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Edito

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Quelques mots issus d'une déchirure, deversés en vrac en réaction au monde, à la face de fiertés individuelles, producteurs de raisonnements comme virus, et consommateurs de cultures. Pour commencer à s'écrire entièrement. Pour que vous soyés humiliés. Peut-être sauvés. Bienvenue dans la spirale !

Maximilien Friche (la prière)

Samedi 16 mars 2013 6 16 /03 /Mars /2013 18:24

Nous savons désormais qu’il est possible de peindre des âmes. Grâce aux peintures de François-Xavier de Boissoudy, nous avons accès à notre propre présence dans l’au-delà. Et pourtant, tout part de la matière, des corps et des objets, des décors et des scènes. François-Xavier de Boissoudy expose à la cathédrale d’Evry jusqu’au 10 février et pose la question de l’art sacré. Est-ce de l’art sacré ? Qu’est-ce que l’art sacré ? « Quelle est la frontière entre un portrait de jeune fille et une Annonciation ? Entre la représentation d’un visage d’aujourd’hui, et la scène relatant la Révélation de la personne d’un Dieu en ce monde, il y a deux mille années ? » (1) Si la question porte sur l’art sacré, elle porte également sur la fonction religieuse de l’œuvre, au sens où la contemplation des œuvres nous amène à côtoyer la toute éternité dans les deux dimensions du tableau.

 

 

La mort qui lave

 

51-CoupleNous ne pouvons partir que des corps, de leur empreinte dans le monde, de la déformation du monde engendrée par l’existence fugace des êtres. Ce qui révèle l’être réside davantage dans la trace que dans sa présence immédiate. La première chose qui frappe en regardant les peintures de François-Xavier de Boissoudy, c’est l’étrange ressemblance avec des photos en noir et blanc. C’est comme si la seule matière manipulée par l’artiste était en fin de compte uniquement la lumière. Des visages, des silhouettes, se dévoilent en gris, c’est à dire du noir et de l’eau. Pas de blanc ajouté. L’eau qui a coulé sur les ténèbres appliquées au feutre, a dévoilé, comme une ombre, un esprit qui a la forme d’un corps, ou plus exactement l’inverse. Les formes et leurs expressions apparaissent comme issues d’une radiographie médicale, comme la photographie d’un regard sur un mur ayant survécu à une explosion nucléaire. L’image est un peu bousculée, c’est à la fois l’individu et son imperceptible mouvement au moment de l’explosion, l’être et son vacillement, qui sont saisis. Ce mouvement est perceptible par ce voile d’eau qui floute les visages pour nous inciter à mieux les scruter. Boissoudy peint les gens que l’on connaît comme des êtres révélés par l’haleine de Dieu au moment d’entrer dans l’éternité. C’est l’impression magique des gens ordinaires sur un linceul, relique parfaite.

 

 

Annonciation1-bis

Les visages et les corps sont tous lavés des couleurs vives de ce monde. Nous avons accès à ce qu’il reste des choses et des gens après le grand lessivage, la grande épreuve. Ce qui lave, c’est cette mort inattendue qui fige l’être dans son instant ultime de vie, qui éternise l’indigence dans la profondeur des gris. Du noir et de l’eau. Il y a ce couple, où le contemplateur que nous sommes est dédoublé et présent dans le tableau. La femme qui nous fait face apparaît comme depuis l’au-delà, elle disparaît dans la brume à mesure que je tente de la saisir. J’essuie mes yeux. Je dois avoir des larmes qui me gênent. Rien. Il y a cette jeune fille qui ne nous regarde pas, qui semble être oubliée du monde, dans un coin en rêverie. Candidate à aller là où elle est désormais. Boissoudy peint les gens dans le futur, au moment où ils seront ailleurs, il anticipe la nostalgie autant qu’il ravive le souvenir. Il n’y a rien de morbide et pourtant, c’est bien après leur mort qu’il a peint tous ces gens. Peindre les gens après leur mort, c’est cela peindre les âmes. L’annonce de la mauvaise nouvelle et de la bonne sont conjointes chez Boissoudy. Il y a un au-delà fait pour nous, pour nos âmes spirituelles, mais seule la mort révèle les âmes.

 

 

 

 

 

 

Puits de lumière

 

46-ChristDes paysages, des natures mortes, des endroits ou des contextes. Des jardins ou des couchers de soleil, des verres vides, des draps froissés ou un morceau de rame de métro. Ce n’est pas de l’âme. Pourtant, tout ça est également absent d’aujourd’hui, de notre contemporanéité. Ils sont dans la toute éternité, le lieu de prédilection des âmes. Ce lieu ne possède pas les couleurs criardes de notre temps, les êtres sont en gris, c'est-à-dire du noir lavé, et les choses et les endroits sont pâles, un peu effacés, un peu flous. L’eau qui lave a lié tous les éléments d’un paysage comme dans un mortier liquide. Tout est lointain et pourtant familier. Le regard est attiré, et plus les yeux se plissent, plus le cou s’allonge, plus le nez plonge, plus nous avons le sentiment familier d’en venir et d’y aller. En regardant les tableaux de Boissoudy, nous ressentons la nostalgie de nos origines et tous les vertiges de notre destinée. Nous savons que ce qui est peint n’est plus là. Mais bien plus loin, hors du temps qui est créé, donc infiniment éloigné de nous. Et pourtant nous voyons ce qu’il nous est permis de voir. Une fenêtre nous est ouverte pour espérer.

