Edito

 

Quelques mots issus d'une déchirure, deversés en vrac en réaction au monde, à la face de fiertés individuelles, producteurs de raisonnements comme virus, et consommateurs de cultures. Pour commencer à s'écrire entièrement. Pour que vous soyés humiliés. Peut-être sauvés. Bienvenue dans la spirale !

Maximilien Friche

(la prière)

Mardi 16 juin 2009


Voir dans une friche la possbilité d'une renaissance, c'est assez classique.
Ce qu'il faut impérativement, c'est détecter dans toute construction nouvelle l'émergence d'une future friche.
Par Maximilien FRICHE - Publié dans : Peinture
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Lundi 1 juin 2009

Artcile publié dans RING le 19/05/2009

HANDICAP ATTAQUE A LA SOUCHE

Par Maximilien FRICHE - Publié dans : friche-intellectuelle
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Dimanche 3 mai 2009

Peu glorieux


Je ne cesse de creuser ma peau, de déchirer mes chemises, de m’ouvrir la chair, de déboutonner mes vestes, sans jamais tomber sur le boum boum, sans jamais trouver le tambour de mon être en galère. Je tâtonne dans le poisseux sans arriver à isoler mon centre creux. Jeune homme méticuleux, mon obsession risque de tourner au carnage. J’identifie du bout des doigts et dénombre ce qui m’appartient encore, dans ce ventre en vrac. Personne ne comprend vraiment ce que je fabrique. Les gens ont arrêté de crier pour comprendre. Le monde dans sa globalité va finir par me lâcher. On croit que je me sacrifie, en réalité, je cherche mes mots. C’est moi qui ai été volontaire pour cette frappe chirurgicale. Je voulais rentrer dans l’Histoire, faire de ma chair quelque chose à raconter. Kamikaze de la dernière heure, mon échec est tout relatif, ma survie n’est que temporaire. Je baigne dans mon contenu, ma ceinture d’explosif m’a creusé un trou précieux, riche d’un fouillis de lacets, aux reliefs caillouteux, aux couleurs bouillies, rassemblés au même milieu. Je passe du rouge au brun insensiblement. Je ne bouge plus que dans ma tête, je ne parle plus qu’avec mes mains.  Mon corps morcelé va faire les gros titres des journaux.

 

Les battements aléatoires de mon cœur me font croire à une possible deuxième explosion. Cela compte à rebours depuis l’éternité que je veux rejoindre. Dans l’attente, je participe peu aux choses du temps réel, je me repasse le film, parce que c’est allé trop vite, je rembobine aussi pour revivre les mêmes stress. Il faut bien pimenter la certitude de mourir. Ma tête dodeline comme celle d’un vieux dégénérescent, dans une négation entretenue par la douleur perpétuelle dans mon corps. Peut-être n’ais-je tué personne d’autre que moi, car le liquide que j’ai sur moi me ressemble comme deux gouttes d’eau. Pas grave. La mission est quand même accomplie, car mon attentat était dirigé contre l’espèce humaine, et, j’en suis. Si je pouvais rire derrière ma grimace de douleur, je ferai mon coming-out, j’en suis, de l’humain, de cette race minable, de l’indigent content de soi, du corps piteux, de l’incarné. Mon âme est comme un ongle qui pousse de travers dans la chair de mon doigt qui me sert de crayon, puisque je l’ai trempé dans l’encre éternelle de mes entrailles. Je vais vous dessiner un mammouth avant de mourir pour la gloire de l’évolution de notre race sortie des grottes de l’histoire pour arriver en toute fierté à afficher ses droits inaliénables. Je mérite un acharnement thérapeutique pour que l’on comprenne mes motivations. On a quelques questions à me poser. Je rêve en mourant. Je me raconte la bouche ouverte. Je suis une parole vivante, je suis un roman puisque je vous nie dans votre globalité. Mon attentat contre l’espèce se pose en germe face à votre marécageux regard.  Si je me déteste tant, c’est que je vous ressemble trop. Ils ne peuvent s’imaginer les dernières phrases qui me passent par la tête au moment de mourir. Je me suis entièrement mis dans mon explosion, tout est écrit, non seulement moi, mais le monde, la création. Tout est dit dans un suicide, tout y est contenu, même Dieu.

