondations d’une mortelle morale. Si je n’arrive pas à être seule ou à mourir, si un jour, un peu de monde vient à ma rencontre, je pourrais être cruelle, voire séductrice. Je vous mettrais dans tous vos états d’âme. Messieurs, vous verrez comme ça fait drôle.
 
C’est ainsi que je finis mon discours face aux astres scintillant sur place, scintillant pour rien. Je suis donc maintenant seule et c’est, toute seule, qu’il faut que je trouve une solution à tout cela.
 
Je marche ainsi longtemps et lentement dans la nuit, pensive et fière, sans écraser aucune étoile. J’entre enfin dans une vieille auberge de bas quartiers de ville. Là, l’accueil ne me réchauffe pas. Ma chambre se trouve sous les toits. Elle me plait car j’y suis seule. Ils m’ont accompagné, allumé les bougies, sont sortis et ont fermé la porte derrière eux. Je suis seule. Je suis libre. Dans ma chambre en forme de tente.
 
Qu’il fait bon à être assise sous les tuiles, sous le toit du monde. On a l’impression d’en voir la fin. Belle, la fin que j’attends, ici, le derrière empaillé dans ma chaise. Je ne vois que le ciel immobile et tellement présent, leste. Toute la ville me bascule la tête en arrière et me force à la regarder par la fenêtre de toit bien haute. Elle, elle s’en fout. Elle n’a pas besoin de se tordre le cou comme moi, elle a des antennes. Ma chaise tient en équilibre sur deux pieds. Comme une femme.
 
Tous les trains peuvent me passer dessus, j’attends. J’attends ma fille, ma mort, celle qui sort de moi pour m’étreindre.
 
A force de suivre les aiguilles des montres pendues aux clochers, qui tournent, j’arrive à penser que je suis stérile. Je ne pourrais jamais me donner la mort, je serai obligée de la voler, je serai obligée d’attendre qu’elle naisse chez une voisine pour, seule, lui donner le sein.
 
Une phrase de suicide dans la bouche de l’étranger, si les mots lui viennent, pour que je m’exécute. De nouveau, cela se fait tendre. Je veux la mort. Qu’importe qu’elle soit laide ou belle, elle me ressemble.
 
Je dois rester sur mes gardes dans cette prison vitale. Des points blafards de lumière, des tâches pâles et pures se posent sur les ténèbres pour distraire le troupeau et guider les bergers égarés. Cela gâche le paysage et manque de panache.
 
J’enrage.
Le croque mort n’a pas les dents assez longues
A moins que ma chair ne soit pas assez rose
Le croque mort se mord en plein dans la langue
Et moi je perds le contenu de mes phrases
 
Je couche ma mélancolie dans la gouttière du monde où glissent ceux qui sont tombés de haut. Il est vrai qu’au-dessus, rien ne nous retient. Ceux qui y logeaient sont tombés si bas qu’ils espionnent mon âme bleue à travers un judas.
 
J’attends avec grande hâte le jour où j’entrerai dans le nouveau monde. Là, je demanderai à Dieu ce qu’il fait, il me répondra : « Je m’amuse, ma muse. » Mais il est tard grande fille, il faut dormir, toutes ces étoiles t’ont fait signe. Dors ! Le verso de mes paupières n’a rien de clair. Lui, pas une goutte. Alors, deux révérences, une en bas, une en haut, trois petits tours (du monde) et puis s’en vont.
 
Là, dans mon sommeil, dans mes entrailles, il n’y a rien, rien de commun, comme un rien, je vous raconterai. Il y a des flammes, l’éphémère et l’enjeu.
 
Je marche toujours aussi fragile et vibrante, à travers une ville rouge de feu, grise de cendres aussi, triste ensemble pour une demoiselle aux yeux humides et bleus, tirant sur le blanc, sur les bords évidemment, attendrissante et surtout pitoyable. Je marche donc, mais je ne suis plus seule. Ah ça, c’est sûr, un corps comme le mien vaut bien l’attention d’un troupeau de barbare dans lesquelles on a tassé des tas de muscles jusqu’à tendre la peau à l’extrême. Homme-bodruche. Ces barbares nus m’ouvrent le passage en écartant, en comprimant, en écrasant, en explosant, en aérant cette citée assiégée, infectée d’hommes à cœur batteur, humanistes qui donnent la nausée, insectes sans elle, sans moi je veux dire.
Non ! Ne vous écœurez pas tout de suite. Attendez. Attendez que le feu vif qui remue dans un grand vacarme les buildings qui grattaient le trottoir d’en haut de cette ville me picote les yeux. Que le sable me fasse pleurer ! Oui, ça, c’est attendrissant. Attendez que votre héroïne pleure. Là seulement, affolez-vous, faites la moue, devant des yeux noyés à vifs de voir.
 
Le soleil se lève, nu et clair, là bas au pied de la Terre. Ce décor commence à le déplaire fortement. Je m’élance pour shooter de toutes mes forces dans le ballon de feu, je deviens tout feu tout flamme. Mon âme, l’étincelle, vassale du diable, vacille sur elle-même, je me damne. Je fais la rebelle. Je fais la cruelle. Je me fais plus brûlante que le soleil. Mais moi je suis sombre. Je suis la tombe du soleil.
 
J’enfante la mort de l’astre qui donne la vie. Nos deux morts se lient dans un orgasme bruyant et impudique. Le soleil, me prend tout. Entre en moi. Antre moi. Me brûle la gorge et les reins. Je fais des nœuds. Il étouffe. On ne va pas tarder à dire feu le soleil. Et surtout à mes marques. Je meurs à mon tour, le ventre gros, sans cœur.
 
Un rêve qui aiguise mon âme comme un glaive. La ville humide s’apprête à moisir toute une nuit durant. Les gens sont dans la litière. Je m’enfonce dans deux oreillers. Chacun fantasme sur le lendemain de son mariage, sous une lune mielleuse. Personne n’est capable d’aimer. Pourquoi faire comme si ? La preuve : peu de gens meurent ou écrivent d’amour.
 