 

Les peintures de François-Xavier de Boissoudy sont un puits de jour du monde vers la toute éternité, un judas pour espionner le paradis en douce. L’attirance vers ce puits est telle qu’il nous semble nous y voir au détour d’un regard. Le reflet d’un homme que nous pourrions être, je me vois furtivement dans une vitre en mouvement, non pas coincé dans les deux dimensions du tableau, mais derrière, en filigrane. Il a donc fallu de la lumière pour m’y voir. Nous nous apercevons toujours à travers une vitre, car la communication n’est possible que par la contemplation. Voilà bien qui est le propre d’une œuvre d’art : apporter une vérité non accessible à l’intelligence, mais par contemplation voire en communion. Silence, on observe. C’est comme si on regardait les choses les yeux baignés de larmes, sur la fin ou le début d’une tristesse. Ces larmes qui floutent les faces, éloignent les êtres et déforment les contours. C’est l’émotion de se retrouver en présence de la lumière qui fait briller les yeux. Cette émotion est incorporée au travail de l’artiste. François-Xavier de Boissoudy précise ainsi sa frontière entre l’art sacré et celui qui ne le serait pas : « Je crois que la limite est en soi-même, non dans la volonté de faire de l’art sacré ou non, mais dans la recherche d’un ordre supérieur en toute chose. Celle d’accueillir la Grâce quand elle se présente. Espérée et inattendue. » (1)

 

 

(1) Propos tenus par François-Xavier de Boissoudy pour présenter l’exposition

Ref : http://www.boissoudy.com/

 

Exposition : "François-Xavier de Boissoudy, Art Sacré ?" du 20 janvier au 10 février 2013

ANAS 6eme étage de la Cathédrale

14, clos de la Cathédrale

91000 Evry

01 64 97 22 74

anas-evry@orange.fr / www.anas-evry.org

Face à la GARE RER : EVRY COURCOURONNES

Ligne D (direction Corbeil)

Par Maximilien FRICHE
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Jeudi 31 janvier 2013 4 31 /01 /Jan /2013 14:59

M’inviterez-vous un jour au suicide ?

Femme faite cadavre

Os rangés

Tête de mort

 

Mon vague à l’âme donne la nausée

Laissez-moi vous vomir quelques mots

Sans ordres comme des invertébrés

Ma chère, ils vous tiendront chaud.

 

 

M’inviterez-vous un jour au suicide ?

Femme faite souvenir

Nom oublié

Tête de linotte

 

Je prolonge l’agonie pour en vivre

Les prétextes m'amusent

Tu m'environnes de ton haleine

Je te piège dans le texte

 

 

Eviterais-je toujours le suicide ?

Mort aux dents

Mort rongée

Tête de mûle.

Par Maximilien FRICHE - Publié dans : L'âme et sa vague
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Vendredi 4 janvier 2013 5 04 /01 /Jan /2013 23:06

 

« Et comment vous voyez l’avenir, vous ? » Cette question véhicule toujours tellement de pessimisme nécessaire que celui qui répond qu’il n’en voit pas paraît toujours comme un furieux optimiste, voire un collaborateur de tout ce qui est déjà établi. Or, la curiosité devrait faire naître en nous des scenarii toujours plus excitants. Ce qu’il y a d’excitant dans les dissertations futuristes, c’est la détection de la jouissance du narrateur à débusquer une future ironie du sort. Et, c’est sur les phrases du type le pire n’est jamais certain, l’avenir est toujours moins caricatural, rien n’est jamais sûr, que l’on peut recommencer à gamberger.

 

D’un coté le Royaume est déjà advenu puisque le Christ est ressuscité et d’un autre autre nous croyons aussi à la fin du monde. De ce paradoxe naît une posture de fatalisme dans l’Espérance qui seule, peut autoriser l’humour, la dérision, la distraction. On ne rit pas autant que le peuple élu, quand on est chrétien, mais on rit quand même.

 

 

Martyrs de la reconquista française

 

Imaginons donc la France d’aujourd’hui pour commencer à s’effrayer de ce qu’elle n’est plus et donc pourrait encore devenir. Déchristianisés, nous le sommes. Mais pas seulement, nous sommes aussi dé-nationalisé et pour ainsi dire, dé-francisés. Les fanatiques de l’intégration ont permis la désintégration du pays. Mais ça, ce n’est pas le futur, c’est l’actualité. Donc, pour l’avenir, un point certain sur lequel nous nous accordons entre lucides réactifs, c’est que la France sera une terre musulmane, elle l’est déjà un peu, elle a ainsi été baptisée par nos colons, elle le sera réellement. Cela ne signifie pas que nous serons tous demain musulmans, cela signifie que ce sera la principale minorité influente, efficace et prospère. Les plus romantiques, incapables de se dépouiller réellement de leur optimisme, envisagent avec gravité la guerre civile, sont prêts à l’attiser, sans jamais consentir à y prendre part. Dont acte, partons donc pour la guerre civile. D’un côté les furieux islamistes abrutis par leur internationalisme sanguinaire, de l’autre les Français de souche toujours révolutionnaires en parole et réactionnaires en actions. « Méfiez-vous Monsieur Ramadan, méfiez-vous, il y a des Français qui ne l’accepteront pas ! » disait un jour télévisé (1), Monsieur Philippe de Villiers au fanatique helveto-égyptien. Sous-entendu, je n’arriverai peut-être pas à empêcher le bain de sang. Il serait regrettable qu’un jour les Français excédés en viennent à se faire justice eux même. Aux révoltes ethniques des banlieues peut succéder un retour à l’ordre brutal par épuration systématique. La France sait faire, plus quand elle est animée par une idéologie que par racisme néanmoins. Mettons que son idéologie soit soudain une espèce de patriotisme laïcard, alors la guerre civile peut faire quelques dégâts. C’est à ce moment que l’ironie du sort peut poindre. Quelle serait la posture des Chrétiens, c’est à dire de ceux parmi les Chrétiens qui ont averti des dangers de la déchristianisation, de la perte de la culture française, de l’islamisation de l’occident ? La posture de ces Chrétiens là serait à coup sûr de cacher les musulmans chez eux pour empêcher leur massacre. Leur destinée serait donc d’être des martyrs de la reconquista française : Soit exécutés pour collaboration avec l’ennemi, ou mieux égorgés par le musulman ainsi protégé. Tant mieux, c’est dans le sang de ces martyrs là qu’à défaut de France, l’Eglise, restera éternelle.