 

Chaque coup intérieur dans ma poitrine est une prouesse. Je m’applaudis de vivre encore, de prolonger l’inutile pour que l’humiliation soit complète. Tout gâcher, dans un retournement de la créature contre elle-même et non contre Dieu, utiliser toutes les grâces contre le projet de Dieu, voilà bien l’ultime acte littéraire. J’ai voulu me muter en lettre d’adieu. Ce n’est pas en tant qu’individu que je me donne la mort, mais en tant que fractale de la masse. Je suis le gâchis de Dieu. Je sais que je vais finir par Le faire pleurer si je continue. Kamikaze d’opérette, mon but est que l’on rit de la création. Je me suis pointé tout à l’heure, tout fier, habillé pour sauter, au cœur d’une foule en beauté, du samedi après midi. Je me suis planté bien droit comme un pivot, comme un épouvantail de potager, j’ai fait un geste brusque et un enfant et un chien ont aboyé.  Une zone de vide égale à deux corps s’est créée autour de la verticale, la science est magnifique puisque ça a fait comme des ronds dans l’eau. J’ai donc été contraint de me faire exploser, puisque la scène avait commencé. Je n’ai tué personne, le sang sur leurs vêtements et leurs sacs de vêtements, c’est le mien. Mon attentat contre l’espèce humaine a tourné court, mais a été efficace. Puisqu’il est impossible de se débarrasser de tous, autant se soustraire soi-même. Non par désespoir, mais par vengeance ou défi, je ne sais plus à quel stade j’en suis maintenant.

 

Il a fallu que je saigne pour que je baigne. Pas de mangeoire pour couche, juste le jus de Dieu que j’ai saigné comme il était encore en moi. Les bâtons d’explosifs, l’ont fait ruisseler, lui ont permis de m’entourer. Je me laisse dorloter tandis que l’extérieur de ma pomme devient de plus en plus virtuel, tandis que je m’échappe de toutes les dimensions du monde, je fuis en lignes courbes.  Mon propos semble désormais réduit, ramené à l’onomatopée, au bruit, au gargouillis. Alors qu’on me réchauffe gentiment depuis que je me vide, je me rends compte que l’enveloppe proposée est surdimensionnée par rapport au message que je suis devenu. Dire que je l’avais en moi ! Tout ça. Et dire que j’ai pensé le réduire à mon expression. Je ne peux pas dire que la douleur me soit indifférente, mais plutôt qu’elle me permette de mettre les voiles plus rapidement, de m’anesthésier par le rêve, de patauger dans ma large marge rouge. Elle me sauve en quelques sortes. Comme par hasard ! Je n’en reviendrai pas. Je crève la bouche ouverte car les mots me manquent devant tant d’attention portée à ma personne, et en liquide en plus ! Je barbotte en grimaçant, yeux dilatés. Et, cela ne s’arrête pas là, car puisque je garde la bouche grande ouverte, on va pleuvoir.

 

Le ciel se rapproche dans un courant d’air, et des grosses gouttes espacées explosent sur mes joues. Je ne pleure pas, j’ai soif. La douche va commencer. Les gros grains d’eau accélèrent leur descente. Ils viennent surtout sur ma figure. Je crois. Ca me nettoie. La foule recule pour s’abriter. Il pleut averse. Cette pluie n’a pas de source, elle se déplie comme un rideau de cordes depuis l’infini jusqu’à la tourbe. Il n’y a pas d’horizon quand on regarde en l’air. Au sol, l’eau dilue le sang séché. En marge, l’eau floute mes contours. L’eau rentre partout, ses chemins sont étonnants. Mon corps forme un réservoir des deux liquides. Ma langue s’étend au delà des dents pour laper. J’ai très soif. Je souris. Toute la pluie tombe sur moi. Je psalmodie quelque chose pour rendre l’âme en me vidant d’air. Toute la pluie tombe pour moi. Le déluge ne s’arrêtera plus. Je le savais. J’aurai dû. Mon Dieu ! Pitié ! Pauvre de moi. Je ne savais pas qu’on pouvait aimer avec ma matière. L’eau et le sang accompagne mon épave charnelle, comme un blasphème vers le siphon de la ville, je fous le camp les pieds devants. Je glisse par en dessous, pour un renversement du monde. Entre le trottoir et la plaque d’égout, j’ai encore le temps de me convertir.