Espérons qu’un plus ou moins beau matin, je me réveille, comme par enchantement, vidée du souvenir du souvenir de mon rêve. Espérons qu’un moins ou plus moche matin, je retrouve mes esprits ou qu’ils me retombent sur la tête après quelques temps de voltige aérienne. Je crois que je deviens folle. Chut. N’y croyons pas trop fort. Je compte sur vous, mais je ne sais compter que jusqu’à trois, alors ça ira vite. Rappelez-vous, on récite bien : 1 2 3 SOLEIL. Alors tout finira bien et finira le dernier. Tout rentrera dans l’ordre. Tout s’éclairera. Peut-être… Calme, calme. Dors, dors au chevet du monde. Dors, dors, Dieu te regarde et te peint : « Dors, dors, je m’amuse, ma muse. » Et ce, sur le songe d’un bonheur esquissé.
 
Ce ne sont pas les rayons du soleil dans mes cheveux qui me réveillent ce matin, ce ne sont pas non plus les gazouillis des oiseaux sur les branches. C’est une grosse voix rauque, qui gueule dans tous les couloirs, qui se fait échos à elle même, choque le volume. Je sursaute. J’ai oublié que nous ne sommes pas au Paradis.
 
Pour moi, qui vais cacher ma saleté sous mon uniforme fripé, ma jupe plissée, la vie commence. Elle me fredonne accords mineurs et fausses notes dans un haut le cœur, pour évoquer un swing, un truc qui boîte. J’exprime. Je m’exclus. Ca vous a plu ? Une fois habillée, mal fichue, je m’affaisse, je m’assois par terre comme le chef indien, mais sans plume. On risquerait de me voler dedans et je ne tiens pas à engager le combat, je veux juste avoir le temps de ne rien faire et je le prends enfin. Assise en tailleur sur le parquet, comme toute méditation le suggère, j’ai le regard qui pendouille. Je ne médite pas, je ne cherche rien, ni chez vous, ni chez moi. Je ne cherche pas le sens des choses, je ne fais rien ! Tant pis si ça ne rime pas, je ne suis pas poétesse non plus. Juste se borner à être sans faire et sans savoir si l’on est. Le rêve. Mais les rêves sont éphémères et finalement, si je désire vraiment le néant, il faut que je crève. Il ne suffit pas de le désirer, et c’est là que l’enfer blesse, il faut agir. Il faut se prendre par la main et œuvrer à se faire mourir sans, si c’est possible, faire rire. Car c’est facile après avoir montré les dents de s’en sortir vivante. Il m’est donc difficile de mourir, seule, de ma propre main puisque je ne veux rien faire. Rappel. La lâcheté a mille excuses et je n’en vois aucune, je ne dois pas être assez inventive. J’ai les pensées prises au piège d’un jeu d’enfant et mortel.
 
Si seulement on pouvait retenir mon souffle. Je marchande mon âme à l’un d’en haut, à l’autre d’en bas et à qui la veut. N’importe qui ou presque. On peut l’acquérir pour une bouchée de pain. On me sous-estime. Ce n’est pas grave. Vraiment pas. La mort vient après la vie, comme une victoire. Je sais déjà. Je ne veux pas vivre, faire semblant.
 
Faute de cadavre en vue, je m’en vais achever mon histoire. Au milieu de ma gymnastique de bonze, j’entends un grand fracas. La porte de ma piaule s’ouvre sous la poussée d’un petit troupeau de caniches excités par l’odeur du su-sucre de ma pomme. Il n’y a rien de surréaliste ni d’extraordinaire, ce ne sont que des images pour rigoler, me moquer.


                                                                                                      A suivre
par Maximilien FRICHE publié dans : Livres
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Mardi 16 octobre 2007
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100% collègues, solidaires comme en taule, les uns derrière les autres, mélangés par avance de la fosse,
 grillagés en un clin d'oeil, déterminés irresponsables de leurs actes, victimes de la société, consommateurs avisés, interdits de tourisme, captifs perpétuels, isolés en groupe, morceaux abandonnés par la masse, oblats nécessaires, mobilisés pour les repas et les repos, 100% à l'image de l'homme, patients en salle de travail, rangés en collection, alignés non exécutés, casés les uns derrière les autres, optimisés, comblés, ravis, prisonniers, etc.
par Maximilien FRICHE publié dans : Peinture
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Lundi 1 octobre 2007
Pour que toute culture soit définitivement consommée
 
 
L’autodafé, c’est dépassé, c’est fini, c’est de l’histoire ancienne, c’était bon pour ceux qui ne croyaient pas au Verbe. Aujourd’hui, ce qu’il nous faut, c’est guillotiner tous les écrivains, faiseurs d’histoires. Jeter toutes les tronches dans un même trou et enterrer les corps proprement. Toutes les têtes dans la fosse sceptique, commune pour eux. Les livres, qui existent depuis la pose du point finale, ont besoin de cette solution, qu’on leur ampute cet organe qui parle tout seul, qui vit à leurs dépens, qu’on leur ampute l’écrivain, cette excroissance, ce cancer, ce mutant aux doigts crochus. Il faut célébrer la liberté des livres dans la gloire. Il nous faut nettoyer le monde des écrivains et ne plus y revenir.
 