 

 

Camus, Abellio et Simon de Montfort

 

Mais cet avenir là garderait quelque chose de caricatural et de fantasmé. Comme le souligne Renaud Camus dans « Que va-t-il se passer ? » (2), le scénario de guerre civile est peu probable car « l’effondrement moral, intellectuel, culturel, grammatical, spirituel, « religieux », que dis-je, « hormonal », d’une des parties éventuelles au conflit l’empêchera sans doute de se lancer dans une résolution aussi extrême que le conflit armé… » D’ailleurs, on peut constater que les mosquées qui poussent aujourd’hui en France ne subissent aucun attentat ou graffiti. L’avenir du blanc français est donc plus celui d’un dhimmi ou d’un exilé que d’un Hidalgo. Donc pas de guerre civile mais une dégringolade culturelle à deux moteurs : l’islamisation et le mercantilisme. Il faut pourtant bien qu’il se passe quelque chose dans le futur, sinon ce n’est pas drôle, sinon à quoi bon vieillir ? Je me souviens des « yeux d’Ezéchiel » et de « la Fosse de Babel », je me souviens de comment le narrateur, dans ce livre de Raymond Abellio (3), voyait l’avenir. Empêtré dans les idéologies trotskistes, communistes, maoïstes, le futur restait romantique pour lui, c’est à dire surtout pas cynique comme l’époque mercantile qui s’est déroulée jusqu’à nous. Cependant, dans son analyse, quelque chose sonnait juste autour du diagnostique. Notre occident ressemble étrangement à l’Occitanie de l’époque des Cathares. Le commerce et la démocratie y règnent. La tolérance y est de mise. Les Cathares peuvent bien être des fanatiques, si ça leur fait plaisir. Tout se vaut du moment que c’est un choix et que cela ne m’empêche pas de continuer mon petit commerce. Et je me souviens avec beaucoup de tendresse de la première phrase que le grand-père de ma femme m’a adressée à mon arrivée dans sa famille : « Simon de Montfort, quel Saint homme ! » J’avais souri comme une Joconde. On ne sait jamais c’est peut-être un piège. On ne sait jamais, c’est peut-être vrai. Mais je comprends aujourd’hui que bien sûr, l’homme n’était pas un saint, mais qu’on avait le droit de se réjouir que la France soit restée catholique. Aujourd’hui les islamistes remplacent les Cathares et j’en appelle à un nouveau Simon de Montfort pour vouloir notre bien à notre place, pour regretter de nous voir prêter asile et encourager les pires fanatiques. Un Simon de notre monde, mais du nord, resté brutal, d’un monde cousin de l’occident, comme le nord de la France l’était de l’Occitanie. Je perçois un monde blanc et froid à l’Est. Je perçois dans mon futur fantasmé que Simon de Montfort peut être russe. Il ne lui manquerait qu’une chose, l’universalité. Pour avoir l’ambition de sauver ces « malgré-nous » que nous devenons, il faudrait que son église nationale rejoigne l’Eglise universelle. Ce futur pourrait être le début d’un scénario. L’ironie du sort est bien là, puisque nous serions alors amenés à combattre celui que les générations futures espèreraient voir gagner, tout en affichant leur solidarité romantique avec nos faiblesses. Plus tard, plus tard.

 

 

(1)   Emission Riposte la 5 du 28/01/2007 animée par Serge Moati.

(2)   Texte suivant le communisme du XXIième siècle de Renaud Camus, éditions Xénia, ISBN 978-2-88892-034-2

(3)   Les Yeux d'Ézéchiel sont ouverts, Roman, Éd. Gallimard, 1949.

La Fosse de Babel, Roman, Éd. Gallimard, 1962.

Par Maximilien FRICHE - Publié dans : friche-intellectuelle
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Jeudi 3 janvier 2013 4 03 /01 /Jan /2013 17:52

La distance bien sûr,

Entre mon dos et le mur,

Mon dos sans armure,

Il ne me manque plus que la parole.

 

Un bandeau sur les yeux,

Pour être moins soucieux,

Pour être moins sous les cieux,

Il ne me manque plus que la foi.


 

Combien de balles perdues pour ma poitrine sans muscle ?

Je me mords la joue rose.

Je rentre le ventre.

La peur se dose.

Il faut viser au centre.

 

Pieds et mains joints,

Pour prier de loin,

Dieu dans son coin,

Il ne me manque plus que de dire une seule parole

 

Mon corps quasiment nu,

Une impression de déjà vu,

La mort se lit dans les revues,

Il ne vous manque plus que de ne pas me laisser le choix.


 

Combien de balles retrouvées dans ma poitrine sans muscle ?

On ne meurt pas sans cause.

Voyons ce que j’ai dans le ventre.

A-t-il vécu quelque chose ?

L’âme sort et rien ne rentre.

Par Maximilien FRICHE - Publié dans : L'âme et sa vague
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Lundi 26 novembre 2012 1 26 /11 /Nov /2012 22:30

La distinction entre l’art religieux et l’art profane n’a pas de sens dans un monde postmoderne. En effet, si l’artiste affiche ses intentions chrétiennes, il y a de grandes chances pour que l’œuvre serve l’affirmation de la Vérité dans une niche culturelle non comestible par tous ceux qui ont fait le deuil de Dieu.  En revanche, si l’artiste affirme son intention d’une expression libre, il y a de grandes chances pour que l’artiste serve l’affirmation de sa vérité en mettant le monde dans son nombril pour le lécher devant un public qui vit par procuration ses émotions. Renvoyons ces deux intentions dos à dos pour explorer comment dans son œuvre, l’artiste est relié au créateur. Explorons de quelle manière ce lien est contenu d 1827462362.2 ans l’œuvre en plus et malgré ses intentions.

 

L’art de dissimuler une prière, voilà bien l’énigme. La formule est circulaire dans le sens où elle laisse entrevoir les différentes possibilités de combinaison qu’elle contient. Elle est le raccourci qui ramène au cœur du labyrinthe, elle fonctionne comme une devinette démultipliant le champ des questions. Elle est aussi la synthèse des commandes faites aux artistes si Dieu est un mécène. Parce qu’une prière non dissimulée n’est pas de l’art ; parce la vocation de l’art est l’expression d’une prière ; parce que l’émergence d’une prière révèle l’œuvre d’art ; parce que dissimuler une prière est un art ; parce que…

 

Pour discerner l'émergence d'une prière, nous pouvons analyser l'art sous trois aspects. D’abord, considérer le caractère sacré du média, de la matière manipulée aussi bien que le manipulateur. Deuxièmement, observer l’instant de combustion de l’œuvre, de son existence, sa rencontre discrète avec l’autre. Enfin et surtout, finir par finir, reprendre conscience que tout s'achève dans l'œuvre d'art, qu'elle est sacrifice, qu'elle rend possible voire souhaitable la mort de l'auteur.