Par Maximilien FRICHE - Publié dans : L'âme et sa vague
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Jeudi 2 avril 2009

Publié le 27/03/2009 sur RING : Malheureux les bien pensants

Par Maximilien FRICHE - Publié dans : friche-intellectuelle
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Vendredi 6 mars 2009

 


La création réconciliée

 

Lionel Borla * peint une vie qui ne se déroule que le dimanche, il nous construit le monde du dimanche. C’est sa façon de peindre l’éternité. Comme architecte, il nous montre que toute utopie a vocation à se dissoudre dans le paradis. Dans l'oeuvre de Lionel Borla, plusieurs suites d'espaces se succèdent, autour de musiciens, d’unité d’habitations rêvées, de villégiatures musicales, d’après midi à la plage, au jardin, de salons avec vue. Dans ces tableaux en série, tout semble réconcilié et fait pour l’homme. Les extérieurs sont comme des intérieurs, et les intérieurs sont éclairés comme par un soleil plafonnier et global qui ne crée pas d’ombres.  Borla peint les relations et non des scènes de vie, non des expériences vécues, il peint les liens. Ce qui relie les hommes entre eux : le lieu lui-même, la musique. Il peint ce qui relie les hommes au monde. On ressent nettement l’égalité de toute chose créée dans sa relation au créateur, bien que tout ce monde n’ait été fait que pour ces petites silhouettes noires qu’on voudrait ridicules ou indignes de tant de beauté. Mais ce n’est pas à nous d’en juger. La raison d’être du monde des peintures de Lionel Borla ce sont ces êtres vivants stylisés. Le cadre lui même, comme les cases des immeubles sont autant d’endroits signifiant que chacun a sa place. Les traits noirs sont rassurants comme des consonnes dans un mot, pour bercer les couleurs. Ces couleurs semblent d’ailleurs une mise en lumière de ce qu’il y a dans le noir, elles viennent de la nuit, les bruns vont au rouge, tout baigne dans le brou de noix.

 

 


Narration

 

Lionel Borla utilise des formes identiques et diversement signifiantes, pour que l’on prenne conscience qu’au Paradis, c’est par la narration uniquement que les choses existent. Comme en usant de tampons, il écrit tantôt des nuages, tantôt des arbres si la forme est reliée au sol par un trait ou deux ; tantôt de grosses pierres, tantôt de petits coussins ; tantôt des lampadaires, tantôt des boules feuillues. Les gens aussi sont des formes. Et ils sont partout. On a même parfois l’impression qu’ils sont innombrables, qu’il va en sortir d’autres, que la création se déroule encore en ce moment même. C’est normal, les gens s’y promènent, y vivent. Ils ne posent pas, ils ne sont pas la copie de modèles las et infatués, ils sortent d’une imagination et ne sont rien de plus. Ils viennent du néant. Les formes-personnages sont toutes différentes, mais à la même image. A l’image de la signature du peintre. La conscience de ces semblables à l’image de leur créateur transparaît dans l’absence de complexe qui les habite, ils semblent rendre grâce de la générosité du trait de crayon. Vivre dans le monde qui a été créé pour eux, est leur seule et unique action de grâce. De loin, ce sont comme des empreintes, plus que des ombres, des idéogrammes qui se baladent. Quand on les voit de près, on voit bien qu’ils sont habillés, mais ça ne change rien. Les habits ont été créés en même temps qu’eux, des sortes de maillots de bain 1900, échappés de toute mode. Comme tout le reste. Dans le monde de Borla, rien n’est de main d’homme, rien n’est de la main des hommes du tableau, tout a été créé, même leurs unités d’habitation.