 
Juste pour le plaisir
 
Rien ne serait plus salvifique pour les livres et le Verbe que d’organiser à grande échelle le génocide de tous les écrivains de ce monde. Il ne faudrait en oublier aucun. Méthodiquement, prendre d’abord toux ceux qui disent avoir eu la chance d’être édités. Un à un, leur faire mâcher, puis avaler leur langue avant de les décapiter. Méthodiquement, prendre aussi tous ceux qui rêvent un jour d’être édités, qui disent n’avoir pas eu de chance. Là, décapitation directe sans mise en scène macabre. On n’aura plus le temps, ils sont vraiment trop nombreux, et il faut faire vite. Tout ce boulot devra être réalisé par les bloggueurs eux mêmes, les auto-édités, tous les branleurs exhibitionnistes. Et après, bien sûr, leur tour viendra, car nous serons très bien organisés. Pour eux, vu leur nombre, il faudra inventer une machine à couper les têtes, une qui en fait plusieurs d’un coup, qui ne nécessiterait que très peu d’entretien, afin qu’elle puisse tourner quasiment nuit et jour sans s’arrêter. Normalement, cela ne devrait plus donner envie à personne de prendre une feuille blanche et d’y coucher la première connerie venue du genre : « Cher journal… »
Réjouissiez-vous, collègues, 100% volontaires pour être lus, c’est dans la mort que vous serez reconnus, c’est le bain qui révèlera vos talents. Soulagés de vous avoir rendus encore plus immortels que vos bouquins, nous pourrons avouer que vous étiez doués. On se laissera aller à de véritables envolées lyriques sur vous-mêmes. Fini les phrases du genre « mouais, c’est pas mal. J’aime bien ça. Ca m’a bien plus… » que disaient tous les connards qui se forçaient à avoir un avis sur vous. Fini, car, désormais, ils seront inspirés, leur critique deviendra littéraire comme l’objet visé. Vous serez l’écrivain d’une époque, d’un style, peut-être même d’un livre. On croira que vous avez existé. Beaucoup d’ailleurs n’aurons jamais existé. Mais réjouissez-vous quand même, collègues, 100% persuadés de la nécessité d’avoir écrit ce que vous avez écrit. Réjouissez-vous, vous qui n’avez jamais douté de votre talent. Après avoir recherché la chance d’être édité, voici la mort, c’est pour vous maintenant la dernière chance qu’on vous prête du talent !
Imaginez quand même : d’un côté un panier de têtes d’écrivains, tous en prise de bec, mâchoires écartés, prêts à recevoir l’acide de nos vessies, imaginez les continuer de se sucer les neurones. Et de l’autre côté, leurs corps amputés recyclés en porte livres ouverts, assis sur un banc géant les uns à côté des autres au bord de la corniche Kennedy à Marseille ou dans tous les squares de toutes les villes. Je libère mon imagination de tueur en série, c’est comme ça que se sont engendrés les artistes contemporains. Je mettrai juste une fiche de lecture indiquant que c’est un hommage au Verbe, qu’il faut dépasser l’obscénité pour atteindre le message, le sens… Pour que les journalistes en crainte d’être ringardisés, trouvent ça très intéressants.
 
 
Pauvre talent !
 
Si j’en suis venu à imaginer un génocide de tous les écrivains, c’est à la suite de lecture d’articles et livres d’écrivains sur d’autres écrivains. Non pas la critique facile de la lectrice habituée et abonnée aux éditions Actes Sud sur les mauvais et médiocres, mais plutôt celle, excellente des meilleurs envers leurs plus proches semblables, envers ceux qui portent leur reflet. Je suis fatigué de lire les insultes des uns sur les autres, qui usent d’une dialectique de chroniqueur télé pour assassiner ce qu’ils interprètent être leurs concurrents. Nabe contre Dantec, Dantec contre Soral, Stalker contre Nabe, Santacreu contrelittéraire, la littérature contre son contraire. Est-ce de la Gueguerre entre mecs qui se la comparent ou est-ce encore plus humain ? Un livre ne peut être en concurrence avec un autre et avec rien d’ailleurs. Un écrivain peut se sentir en concurrence avec un autre et là, c’est le comble du ridicule ! Sur des pages entières de leur papier en rouleau, ils égratignent en matador l’homologue. Ils sont tous tellement fiers d’utiliser leur talent par habitude et lâcher leurs bons mots. L’un utilise à outrance l’expression « diarrhées verbales » pour qualifier les écrits de l’autre. Pauvre talent ! Et tous trouvent les autres verbeux. C’est génial, et si tout le monde l’était, et si tout le monde méritait la fosse… Partout on voit s’étaler florilèges d’insultes destinés à prouver la capacité à imager leur propos, leur capacité à manier la langue. C’est ridicule, comme la littérature. Comme si un grand sportif était toujours sur la performance même quand il marche sur un trottoir. Ce besoin de recherche des applaudissements, ce besoin de montrer toute la palette de son talent dès qu’on écrit ou parle, ce besoin du paraître et de la performance est bien plus informatif que l’écrit lui-même, on atteint le romanesque en périphérie de l’objet littéraire. Heureux sont-ils de trouver à redire, puisque c’est ce qui est jouissif pour eux : dire et redire et re-redire. Qu’on se le dise. Le verbe plus fort que tous. Car à ce moment là, à cause de leur bassesse, il les récupère et les incorpore au livre comme un organe, comme ce qui donne le sel, ce qui manquait pour que le beau soit en plus vrai ! L’écrivain critique devient le prolongement vivant du ridicule écrit dans le livre, il devient le ridicule fait chair.
Quelle obscénité de se comparer ses malheurs. Je suis plus grave que toi ! Plus malade, plus fou, plus damné ! Comme des enfants qui se comparent leurs égratignures, mettent le doigt dans leur cicatrice pour faire saigner avant de partir marcher la tête haute au milieu de la foule, la blessure comme une médaille, une légion d’honneur. Allez dans la fosse commune pour être sûr d’y voir votre collègue se décomposer. Vous acceptez volontiers de mourir pour vous assurer de la mort de l’autre. Avec vos gueules édentées, vos narines frétillantes de vermines, il ne reste qu’à lancer à la tête de mort de son homologue : « bien fait pour toi ! » Amorce d’une partouze pour intellectuels. J’espère que cette image plait aux critiques des verbeux, aux baveux critiques médias du Verbe…
Apprécier le talent de tel ou tel. Quelle connerie ! Cela correspond au souci des gens qui veulent en vivre, de la littérature. Alors qu’il faudrait en mourir. Les auteurs ne sont rien d’autre qu’une marque déposée sur un objet. Les livres ne sont pas les leur, les livres sont libres. Ils ne seront jamais la preuve de leur talent. Ecrire n’est pas interpréter quelque chose, cela ne relève pas d’une performance, c’est tout juste se transcrire. Tous les professionnels de la littérature qui s’y connaissent, experts en vrai et en beau, comme par hasard tombe d’accord quand il s’agit d’un mort, tous trouvent géniaux Céline, Kafka, Bernanos, etc. Ils cherchent aujourd’hui l’équivalent et se décide à tuer les écrivains un à un pour les révéler. Un peu comme moi, sauf que je propose ici un crime de masse, pas du règlement de compte.
 