 

La prière peut émerger dans l’art suivant des stratégies différentes. Elles sont issues de la somme des pêchés de l’artiste et de ses différents avec le Père. La première et la plus perverse est la stratégie de détournement de Dieu. Elle peut néanmoins aboutir à l’émergence d’une prière neuve. Nous prendrons l’exemple de "la nausée" de Jean-Paul Sartre. La deuxième stratégie est celle du contournement de Dieu, c'est celle de l’élu qui cherche à toucher Dieu. Nous nous attarderons alors sur les peintures de Nicolas de Staël.  Il y a enfin la stratégie du dialogue avec le Père. C’est l’attitude d’Ahmad Jamal, dans la musique, cet art du temps réel, et dans le jazz, cette musique de la création en temps réel.

 

 

..........

 

La suite : ici

Du religieux dans l'art

Par Maximilien FRICHE - Publié dans : friche-intellectuelle
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Samedi 6 octobre 2012 6 06 /10 /Oct /2012 23:15

Ce n'est pas grand choseimg.jpg

C'est déjà fini

J'ai vu le temps s'arrêter

 

Un point mort se dessiner sur les autos, les ballets, les défilés

 

Un presque rien

Impossible à saisir

Un vernis furtif

 

Les deux dimensions imposées aux aigles, aux mouches, aux poussières

 

Un beau tableau

Achevé en un clin d'œil

Une expiration

 

La suspension proposée aux courses, aux chutes, aux fins

 

Ce n'était presque rien

Que ce grand coup de frein

C'était un arrêt du cœur

 


Par Maximilien FRICHE - Publié dans : L'âme et sa vague
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Vendredi 14 septembre 2012 5 14 /09 /Sep /2012 19:25

 

Avec Satellite Sisters, Dantec renoue avec l’efficacité de son écriture de l’époque de Gallimard la Noire, c’est vrai. Satellite Sisters brouille les pistes et les genres en étant tout à la fois un roman d’aventure, un thriller pop, une épopée de science-fiction, un road-movie enivrant, un polar mental, c’est également vrai. Maurice G Dantec est parvenu à entremêler science-fiction et réalité en incorporant des personnages réels comme Richard Branson ou le groupe de rock Muse à son futur, encore vrai.

 

 

L’Espérance est une aventure

 

Cependant, la vraie nouveauté portée par Satellite Sisters réside dans l’Espérance que nous rencontrons à la lecture du roman. Jamais un Dantec n’a été aussi lumineux. La mauvaise nouvelle de la chute de l’humanité et du monde semble dépassée par l’existence des jumelles Zorn dans l’univers. Il ne croit pas en l'homme, mais ce n'est pas grave puisque l'homme peut être dépassé. Demain sera pire qu’aujourd’hui mais ce n’est pas grave puisque nous avons déjà gagné. Le sacrifice est à l’œuvre. L’écrivain  sacrifie ses héros, et ce n’est rien non plus puisque le livre leur survit. Dantec a écrit le roman où l’Espérance est une aventure. Elle y est appréhendée via l’exil comme mode de vie, le pèlerinage comme mode de survie.

 

Les héros effectuent d’abord sur Terre une course-poursuite à travers l’Océan Pacifique, l’Australie, les forêts subéquatoriales jusqu’au désert de poussière de Las Vegas. Ils passent ensuite de l’horizontal à la verticale vers le lieu de la conquête spatiale où l’hyper-capitalisme s’est déplacé, le Las Vegas orbital. L’exil se prolongera vers la Lune et Mars. Dans ce road-movie terrestre et spatial, l’exil est imposé par la guerre, puis petit à petit c’est l’exil lui-même qui provoque la guerre. Il y a toujours une guerre de plus qui attend les héros, plus globale, plus radicale. Dantec semble tenter de nous faire ressentir le dilemme lié à l’impérieuse nécessité de choisir son camp dans la guerre de tous contre tous. Le camp de l’homme pour Dantec, c’est l’exil. Il y a toujours l’espérance d’une fuite, d’une suite. Nous sommes dans la suite de Babylon Babies.

 

 

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Des pourquoi au comment

 

Le roman crée un monde en même temps qu’il illustre le processus de la création elle même, non pas la création artistique, mais la création des mondes. Le narrateur parle de « l’incorporation du lointain futur dans le passé le plus proche. » Toorop, ce sage expert en stratégies, rabâche à ses interlocuteurs interrogatifs qu’ils ne peuvent avoir de réponses à leur pourquoi pour la simple et bonne raison que la vraie question est : « comment ? ». Dantec ne fait plus de théologie, il raconte une histoire. Il ne dit pas les choses, il les implique. La Théologie de Cosmos Incorporated est dépassée car devenue inutile. Ici, l’histoire incarne la vérité. Ici, l’histoire nous relie à la Vérité. C’est ainsi que Satellite Sisters peut contenir et dépasser tous les précédents romans de l’auteur.

 

Nous sommes désormais plongés dans le fonctionnement même d’une prophétie, au sens où il n’y a pas de réponse à une question, mais il y a, à chaque interrogation, une démultiplication des questions. La narration en marche pose des devinettes, nous révèle toujours une étendue plus vaste de questions. Ce mouvement est accompagné par celui de la fuite. Le plus développé existe toujours, l’étape d’après est toujours plus vaste et plus loin. Le lecteur confronté à cette narration ressent du vertige, de l’ivresse et du désir. Vertige face à l’étendue des questions posées engendrée par la réponse donnée. Ivresse d’être associé à la possibilité d’y répondre. Désir de démultiplier à l’infini le monde, désir d’éternité.

 

L’énigme elle-même est portée par le style Dantec. Comme toujours la musique, et plus particulièrement le rock, joue un rôle essentiel. On en parle, et on en fait. L’auteur manie l’ellipse comme la syncope, ses néologismes technologiques sont des coups de cymbales et ses aphorismes, des saturations et distorsions du son d’une guitare. La poésie de Dantec se veut efficace, elle est comme un raccourci dans le labyrinthe qu’est le texte. Elle accompagne l’histoire dans sa trame et permet une convergence des sens et de l’intelligence vers la Vérité qu’il propose.