 

 

Dépouillement

 

Dans les intérieurs chauffés de Borla, il n’y a aucune différence entre le cadre accroché au mur et la fenêtre. La vue que l’on a de l’extérieur ne nous aspire pas à quitter le monde où nous sommes, seule la vue suffit à nous combler, elle vient ici décorer notre monde, et sa réalité est uniquement celle là. C’est pour signifier cette convergence vers le présent, vers l’éternité de ce cadre, que toute perspective a été abolie. Supprimer la troisième dimension en peinture revient à supprimer toute notion du temps également. Ce n’est pas un artifice, mais un dépouillement. Quelle n’est pas notre surprise lorsque l’on découvre un morceau d’architecture connu de nous, issu de notre patrimoine, de notre histoire d’homme. On y voit Cadaquès, Venise, Florence, peut-être Metz ? L’unité d’habitation qui jusque là nous raccrochait à notre ère, est dépassée par ce retour humble de l’histoire dans nos intérieurs bienveillants. Ce monde pourrait-il être le notre ? Y a-t-il dans notre monde de quoi se souvenir du premier jardin ?

 

 

 

 

* : Lionel Borla est peintre à Marseille, né en 1974, diplômé d’architecture, il expose à Paris, Marseille, Metz, Bruxelles, en Allemagne.

Par Maximilien FRICHE - Publié dans : Peinture
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Samedi 7 février 2009

Un peu de morale contre-moderne pour vous mettre minables.

 

Avoir du caractère

 

En avoir ou pas, la question existentielle a changé d’auxiliaire. Rien n’est plus obsédant que de savoir si on a du caractère. La question taraude chacun dès la plus tendre enfance, dès les premiers complexes, dès les premières confrontations avec les caïds devenus à la longue, stars des boums. Il faut d’ailleurs d’autant plus que j’ai du caractère que tout le monde veut que je ressemble à quelqu’un. « Ah, celui là il aura du caractère ! Puis plus tard : il est bien comme son père ou machin. » Ca fait tellement sourire, alors pourquoi se priver de plaquer sur l’innocence notre propre personnalité construite à tâtons sous le regard des autres. Parce que quand même j’ai du caractère, il le faut puisque Dieu vomit les tièdes, puisque sans fierté, je crève. C’est à l’adolescence d’ailleurs que tous prennent le parti de leur carence pour en faire un atout et développer du caractère. Comme Orangina, on se secoue pour faire de son dépôt, une marque de fabrique. Celui qui est gros est conseillé de devenir comique ; la belle : curieuse de tout ; le petit : futé ; le grand : humble ; le gros nez : sympa, le frisé : cool. Je suis comme je suis mais, en fait, je l’ai voulu ! C’est une astuce pour accéder à la fierté, sans laquelle je ne suis pas viable dans le monde. La laide peut même prendre partie de s’enlaidir encore plus, avec l’appuie de la mode du moment, pour montrer à quel point c’est un choix. Aussi, le con prendra le parti de ne jamais rien comprendre pour devenir cette bulle de champagne rafraîchissante dans le monde de la prise de tête généralisée, il faut qu’on apprécie sa fantaisie. La psychologisation a fait de chacun un être en devenir sur la base de ce qu’il est en fonction des autres, de ce que les autres acceptent qu’il soit, dans la limite de son imagination. Certains voulant trouver leur place dans la tendance vont même jusqu’à se faire pédé. Pauvre homme et femme modernes projetés dès le plus jeune âge dans un film TV, contraints de ressentir des choses confrontés aux événements de leur vie et du monde. Il faut que ça leur fasse quelque chose quelque part, sinon, ils n’existent pas. Pauvres hommes et femmes modernes contraints d’avoir un avis, des émotions, des réactions, de l’effet partout partout. « Qui es-tu pour oser être indifférent à tout, un être qui n’est pas de son temps, un être qui n’est pas du monde… » Donc avoir du caractère, c’est avant tout, être sensible, se reconnaître modifié par l’extérieur, voire se reconnaître cannibale des événements pour mieux se construire encore. Un tsunami, la façon dont Patrick m’a tendu le dossier ce matin, Obama président, la mort surprise de mon arrière-grand-père, le réchauffement de la planète, la naissance d’un neveu alors que je n’ai encore aucun enfant à mon age, la mort de Sœur Emmanuelle, la vente de la maison, la fermeture de l’usine d’arcelor-mitane, mes ridules au coin de l’œil, les reconduites à la frontière, la chute de mes seins, la chute de la bourse, l’absence de désir soudain, mon obsession pour le sexe, un poème de Détesté Césaire. « Je t’assure que cela me fait quelque chose quelque part. Tout ça fait son travail en moi, et moi je dois faire mon travail de deuil. » Apprendre à vivre dans le monde moderne n’est plus apprendre à souffrir. On ne recherche plus la sagesse aujourd’hui, on recherche à pourvoir trouver le mal normal, logique, dans la nature des choses. Vivre avec le mal, n’est plus vivre avec la souffrance, mais vivre en niant le mal. Il faut donc faire son travail de deuil pour re-jouir à nouveau. Il faut aussi savoir se réjouir, c’est signe de bonne santé. Si t’es pas hystérique à l’idée qu’Obama a été élu, cela signifie que t’es peut être au bord de la dépression. « Bref ressentir des choses est signe de bonne santé. Et ressentir des choses nous façonne et on les ressent de manière différente selon le caractère de chacun. Que c’est passionnant d’ailleurs ! » A croire qu’il n’y a plus que ça ! Je rêve depuis longtemps de rendre fou tous les psychothérapeutes de l’hexagone. Les gens se décrivent depuis le connais-toi toi-même, avec beaucoup de mots différents et beaucoup de  nuances. On croirait les items d’un sondage d’opinion. « Et toi, t’es plutôt pas trop cool, ou un peu quand même, selon que la personne en face te respecte ou pas ? Je ne cerne pas trop encore ta personnalité… » Toute réponse viendra étayer le portrait qui aura pour but de convaincre l’intéressé lui-même. C’est comme ça que l’homme moderne a choisi sa prison. Comme moi d’ailleurs !