 
Avoir de la chance
 
Et moi ? Moi je n’existe pas. Maximilien Friche n’existe pas. Ce ne sont que deux mots. Nommer ce qui existe individue ce qui existe, mais nommer ce qui n’existe pas et s’y identifier, ce serait se prendre pour le diable ! Mon pseudo vole entre deux airs, comme une marque non encore déposée. J’essaye de rester à distance de l’écrit, comme un organe extérieur, un placenta, un prolongement temporaire dont il faudra se débarrasser au premier n°ISBN.
Souvenez-vous de cette phrase prononcée par une future victime d’un génocide : « C’est ma dernière chance d’être édité.» Sa dernière chance d’être édité, ce serait peut-être d’avoir du talent ! Considérer que c’est une chance d’être édité, c’est déjà une perversion de l’esprit. Je considère comme une guigne d’avoir le tic d’écrire. Le jour où on se rend compte qu’on écrira toujours, que sa vie, cette expérience, tout, ne servira qu’à ça, alimenter l’usine à transcrire, le média du Verbe. La seule attitude qu’il reste à adopter est une attitude de service, voire de sacrifice. Et quelle joie de passer à côté de sa dernière chance d’être édité, quelle joie de ne pas la saisir ! Ne surtout pas la saisir si on croit que c’est une chance. On ne peut aller vers l’édition qu’en ayant fait le choix de se sacrifier. Que tous ceux qui n’y ont pas pensé soient passés par les armes. Que les autres se taisent à jamais ! Les lèvres cousues par des capitales d’imprimerie, l’écriture des analphabètes. Je n’évoque même pas tous ceux qui se forcent, qui ont l’angoisse de la feuille blanche, les cons ! Qu’ils arrêtent tout ! Que ce soit claire : personne n’est obligé d’écrire. A par ceux là même qui sont submergés par le verbe, les autres peuvent se contenter de suivre l’expérience, de vivre quoi !
Les hommes condamnés à la vie de scribe sont à la fois l’usine et le consommable nécessaire à la sortie du livre. Ils n’existent pas. Si certains prétendent le contraire, nous les tuerons. Si certains, veulent insister pour faire du tri de leur vivant et dire qu’untel ou untel est nul et qu’un autre est le nouveau Céline. Je vous dirai que cela n’a aucun intérêt. J’ai toujours écrit et j’ai rarement vu un intérêt à la lecture. Mais tout de même, dans tous ceux que j’ai avalés, je vous le dis j’ai touché de la vérité. Nabe, Houellebecq, Dantec, Asensio, Santacreu, c’est génial, c’est de la vérité ! Mais aussi, Yves Simon, Andrée Chédid, Jean-Paul Sartre, Milan Kundera, c’est aussi génial, c’est aussi de la vérité. Rassurez-vous, je ne donne pas dans le relativisme. Je ne dis pas des vérités ou, une vérité. J’utilise de la comme on dit du fromage, de la farine, du chocolat… C’est de la vérité tout ça ! Et vous êtes incorporés dedans, vous les écrivains. Que ce que vous écriviez soit génial, que ce soit de la vérité, ça n’a néanmoins aucune importance, pas beaucoup plus que si vous étiez mauvais, car vous l’êtes aussi, mauvais. Ecrire, c’est écrire sur sa relation à Dieu, à l’Amour. C’est tout. Le reste : être publié, la chance, le talent, en avoir ou pas, ça n’a aucun intérêt. C’est juste du matériau en plus, sortie de l’expérience de vie, pour encore écrire. Ecrire, c’est toujours être à la fois dans le blasphème et dans la prière. Il n’y a aucune relation à l’autre dans l’acte d’écrire, ce n’est pas un humanisme, c’est pour ça que les livres sont libres et les écrivains, tous ridicules. Surtout quand ils se critiquent les uns les autres, surtout quand ils ont de la chance, surtout quand ils en n’ont pas, surtout quand ils sont talentueux, surtout quand ils sont nuls, surtout quand ils se lisent, surtout quand ils sont autre chose qu’une machine à écrire. Contre l’angoisse de la page blanche, je vous recommande le génocide !
par Maximilien FRICHE publié dans : friche-intellectuelle
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Vendredi 14 septembre 2007
par Maximilien FRICHE publié dans : Peinture
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Samedi 1 septembre 2007

Moins que rien

   

De retour en face de la mort, dans ma salle de bain carrelée, sans fenêtre, équipée d’un lavabo devant moi, de toilettes, derrière moi et d’une baignoire sabot à ma droite. Miroir mon beau miroir, pourquoi suis-je si pâle, pour voir mon squelette en filigrane ? Je ne baisse pas les yeux, je me dévisage et me décompose, larmes après larmes. Je ne suis que davantage transparent, je vois derrière le dedans de moi, je vois le mur collé à mon dos, l’espace me traverse, car les choses vont me survivre. Les systèmes aussi, les connexions. Car les systèmes, c’est l’enfer.

