Edito

... Friche intellectuelle, le blog réactif

Quelques mots issus d'une déchirure, deversés en vrac en réaction au monde, à la face de fiertés individuelles, producteurs de raisonnements comme virus, et consommateurs de cultures. Pour que vous soyés humiliés. Peut-être sauvés. Bienvenue dans la spirale !         

Maximilien Friche

(la prière)

Samedi 26 avril 2008

Du Dandy réactionnaire à l’existentialiste engagé

 

 

Mole de chair en mouvement dans une masse en progrès constant, je fantasme sur l’oblation. J’aimerais bien me retirer. SVP, coupez le cordon. Et pour sortir du corps social, permettez que je vous fasse vomir. Permettez que j’utilise un langage outrancier, que j’agrège en moi toutes les phobies qui vous rendent solidaires dans votre révolution linéaire et donc, ridicule. C’est quasiment par réflexe que je vais opter pour la posture réactionnaire, par peur de me salir, d’être assimilé, digéré comme quelque chose de féculent. Je préfère, en me dandinant, peut-être même en vers, m’exclure pendant qu’il est encore temps, pendant que je ne me crois pas encore contaminé. Cette posture est un snobisme. Bien sûr, il y a mon intelligence, réfractaire à toute collaboration. Mais au de là, c’est aussi par esthétisme que mon profil toise votre modernité. J’ai d’abord envie de dire « si je veux », en me dégageant brutalement d’un coup d’épaule, en reprenant la main. C’est par un mouvement de mauvaise humeur, que j’amorce ma réaction à la théorie de l’évolution de l’humanité dans l’Histoire. Je n’en suis pas, non pas trois fois dit, mais une fois pour toutes. Pour le réactionnaire, le vrai est le beau. La posture est celle d’une suffisance. L’intelligence suffit. Elle peut régner seule sur mon individu. Dès lors l’objectif est d’utiliser cette arme pour déshabiller toute la planète, dissoudre tous les artifices : raisonnements, concepts, sens des choses, messages, idéologies, théories. En arriver de toutes façons à refuser de participer, même de combattre, car complètement conscient que la vie n’est qu’un jeu, une illusion, que la vérité, c’est la mort. Que le beau (le vrai) c’est aussi la mort. Revenu au néant, la liberté de ce Dandy que je suis devenu apparaît comme infinie, la liberté apparaît comme source d’éternité, comme une ressource inépuisable. La dandy réactionnaire voudrait crier : « nous sommes tous mortels ! » avec une joie non dissimulé. Mais je préfère me taire, considérant toute action comme vulgaire et source de corruption de cette liberté reçue. « Détruisez tout, rien ne compte plus, rien ne va plus, nous sommes mortels ! » Rien ne va plus, convertissez-vous ! Ce slogan n’est pas sûr de faire recette…

 

 

Tout et son contraire

 

Je suis donc très riche, le plus riche du monde, puisque je m’en suis exclu, comme le premier mortel, comme le premier homme vraiment libre. Il ne s’agit pas maintenant de dépenser son argent mais de le gaspiller. C’est le réel luxe, la réelle posture du beau et donc du vrai. Gaspiller sa liberté, c’est s’engager. En toute lucidité, renoncer à être libre, voire même à utiliser son intelligence. Dans l’engagement, il faut se perdre, si possible avec mauvaise foi, pour être sûr de ne pas renier tout le mépris que l’on porte à l’espèce humaine dans sa masse. Un glaçon jeté dans la mer.S’engager, c’est plonger dedans, se piéger dans la nasse, dans la masse (alors même qu’elle vient de nous vomir) pour l’emporter dans son suicide perpétuel, pour l’emmener dans sa propre démarche d’humiliation. Il faudrait être comme un communiste lucide, non dupe. Je ne peux m’empêcher de penser à Sartre, à ses chemins de la liberté qui l’ont conduit au négationnisme positif. Dès lors, toutes les causes sont bonnes tant qu’elles incluent une partie de mort, tant qu’elles évitent de laisser l’humanité baigner dans la niaiserie, tant qu’elles commencent par détruire tout humanisme même si c’est pour en construire un autre. C’est obéir qui nous permet de faire pénitence de notre pêché congénital. Il faut rentrer au parti comme on se marie, sinon cela ne vaut rien. Obéir et rester fidèle, c’est un début qui nous autorise à vivre. Une fois le constat fait de sa liberté infinie et de l’indigence extrême de notre race, nous pouvons tout faire, tout et son contraire ! Tout se vaut, tous les humanismes entre eux. C’est le seul fait de m’engager qui va me procurer les éléments nécessaires au salut. Ce n’est vraiment pas la fin qui compte pour moi, mais les moyens, les méthodes. L’objectif est de disparaître complètement et, si possible de faire des émules.

 

 

Post face et derrière

 

Je ne pense pas ce que je viens d’écrire. Enfin, pas seulement. Je pense aussi d’autres choses.

par Maximilien FRICHE publié dans : friche-intellectuelle
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Vendredi 4 avril 2008

NB

par Maximilien FRICHE publié dans : Peinture
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Mercredi 19 mars 2008
Heureux les pêcheurs, ils peuvent demander réparation.

Le temps est aux indulgences. C’est le moment où jamais de racheter à bon prix ce que l’on a à se reprocher. Le monde moderne nous donne une unique occasion d’avoir bonne conscience. Tout sera effacé grâce à la popularité d’un moralisme new-look raisonneur. Les pauvres types que nous sommes peuvent se réjouir, l’humanisme tourne à plein régime et distribue individuellement des indulgences quasi gratuites. Sans compter que ce ne sont plus seulement les circonstances qui sont atténuantes aujourd’hui, mais bien la nature même de l’être. « C’est pas d’ma faute (…) j’suis égoïste » disait la chanteuse. En poussant un peu plus loin, nous sommes même invités au défilé des fatuités, à s’enorgueillir de notre pêché originel, pour, soit le retourner comme un gant soit, demander réparation au créateur qui est notre débiteur. Mais, même dans notre monde déchristianisé, le rapport à ces indulgences modernes est une hérésie, ramené au rapport de l’homme à son indigence. Seule la souffrance sauve !
 
 
L e   s a l u t   à    b o n    p r i x
 
Une indulgence est une rémission de la peine temporelle due aux pêchés déjà pardonnés. A une époque, on en faisait commerce. Aujourd’hui on rase gratis ! On a tellement d’indulgences à disposition sur tous les présentoirs et têtes de gondoles de notre nouveau monde presqu’équitable, qu’il va falloir se trouver rapidement des pêchés qui justifient une telle débauche de pardons. C’est la vulgarisation de la bonne conscience qui est à l’œuvre. Le bien est désormais accessible à tous, qu’on se le dise, il est enfin commun ! Il suffit de produire des raisonnements simples, de se servir tout seul d’indulgences pour compenser. Un voyage en avion pour un week-end flash en inde, OK, mais va falloir pédaler un moment sur son Vélib’ pour se racheter. Si vous tromper votre femme, vous avez intérêt à manger bio ou à ne tirer la chasse qu’une fois sur deux. Se contenter d’avoir des opinions peut aussi être salvifique, un vrai engagement du type d’être favorable à la libération d’Ingrid Bétancourt, peut vous permettre de jouer en bourse sans scrupules. Si vous cumulez plusieurs bons points de ce type, vous pourrez même vous autoriser à juger vos concitoyens, mais n’allons pas sur ce terrain, de crainte d’écrire un post de 80 pages. (Les liens hypertexte sont là pour éviter cet écueil et montrer à quel point chaque texte contient tous les autres.) Tout le monde connaît la panoplie du gentil consommateur alter-apple-Pepsi-bio contre le méchant microsoft-coca-macdo qui aura vraiment besoin de pédaler avant d’avoir son ciel sur terre. Ce sont des références simples, accessibles à toutes les intelligences, c’est les droits de l’homme déclinés en charia moderne. L’autre jour, alors que je militais à coup de tract en papier (quelle horreur), un habitant sort de sa boîte à lettre en toute fierté, comme un pop up en carton pâte, et me dit : «  Vous ne savez pas lire : pas de publicité ! – Mais monsieur, ce n’est pas de la pub, c’est pour les municipales. – C’est pareil, de toute façon je ne vote pas. Moi, je ne vote pas, mais je pense à ma planète ! » Alors là chapeau bas ! Dans la suite de ses raisonnements moralisateurs, il y a d’abord eu la sacro-sainte démocratie. Il a un souvenir que ne pas voter, ce n’est pas bien, ce n’est pas citoyen. Heureusement, il nous a poussé un autre raisonnement par-dessus, pour racheter son pêché, pour le ringardiser : il pense à sa planète. La démocratie oui, mais pas au prix de la planète tout de même. Nous voyons là, l’extrême habileté de la modernité à se renouveler à l’infini, que dis-je, à se recycler, sitôt qu’on est à deux encablures de la rejoindre dans son royaume des gentils. Toutes ses bonnes consciences acquises à bon prix permettent d’accroître la fierté individuelle, permettent une réhabilitation de la race humaine, d’étalonner la masse sur le bien commun. La sainteté dans le quotidien, c’est des gestes simples destinés à nous flatter et à faire abdiquer notre intelligence qui devrait naturellement être aspirée par l’honnêteté.
 