 

La guerre du lien contre les systèmes

 

Le roman met en scène sans cesse le lien, comme élément manifestant l’existence et la liberté des êtres. Les jumelles sont reliées entre elles, et étendent en lianes invisibles leur esprit vers une plante aux origines andines, Plante Codex, devenue agent cognitif, puis vers la neuromatrice, cette machine mutante, puis avec l’arme choisie par Toorop, cet arc gallois, puis avec une femme, puis... Il y a ce qui relie Toorop aux jumelles Zorn, Darquandier à la neuromatrice Joe Jane, et Babylone Babies à Satellite Sisters. Ce qui relie se recommence sans cesse par et avec le Verbe. Peu importe le mode de transmission. Dantec a tissé ces liens comme des fils d'Ariane dans le système post-politique futur qui est devenu labyrinthe et piège.

 

Le futur de Satellite Sisters est apolitique. L’humanité infatuée d’elle-même, ayant glorifié le confort individuel, a engendré un système qui piège les individus pour stopper toute évolution. L’ONU dans sa version 2.0 ne souhaite manifestement pas qu’il y ait une suite à l’humanité. S’extraire de la globalité revient à provoquer la guerre.  C’est la guerre du lien contre les systèmes. Grâce à l'écriture pop de Dantec, nous sommes élevés et amenés en apesanteur avec les héros pour se relier à eux. Dantec est à distance, il écrit depuis l’exil parfait, avec facilité et fluidité. Il pose les mots justes nécessaires à l’imaginaire. L’action, les conditions préalables à son déclenchement et ses conséquences sont comme écrites d’un bloc. Parce que le lieu de l’écriture est en dehors du temps, c’est à nous de réintroduire le temps lors de la lecture. Ce n’est pas le temps qui relie mais l’être. Satellite Sisters donne envie de devenir télépathe comme le sont les sœur Zorn entre elles et avec ceux qu’elles élisent, le roman finit par nous laisser l'impression d’être relié : aux héros, à l’écrivain.

 

 

La quête du lieu dans l’Espace

 

En cherchant l’ultime planète, en cherchant l’ultime exil, l’exil efficace au sens qu’il correspond à un lieu séparé de l’espace, Maurice G Dantec crée le Paradis, un lieu où peut se poser l’arche d’une future humanité. Il y a dans le roman la distinction entre le lieu et l’espace. Le lieu porte l’Etre, l’être des jumelles Zorn notamment. Le temps de ce lieu est la toute éternité et permet l’existence de l’individu, son évolution à l’infini. Quant à l’espace,  là où sévit la guerre, là où le temps signifie encore quelque chose, ce ne peut être que l’enfer.

 

Et l’enfer n’est pas noir, les ténèbres doivent être remplies de lumières non saisies. Dantec se fait peintre pour nous montrer les couleurs dans toutes leurs nuances, dans toutes leur mouvance, tantôt dans la jungle luxuriante où se déroule une guerre éclair, tantôt dans l’artifice des lieux de loisirs du Las Vegas orbital, tantôt dans la manifestation de la guerre spatiale et de ses conséquences. L’espace n’est pas noir, il est bariolé.

 

La quête du lieu dans l’Espace est intimement liée à la place réservée par Dantec aux femmes dans son livre. Le féminin est mis en avant comme jamais dans Satellite Sisters. Les jumelles Zorn sont comme le processeur du livre. Et chaque personnage féminin du livre, quand il apparait, permet un développement particulier de l’aventure, sa continuation, une étape supplémentaire dans la fuite vers l’infini. Plante codex et la neuromatrice agissent également dans l’imaginaire du lecteur comme des présences féminines. Tout se passe comme si ces « femmes » devaient penser et désirer les actions pour les rendre possibles et autoriser la narration, l’incarnation étant réservée aux hommes et à notre imaginaire. Ce féminin semble détenteur du secret de la création et pour cela doit être protégé à tout prix. C’est la mission de Toorop, c’est ce qui justifie le premier départ, le fait de quitter l’île-sanctuaire. Et petit à petit, ce féminin finit par protéger en engendrant. Nécessaire pour permettre notre fuite, le féminin apparait au final comme le tabernacle du secret de la suite.

Par Maximilien FRICHE - Publié dans : Livres
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Dimanche 29 juillet 2012 7 29 /07 /Juil /2012 19:12

Le prochain roman de Dantec met en aventure la guerre du lien contre les systèmes, et la guerre du lieu contre l'espace.

 

Le futur de Dantec, celui des premières conquêtes spatiales est aussi le monde de l'hypercapitalisme, où l'humain est mis en jeu, c'est dire si le crime est possible.

 

 

Sortie : 23/08/2012

 

 

 


 
Par Maximilien FRICHE - Publié dans : Livres
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Lundi 9 juillet 2012 1 09 /07 /Juil /2012 19:32

 

L’arnaque, l’usurpation, le foutage de gueule sont les qualificatifs désormais réservés aux derniers endroits réactionnaires que sont les comptoirs des cafés pour qualifier l’Art Contemporain (AC). Les malheureux ne savent pas à quel point ils ont raison, ne savent pas à quel point l’art conceptuel est allé au-delà de l’imagination en perversion. Après "l’Art caché" (2), Aude de Kerros reprend l’écrit pour résister et entrer en dissidence vis-à-vis de l'AC avec son nouvel opus intitulé "Sacré Art contemporain."(3) Elle révèle, exemples à la clé, le fonctionnement totalitaire de l’Art Contemporain grâce au travail de commissaires d’expositions, d’inspecteurs et tant d’autres fonctions aux évocations bolchéviques du ministère de la culture et de ses ramifications. Elle révèle aussi comment, avec la complicité et la collaboration d’évêques français, l'AC opère l’alchimie postmoderne de sacraliser la tourbe. Il est tout à fait légitime et logique qu’après avoir opéré par un détournement du langage, et dans la grande tradition Duchampienne, la transsubstantiation d’un objet vil en art, l’AC veuille acquérir ses lettres de noblesse en incarnant un sacré, un sacré sans Dieu bien sûr. L’année 2011 a été l’occasion de querelles qui rappellent les guerres de l’AC aux USA il y a dix ans : Golgotha picnic, la pièce Sur le concept du visage du fils de Dieu, Piss Christ. Le livre d’Aude de Kerros arrive donc à point pour encourager tous ceux qui veulent entrer en dissidence.