Je suis pieds nus, envahi par du froid, non épousé par l’espace, évité par les choses, au creux d’une concavité, autant dire que je suis le vide contenu dans l’espace vide. Je suis tout nu, et j’ai une impression de courant d’air entre tous mes muscles lâches, dans mes os, à la place du souffle. Je suis mauvais. Je ne suis plus que mauvais. Il n’y a plus que le mal en moi. Je le savais que ça viendrai, je l’avais écrit déjà tout petit. J’avais compris ça avant de produire mes prévisibles justifications, avant de faire des raisonnements pour m’autoriser à vivre des choses, à les consommer.

L’eau coule sans s’arrêter, du robinet vers le tuyau d’évacuation, directement, sans faire de flaque ni de ronds. Les robinets sont ouverts à fond, ça éclabousse. Attention au sol glissant. Mes pieds sont gelés, scellés. Je ne bouge pas, je suis coincé entre deux ensembles à intersection, je suis l’empreinte de l’intersection. Moins que rien. Je connais tout l’ensemble de gestes qui m’a amené à disparaître à ma vue, dans ce lieu de faïence. Je connais tout le processus, comment se sont chevillés tous les maillons à mon corps. Aujourd’hui, je ne suis plus que ce que je fais, je ne vaux pas plus, toute bienveillance ne peut que riper sur moi, à moins qu’elle soit moderne et me justifie à coups de déterminismes psychologiques. Je suis devenu ce que je fais c’est pourquoi je ne suis plus. Je me suis engendré, c’est pourquoi je suis déjà mort.

Mon bras droit passe à gauche et mon bras gauche à droite, mes membres se mélangent et, je n’ai plus qu’un œil flou en pleine gueule. Dans ce croisement de mondes, de planètes, je fonds en ligne courbe, je zigzague en mince filet, écrasé et liquide avant le néant. Je suis le contenu de l’espace vide. Mon pêché me possède. Mécaniquement je continue de ridiculiser ma race. Mes joues se touchent car on a fait le vide en moi, aspiré l’âme comme un fœtus. Sa combustion a permis de m’engendrer moi-même sous forme de pêché. Je suis mort avant d’être mort. C’est dire à quel point, même le suicide est devenu inutile, l’euthanasie peut encore m’offrir un avenir cohérent. Je fais partie du système, organes parmi d’autres. Ma disparition résulterait d’une ablation et non d’une oblation.

L’ampoule à douille qui pend là haut, au dessus de mes mèches, sa lumière jaune comme un œuf, ne m’ont pas encore fait complètement disparaître à mes yeux, puisque je devine une silhouette dans la glace de la salle de bain. Rien qui masque, mais une ombre, un suaire, un fantôme, un filtre artistique. J’ai d’abord joui comme j’en avais envie puis, remué de manière compulsive, tout comme un tueur en série. Finalement, ce n’est pas ce qu’on fait qui importe, c’est le processus et l’enchaînement. Aujourd’hui, je ne pense plus, j’agis. Mes fonctions sont d’être utiles, j’ai une place dans le système. Je peux me réjouir car grâce à moi, il me survivra. J’aurais été le témoin du mal, transmis aux masses futures, victimes consentantes, ayant peur de la liberté. Mon utilisation a été complète. Je suis digéré comme quelque chose de féculent. Quel gâchis ! C’est comme ça que l’enfer existe. Personne pour me pleurer au dernier moment puisque je serai mort depuis longtemps. Un simple gâchis.

par Maximilien FRICHE publié dans : L'âme et sa vague
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Samedi 25 août 2007

Souvenir d'austérité venue du sud.

par Maximilien FRICHE publié dans : Peinture
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Jeudi 12 juillet 2007

Monde du travail : matrice d'absorption du réel

 

Avertissement : Nous allons pratiquer la généralisation à outrance pour mieux caricaturer ce vieux monde moderne par habitude et décrire sa vérité en pointes. Nous éviterons l'écueil des nuances et des moyennes qui masquent les tendances, ces lames de fond. Nous allons faire ressortir la vérité comme un bas relief sous le sable millénaire, par petits frottements de brosses à dents, comme dans l'émission du service publique de la télévision française « des racines et des ailes », nous serons des obsédés du détail. Nos loupes ne vous louperont pas et je m'y verrai !

 

Le monde des entreprises est aujourd'hui, à l'image de la société, plus soucieux de faire exister un système, c'est à dire le réseau, que les membres eux-mêmes. C'est ainsi qu'il est soumis aux idéologies rampantes via normes qualité, et modes de management à la mode, jusqu'à exister en personne morale indépendante. La création d'une personne morale, c'est à dire d'un monstre, d'un système, d'un oppresseur virtuel, d'une concavité absorbante et intouchable est devenue plus importante que la création même de richesse.

 