 
L e   s a l u t    à   b o n    p o r t
 
Cette bonne république humaniste a tant insisté sur la méritocratie ! Chacun pouvait prétendre à sa part de ciel sur terre selon ses talents, son travail, le respect qu’il avait des institutions. Cette hérésie portait en elle une justice acceptable par tous. Biberonnée au catéchisme moralisateur psycho, l’époque moderne a fait ses choux gras des circonstances atténuantes. Les faits pouvaient faire perdre de leur réalité, être peu à peu réduits et conceptualisés à petits coups de justifications. Le contexte devenait le vrai coupable et pouvait même permettre une inversion des rôles entre victime et bourreau. Ca n’existe pas, les circonstances atténuantes, ça ne devrait pas exister. Les faits sont absurdes et têtus. Aucun raisonnement ne changera la vérité d’un cadavre, ne rendra moins mort un corps. Nous trouverons les moyens, dans de prochains post, de dire tout ce que l’on rejette dans la volonté humaine de rendre justice, dans la dérive judiciaire de n’utiliser le pouvoir qu’à des fins de réparation plutôt que de punition. Nous développerons ce bourrelet présent dans ce texte pour dégager la route d’humilité, la petite route froide, humide et têtue qu’il convient d’emprunter. Regardons les circonstances atténuantes avec l’esprit de notre quotidien : « je t’ai un peu trompé, j’ai pas trop piqué dans la caisse, j’ai un peu visé la tête, on l’a un peu forcée… » En pensée, en parole, par actions et par omissions ! Oui, j’ai vraiment pêché ! On va tous faire un peu pénitence et gommer toute hiérarchie dans les peines et donc dans les crimes. Mais, ne nous attardons pas sur ce point des circonstances atténuantes face à la réalité d’un cadavre. Ce qui est important, ce sont les petites culpabilités, les occasions quotidiennes de mauvaise conscience. Ce qui est amusant c’est d’identifier les raisonnements qui nous permettront d’être dores et déjà sauvé. Regardons la modernité de visage à visage. Aujourd’hui, Ce ne sont plus seulement les circonstances qui sont atténuantes, mais notre être même. On est ainsi, on n’y peut rien. Ouvrez vos oreilles et écoutez la chanson de Brigitte Fontaine : « (…) Pourquoi t’as pris l’homme de ma vie, simplement pour passer la nuit, pourquoi t’as laisser ton vieux père dans un caniveau l’autre hiver (…) C’est pas d’ma faute, je ne pouvais pas faire autrement, tu comprendras c’est pas d’ma faute, tu le verras, c’est pas d’ma faute, voici pourquoi : j’suis : égoïste. » 1965. C’est génial, parce que c’est ce que l’on vit. Si on agit mal, c’est à cause de trucs liés à l’être, pour les quelles on est considéré irresponsable. Le psychologisme est dépassé, il ne concernait que le paragraphe du dessus, la médicalisation se déploie maintenant à outrance pour permettre d’éditer une définition de chaque individu. Cette dernière est destinée à dire, sourire de compassion aux lèvres, au mec qui a encore mauvaise conscience : tu n’y peux rien, tu es comme ça, arrête d’essayer de combattre ta nature. Bien sûr, la bienveillance est une valeur supérieure, bien sûr, il est important de dire à notre prochain : tu vaux mieux que ce que tu dis, tu vaux mieux que ce que tu fais. Bien sûr. Seulement, aujourd’hui, le simple fait d’agir d’une certaine façon est un gage de bonté intérieure. On ne peut pas être foncièrement mauvais si notre nature exprime un quelconque ressentiment social. On a tous lu ces pamphlets dénonçant le politiquement correcte et son complexe de supériorité donnant par exemple aux femmes, ou aux noirs, une présomption d’innocence de naissance. Ils ne peuvent pas être complètement mauvais, quoi qu’ils fassent, ils ne peuvent pas être complètement coupables, ils sont déjà tellement victimes de la société, voire victime d’être nés comme ça. Et à l’inverse, on sait qu’aujourd’hui un occidental blanc hétérosexuel chrétien aisé a de grandes chances de devoir s’excuser avant même de commencer à agir. On a lu tout ça. On s’est déjà régalé de tout l’esprit de nos auteurs préférés. On a déjà ri. Toute réaction commence par un fou rire et finit par un exile. Notons, quand même, que notre monde moderne, en déployant son complexe de supériorité en présomption d’innocence et culpabilité de naissance, fait montre d’un racisme absolu, d’une discrimination hiérarchique totale entre les êtres. Cette forme de discrimination positive intégrée à tous les raisonnements, à notre morale évolutive est la marque d’un complexe de supériorité savamment entretenu par l’économie du clonage. Si seulement tout le monde était identique on aurait plus besoin de faire la promotion de la diversité. Si on était tous pareil, on serait tous anti-raciste et ce serait réglé. Rien ne consomme tant qu’une masse, rien ne consomme tant qu’une armée de clones. On est tellement tolérant que l’on voudrait que tout le monde ait la chance d’être comme nous, mous ! Je me souviens aussi des commentaires de Dantec sur l’affaire Camus dans un de ses journaux métaphysique. Dantec remarquait non sans malice que tous les médias étaient tombés sur Camus l’accusant d’antisémitisme littéraire, tous les médias, toute la modernité, sauf une, le journal Têtu qui ne parlait que du talent de l’individu. Et oui Dantec nous le révèle, dans notre monde, l’antisémitisme se dissout dans l’homosexualité. On ne peut pas être foncièrement mauvais si on est homo. On a forcément un bon fond… Le salut se mérite pour les uns, et c’est à eux que sont destinées les indulgences modernes évoquées tout au début, c’est à eux qu’est destinée toute notre niaiserie, cela tombe bien c’est eux qui l’ont inventé, c’est ce qu’il restait en dépôt après l’évaporation des idéologies. Pour les autres, ils sont nés porteurs d’indulgences. Ils vont donc devenir sacrés pour nos sociétés, il va falloir les toucher pour être sauvé, il est possible qu’en communiant avec ce qu’ils représentent selon notre propre niaiserie, nous soyons sauvé. Tout le monde se met à rêver de cette communion des indigents. On rêve mais on s’en veut un peu, d’avoir accepter ce sado masochisme, de l’avoir engendré. D’un autre côté, refuser, ce serait être définitivement mis hors jeu, ringardisé, diabolisé. Rassurez-vous petits culs blancs, il y a la possibilité d’être friendly pour le coupable de naissance, copain du "porteur saint". C’est une chance offerte ici bas au bourgeois pour se racheter, c’est une porte ouverte sur le purgatoire sur terre. C’est sympa, parce que franchement, le bourgeois ne voyait pas bien comment il allait pouvoir s’en sortir, il doutait même d’être capable de bons sentiments. Il y a pleins d’autres possibilités pour développer sa phyllie et conjurer ses phobies. Et si on est de droite, on peut même tenter de le rester du moment qu’il s’agit de la droite humaine. Tout est prévu. Il s’agit juste de reconnaître ses fautes et de savoir repérer les mains tendues devant nous, pleines d’indulgences, comme autant de raisonnements à faire sien. La solution remplace le salut.
 