 


L’incontournable art Sub-Sub

Je-me-la-pete-en-art-contemporain-un-flingue-des-Smarties


Une Vierge formée avec des étrons, un strip-tease sur un autel, un crucifix noyé dans l’urine, un Christ en piéta assis sur une chaise électrique à la cathédrale de Gap, une machine à baptiser réalisée dans une église en Vendée laissant couler un liquide blanchâtre et plastifiant, le sperme de Dieu, des multiples réalisations nihilistes ou carrément satanistes, des vitraux aux symboles de la communauté gay et enfin  Jean de Loisy qui clame en conférence de carême à Notre Dame de Paris en 2008 : la bite est sacrée, le trou du cul est sacré ! Bref, il suffit d’un condensé de porno-choc, de scato-chic, de catho-maso pour former l’art Sub-Sub, subventionné subversif et définitivement le sacraliser. « La transgression est devenue un service public, un monopole de l’Etat » (4) souligne dès le début de son livre Aude de Kerros. Le scandale ne réside pas dans la subversion mais dans la subvention. Aude de Kerros nous rappelle que la subversion a toujours existé sans poser soucis. Le véritable scandale est son officialisation par la commande publique.

Le deuxième scandale est, par-dessus l’officialisation, la sacralisation de l’art conceptuel par la commande publique avec la collaboration de l’Eglise de France. Car en France, l’Etat est un label, il donne le ton et les fondations privées, les collectionneurs, etc. suivent comme un seul homme. En investissant les églises, Aude de Kerros explique que l'AC se drape de la légitimité historique et d’une ambiance de transcendance. C’est essentiel puisque « la légitimité de l’AC n’est que financière et repose essentiellement sur la foi elle aussi, tout comme la monnaie est fiduciaire. » (5) Pour la première fois de l’histoire de France, il y a donc un art sacré d’Etat, les commissaires, car les totalitaires n’ont pas peur des fonctions, imposent aux évêques.

Le troisième et dernier scandale révélé par le livre est le monopole de la commande publique détenu par l'AC. Il n’y a pas de place pour tous les artistes d’aujourd’hui. Tous ceux qui travaillent de leurs mains pour faire du beau feraient bien de circuler pour s’orienter vers les salons des arts créatifs. Seuls ceux qui manipulent les concepts sont autorisés à gagner leur vie pour les fonctionnaires de l’art qui agissent et décident seuls.

 


« Ce que tu vois est de la merde, mais rassure-toi, il y a une pensée derrière. » (6)


429Aude de Kerros, à travers les multiples exemples qu’elle livre dans son livre, nous fait comprendre comment l’artiste contemporain échappe systématiquement au jugement, esquive toutes responsabilités. Ses stratégies sont diverses. Il y a d’abord le cache-cache. L’auteur parsème des retables ou statues de vierges en plâtre de petits cœurs, de petites croix et XXX. Les initiés reconnaissent des anus, deux pénis croisés et le symbole des morts du sida. Les clercs n'y voient que des motifs décoratifs. Les militants gays sont contents de leur coup.

La deuxième va légèrement plus loin et procède du "farces et attrapes". Le regardeur (7) doit être absolument bousculé, questionné, choqué. Le bourgeois ne sera plus jamais tranquille, il sera assailli de blagues et contraint à la réflexion permanente. Exemple donné par l'auteur : 2001, Maine et Loire, en l’église Saint-Georges des gardes, posée à côté de la chasse du saint guérisseur, une autre chasse remplie de boîtes de médicaments. L’œuvre s’appelle : le miracle des antibiotiques. Ce n’est pas méchant. Cette petite blague permet une démultiplication des questionnements et débouche sur la délivrance de messages, voire d'une morale comme notre temps l’aime.

La troisième stratégie convient aux artistes, dupes, légèrement niaiseux, piégés par leur propre dialectique. Il s’agit de la sincérité du jeu du hasard au palais des glaces. Très en vogue chez les artistes étatisés. L’œuvre, le concept ne se réalise que par le regardeur. L’effet miroir est immédiat. Si ce que vous voyez est choquant, c’est que la société elle-même est choquante. Les artistes ne font que montrer, les œuvres sont des épiphanies de ce monde (et de son Prince). Les artistes dénoncent et on les blâme, c’est le comble. C’est le cas de Piss Christ, les gens ne comprennent vraiment rien. L’œuvre peut aussi être montrée comme étant purement spontanée, le fruit du hasard, et c’est le regardeur qui y projette sa culpabilité. L’œuvre révèle le mal contenu dans le regardeur. Les artistes ayant cette stratégie sont capables de croire sincèrement aux raisonnements produits, aux dossiers de presse. L'essentiel est donné dans cette sentence : « L’œuvre produit une déception qui donne à penser » (8) Aude de Kerros nous livre ainsi un pot pourri de l'art contemporain qui aurait pu servir de source intarissable à Philippe Muray. Il faut bien en rire.

 


Et en plus l’Eglise aime ça


les-pretres-(de-gauche-a-droite)-jean-michel-bardet-et-charL’Art Contemporain est donc le rendez-vous de tous les blasphèmes. Il serait logique qu’il soit le prétexte d’une querelle entre l’Etat et l’Eglise. Et bien, Aude de Kerros nous montre que l’étude de l’histoire de l’Art Contemporain, et de sa quête du sacré, révèle une collaboration de l’Eglise par la voie d’évêques à son humiliation. L’Eglise se fait insulter, voit sa foi salie et elle aime ça. On trouve deux sortes de clercs. Il y a d'abord les militants de l'intérieur, les défenseurs du progrès par l'AC, autant dire des idéologues qui noyautent l'Eglise. Aude de Kerros nous rappelle le lancement en 1997 à Lourdes lors de l'assemblée plénière de tous les évêques de France d'un groupe "Arts, Culture et Foi". Gilbert Brownstone y servira de sherpa entre autres à Mgr Rouet et à l'abbé Pousseur pour expliquer l'essence de l'AC. Sur Piss Christ, l'abbé conclut que l'œuvre était "porteuse de lumière". (9) Quant à l'évêque, il encense l'AC qui, contrairement à l'art moderne, est "moral, utile socialement, humanitaire, fondé sur la transgression..." (10) Pour ceux là, rien à faire d'autre que prier pour leur conversion.