Souviens-toi que tu es inutile

La nature du travail a changé, c'est un fait. Il est même possible que nous passions beaucoup plus de temps à jouer à travailler qu'à travailler réellement. Le travail nous permet aujourd'hui de redevenir scolaire, Grand un, petit un, petit a, sauter une ligne, à la ligne. Il s'est féminisé sous le coup de l'inflation des réglementations, des normes internationales et des ayatollahs qui ont tout compris à la qualité et l'utilisent comme système suprême. Tous, du sous-fifre au grand manitou, passons nos journées dans les grandes entreprises à ouvrir des mails et, à en envoyer d'autres et, basta ! L'administratif déconcentré, c'est chacun devenu le fonctionnaire de lui-même, sa petite bonne femme qui range tout, qui est si bien organisée. Nous faisons tous les mêmes gestes, sauf que certains, par la grâce de nos organisations orientées clients, valent du fric, magique ! « Qu'est-ce que t'as fait aujourd'hui papa au bureau ? - J'ai fait de l'ordinateur. » Comme à la maison d'ailleurs ! Mes gestes sont toujours les mêmes, sauf que parfois je suis payé, comme les congés du même nom. Mais alors, mais qu'est-ce que je fous là ? Dois-je me féminiser moi aussi ? Chercher l'épanouissement de moi-même ? M'épanouir au travail et pourquoi pas aller à confesse au supermarché ? Il n'y a bien que les femmes pour avoir pensé que l'on puisse s'épanouir au travail. Ca se voit qu'elles ne sont pas vouées de toute éternité à travailler. C'est comme si je disais à une femme qu'elle s'épanouit en temps que femme au moment des souffrances de l'enfantement. Quoi que, c'est un mauvais exemple car j'ai déjà entendu ce genre d'âneries de leurs bouches même ! Ce qui est sûr, c'est que : non, je ne m'épanouis pas au boulot et ce n'est pas parce que mon boulot ne me plait pas, c'est lié à la nature même du travail, et à la nature humaine. J'espère que personne n'a de doute sur le fait  que je n'ai pas vocation à être employé d'une grande entreprise, qu'en vrai, je suis minimum prix Nobel. Qu'en vrai, ma vocation est celle du génie ou, plus précisément, de la sainteté. J'espère que tout le monde pense comme moi. Le travail qui serait la source de mon épanouissement n'existe pas, ni chef, ni président, ni chercheur, ni artiste, rien ne peut m'épanouir. Et comme je suis représentatif de l'humanité, il en est de même pour tout le monde. Pauvre monde ! En revanche, je l'avoue, je me divertis au travail. Tout m'amuse. Je me réjouis toujours à l'avance d'une réunion. Ce n'est pas tant pour le quart de vin que j'aurais à midi que pour ce que je vais observer. Le monde du travail aiguise ma curiosité, ces mini sociétés, ces systèmes qui s'imposent même à tout anarchiste potentiel sont fascinants car, ils imposent un fonctionnement, je veux dire : ça marche. C'est écrit donc c'est légitime. Pas besoin de second life pour vivre un jeu de rôle grandeur nature. Le travail m'amuse. Je joue à jouer à travailler, je joue au carré. Rien de plus amusant que de chercher une stratégie de contournement, chercher à donner suffisamment l'illusion pour faire ce que l'on veut. Opposer son intelligence au système, c'est jouissif quand elle est guidée par un intérêt quelconque et si possible honnête. Rendre sa désobéissance invisible au système, aux indicateurs et ainsi encore permettre à ceux qui nous entourent d'échapper aussi aux caméras. C'est comme un jeu vidéo en plein Kafka, c'est comme si Joseph K, devenu lucide, avait joué de l'absurde pour faire la nique, à qui donc ? A la concavité, au système, au livre ?

 

 

Suffisant et  non nécessaire

 

Travailler aujourd'hui peut d'autant plus être une source d'épanouissement que le travail a diminué sa place dans la vie de chacun. C'est trop facile. On relativise le travail et après on l'utilise à bonne dose pour l'équilibre, comme l'heure de marche que l'on se force à faire en descendant du bus deux arrêts plus tôt, comme le verre de vin rouge que l'on se force à boire chaque soir, comme les cuillères d'huile de pépins de raison que l'on mesure, comme les mots croisés que l'on se fait le dimanche, comme les films que l'on regarde pour pouvoir avoir un avis, comme les branlettes que doivent se faire les célibataires. Le travail comme le reste, c'est de l'hygiène. Car si le travail devient source d'épanouissement, il ne peut être aliénation. Je me suis égaré tout à l'heure en prenant au pied de la lettre les expressions contemporaines. L'épanouissement au sens moderne ne signifie pas qu'il faille être un passionné qui consacre toute sa vie au boulot. Tout est dans l'équilibre. Nécessaire mais pas suffisant. Et comme je ressens l'inverse ! Le travail est suffisant mais vraiment pas nécessaire. Ce qui est suffisant, c'est l'effort, l'acceptation de l'humiliation, mais heureusement, on peut trouver ça aussi en cultivant son jardin ou en cassant des