 
L e   s a l u t   e s t    u n    a c q u i s    s o c i a l
 
Alors que tous nos sentiments de fiertés nationales doivent être la source de notre complexe, il faut que ce qui nous faisait honte devienne un élément de fierté. C’est magique, c’est la réversibilité droit-de-l’hommiste. Le diable est toujours dans la caricature du vrai, le diable se moque du monde et de son créateur ! Le Diable n’a pas d’esprit mais il a de l’humour… Il ne suffit plus de dire, « il n’y pouvait rien, c’est les circonstances et la société les coupables », il ne suffit plus de dire non plus de dire « C’est pas d’ma faute, je suis comme ça, je n’y peux rien » il faut impérativement dire que ce n’est pas une faute et que j’en suis fier. Que toute la race humaine défile toute nue entre Nation et République, fière de son pêché originel ! Et ces prides sont autant de cérémonie d’absolution collective, où l’ivresse paganiste revendique une déformation du droit. Le salut est devenu un droit. Il y a eu des luttes, et pas seulement en mai 68. A quand, un cortège d’islamistes sur char décoré exigeant le droit d’être terroriste compte tenu de la prise en compte réglementaire de leur foi et de leur culture. C’est pas d’leur faute, cela s’impose à eux. Et les pédophiles ? Pourquoi ne seraient ils pas fiers de ce qu’ils sont ? Non. La modernité a tout prévu. Elle sait que le progrès fonctionne par sauts. Il lui faut des frontières. Philippe Muray aurait appelé ça des zones d’indignation protégées. Il faut des frontières parce que la modernité est manichéenne, elle moralise et défini le bien et le mal à chaque époque. Elle se contredit en se recyclant et nous condamne à la défense de ce qu’elle était avant le dernier saut de progrès. Quand on se trouve au de là de la frontière, il convient de ne surtout pas être fier mais uniquement d’en rester au stade précédent, c’est à dire de se faire plaindre. Les circonstances n’étaient plus suffisamment atténuantes au de là de la frontière, l’être n’étant pas réputé porteur d’indulgences, il convient de demander réparation. A qui ? A Dieu. Le créateur devient le grand débiteur de tous ceux qui se trouvent au de là de la frontière : les moches, les pédophiles, les malades, les tueurs en séries, les terroristes, les grabataires. Ceux là ne devraient pas être là. Ils auraient dû avoir le droit à ne pas naître. Droit à ne pas naître homo ? Non quand même pas ! C’est tordu. J’ai vraiment du mal à suivre la succession des raisonnements, c’est normal pour être moderne, il faut d’abord être amnésique, le passé doit être une re-création contemporaine. La réponse actuelle au droit à ne pas naître, c’est bien sûr le droit à mourir dans la dignité. On le constate déjà pour toutes ces victimes de leurs corps, on se bat pour eux. Ils le méritent bien puisqu’ils ne peuvent être fier. Que voulez-vous ? La société a décidé que l’on pouvait être fier des transsexuels mais pas des trisomiques… C’est irrationnel. Revenons aux criminels, car le sujet est bien le salut, et les indulgences. On propose la médicalisation à tous nos tueurs en série en attendant quelque chose de plus radical. Ceux là bientôt, après la prison, iront en maisons médicalisées et finiront euthanasiés parce quand même la peine de mort c’était horrible ! C’est du futur proche. L’indulgence, ce sera la piqûre, le liquide dans la veine, un don pour celui que Dieu n’aurait jamais du créer. Non pas une peine, mais un soulagement, une réparation de l’œuvre. Une vengeance.
 
 
Nous croyons que la   s o u f f r a n c e   sauve le monde
 
La différence, c’est que nous croyons que la souffrance sauve le monde, qu’il n’y de salut que par la croix. La chair a vocation à être humiliée. Nous ne sommes rien d’autre qu’une chair habitée par un morceau d’âme qui a chuté. C’est comme ça que nous sommes des individus. C’est comme ça que nous sommes mortels. C’est comme ça que nous sommes indigents. La distribution des indulgences modernes, la déclaration des êtres porteurs d’indulgences et des autres débiteurs de Dieu, procède d’une négation de la nature même du pêché. Il fallait aimer son pêché, c’est vrai. Parce que la nature du pêché est ambivalente et non relative. Son ambivalence réside dans la souffrance salvifique qu’il procure à l’auteur du mal, directement ou via sa victime. Il fallait se réjouir d’avoir honte de ses faits et gestes, c’est par la honte que le premier pas dans une démarche de pénitence était engagé. La honte, l’humiliation que l’on recevait à la suite de nos actes, encore une fois, directement, ou via cette victime aux yeux ouverts, étaient des dons de Dieu pour notre salut. Changer la nature du pêché revient à nier notre liberté même, sur bien des aspects sous-entendus par les raisonnements modernes. C’est évident, ne le développons pas. En revanche, ce qui l’est moins, c’est le lien entre la peur de la mort, la liberté individuelle et le pêché. Pourtant, fier ou non, l’homme n’en reste pas moins mortel. Il est donc moins que rien ramené à la masse perpétuelle des humains du globe. Pourtant la liberté ne s’éprouve qu’individuellement et elle s’éprouve dans le rapport avec la mort, dans la conscience qu’on en a. L’homme est d’autant plus libre, que cette conscience est nue, non parée de raisonnements collectifs, de lieux communs. Rien n’est plus parlant que quelqu’un devant quitter une entreprise par une mise en retraite ou un licenciement. D’un coup, toute la vanité de ses précédentes journées lui saute à la face, tout lui semble idiot et virtuel : les mails, les enjeux de pouvoirs, les postes, les chiffres, etc. c’est ce qu’on appelle une petite mort. La grande c’est pire, elle rend véritablement tout relatif sauf cette liberté condamnée et révoltée qui nous habite. A ce moment précis de la déchirure, personne ne pourra nous convaincre individuellement que nous devons être fiers d’avoir été, personne ne pourra continuer à nous justifier A moins qu’à force de raisonnements, nous soyons mort spirituellement avant notre mort physique. Alors là, bravo au malin ! Le virus de la modernité est peut-être plus efficace que toutes les pestes qu’il a pu répandre sur terre jusque là, efficace comme un gaz, efficace comme un esprit ! C’est au moment de prise de conscience de notre caractère mortel que nous recouvrons notre liberté totale et, que nous souffrons de quitter le monde. Notre rapport à la mort nous oblige à nous dépouiller de tout notre jeu, de la construction de nos phrases au profit d’un inventaire de nos responsabilités. Nier la nature du pêché revient donc à nier la nature de l’homme, à nier sa liberté, et à nier sa mort. Ne pas accepter la souffrance issue de nos actes mauvais revient à virtualiser l’homme à nier qu’il est une créature, à nier la création. Il faut savoir que le mal existe, que pêcher introduit le mal dans le monde. Il faut savoir que la souffrance qui revient alors vers le pêcheur est un don de Dieu pour son salut. La souffrance sauve le monde.
par Maximilien FRICHE publié dans : friche-intellectuelle
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Lundi 18 février 2008
Pardon son Dieu. N’être plus qu’un corps à cueillir. Nu comme un verbe. La tête en médaillon. L’ombre autour du cou, comme une collerette de honte. Pardon son Dieu. Il ne sait pas ce qu’il fait. Il ne sait pas qu’il Vous crucifie. Ses raisonnements produits ont créé suffisamment de fumée. Trompe l’œil en buée. De la gaze au bout du nez. Il faut le undefinedrécupérer d’urgence. Nous prions son Dieu. Il n’est plus qu’une goutte à recueillir. Au creux de Dieu. Un ver, un homme à la poitrine sans muscle, sans utilité. Ayez pitié de sa faiblesse. Peut-être avez-Vous surestimé les forces du vivant ? Ne permettez pas que cela soit tenté au de là de ses propres forces. Et pour lui, cette pluie, soyez un récipient. Il se dégoutte. D’avoir trahi la vie. De toute façon, si il ne vous entend pas, il Vous restera Votre colère. Vos poings serrés comme une gorge. Pardon mon Dieu. Ayez pitié. Il n’est plus qu’une tige sans tête, une tige molle et fanée. Il Vous connaît. Il Vous reconnaît. C’est pourquoi il perd toute rigidité. Ayez pitié, il se réduit à un sac d’os. Sans sens sans Vous. Sans ordre. Il est maintenant prêt à obéir. Dites seulement une parole. Il attend une main. Dans sa patience il se prête à rire. Dans sa pénitence aussi. Il espère être sauvé. Il attend le geste, la conjugaison. Pardon mon Dieu. Il n’est qu’un regret tout entier, mangé par son souvenir obscène, figé dans le diaporama de son pêché. Ayez pitié de ses deux dimensions. Il n’est plus qu’un corps à cueillir.


par Maximilien FRICHE publié dans : L'âme et sa vague
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Lundi 28 janvier 2008
Ouvrez le cercle, laissez une place vide à table, une place au vide en face. On n’a qu’à prendre celle du pauvre, puisqu’il n’a jamais osé sonner. C’est la place de la caméra dans les sitcom. C’était devenu la place de la télé dans les années 70. On se paraît de côté. Maintenant, c’est tout à la fois le spectacle et la caméra. On se voit dedans et c’est génial. Le vide s’étale entre nous bien largement, nous articule et nous mélange. La pauvreté de notre savoir devient tellement évidente, qu’elle est insupportable ramenée à notre désir de créer des mondes. On compense avec une avidité de loup, notre non-connaissance, notre incompétence à formuler des synthèses, en devenant de bons consommateurs de culture. Non pas rats de bibliothèque mais, des avaleurs d’événements culturels. On reste insatisfait, on augmente la dose jusqu’à devenir addictif. On s’attaque au dessus de panier de la culture, à ce qui est encore frais, à portée de main, à ce qui vient d’être produit. On bouffe en temps réel la culture produite, comme lors de soirées crêpes, du producteur au consommateur. Et on reproduit immédiatement un raisonnement pour un retour à la source de la culture. Jamais le panier ne sera entamé puisque la boucle est bouclée, et que le circuit s’accélère dans cette logique de consommation. Heureusement que les ré-éditions arrivent à se frayer un chemin en créant un événement de son contraire. Les hommes sont-ils anthropophages ? Ce terme serait réducteur. Autophages correspond davantage à la société de clonage qui se profile. Positionnés dans un tête à queue inspiré du serpent, pour prendre un plaisir perpétuel à s’humilier.
 