Comme chez les artistes, derrière ceux que l'on aimerait qualifier de mal intentionnés, se cache une armée de niaiseux qui suivent. Ils sont piégés par les raisonnements des premiers. Pour eux, la charité exige de choisir l’art contemporain. De la maltraitance du regardeur, doit naître le dialogue. Du pur sado-maso. L'ouverture des Bernardins en 2008 constitue pour Aude de Kerros l'aboutissement de la convergence entre christianisme moderne et art contemporain. Jean de Loisy, commissaire d'exposition, en charge du département art contemporain aux Bernardins et théologien par dessus le marché, aime ça aussi. Il aime cette façon "salutaire" d'être secoué. Et ce département s'arrange pour ne laisser aucune place à l'art d'aujourd'hui et à tout donner aux concepts. Pour Aude de Kerros, si l'Eglise suit tous ces théoriciens, c'est avant tout mû par le désir d’inculturation de la modernité, de l'art contemporain. Stratégie séculaire de l'Eglise. Sauf que l'auteur se pose la question que certains évêques ont oublié de poser aux commissaires : « est-il possible d’inculturer une anti-culture ? » (11) Est-il possible d'inculturer un système d’essence totalitaire ?

 


Guerres culturelles et dissidence


13 - pieta - Michel AngeLe livre "Sacré art contemporain" commence par un lexique, car l'AC, comme tout mouvement révolutionnaire change les définitions. Tout comme Duchamp avait qualifié d'art ce qui ne l'était pas, le laid devient beau, le blasphème salutaire, etc.  S'il y a guerre, c'est avant tout la guerre des mots. L'Art Contemporain, on l'aura compris, qualifie tout autre chose que tout l'art d'aujourd'hui. Aude de Kerros déplore qu'aucune place ne soit laissée à celui qui, travaillant de ses mains, réalise une œuvre traduisant une vision intérieure du monde, se passant d'explications, destinée à la contemplation voire à la communion. « L’artiste conceptuel celui dont la cote monte, ne fat rien de ses mains.» (12)

En 2011, les affaires comme Golgotha pic-nic ont montré que le peuple pouvait réagir sous différentes formes pour s'opposer à ces choix de fonctionnaires. Dans un autre registre que la réaction, des paroissiens, comme à Fréjus, encouragés par leur évêque, sont parvenus à faire revenir l'Art dans leur église et à l'imposer aux fonctionnaires. L'Eglise de France a commencé à corriger le tir. L'Etat devra à sa suite infléchir un peu sa position. Aude de Kerros reprend la parole de Mgr Vingt-Trois : "La foi est indissociable d'une expression esthétique de cette foi et n'est pas assimilable à un modèle artistique particulier" Et déjà, comme tout système totalitaire, l'Art Contemporain se fissure. Des brèches sont réalisées. Des artistes rentrent en dissidence et l'écrivent pour se battre avec les mêmes armes que les conceptuels, pour se battre avec les mots. Le livre d'Aude de Kerros nous rappelle que les artistes existent bien, ils sont masqués par l'Art Contemporain, méprisés par les commissaires et autres fonctionnaires de la culture. L'Art n'est pas mort, il patiente. Comme Dieu.

 

(1) Aude de Kerros est peintre et graveur. Elle est également l'auteur de plusieurs livres et articles sur l'Art Contemporain. Elle anime l'émission "le libre journal d'Aude de Kerros" sur Radio Courtoisie.

(2) L'Art caché - Aude de Kerros - Eyrolles éditions - ISBN-10: 2212539339

(3) Sacré art contemporain - Aude de Kerros - Jean-Cyrille Godefroy Editions - ISBN-10: 286553233X

(4) Sacré art contemporain  - p21

(5) Sacré art contemporain  - p62

(6) Extrait de "Art" de Yasmina Reza à entendre dans la bouche de Pierre Vaneck jouant Marc

(7) Aude de Kerros explique dans son lexique au début de son livre que le "regardeur" est un des mots clefs de l'art contemporain. "L'acte de foi du regardeur est fondateur ..."

(8) Sacré art contemporain  - p106

(9) Sacré art contemporain  - p95

(10) Sacré art contemporain  - p96

(11) Sacré art contemporain - p176

(12) Sacré art contemporain - p149

Par Maximilien FRICHE - Publié dans : friche-intellectuelle
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Vendredi 22 juin 2012 5 22 /06 /Juin /2012 10:57

Peu glorieux


Je ne cesse de creuser ma peau, de déchirer mes chemises, de m’ouvrir la chair, de déboutonner mes vestes, sans jamais tomber sur le boum boum, sans jamais trouver le tambour de mon être en galère. Je tâtonne dans le poisseux sans arriver à isoler mon centre creux. Jeune homme méticuleux, mon obsession risque de tourner au carnage. J’identifie du bout des doigts et dénombre ce qui m’appartient encore, dans ce ventre en vrac. Personne ne comprend vraiment ce que je fabrique. Les gens ont arrêté de crier pour comprendre. Le monde dans sa globalité va finir par me lâcher. On croit que je me sacrifie, en réalité, je cherche mes mots. C’est moi qui ai été volontaire pour cette frappe chirurgicale. Je voulais rentrer dans l’Histoire, faire de ma chair quelque chose à raconter. Kamikaze de la dernière heure, mon échec est tout relatif, ma survie n’est que temporaire. Je baigne dans mon contenu, ma ceinture d’explosif m’a creusé un trou précieux, riche d’un fouillis de lacets, aux reliefs caillouteux, aux couleurs bouillies, rassemblés au même milieu. Je passe du rouge au brun insensiblement. Je ne bouge plus que dans ma tête, je ne parle plus qu’avec mes mains.  Mon corps morcelé va faire les gros titres des journaux.