 

Un coach pour chacun, et tous coach de quelqu’un

 

Donc nous avons vu que chacun faisait tout pour avoir du caractère depuis la naissance avec le travail du regard des autres, puis à l’adolescence avec les complexes, et enfin à l’age adulte avec le jeu des mots collés sur soi et sur les moments vécus, dans un jeu égocentrique entretenu par le collectif. Maintenant, on va rire de se rendre compte à quel point c’est devenu un sport d’une vulgarité qui n’a d’égale que la masturbation. Le ridicule ne tue pas, en revanche, il fait rire. En effet, le pékin, englué dans son système de médiocres, va s’échiner à mériter les conséquences de son génie déclaré. N’oublions pas que nous vivons dans le monde qui a remplacé lâchement le suicide par l’euthanasie. La mort volontaire est posée, non plus comme issue au désespoir, comme conséquence d’une aliénation morbide, mais comme la suite logique d’une vie basée sur la performance, d’une vie qu’il fallait réussir. Réussir sa vie ! Quelle misérable ambition ! « Vas-y, t’es le meilleur ! Nous croyons qu’il y a un déterminisme individuel à la réussite. Nous sommes tous des américains ! Tout est une question de volonté. Réfléchis bien sur ton échec : es-tu sûr d’avoir vraiment voulu gagner ? Es-tu sûr au fond, très en dedans, de toi d’avoir désiré gagner ? » Il est interdit de ne pas céder. Il faut avouer et s’en persuader. Ce n’est pas possible de perdre si on a envie de gagner. Ce n’est pas possible de mourir si tu voulais vraiment vivre. Du coup, l’homme moderne peut se sentir coupable de son propre échec, non pas parce qu’il n’a pas reçu de dons, non pas parce qu’il n’a pas assez travaillé, mais simplement parce qu’il n’a pas voulu gagner. Il n’y plus de fatalité de l’échec. Les morts sont coupables de ne pas avoir eu la volonté de combattre la maladie. « Moi je me battrais jusqu’à la fin. » Les morts sont tous des cons. Les vivants des héros à ranger en haut du tableau, devant le soldat inconnu. Alors, on s’encourage, car la volonté ça se travaille. Allez, allez ! Il faut se motiver, tapoter ses bouts de doigts de chaque main les uns contre les autres pour exciter les nerfs, électrifier la chair, et respirer avec son diaphragme et ses narines. Chacun se motive, et, heureusement, cela devient un prétexte de plus pour entretenir des amitiés absurdes : s’entraider, s’entraîner. Il faut causer, débriefer ensemble, faire semblant s’intéresser à l’autre et lui dire, c’est comme moi, l’autre jour… Pour chacun repartir sûr d’avoir plus de personnalité que l’autre ou du moins, une personnalité plus apte à réussir que celle de l’autre. Ah, la franche camaraderie entre gens du même sexe, entretenant leur moral comme une ligne à la gym volontaire des années 80 ! On a trop de chance d’avoir des amis qui positivement, ce sont de vrai coach.  Les raisonnements sont rodés, et les séances d’amitiés donnent l’effet escompté. On peut continuer l’entraînement seul. Cela consistera à poser la personnalité comme justification de tous ce qui nous arrive dans un retournement d’une causalité conceptuelle. Si ça marche sur moi, ça marche sur toi, tu vas voir. Le coaché qui a réussi, devient coach, exemple à l’appui. Les personnalités fabriquées et maintenues au fil de cette fameuse expérience qu’est la vie sont finalement made in moi-même par frottement avec le monde. Si c’était à refaire. Bien sûr penser que la vie est une expérience ne peut qu’amener certains à vouloir la refaire. Quelle absurdité ! Refaire une vie, plutôt que de réclamer la vie éternelle. Certains n’ont vraiment rien compris. « Qu’est-ce que vous dites de ma nouvelle personnalité ? Pas mal non ? » Et je peux affirmer avec fierté devant la dame qui me demande : « Comment tu sais  ça mon chéri ? - Tout seul ! Je me suis fait tout seul. Ma personnalité, c’est la grâce qui me manquait pour arriver à quelque chose dans le monde, et je me la dois, à mes complexes, à mes expériences, à mon ressenti, à mon entraînement quotidien, à ma volonté d’y arriver (à la fin). »