La preuve de ce que j’avance ? Je n’écris pas des essais. Je n’écris pas de billets, d’articles, etc. Je ne suis pas polémiste. Je suis un personnage de roman qui parle. Je suis dans l’histoire et je suis l’histoire. Je n’ai pas comme but d’être lisible, je n’ai pas d’intention. Je me raconte et c’est tout.
 
La preuve de ce que j’avance ? J’ai vraiment la flemme ! Parler de facebook ? Parler de la télé, de la star ac’, des blogs, des miroirs, au plafond, de la société qui jouit de se regarder jouir… J’ai par avance la nausée de sortir des choses tellement évidentes. J’aurais honte de m’astreindre à l’écrire. Faire de la sociologie… Je préfère encore faire une thèse sur la météo.
 
La preuve de ce que j’avance ? Elle est dans l’individu. La preuve, ce sont des virus dans l’individu.
 
 
Tous à l’expo !
 
Aujourd’hui la culture ne se conçoit que dans l’événement. Il faut impérativement créer l’événement. Ca ne vient pas tout seul. On est dans le règne de l’expo : Expo, rétrospectives, festivals, manifestations, étalage, têtes de gondole. Seulement deux options peuvent s’ouvrir : le succès populaire ou le succès médiatique. Comme s’il y avait une grande différence entre l’approbation de la masse et celle de son média. L’artiste qui n’en a jamais assez de s’humilier, se transforme dès lors en agent de lui-même, et passe la plus part de son temps à réfléchir à son angle d’attaque, à la lecture que l’on pourra faire de lui-même. Une expo, ce n’est pas un musée, c’est un projet. L’artiste, c’est le communiquant, le critique, avec sa belle petite intention. Nous vivons dans le règne de l’intention, de l’essai artistique, du désir de faire passer des messages. Autant dire que nous vivons en pleine vulgarité. On commence par définir un thème, genre le Passage du temps à Lille. Et après on demande aux artistes de faire pire que Lamartine avec son lac. A ce rythme, il suffira bientôt d’avoir seulement la petite fiche de lecture et sa loupe. Une fois penché sur le message en bas à droite, ce n’est même plus la peine de prendre du recul pour vérifier dans l’œuvre ce qu’on vient de lire. Une fois qu’on sait, il n’y a plus rien à découvrir. Le message est saisi, saisi par le vide. Ca tombe bien puisque le message est creux. Ces intentions sont les tombes du mystère. Si en plus, le lieu dans lequel se passe l’expo est une de ces fameuses friches industrielles de ces villes moyennes fantômes, alors là, tout prend sens. C’est jubilatoire d’avoir tant de signification sur terre. Ca mérite alors un vernissage, un bon papier, et des discussions blasées d’étudiants du jeudi soir.
 
Je ne peux pas passer sur ce paragraphe sans me souvenir de Philippe Muray. On se cristallise autour du concept du festival. Quand il n’y a plus rien à faire pour une ville, quand la civilisation est arrivée en bout de course, il n’y a plus qu’à créer un festival. Ca fait trente ans que ça marche à la campagne grâce à des entrepreneurs, il faut faire pareille dans toutes les villes. Il faut redonner matière à zapper et pour la jactance. C’est l’art de la mise en scène de la création du moment, c’est le concours des mises en scène.
 
Ce déferlement de sens, de significations par la culture moderne, nie l’idée que rien ne veut rien dire, que chaque chose est son contraire et, que le beau, comme le vrai, ça ne s’explique pas, ça se comprend plus ou moins, c’est tout. Le vrai n’est pas dans l’explication de texte, puisque le vrai est le texte, sa grammaire. Les événements culturels ? C’est absurde alors on n’y va pas. On refuse de participer. On reste chez soi entre amis. C’est notre réaction.
 
 
On s’aime puisqu’on mange du mouton
 
La cité n’est pas faite que de culture. Même si cette dernière est plus logiquement reliée à l’image du spectacle du vide (notre titre), la politique et ses hommes ne dépareillent nullement. On croirait les ex-ministres de la culture sortis tout droit d’un livre de Philippe Muray. Beaucoup d’hommes politiques français sont semblables au héros du monde moderne fictif de Muray, ce fameux homo-festivus, personnage de roman à l’image de notre monde, homme de la fin de l'Histoire, que les journalistes aiment à qualifier de concept. Nous y reconnaissons ainsi un bon nombre d’icônes de la modernité et de la niaiserie du monde politique français. Bien sûr on a ri, lorsque l’ex ministre de la culture, se faisant suivre par des intermittents en manif ENNAvignon, s’est fait applaudir par le peuple qui croyait à un théâtre de rue. Bien sûr on a rit, quand l’idée a germé qu’il fallait réconcilier les étudiants avec la Loire, qui depuis trop d’années se faisaient la tête et se tournaient le dos. Mais le mieux, c’est la grande fête du mouton ! Tout peut rentrer dans la logique du festival aujourd’hui, sans aucune restriction, vous allez voir. Le projet de fête du mouton de RDDV en campagne pour les municipales à Tours est un bel exemple de l’entrée du festival en politique. Dans le texte, ça donne ça : « Pour éviter un sentiment de relégation, pourquoi ne pourrait-on organiser l’année prochaine le soir de cette fête (l’Aïd el-Kebir) un rassemblement populaire et gastronomique autour du mouton ? Chrétiens, juifs, musulmans, athées, humanistes, de toutes les générations, pourraient s’y retrouver dans une ferveur chaleureuse et joyeuse, suivant le Hanoukah juif, précédant de peu celle de la messe de minuit qui rassemble à Noël les chrétiens. » En voilà une bonne idée ! On mange ensemble du mouton, et comme ça le conflit du moyen orient est résolu. Les mecs se disent : On a vraiment été cons de s’entretuer pendant des années, alors qu’on aurait pu faire méchoui ensemble. Il fallait y penser et c’est bien ça, que l’on reproche à beaucoup ! Les religions ne sont pas là pour faire festival, et permettre à tel ou tel de vivre dans un dernier spasme le fantasme d’être encore une fois dans sa vie ministre de la culture. La religion est ce qui relie l’homme au créateur. Ce qui soucie un croyant, ce n’est pas le spectacle de l’humanisme triomphant, c’est le salut : le sien et celui de tous les hommes jusqu’au dernier. La religion, la liturgie, vous voulez quand même pas me dire que cela signifie quelque chose... On confond les images et les symboles dans le monde moderne. Et pourquoi pas la soupe au cochon ! C’est festival aussi ! Plus comique, plus trash, mais après tout plus contemporain que l’art du même nom ! C’est aujourd’hui un devoir d’être mauvais goût et comme tout le monde, nous savons l’être. C’était ça la démocratisation de l’art. Entre la gauche, la droite, le PS, le moderne MODEM, l’UMP, c’est le concours du plus niais avec des mascottes à déchargement immédiat et haut débit (précoce) de morale de maintenant : faire du vélo, pas prendre de bain, gagner plus, pas fumer, manger du mouton… On avait eu le mangez des pommes de Chirak, maintenant on doit s’enfiler du mouton. Je me dis maintenant que j’aurais du prendre le casIngrid Betancourt pour ramener les chercheurs de Google sur ma virtualité. Ingrid Betancourt, après le vide laissé par Florence Aubenas et son célèbre chauffeur Hussein (chauffeur de Sa dame), c’est le chacun cherche son chat de la masse. C’est bien, pour ceux qui n’avaient pas de chat à perdre… Une photo d’Ingrid sur un candélabre et on se sent concerné. Consterné. C’est absurde et on se retranche dans un fou rire entre copains qui se comprennent encore. Le rire, c’est notre réaction.
 
 
Table en U
 
Le monde du travail aussi a ses festivals. C’est dans les entreprises que cela se passe, si possible les très très grandes, celles qui ressemblent à des états, celles qui rassemblent un panel représentatif de notre société. Séminaire truc, comités y, réseau muche, congrès des ploucs, forum féminisant … Toujours, c’est la même chose, ces chaises, ces tables, crispées autour du U originel. Bienvenue au cinéma. Vous aurez le temps de traiter vos mails, de faire un sudoku, et même de dormir la tête en médaillon sans que cela gêne le déroulement de la présentation des slides ou autres transparents ou autres acétates. Entre vous, au milieu, au point d’ouverture du fameux U, se trouve le video-projecteur et pour fermer le cercle : le halo de lumière, artificielle, comme une enseigne lumineuse. Cela rend les murs, même les plus colorés, translucides, sans squelette. Cela rend les choses semblables à des filtres, et on reste en dépôt devant, bête comme un chien à la langue inutile. Le management y est inscrit sous forme de slogans. Nous sommes projetés là en toutes lettres. Les messages y sont entrecoupés d’écran de veille où vous vous retrouvés comme dans la respiration, comme pendant les pubs. Ouf, ce n’était que virtuel ! On a failli se prendre au jeu. Ces tables en U sont ouvertes sur le néant. Bienvenue au spectacle du vide ! Débarrassé de l’encombrante collégialité, l’exigence du débat contradictoire, la nécessité de trancher, débarrassé, on met tout le monde devant la télé, si seulement on pouvait nous télécharger la soupe... C’est comme lorsqu’on se débarrasse des gosses en balançant un DVD avec trois épisodes en boucle pour avoir la paix pendant le café et son pousse.
 