cailloux au bagne ou en priant. On ne doit pas avoir la même définition de l'épanouissement, cela doit être ça ! Non vraiment, le travail ne peut être une finalité. Ce n'est d'ailleurs que lorsqu'il est vécu comme une contrainte qu'il est utile. Venant d'écrire cette phrase, je le regrette, car j'entends une cohorte de psychanalystes de machines à café, qui me disent : « Tout à fait, c'est ça ! Vous avez raison, pour s'épanouir, l'être humain a besoin d'une dose de contrainte. »  AH ! J'ai vraiment envie de crier, je suis incompris, inaudible, illisible. Mais viable. Partons du seul postulat valable : nous ne sommes pas d'accord. Deux, l'épanouissement, je m'en fous. Seul le salut me tourmente. OK ? Comme dirait Dantec à la télé à chaque fin de phrase. Revenons aux 35 heures, puisque ce sont elles que je voulais critiquer pour plaire aux libéraux jouissifs, friands de bons sens prêt de chez eux. Mais je ne vais pas parler du coût du travail, ni des charges patronales. Pas le temps. Les conséquences des 35 heures, c'est une relativisation du travail, rendu plus léger. C'est même étonnant que l'on parle tant de harcèlement, à l'heure où l'on peut se dire que de toute façon, jeudi soir, c'est fini, on ne verra plus le patron qui nous emmerde. Fini l'attachement naturel à son équipe de travail, à ses résultats, fini le qualificatif de maison pour dire la boîte, fini la confusion des casquettes, fini le continuum de vie, fini les soucis. Les loisirs, eux aussi nécessaires à l'épanouissement, rendent amnésiques et schizophrènes. « Moi quand j'ai fini ma journée, je tourne la casquette, c'est fini, je n'y pense plus, je suis en week-end, j'oublie tout » Bravo. C'est le concept deux en un. C'est la façon moderne de vivre plusieurs vies, et d'être redevable d'aucune. Pour en finir avec le changement opéré dans le rapport de l'homme avec le travail, il convient d'observer son rapport avec la revendication ou plus largement l'animation collective sur le lieu du travail. Avant, il se sentait citoyen, il ressentait qu'il avait des droits. On avait beau lui expliquer l'approche contractuelle de la chose, qu'il y avait un contrat de travail, que les choses étaient comme elles étaient, et que si cela ne lui plaisait pas, il pouvait aller voir ailleurs, il n'arrivait pas à se défaire de cette identité de citoyen. Il croyait pouvoir donner son avis sur la course de l'entreprise, les choix stratégiques etc. Il croyait que son chef lui devait des choses. Il était en pleine distorsion entre un extérieur démocratisé à outrance et un intérieur resté à l'ancien régime, on reviendra sur ce point dans le prochain paragraphe. Aujourd'hui quand on fait la grève, déjà, c'est en dehors des périodes scolaires, toutes zones confondues. Philippe Muray le notait non sans ironie dans son livre Moderne contre Moderne. Mais encore, on voit fleurir des motifs de grève tout à fait surprenants, et je les tiens là pour une tendance de fond. La nature ayant horreur du vide, c'est aux mêmes endroits qu'on revendique, mais ce n'est plus pour les mêmes choses. On peut privatiser l'entreprise EDF, sans arriver à mobiliser les agents plus d'une heure pour faire la grève en compagnie des retraités venus massivement défendre la maison. Par contre, ne vous avisez pas de couper la climatisation d'un immeuble, là c'est le droit de retrait illico ! La machine à café, cest pire ! D'ici que ce soit psychologique... Le problème avec la modernité, c'est qu'elle nous fait toujours regretter la modernité d'avant hier, celle que nous combattions déjà. On regrette le citoyen, celui qui donnait son avis sur les stratégies de la maison, et qui se voyait grand électeur de PDG. Comme dehors, le citoyen a muté. Il est devenu consommateur. Il vient d'abord au travail pour l'équilibre, l'intérêt des tâches, et les possibilités que cela lui donne de consommer grâce au salaire. Il y a des tâches que personnes n'a plus envie de faire car ce n'est pas valorisant ! Vraiment, je n'en suis pas là, je vous ai dis que j'étais prix Nobel, alors même un boulot de PDG serait humiliant pour moi, et autant que le reste d'ailleurs. Bref, les autres ne doivent finalement pas être comme moi. Ces consommateurs employés se foutent du devenir de la maison, ils préservent leur vie privée et retirent tout ce qu'ils peuvent de l'emploi qu'ils occupent. Leur temps de travail suit la logique des RTT. Les RTT, c'est le contraire des vacances. Ce n'est pas pour se reposer, c'est pour équilibrer, c'est encore de l'hygiène. Quand l'employé part en vacances, cela veut dire pour lui voyage. En bon consommateur de culture en manque d'imagination pour dépenser tout ce qu'il gagne. L'an prochain, il envisage de s'acheter un sauna pour chez lui, ce serait sympa, non ? Il raconte n'importe quoi Maximilien FRICHE ! Vous ne vous souvenez pas de mon avertissement en début d'article ?