 

 

Au de là du jeu, le mythe

 

On voit bien comment toute relation s’abîme dans cette ambition de disposer d’une personnalité, d’un caractère, d’une définition. On voit bien comment l’amitié et l’amour ne sont qu’un outil pour mesurer ce que l’on est pour l’autre. Bien des comédies de mœurs le montrent avec talent. Citons Art de Yasmina Reza ou encore Mina Tannenbaum de Martine Dugowson. On y voit des gens qui se parlent en prenant appuie sur l’autre pour grandir, quand je dis prendre appuie, cela signifie gober. Les ressemblances entre copains ou copines sont fausses, les ententes utilitaires pour se différencier. On pense s’individuer, alors qu’on s’engendre en série, on opte pour un personnage sur étagère, que l’on peut montrer, et qui fait sourire à quel point on se dit qu’on est tous pareil. La relation que j’ai avec l’autre est une relation à la je te tiens tu me tiens par la barbichette, où l’on trouve la star et son public. Si l’on consent à être spectateur c’est juste pour attendre son tour. Nous sommes donc dans le jeu, sans aucune sincérité dans nos relations au monde. L’humanisme qui a voulu que je ne sois que pour autrui, a abouti à cette virtualisation que je ne suis plus moi, mais un moi conditionnelle. Je ne suis plus uniquement quelqu’un mais quelqu’un qui a de la personnalité, c’est à dire un personnage. Au de là de ce jeu permanent que l’on veut détricoter pour acculer l’homme dans son retranchement de l’angoisse de mourir et son désir d’éternité, nous allons buter également sur le mythe. Pour avoir une personnalité, il faut créer le mythe. Les familles connaissent bien ça. On fait appel à la tradition familiale même chez les plus modernes et déracinés, pour asseoir sa définition. « Dans notre famille, on a toujours eu du mal avec l’autorité. » Tu m’étonnes ! La personnalité du dernier maillon éclabousse tous les aïeux, c’est normal qu’ils le lui rendent par le mythe et que le gars en tire fierté. On a tellement envie de dire que tout ça n’est que connerie, que de toute façon, c’est pareil partout, tout le monde a mauvais caractère de père en fils, parce ça flatte l’ego de se sentir exister ! Quelle vulgarité d’exister en excès ! Une fois les aïeux invoqués, on va créer du mythe tous les jours, utiliser une dialectique du souvenir dès le moment présent, comme si on se regardait vivre, numérique en main, regarde la gueule que tu faisais il y a juste une minute, trop génial, c’était le bon vieux temps, il y a juste une minute ! La mémoire, ça s’entretient. « Machin disait toujours… » C’était la semaine dernière. « Comme j’ai l’habitude de dire… » Depuis le début de l’année. Et cette mythologie de film TV permet à chacun de faire son story-telling de gueux. On se raconte les uns aux autres, on se raconte pour mieux développer sa personnalité. C’est la seule façon qu’à l’humain de croire sa parole performante. Je suis comme ça, puisqu’on me l’a dit, puisque j’en ai pris mon parti, puisque je le raconte. Et c’est vrai je suis comme ça. Sauf qu’il s’agit d’une belle pièce de théâtre ! La mort effacera toutes ces personnalités pour laisser place à l’effroi si les modernes sont encore vivants au moment de mourir, si les modernes n’ont pas eu le mauvais goût de laisser des volontés post-mortem.