Le monde du travail a dissout l’effort et la productivité dans le virtuel, pour s’adapter au monde moderne, il a produit du vide comme autant de morale. C’est absurde. Dans cet encerclement du décor sur nous, nous commençons à avoir la nausée.
 
 
En son creux intérieur
 
Réjouissez-vous, le spectacle vous suit partout, car le spectacle est en vous. Il n’y a pas de trou sans vides et voilà que chaque individu déambule en ensemble vide, tous ensembles parmi les choses, dans ce monde créé pour nous. Partageons ensemble le vide en nous. Faisons partager au monde entier notre creux ! Souvenez–vous de votre rencontre avec tel ou tel, du moment où vous avez parlé comme un commerçant, comme avec un commerçant. Avec ceci, et puis non tiens, mettez-m’en deux, comment ça va, fraîchement ce matin, c’est la vie, on ne peut pas être et avoir été, c’était un grand homme, bonjour chez vous, ça me fait quelque chose quelque part, ce qui est important c’est d’être jeune dans sa tête, la santé surtout, tu veux un peu de mouton, et puis non tiens mettez-m’en deux. Bien sûr, c’est de la discussion badine. On ne peut pas nous en vouloir. Si seulement on avait autre chose à dire. C’est justement là que le bas blesse. C’est lorsque l’on se force à avoir quelque chose à dire, que l’on se force à pousser pour sortir son raisonnement. Propre ? Ca reste à vérifier. Quand on entend tel ou tel promener son air docte et informer largement que l’immigration est la seule solution pour que la France obtienne un point de plus de croissance, qu’il ne s’agit pas là d’une opinion, mais d’une loi… Quand j’entends tel ou telle, affirmer clair et net que maintenant il faudrait peut-être davantage penser à soi pour retrouver son équilibre, et que ce n’est pas une opinion, mais une loi scientifique… On a cru intellectualiser, on a en fait virtualisé. Quand on parle pour dire quelque chose, pour faire partager son raisonnement produit, commettre sa parole à soi, compromettre le Verbe, c’est là que l’on se fait honte. C’est ridicule comme de la littérature. Il faudrait ne surtout pas tomber dans le piège d’avoir l’intention de dire quelque chose, ce serait avoir l’intention d’en être fier. Il faudrait laisser le verbe se dire à travers nous. Malheureusement, on fait les malins, on écrit, on parle, on donne des leçons, on fait la morale. Infatués comme une baudruche, on n’en finit pas d’avoir raison, de chacun faire son petit rapport Attali à soi. Le but est de nier a priori ce que l’on sait de toute éternité, d’essayer de faire son Descartes, de douter de tout, sans chercher à comprendre davantage ce que l’on savait. Lorsque nous imaginons des mondes différents, que nous voulons absolus, pour un moment seulement, nous créons des tyrannies issues de nos morales artificielles. C’était pourtant simple d’essayer de comprendre un peu plus ce sur quoi on avait une intuition. Comprendre mieux pourquoi ce truc est beau et, ne pas douter de sa beauté, dans une volonté de RAZ. Remise du monde à vide et repartir du plan, de la carte, la sienne, à deux dimensions.
 
C’est absurde et je n’ai plus envie de rire, et je n’arrive pas à rester à l’écart, je voudrais tant partir loin, loin de moi. On voudrait être hors de soi, résolument révolté contre sa nature, sa race.
 
 
Tout est faux, le vide s’installe
 
Fini les digressions, le discours bourrés de liens hypertexte. C’est comme ça que le virus de la modernité fonctionne, c’est aussi les chemins que doit emprunter l’anti-virus pour tout ramener sur le socle de la conscience de notre finitude. Retrouver notre syllogisme, notre obsession, l’homme est mortel, je suis un homme, je suis mortel. Toute la vérité est là. Le vide, c’est ce qui cherche d’abord à nous divertir de ça, puis à nous le faire oublier, enfin, et c’est ce que nous vivons maintenant, à nous le faire nier. C’est la logique du vide. C’est absurde et on s’y jette, dans le vide ! Puisque c’est ainsi, il ne reste que le suicide ! Un petit trou de balle pour sa tronche. C’est tellement beau comme vide rime avec suicide, le geste, le dernier geste réel, devient vite une évidence. Il faut dire que la réalité se perd, s’oublie. Le négationnisme devient notre quotidien. Le vide n’est pas la mort. Que l’on ne s’y trompe pas ! Le vide, c’est simplement une vue de l’esprit. La mort, au contraire, c’est bien vrai, c’est réel. Un cadavre, c’est pesant, c’est un objet, comme un livre. Le vide, c’est les histoires dans la tête. Face au trou, à l’absence de plis, de rides, face au miroir où on se prend à n’être plus que l’ensemble vide, le récipient de ce vide, l’idée de sauter avec ce vide intérieur, dans un plus grand ensemble devient irrésistible. Mourir, c’est se conférer un poids à nouveau, n’être plus qu’un corps, c’est redevenir quelque chose de réel, redescendre dans son corps créé. Il s’agit évidemment d’un piège, de la finalité du piège. Ce que l’on cherche à tuer, c’est le vide et c’est comme ça que l’on s’emporte. Quelqu’un s’est fait cadavres pour racheter notre vide, c’est le Christ. Comment se protéger ? Peut-on encore parler de Chrétiens dans la cité ? Alors même que la modernité, dans le meilleur des cas nous fait rire, et au pire, nous fait haïr notre espèce ? Il faut quitter ce monde moderne, il faut s’en exclure définitivement. Ablation du corps social. Il est possible de prier puisque l’on a envie de pleurer. Il est possible de prier pour le salut du contenant du vide. C’est dans les moyens, dans les façons, dans les outils, dans les médias, dans le langage, que se trouve le mal. Vivre dans le monde moderne, nous conduit forcément à nous virtualiser par l’emprunt des méthodes modernes, viciées et vicieuses. Etre réel, aujourd’hui, c’est m’exclure. Je ne peux exister que comme créature. C’est l’Ostie qui me ramène au réel, ce rappel que Dieu s’est fait cadavre. C’est dans la communion qu’il me reste la possibilité d’être vivant et plein. A nouveau rempli de Dieu, à nouveau créature. C’est cette substance qui me fait passer de l’état d’ensemble vide contenant le vide à l’état de créature en Dieu, contenant Dieu. La vie est un jeu, la vérité, c’est la mort. Seul, un cadavre peut ressusciter mon âme virtualisée par le monde moderne, seul le Christ le peut.
par Maximilien FRICHE publié dans : friche-intellectuelle
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Mardi 8 janvier 2008

Rappel épisode précédent : JF OU VF CHERCHE CROQUE MORTS (1/2) 

Ca se terminait comme ça :

Faute de cadavre en vue, je m’en vais achever mon histoire. Au milieu de ma gymnastique de bonze, j’entends un grand fracas. La porte de ma piaule s’ouvre sous la poussée d’un petit troupeau de caniches excités par l’odeur du su-sucre de ma pomme. Il n’y a rien de surréaliste ni d’extraordinaire, ce ne sont que des images pour rigoler, me moquer.


                                                                                                   A suivre
 

La suite : 

Faute de cadavre en vue, je m’en vais achever mon histoire. Au milieu de ma gymnastique de bonze, j’entends un grand fracas. La porte de ma piaule s’ouvre sous la poussée d’un petit troupeau de caniches excités par l’odeur du su-sucre de ma pomme. Il n’y a rien de surréaliste ni d’extraordinaire, ce ne sont que des images pour rigoler, me moquer.
 
Il y a sur la négation de ma porte cinq policiers disposés en dégradés. Tout un petit monde de beaux hommes blonds, mal en beauté, cherchant l’amour pour s’en excuser. Calme ! Je ne m’effraie pas. Tranquille, je me lève en leur tournant le dos. Je plonge mes doigts dans mes cheveux, les replacent, les attache et défroisse mes vêtements avec le plat de la main. Je fais trois pas vers la fenêtre et me retourne pour leur faire face d’un peu plus loin. J’attrape une chaise de paille sur ma droite et m’y assois à l’envers. Je mets mes coudes sur le dossier et j’essaye de dissimuler mes tremblements de peau. Je tremble quand même. La surprise sans doute. D’ailleurs je l’exprime avec des mots neutres. Je ne les regarde pas vraiment, je vois plus loin, comme un aveugle.
 