 

Les battements aléatoires de mon cœur me font croire à une possible deuxième explosion. Cela compte à rebours depuis l’éternité que je veux rejoindre. Dans l’attente, je participe peu aux choses du temps réel, je me repasse le film, parce que c’est allé trop vite, je rembobine aussi pour revivre les mêmes stress. Il faut bien pimenter la certitude de mourir. Ma tête dodeline comme celle d’un vieux dégénérescent, dans une négation entretenue par la douleur perpétuelle dans mon corps. Peut-être n’ais-je tué personne d’autre que moi, car le liquide que j’ai sur moi me ressemble comme deux gouttes d’eau. Pas grave. La mission est quand même accomplie, car mon attentat était dirigé contre l’espèce humaine, et, j’en suis. Si je pouvais rire derrière ma grimace de douleur, je ferai mon coming-out, j’en suis, de l’humain, de cette race minable, de l’indigent content de soi, du corps piteux, de l’incarné. Mon âme est comme un ongle qui pousse de travers dans la chair de mon doigt qui me sert de crayon, puisque je l’ai trempé dans l’encre éternelle de mes entrailles. Je vais vous dessiner un mammouth avant de mourir pour la gloire de l’évolution de notre race sortie des grottes de l’histoire pour arriver en toute fierté à afficher ses droits inaliénables. Je mérite un acharnement thérapeutique pour que l’on comprenne mes motivations. On a quelques questions à me poser. Je rêve en mourant. Je me raconte la bouche ouverte. Je suis une parole vivante, je suis un roman puisque je vous nie dans votre globalité. Mon attentat contre l’espèce se pose en germe face à votre marécageux regard.  Si je me déteste tant, c’est que je vous ressemble trop. Ils ne peuvent s’imaginer les dernières phrases qui me passent par la tête au moment de mourir. Je me suis entièrement mis dans mon explosion, tout est écrit, non seulement moi, mais le monde, la création. Tout est dit dans un suicide, tout y est contenu, même Dieu.

 

Chaque coup intérieur dans ma poitrine est une prouesse. Je m’applaudis de vivre encore, de prolonger l’inutile pour que l’humiliation soit complète. Tout gâcher, dans un retournement de la créature contre elle-même et non contre Dieu, utiliser toutes les grâces contre le projet de Dieu, voilà bien l’ultime acte littéraire. J’ai voulu me muter en lettre d’adieu. Ce n’est pas en tant qu’individu que je me donne la mort, mais en tant que fractale de la masse. Je suis le gâchis de Dieu. Je sais que je vais finir par Le faire pleurer si je continue. Kamikaze d’opérette, mon but est que l’on rit de la création. Je me suis pointé tout à l’heure, tout fier, habillé pour sauter, au cœur d’une foule en beauté, du samedi après midi. Je me suis planté bien droit comme un pivot, comme un épouvantail de potager, j’ai fait un geste brusque et un enfant et un chien ont aboyé.  Une zone de vide égale à deux corps s’est créée autour de la verticale, la science est magnifique puisque ça a fait comme des ronds dans l’eau. J’ai donc été contraint de me faire exploser, puisque la scène avait commencé. Je n’ai tué personne, le sang sur leurs vêtements et leurs sacs de vêtements, c’est le mien. Mon attentat contre l’espèce humaine a tourné court, mais a été efficace. Puisqu’il est impossible de se débarrasser de tous, autant se soustraire soi-même. Non par désespoir, mais par vengeance ou défi, je ne sais plus à quel stade j’en suis maintenant.

 

Il a fallu que je saigne pour que je baigne. Pas de mangeoire pour couche, juste le jus de Dieu que j’ai saigné comme il était encore en moi. Les bâtons d’explosifs, l’ont fait ruisseler, lui ont permis de m’entourer. Je me laisse dorloter tandis que l’extérieur de ma pomme devient de plus en plus virtuel, tandis que je m’échappe de toutes les dimensions du monde, je fuis en lignes courbes.  Mon propos semble désormais réduit, ramené à l’onomatopée, au bruit, au gargouillis. Alors qu’on me réchauffe gentiment depuis que je me vide, je me rends compte que l’enveloppe proposée est surdimensionnée par rapport au message que je suis devenu. Dire que je l’avais en moi ! Tout ça. Et dire que j’ai pensé le réduire à mon expression. Je ne peux pas dire que la douleur me soit indifférente, mais plutôt qu’elle me permette de mettre les voiles plus rapidement, de m’anesthésier par le rêve, de patauger dans ma large marge rouge. Elle me sauve en quelques sortes. Comme par hasard ! Je n’en reviendrai pas. Je crève la bouche ouverte car les mots me manquent devant tant d’attention portée à ma personne, et en liquide en plus ! Je barbotte en grimaçant, yeux dilatés. Et, cela ne s’arrête pas là, car puisque je garde la bouche grande ouverte, on va pleuvoir.

 

Le ciel se rapproche dans un courant d’air, et des grosses gouttes espacées explosent sur mes joues. Je ne pleure pas, j’ai soif. La douche va commencer. Les gros grains d’eau accélèrent leur descente. Ils viennent surtout sur ma figure. Je crois. Ca me nettoie. La foule recule pour s’abriter. Il pleut averse. Cette pluie n’a pas de source, elle se déplie comme un rideau de cordes depuis l’infini jusqu’à la tourbe. Il n’y a pas d’horizon quand on regarde en l’air. Au sol, l’eau dilue le sang séché. En marge, l’eau floute mes contours. L’eau rentre partout, ses chemins sont étonnants. Mon corps forme un réservoir des deux liquides. Ma langue s’étend au delà des dents pour laper. J’ai très soif. Je souris. Toute la pluie tombe sur moi. Je psalmodie quelque chose pour rendre l’âme en me vidant d’air. Toute la pluie tombe pour moi. Le déluge ne s’arrêtera plus. Je le savais. J’aurai dû. Mon Dieu ! Pitié ! Pauvre de moi. Je ne savais pas qu’on pouvait aimer avec ma matière. L’eau et le sang accompagne mon épave charnelle, comme un blasphème vers le siphon de la ville, je fous le camp les pieds devants. Je glisse par en dessous, pour un renversement du monde. Entre le trottoir et la plaque d’égout, j’ai encore le temps de me convertir.

Par Maximilien FRICHE - Publié dans : L'âme et sa vague
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Editions Le Manuscrit.com
20/02/2006
165 pages,

n° ISBN 2-7481-6860-7
n° EAN : 9782748168600


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  • : Friche intellectuelle
  • : 04/03/2006
  • Friche intellectuelle
  • : Blog de réflexions réactives lancées à la face des producteurs de raisonnements et consommateurs de culture. Une poésie de l'austérité pour la respiration.
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  • Maximilien FRICHE
  • Friche intellectuelle
  • Homme
  • 08/12/1975
  • Organe d'un livre, incorporé à de la chaire faite Verbe.

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