 

 

Diminuer pour se retrouver

 

J’espère que mon post laisse suffisamment transpirer mon rejet de cette volonté de disposer d’une personnalité tout comme ma mauvaise foi sur le sujet. Je rejetterais d’autant plus l’idée d’avoir du caractère qu’on me glorifierait d’en avoir. Il s’agit à mes yeux essentiellement d’avoir  mauvais caractère d’ailleurs. Il en n’existe que du mauvais. Car avoir du caractère, c’est être présent à l’excès dans ce monde, s’imposer aux autres, ne pas être transparent, déformer le monde et les autres, toutes les enveloppes qu’on décide trop petites pour notre orgueil. Il n’y a de sincérité, que dans le silence. Notre ambition doit donc désormais se borner à être transparent, ne gêner personne. Pour cela il faut bien sûr être conscient que si on jouait le jeu, on salirait tout, avec cette foutue fierté nichée dans tous nos mots, nos gestes. Quand notre fausse assurance arrive à nous convaincre, et que le doute que nous portons sur nous même s’évanouit, nous avons toutes les chances d’être tombé dans le piège. Il faut donc disparaître, remplacer nos paroles par des sourires de Joconde. Il ne s’agit pas de m’excuser d’exister, mais plutôt de rendre grâce à tel point la place qui m’est offerte est démesurée. Il faut donc s’y tenir, à cette place, fusse-t-elle la première. Notre ambition doit se résoudre à être une personne, produit de l’amour, reliée au monde et à son créateur. Et non un personnage (caracter) au cœur du système inventé par l’homme. Il faut détester notre faculté à nous rêver dans un monde rêvé. Il faut détester notre œuvre, et surtout, nous-même dans cette oeuvre. Nos représentations sont autant de divertissement qui nous empêchent de voir la mort en face, qui nous empêchent d’y aller en psalmodiant : je veux vois Dieu. Je ne veux plus de ma personnalité, je jette mon caractère de cochon, pour vouloir être ce que Dieu veut, une personne dans le Christ, récipient de son amour. Je veux me rendre compte que j’ai été élu pour être le Saint Graal, je veux comprendre que son sacré cœur s’essore sur mon visage pour que j’adore le ciel plutôt que mon miroir.

Par Maximilien FRICHE - Publié dans : friche-intellectuelle
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Lundi 1 décembre 2008

 

 

 

Combien de balles perdues dans ma poitrine sans muscle ?

Je me mords la joue rose.

Je rentre le ventre.

La peur se dose.

Il faut viser au centre.

Par Maximilien FRICHE - Publié dans : Peinture
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Dimanche 9 novembre 2008