Je vais subir un interrogatoire en bonne et due forme avec pour seul avocat : la peur. J’essaye un peu de reprendre mes esprits, de me les réincarner. C’est une opération difficile pour une femme funambule qui jongle avec le ridicule de rester coller à une basse terre et, la lubie de devenir une femelle de Dieu. Cela semble facile à trancher, comme ma tête posée sur votre lame.
 
« Pourquoi t’es-tu enfui ? » Lance l’homme bien entouré du centre. Il veut dire : contre qui. Je bégaye et ma raison déraille. Plus ils me chamaillent, plus je sens que c’est pleine de honte que je paye. On veut m’éclairer au soleil pour me prendre au piège de ses mailles. Pour que je devienne une antépénultième merveille, pareille à celles qui ont séché, le cœur en pagaille.
 
Ecoutez ma voix qui s’accroche tant bien que mal au dos de mon tambour. Dans cette rythmique, au cœur, elle résiste, c’est dur d’avoir la réplique. Ecoutez ma voix qui se sent pousser des ailes et qui aggrave sa position en se foutant d’Eve ou d’Adam. Pour sauver ma pomme. Laissez-moi vivre, laissez-moi ramper jusqu’au plaisir qui m’enivre et, laissez-moi rire de votre allure de prêtre prêt à punir la liberté que je ne lâcherais pas pour tout un empire. Je veux être ivre et chanter la folie de ne plus vouloir vivre, être le point de mire d’un Dieu qui se décide enfin à bannir. Je voudrais partir, atteindre le pays où l’on peut choisir d’être ou de sortir de la piste où se joue le mélodrame du plaisir.
 
L’amour, je le donne aux anges. C’est ma raison que sans cesse cela ronge. L’amour, qu’il s’échappe comme un songe. C’est dans un cœur volatile que je le range. C’est enfin libre que je plonge, sage et heureuse d’avoir partagé avec les anges.
 
C’est ma voix qui vibre, fragile et seule, à travers vos esprits presque ouverts. Je veux m’en sortir, pouvoir chanter jusqu’à crever le cœur des menhirs.
 
Je sais qu’ils sentent l’absurde en moi. Il faut que cela soit dit clairement. Je ne veux plus aimer mon prochain, je ne veux pas le haïr, et je veux simplement vivre sans, l’oublier.
 
Ils me mettront à feu et à sang avant d’avoir compté jusqu’à cent, je le renifle. Ils tiennent absolument à ce que je rentre dans le rang. J’ai toute la lourdeur du ciel qui se repose sur moi, comme la première pelletée sur le macchabée.
 
Sous les pavés des trottoirs, il y a ma rage. Ceux qui piétinent s’en foutent comme de leur première femme, il faut bien que le monde avance.
 
L’étau se resserre, mes yeux s’écarquillent. Je regarde à droite, à gauche et ailleurs, devant moi où sont chaussées quelques dents longues et blanches bien mises en valeur. Ces gens s’aiment et, sèment leur bonheur partout, je ne cèderai pas aux avances des mal en beauté pourtant bien costaud, je recule, je recule, deux fois valent mieux qu’une. J’essaye de fuir. On est entré dans ma prison. On veut partager avec moi mes barreaux et je me cogne aux quatre murs dans une fuite instinctive et absurde.
 
Laissez moi vivre. !
 
Cela devient un cri perçant et déraillant. Il faut en ressentir la folie. Déchirez vos pensées, arrachez vos cœurs. Tombez de haut et oubliez vos piédestaux, ce ne sont qu’un trottoir de rats. Ah, les rats d’amour, les rats d’égouts. Ciel ! Des rats divins, des rats du bien, des rats t’ont mis un cœur en tête, il faut leur cracher ton venin.
 
Puisque je ne peux pas fuir, puisque je ne veux plus aimer, je prends mon élan et je vole dans vos ailes d’anges ratées.
 
Guerre ! Laissez-moi en finir ! Laissez-moi en finir. Laissez-moi en finir.
 
Cette histoire n’a rien d’une fable, mais nous retrouvons tout de même les flammes, l’éphémère et l’enjeu. Fontaine, je reboirai de ton eau.
 
Je retrouve peu à peu le goût du sang, souvenir de jeunesse, rancœur d’amour. Et je me fais femme fatale. Je marche lentement, enlacée d’une atmosphère funèbre, déjà plus alléchante mais encore effrayante. Ondulant entre trois trottoirs qui se valent tous. Sur les pavés : les pigeons.

Je m’articule comme le vautour sur le point d’envol. Mon sourire ne laisse apparaître que des armes blanches. Histoire d’y voir. Je ne les tuerai peut être pas tous les cinq, mais au moins un, pour l’exemple, celui qui a voulu m’étreindre. L’ayant reconnu, je bondis sur lui, saisissant son cou dans mes mâchoires en plein vol. Je serre et j’arrache un morceau de chair saignante. A mes pieds, se trouve une gorge entrouverte. Ténor ou castra. Il suffit de me le demander. Il meurt en silence, demi-pause, et je lâche le morceau, mon crachat, pour la reconstitution de la police. Ses compères se sont enfuis. Il faut croire qu’ils n’ont pas de leçons à recevoir.
 
O ma solitude.
 
Aimer la liberté au de là de l’amour pour ne plus être ridicule, jamais, pour ne plus être faible, pour ne plus attendre que tu rentres le soir, pour ne plus attendre d’étreintes de celui qui a attrapé froid à la gorge sans une seule goutte au nez. Aimer la liberté au de là de la vie, je sens que c’est possible. La mort sous son papier cadeau doré, peau de lumière, m’appelle. Je suis la seule à vraiment la désirer.
 
O ma mort.
 
Je ne trouve plus les mots et je plisse les yeux et, le front en perle, et, finalement, le visage tout entier. Pour une fois qu’on me met en lumière, ça va même au de là de la plume qui me colle. Un soleil en retard me guette. Ses rayons arrivent comme des lianes sur mes épaules en frissons. Cela serpente autour de mon cou. On chauffe la lace. Et le soleil m’emporte, je suis pendue à un de ses bras. Il jongle de plusieurs mains avec une seule femme.
 
« A quoi joues-tu mon astre ? A moi ? A la folle de moi ? Je sens que je brûle. Feu la femme.
– Et, puisque tu meurs, je m’amuse, ma muse. Un monde fait par personne d’autre. Un monde d’inspiration.
 
Un monde au pied de ma lettre. Allez-va ! Meurs.
 
Je m’amuse ma muse.
 
Je fais des histoires. »
par Maximilien FRICHE publié dans : Livres
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Mardi 1 janvier 2008

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par Maximilien FRICHE publié dans : Peinture
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Lundi 10 décembre 2007
J’ai déjà dit tout ce que je pensais des niaiseries produites les unes à après les autres, à coups de raisonnements et de perverses démarches analytiques. J’ai déjà, maintes fois, déploré les dérives moralistes consistant à identifier des déterminismes au salut. J’ai déjà abusé du mépris en vers tous ces humanistes fiers de leurs capacités à réfléchir qui fabriquent le bien en pratiquant le dénigrement, pour définir ce qui ne l’est pas. J’ai déjà haï ces fabricants de charia applicable à chaque modernité, donnant les moyens de juger dès à présent des chances de salut de tel ou tel, donnant les moyens de juger du mérite d’être tué aussi. Passons sur les inventeurs de la charia, passons sur l’islam, cette religion aliénante, qui copie mal, qui copie en mal. Passons sur ceux qui considèrent que vouloir connaître Dieu est mal, passons sur ceux qui n’ont pas soupçonné l’infini liberté des créatures, l’infinie liberté de chaque personne. Passons. Mais je peux vous dire que le procédé est copié et plagié par une modernité fière de ses tables de lois. Il existe la charia humaniste, voire humanitariste. Celle qui vous a appris la tolérance à l’école, celle qui faisait la course avec le catéchisme à l’époque. Le retournement de deux trois slogans en vers son prochain a biaisé tous vos raisonnements jusqu’à vous pousser à l’autodestruction. Que je suis mauvais puisque je suis né français, que j’ai bien plus d’obligation envers le monde entier qu’envers ma patrie et ma famille ! Que le journal de vingt heures est bien plus proche de moi que ce courrier de ma vieille tante !
Il existe la charia durable. En voilà une qui a de l’avenir, car on dirait presque que ce n’est pas une idéologie. Ce n’est plus les Français les coupables, c’est carrément les hommes, l’humanité dans son entier. Même les nazis avaient davantage ciblé la cause de tous leurs maux. Prendre un bain, c’est mal. Faire du vélo, c’est bien. C’est fastoche, le paradis à portée de main. On aura des preuves à aligner, on aura vraiment mérité les flammes si on a fait que prendre des bains toute sa vie !
Il existe aussi la charia gay, on ne peut plus moderne ! Celle qui vous a sensibilisé aux sexualités au collège. En conséquences de quoi, si on est homo, on ne peut pas être foncièrement mauvais, il y a forcément du bon en vous, qui excuse le reste. D’ailleurs, vous êtes contraints à la fierté dès lors. Que tous les homos honteux soient dénoncés par nos amis bienveillants de Act-Up ! Pas le droit d’avoir honte et, si on est hétéro, y a vraiment pas de quoi se vanter. Que tous ces gens vomissent sur l’hétérosexualité qui les a fait naître ne fait broncher personne ! Il ne faut pas voir dans leur combat une remise en cause de leur propre naissance, il ne faut pas y voir un désir de revenir sur la création, ce serait faire de l’interprétation.
A mon triste regret, on subit même parfois des velléités de charia chrétienne ou catholique : allaiter son enfant c’est catho, Harry Potter c’est pas catho, Glorius c’est catho, Tolkien c’est catho, et toutes ces niaiseries qui craignent du Bouttin. Est-ce que si ma fille est invitée dans une famille lefebvriste, elle peut les accompagner à la messe ou est-ce que c’est grave ? Famille crétine vous répond, pas de panique, vous aurez la solution à votre dilemme, n’ayez pas peur. Là c’est clair, la relecture de tout Bernanos s’impose. Je veux crier : Il n’y a aucun déterminisme au salut. Nous verrons des tueurs en série dans les bras de Dieu. On verra aussi les bondieusards de la première heure, avec une sainte femme et, personne n’aura rien mérité.
J’ai déjà pleuré devant cette tactique qui consiste à nous faire regretter la modernité d’avant-hier pour combattre celle d’aujourd’hui pour nous réduire à des nostalgiques ou passéiste. J’ai déjà témoigné enfin de mon désir de refuser de participer, comme ultime et dernière réaction. Je sais déjà tout ça. Bref, je me suis retranché dans une posture. La satisfaction que j’y trouve est une preuve de confort. Il faut donc pousser le texte plus loin.
 