 

De l'influence des idéologies dans le mode de management

 C'est un beau titre de thèse. Je me vois d'ici pratiquer monographies et comparaisons pendant quelques années dans les plus grandes entreprises de chez nous. Ce projet de thèse que j'aimerais mener m'amuserait encore et me sortirait légèrement de la nasse pour un temps. Je le réécris pour le plaisir : De l'influence des idéologies dans les modes de management. C'est classe ! Alors voilà, les employés ne sont plus citoyens, ils se sentent détachés du devenir de leur boîte, d'ailleurs, ils s'imaginent tous précaires, en capacité d'être viré, donc ce nouveau rapport avec l'employeur leur va très bien. Du coup, les patrons sont perdus. Ils ont toujours du retard sans pour autant être en gésine d'ailleurs. Ils imaginent que les employés ont besoin d'adhérer pour être productif. Et ça y est c'est lancé, on va parler culturel. Il faut changer la culture des employés, les faire adhérer aux projets de l'entreprise. Bien sûr que c'est débile et que cela ne marche pas. Bien sûr. Enfin, c'est surtout avec les ex-citoyens que ça ne marche pas, parce qu'avec les nouveaux consommateurs, il y a des chances. On va leur vendre de la niaiserie, de la bonne conscience gratos. L'entreprise a décidé de renforcer son engagement dans le développement durable, nous allons planter des arbres au bord du canal et nettoyer les abords des papiers qui traînent. Et si vous venez en famille recomposée, c'est encore mieux ! De qui se moque-t-on ? Après avoir bétonné toutes les villes et la télévision française, on se permet de faire la morale, pire de la vendre à ses employés et actionnaires : de la niaiserie durable ! Avec un sérieux de sainte ni touche, les dirigeants, managers intermédiaires et de proximité vont vous expliquer que quand même, l'entreprise ne peut pas se désintéresser du devenir de la planète, que cela fait partie des valeurs du groupe et que chacun doit en être porteur, et patati et patata. Celui qui ose ne plus faire de discrimination positive sur ses chantiers est un goujat. Merci d'installer un bungalow pour le vestiaire et les toilettes des manoeuvres féminines ayant le privilège de bénéficier de cette discrimination en plus. Où sont les soucis d'atteindre les résultats dans tout ça ? Où sont les soucis de faire de la richesse, raisons d'être de l'entreprise ? Qui s'intéresse à mes résultats ? On me juge parce que je n'adhère pas ! Je n'ai pas besoin d'adhérer pour faire bien mon boulot. Je ne veux pas m'épanouir au travail, et je n'ai pas besoin que l'on me fasse la morale au travail, l'idéal serait de se divertir à faire quelque chose de dégradant par rapport à ses souhaits et son intelligence, tout en rejetant complètement la stratégie de l'entreprise, l'idéal serait d'être reconnu uniquement par sa productivité. Malheureusement, il n'y a plus d'usines, depuis qu'on ouvre tous des mails derrière son ordinateur. C'est dommage que les entreprises n'aient pas accepté l'ultra libéralisme qui se profilait. Nous n'avions plus qu'à avoir une pure logique contractuelle entre employé et employeur, avec clauses précises liés aux résultats, des recours, des pénalités, comme un contrat de prestations de services ou un bail de location. Cela aurait été plus sain que de faire de la morale et de la vendre, cela aurait remis un individu au centre et non un consommateur ex citoyen. Tant pis. De toute façon, je ne suis plus libéral. De toute façon, je ne suis plus qu'un partisan du vote nul. Les votes blancs sont faits pour les prétentieux. Mais nous n'avons pas encore parlé idéologie comme j'en avais l'intention. Je pressens dans les grandes entreprises, une soviétisation rampante. En effet, l'administration jacobine reste encore un fantasme non exhaussé pour beaucoup d'entre nous. On aime les choses organisées, prévues, planifiées. Réussir par hasard n'est plus acceptable, c'est ce qui est écrit dans les normes qualité de management (ISO 9001 V2000.) Mieux vaut rater en l'ayant prévu que réussir par hasard. Montrez-nous que vous êtes capables de planifier, piloter, mesurer, contrôler. Montrez-nous les outils qui vous le permettent. Ne montrez surtout pas aux ayatollahs votre personne, riche de son expérience, d'un charisme, et d'une conscience professionnelle ou, même vos talentueux collaborateurs, ça ne servirait qu'à vous rendre douteux. Il faut que vous ailliez des outils, des plans de pilotage, des processus, des modes opératoires, des enregistrements documentaires, etc. L'ère du management par les outils, les méthodes, les secrétaires, les fonctions supports, bref la technostructure, revient en force. A côté les années 80, c'était de la pâle caricature de l'URSS, aujourd'hui, c'est justifié en plus par le monde extérieur qui subit l'inflation réglementaire, et c'est surtout justifié, car la qualité, ça se vend comme du vent ! L'entreprise était la seule subsistance de l'ancien régime. On écrivait une organisation faite de chefs et de territoires et cela fonctionnait sur le modèle souverain-suzerain, je te protège en échange de quoi tu m'obéis. La légitimité du chef venait d'au-dessus et de l'organisation qui prévoyait une case pour chacun. Je suis votre chef, je n'y peux rien, c'est comme ça, cela s'impose à vous. On avait même inventé la collégialité pour humaniser le seigneur des lieux. Je m'engage à écouter tous vos avis et à ouvrir un débat contradictoire avant de seul prendre la décision que vous vous engagerez à soutenir, cette seconde partie, on l'appelait solidarité managériale, ah, le saint collège ! Je suis vraiment nostalgique de ce que je vois disparaître, de ce management qui créait même jusqu'aux conditions de l'amour. Cette subsistance d'ancien régime est en voie de disparition sous l?influence des idéologies, et du jacobinisme international. La mode est au matriciel. Les managers s'occupent tantôt des activités, tantôt des ressources, et plus jamais de leur équipe de travail et des individus ! Et ce n'est pas par humanisme que je formule ces regrets, soyez en sûrs ! Aujourd'hui, la tendance est de se vautrer dans la qualité comme système virtuel, responsable de tout, comme le symbole d'un employeur intouchable. Chacun s'adapte et rentre dans cette contre-virilité, adopte des attitudes de putes. Ce n'est pas nous, les ayatollahs, qui t'enculons (je suis obligé de parler avec le langage imagé du bureau), mais le système dont tu sais qu'il est nécessaire. On pilote par la frousse de l'écart, tout le monde manque de courage dans ce management partagé en plusieurs, et tout le monde se met en copie cachée des mails qui remplissent leur journée. Tu comprends, je suis obligé d'agir comme ça, moi je m'en fous du reste, ce n'est pas moi ton chef, ce que je regarde moi, c'est l'indicateur. Mais alors, c'est qui mon chef ? J'écris comme un vieux. D'ailleurs j'en suis fier. Ce qui est important, c'est d'être vieux dans sa tête dès le début, avoir tout compris et d'attendre pour rien la suite. Allez, on peut rêver aussi, on peut avoir son fantasme de révolution culturelle, se nourrir d'espérance. Il y a d'autres modes après tout, on entend parfois : manager par les compétences. Ce doit être délicieux. Je mets la bonne personne au bon endroit, et cette dernière se débrouille pour atteindre le résultat qui seule m'importe. Je peux même imaginer choisir des personnes de confiance et puisqu'elle est compétente, je n'ai plus rien à prouver. Demandons au capitaine de choisir son équipe. Pour ce faire, développons une méthode de gestion par les compétences, des outils, des emplois dédiés, des normes en la matière, des évaluations objectives, des inter-comparaisons. Non vraiment, le monde du travail, comme le monde, est irrécupérable. Heureusement qu'il m'apporte distractions !

par Maximilien FRICHE publié dans : friche-intellectuelle
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Vendredi 22 juin 2007

Revenir le crâne vidé à la case départ

Avec une sirène perpétuelle qui sonne l’alarme au-dedans

Derrière mes rides, dans la boîte, on se marre

On ricane de ma pomme et avec insistance de mon nom

Je vieillis comme si de rien n’était

Et rien n’est 

J’attends mon tour

Comme un sourd

J’ai du mal à me réjouir de concert avec tous 

Je prends patience puisque je ne peux que me taire 

Je prends les aiguilles musicales dans ma tête pour de la mousse 

Et je compte à rebours depuis l’infini jusqu’à ma mère

Rentré au début 

Je réclame une bonne mort 

SVP 

Prière de me sauver 

Prière pour vous plaire

Prière pour me sauver 

SVP 

Arrivée en fin de course 

Je ne mérite pas encore la mort 

par Maximilien FRICHE publié dans : L'âme et sa vague
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A plat

Traces

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Juillet 2008
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