 
Epitaphe
 
Ce qui est important c’est d’être vieux dans sa tête. Je sais déjà tout ça, et la vie ne m’apprend rien. Je sais tout, et on est nombreux dans ce cas. Etre réactionnaire n’est pas suffisant, il faudrait être mort. Il faut pourtant continuer à vivre. Continuer d’être humilié de nature. Avancer et voir s’abîmer tout le bien reçu à l’enfance, à cause de ce corps non glorieux. Nous sommes rendus modestes de force, ayant fait buter le projet de Dieu sur notre coriace carcasse, en résistance passive, en impuissance nuisible. On pense à Saint-Paul bien sûr (Romains 7 15-19.) Qu’il est humiliant de savoir et de ne pas arriver à faire alors que c’est si simple ! Que c’est humiliant de faire le constat que la vieillesse n’amène que davantage d’échecs, avec l’abandon progressif de tous les principes évidents de l’enfance. On maudit ce premier pêché, qui nous a autorisés à nous mépriser et donc à continuer plus bas. Sur la chemise, une fois qu’une tâche est faite, plus la peine de prendre des précautions on peut y aller à fond, on peut manger avec ses doigts et s’en mettre partout. Malgré les confessions qui lavent plus blanc que blanc, quand on revient à se tâcher, c’est direct jusqu’au maximum déjà atteint. Dès le début, dès le sortir de l’enfance, il fallait écrire :« Je n’ai plus rien à apprendre. » Et pourquoi pas : « il connaissait déjà la mort » ? Epitaphe du lucide. Sentence d’inutilité proférée à la face de toute vie. On pourrait se dire suicidaire et impuissant. Prendre cette décision, ce serait déjà poser un acte, participer au grand tout. On peut se jeter comme créature incapable du bien, de durer dans le bien. Ce serait s’être fait piéger. S’éliminer soi même pour cause de ressemblance avec l’ennemi et par impuissance à combattre l’ennemi. Alors on n’a qu’à rester dans sa posture, encore confortable, mais mince. Un peu comme un équilibriste, retranché sur un fil de vérité. Il convient simplement d’attendre. Quelle mort vaut la peine d’attendre toute la vie pour la rencontrer ? Drôle de raisonnement acquis dans ce retranchement. Cela ressemble de plus à plus à la posture des suicidés éternels du loup des steppes de Hermann HESSE.
 
 
Oblation nécessaire du jeu
 
Mais on voit bien qu’il faut aller plus loin, dépasser cette simple étape. Se définir réactionnaire, suicidés éternels, et pourquoi pas existentialiste, c’est encore être dans le jeu. Ce que je souhaite maintenant, c’est dépouiller toute la vie de la moindre goutte de jeu. Je veux arriver au noyau de l’être. Dans la vie, tout est jeu. Dans la vie, d’ailleurs, tout est mal joué. Les anciens diraient qu’il convient de dépouiller l’homme de ses masques, de ses grimaces. Se voir, s’entendre est une épreuve pour. C’est tellement mal joué, sur-joué, toutes les scènes sont à refaire. Naissance deuxième ! Si c’est possible. La vie ne fait pas assez vraie, on croit de plus en plus à une fiction. On s’imagine en même temps qu’on agit. Mais si on se voyait ! Au travail, quelle comédie. Déjà écrit. La vie de famille, et oui, la vie de famille aussi. Non pas qu’on ne soit pas objectivement sincère, mais c’est quand même joué. Il n’y a quand même pas que moi qui ne suis jamais spontané ! Surtout quand on tente de se réduire à son plus petit dénominateur commun, par média interposé, drapé de psychologisme du type ça me fait quelque chose quelque part. La politique ? Le jeu est sa nature. Pas la peine d’écrire. La littérature ? C’est ridicule. Déjà écrit. Sans jeu, je suis seul, nu, sans armes et sans muscles, muet. Je ne suis qu’une cible.
 
 
Homo malus est
 
Tout ce que je dis est faux, du moment que j’ai l’intention de dire quelque chose. Tous mes gestes sont maladroits et la maîtrise de soi est encore plus ridicule. Il n’y a qu’à se définir comme mauvais ayant atteint le petit noyau de nos mesquineries. Dépouillé des jeux, on se retrouve aussi faible qu’un nouveau-né, maculé en plus de toutes ses erreurs et fautes. Et là, on sent qu’on approche la vérité. Ce noyau, c’est la mort dans l’âme. Il n’y a que ça de vrai. Notre pêché mortel autour duquel on construit sa fierté d’homme libre. Si par hasard je fais du bien ça ne peut-être que par don, que suite au pardon. Notre indigence est évidente. Et se la jouer jusqu’au bout est indécent. Quand je pense que certains vont jusqu’à écrire leurs dernières volontés ! Ils y ont donc cru. Quand je vois que l’on cherche à interpréter des événements pour les faire rentrer dans l’Histoire ou d’autres fictions, alors qu’il n’y a que des victimes et des bourreaux, alors qu’il n’y a que des créatures aimées et le mal à l’œuvre. Le dernier réflexe du réactionnaire, devenu suicidés éternels, est de vomir sa race, la race humaine. Je suis raciste car conscient qu’ils sont tous comme moi. Ces semblables chétifs, voulant se donner de l’épaisseur, un rôle sur démesure, ces mecs qui se regardent, se pensent, se construisent en toute virtualité. Je les déteste tous. Il est interdit de se détester. Et pourtant, c’est bien ce qui arrive, avec les yeux rouges, comprimés de liquide, écœuré de soi. On ne se déteste pas vraiment, pas complètement. Mais on se déteste en toute situation. A chaque fois, c’est comme cela qu’on se déteste. On aimerait ne plus rien faire du tout, resté figé par crainte de se la jouer, par crainte de comprendre que l’homme n’est que mauvais.
 
 
Deus caritas est
 
Ceux qui connaissent un peu leur catéchisme, ceux qui ont la foi, détectent immédiatement en moi la trace d’un pêché. C’est un pêché de posture, cette posture rigide du mec agrippé à la vérité, du lucide dénudé qui n’aime pas la vie et a horreur de la mort. Ce pêché est de refuser la création, toujours le même, trouvé à un autre endroit. Le pêché de la morbidité refusant par nature, l’amour, comme une raison suffisante à la création. Et pourtant, faire le constat de son indigence m'apparaît comme une étape indispensable, voire même un point de pèlerinage incontournable durant toute la vie, le point du retournement pour aller un peu plus loin à chaque nouveau départ. Il faut donc tirer de ce pêché d’existentialisme matière à conversion. En faire un socle indispensable à la construction de la foi. Partir de rien en fait, et revenir sans arrêt à ce rien. L’amour arrive dans ce moment de dénuement. Il ne reste plus que ça. Si on se refuse d’un côté à jouer, de l’autre à se détester. On ne devrait se contenter que de ça. Se savoir aimé et, aimer à son tour, à fonds perdus, sans commune mesure avec ce qu’on reçoit, sans ambition, sans intérêt. Aimer parce qu’on ne sait faire que ça, même mal. L’amour, c’est le salut. Dieu n’est qu’amour.
 
par Maximilien FRICHE publié dans : friche-intellectuelle
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Samedi 17 novembre 2007

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Bientôt le cimetière. Et ce sera tout pareil.

par Maximilien FRICHE publié dans : Peinture
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Lundi 5 novembre 2007
Je marche lentement. Déjà moins belle, mais encore charmante, n’est-ce pas ? Ondulant entre trois trottoirs. Celui de droite, l’autre de gauche et, peut être, le grand d’en haut où glissent en toute sécurité les morts et les anges. Moi, sous les réverbères humides, je pleus, malgré mes trois fleurs en main qui se fanent.
 
Toute la vie me tombe dessus comme une évidence, une obligation de la raison. Etre vivante : tout de suite, ça limite. Soumise à ce qui m’écrase et à celui qui, un jour, a osé m’étreindre. Toute la vie me tombe dessus avec une impression de déjà vu, même sur la fin. Je ne sais pas quoi en faire. D’où je suis, je vois le bout, ça n’a rien d’exceptionnel, ça n’a rien à voir.
 
Etre libre. Etre morte. Un état stable de solitude extrême. Que du sable, pour avoir une attitude de reine. On a bien le droit de rêver.
 
Qui suis-je ? Je suis une fille. J’ai presque tout dit. Je suis pensionnaire en ville, pensionnat de filles, maisons closes, maisons des faiblesses. Là bas, on m’éduque. On m’apprend à aimer mon prochain et, mon précédent l’apprend aussi. Je n’aime pas le pensionnat.
 
Je me rapproche de plus en plus du monde. Du haut monde. Je serre, toute tremblante, le bouquet sur mon cœur batteur. Je vacille. Les rues de ma ville sont vides et, dans un sursaut de mourante, je m’arrête, net. Ma vie commence d’un coup à virer de bord. Je me fige, les deux pieds dans le même caniveau, sale et sans eau. Mes trois fleurs ont la tête à l’envers et s’assèchent. Elles ravalent trois fois leur sève et me laisse sans beauté. Mes pieds commencent à aimer un peu trop le sal sol de la rue.
 
Une décision responsable d’adulte sans attache. Je rebrousse chemin, vivace et rebelle, je change de vase, quitte à me traîner dans la boue. Solitude…
 
Il pleut dans ma ville a sein dormant. Elle le donne aux petits des hommes qui se déshydratent sous les ponts. Les maisons en bordures des rues font grises façades et laissent découler de source mélancolique et impudique, leur rimmel de pollution. Pas une voiture, pas un badaud. Pas un chien, pourtant c’est un temps pour eux. Je pue le chien mouillé et j’attrape froid. J’attrape froid d’être venue au monde, embrumée des pleures de ceux que je déçois. Je suis née nue, je partirai en camisole de force.
 
Je parcours toute la ville sans relief, à faible allure, pour laisser de la place à mes pensées indécises. Je sème mes trois fleurs sur les trottoirs pour ceux qui s’aimeront, alors le dos courbé, honteux d’être faibles. Une révérence d’avance pour recueillir ce qui se fane. Je ne suis plus capable d’aimer et je ne le veux même pas. Que l’on m’aime ? Oui. Pourquoi pas. Mais jusqu’à l’écriture ou la mort, je n’y crois pas. Personne sauf moi. Et, maintenant, plus rien. Vidée de part en part, en pire.
 
Il pleut dans ma ville au sein dormant. Si le divin pleure, je peux bien laisser le féminin s’effondrer, tomber du haut de sa beauté et de sa fragilité. Rien n’est plus sage. Dieu pleure, mes yeux sont rouges, le ciel est noir, je suis trempée. Alors : éclats de rire au-dessus de moi et des pavés. Quel vicieux, le premier, se penchera de son trottoir pour scruter mes gestes, mes regards et mon halètement ? Qu’il se montre immédiatement ! Je me fiche de vous comme vous riez, je suis libre, insolente et libre, impudiquement répandue sur les pavés, je vous nargue, humains et saints, toutes mes prières sont derrière, chaque maillon de ma chaîne s’est émietté. Les pigeons y trouvent leur compte. Un jour ils s’envoleront vers les trottoirs de vos prisons.
 
Je suis libre, c’est pourquoi je commence à souffler comme le vent. Méfiez-vous, il se pourrait même que je tourbillonne avant d’aller voir ailleurs l’air qu’il y fait. Là, je m’armerai d’un large éventail pour chasser les courants nauséabonds d’antan. Gare à vous ! Je suis tempête et paix, je suis votre femme, en définitive.
 
Messieurs, en chaque femme est accroupi le diable et, si je me laisse aller, et si je le laisse aller, on risque d’ébranler les fondations d’une mortelle morale. Si je n’arrive pas à être seule ou à mourir, si un jour, un peu de monde vient à ma rencontre, je pourrais être cruelle, voire séductrice. Je vous mettrais dans tous vos états d’âme. Messieurs, vous verrez comme ça fait drôle.
 
C’est ainsi que je finis mon discours face aux astres scintillant sur place, scintillant pour rien. Je suis donc maintenant seule et c’est, toute seule, qu’il faut que je trouve une solution à tout cela.
 
Je marche ainsi longtemps et lentement dans la nuit, pensive et fière, sans écraser aucune étoile. J’entre enfin dans une vieille auberge de bas quartiers de ville. Là, l’accueil ne me réchauffe pas. Ma chambre se trouve sous les toits. Elle me plait car j’y suis seule. Ils m’ont accompagné, allumé les bougies, sont sortis et ont fermé la porte derrière eux. Je suis seule. Je suis libre. Dans ma chambre en forme de tente.
 
Qu’il fait bon à être assise sous les tuiles, sous le toit du monde. On a l’impression d’en voir la fin. Belle, la fin que j’attends, ici, le derrière empaillé dans ma chaise. Je ne vois que le ciel immobile et tellement présent, leste. Toute la ville me bascule la tête en arrière et me force à la regarder par la fenêtre de toit bien haute. Elle, elle s’en fout. Elle n’a pas besoin de se tordre le cou comme moi, elle a des antennes. Ma chaise tient en équilibre sur deux pieds. Comme une femme.
 
Tous les trains peuvent me passer dessus, j’attends. J’attends ma fille, ma mort, celle qui sort de moi pour m’étreindre.
 
A force de suivre les aiguilles des montres pendues aux clochers, qui tournent, j’arrive à penser que je suis stérile. Je ne pourrais jamais me donner la mort, je serai obligée de la voler, je serai obligée d’attendre qu’elle naisse chez une voisine pour, seule, lui donner le sein.
 
Une phrase de suicide dans la bouche de l’étranger, si les mots lui viennent, pour que je m’exécute. De nouveau, cela se fait tendre. Je veux la mort. Qu’importe qu’elle soit laide ou belle, elle me ressemble.
 
Je dois rester sur mes gardes dans cette prison vitale. Des points blafards de lumière, des tâches pâles et pures se posent sur les ténèbres pour distraire le troupeau et guider les bergers égarés. Cela gâche le paysage et manque de panache.
 
J’enrage.
Le croque mort n’a pas les dents assez longues
A moins que ma chair ne soit pas assez rose
Le croque mort se mord en plein dans la langue
Et moi je perds le contenu de mes phrases
 
Je couche ma mélancolie dans la gouttière du monde où glissent ceux qui sont tombés de haut. Il est vrai qu’au-dessus, rien ne nous retient. Ceux qui y logeaient sont tombés si bas qu’ils espionnent mon âme bleue à travers un judas.
 
J’attends avec grande hâte le jour où j’entrerai dans le nouveau monde. Là, je demanderai à Dieu ce qu’il fait, il me répondra : « Je m’amuse, ma muse. » Mais il est tard grande fille, il faut dormir, toutes ces étoiles t’ont fait signe. Dors ! Le verso de mes paupières n’a rien de clair. Lui, pas une goutte. Alors, deux révérences, une en bas, une en haut, trois petits tours (du monde) et puis s’en vont.
 
Là, dans mon sommeil, dans mes entrailles, il n’y a rien, rien de commun, comme un rien, je vous raconterai. Il y a des flammes, l’éphémère et l’enjeu.
 
Je marche toujours aussi fragile et vibrante, à travers une ville rouge de feu, grise de cendres aussi, triste ensemble pour une demoiselle aux yeux humides et bleus, tirant sur le blanc, sur les bords évidemment, attendrissante et surtout pitoyable. Je marche donc, mais je ne suis plus seule. Ah ça, c’est sûr, un corps comme le mien vaut bien l’attention d’un troupeau de barbare dans lesquelles on a tassé des tas de muscles jusqu’à tendre la pea