Préambule comique : le coming out 
 

Dire que je suis peut-être « contrelittéraire » ! C’est quand même plus classe qu’un fil rouge à la boutonnière et moins vulgaire qu’une mouche sur la gueule. Comme un clown sortant de son rôle pour faire le trapéziste, je vais prendre un risque énorme. Je vais oser en parler, je vais oser en parler avec tous mes complexes chevillés au corps, parce que c'est mon choix. "Bonjour Maximilien !" Déjà avouer que l’on écrit et ouvrir la porte ainsi à ce que l’on vous fasse l’aumône, est une énorme humiliation. « C’est pas mal du tout mon petit chéri… » la phrase est suffisamment anticipée dans ma tête pour ne pas supporter l’idée qu'elle soit prononcée. Mais si, en plus d’être un écrivain du dimanche, on ose dire que l’on a l’ambition d’être contrelittéraire… Je vais vous faire le film (la distraction nécessaire à vous faire rentrer en lecture). C'est presque un coming out, en tout cas, un aveu tout simple, et sans fierté. «  Non ! Pas toi ! Tu ne vas pas me dire. Je m’en doutais ! Mon pauvre ! Tu y crois. As-tu seulement compris quelque chose à ce qu’ils racontent ? » Je vois d’ici la scène des ironies aux paupières lourdes, aux regards fiers par en dessous jetant toute une désolation sur ma personne entière. Le mépris qui se dégage est à double fond. Le premier étage m’est réservé. Je l’attends. Laissez, c’est pour moi, je prends tout ça, tout ce ridicule est ma matière, ce que le malaxe dans l’écriture. Le ridicule est ma raison d’être. Et parce tout le monde me ressemble, je peux les détruire en transformant leurs jeux en texte, en révélant le vrai de leur chair corrompue. Mais je m’égare, oubliant que l’on pourrait me lire. Le pire mépris, celui qui se trouve en dessous, et qui me saute à la face au moment de mon coming out, est destiné à la Contrelittérature elle-même. Ils en profitent tous. Ils vont profiter de mon indigence pour me faire comprendre le ridicule même de la Contrelittérature, son ridicule à cause de moi. Il faut dire qu’ils vont profiter de moi pour mépriser l'objet même de mon aveu. On sent qu’ils n’accordent aucun crédit à tout ça, ou du moins, uniquement celui du folklore, du paysage. Mais il faut que la Contrelittérature sache rester à sa place, si possible dans le passé ou le lointain. Enfin, soyons sérieux tout de même ! Cela provoque un choc pour moi. Pour moi qui ne suis de toute façon pas à la hauteur.  C’est comme si je venais d’annoncer que j’étais amoureux, que l’on commence par se moquer de moi, puis de l’objet de mon amour à cause de moi. Se moquer de moi, c’est égal, quand on est amoureux, cela glisse, se moquer de l’amour, c’est tranquille, cela m’éloigne que davantage dans ma certitude, comme un amoureux, c’est à dire un être rempli de joie condamné à avoir seul raison, à vivre sous le regard compatissant du mépris. En revanche, se moquer de l’être aimé me donne des envies de terrorisme au début puis de fuite le plus loin possible pour cesser de corrompre l’être aimé. Quelle imagination débordante ! Allez, le film est fini. Friche a fait son délire. Il ne sait pas vieillir, il y a un temps pour tout. L’imagination est un truc de romantique. Tout ça, c’est du cinéma, une scène de fantasme. Mon imagination me perdra. Bien sûr, puisque c’est l’un ou l’autre, je préfère ce cas de figure. Perdre l’imagination serait rentrer dans le jeu de société et je n’ai jamais aimé me mettre à table pour jouer.

 

 

Par instinct

 

Tout d’abord, je voudrais dire merci de la Contrelittérature à celui qui a imaginé cette formule magique. Mes yeux se sont écarquillés dès la première fois que j’ai rencontré ce mot. Sans rien y comprendre a priori, j’ai immédiatement vu qu’il y résidait l’essentiel de mes interrogations sur le virus qui me pousse à écrire. Après la lecture du livre La Contrelittérature, un manifeste pour l’esprit (Alain Santacreu) j’ai compris davantage ce qui me faisait hurler face au vide, comme un écorché vif imaginaire, comme un suicidé éternel. J’ai eu l’impression d’avoir été confirmé. Je voudrais juste profiter de ce texte pour dire ce que je comprends de la Contrelittérature. Ce que j’en comprends de façon intuitive, qui est forcément la même façon dont je me sens compris par elle. Je pars donc de mes propres écrits, leur différence qui me rend illisible (mais viable.) C’est vrai. Je ne suis ni journaliste ni conférencier. Cela m’arrange : je ne pense pas posséder suffisamment de goût de la vulgarisation pour l’un et de savoirs pour l’autre. C’est ainsi que je peux n’écrire qu’en abolissant les distances. Pour moi, TOUT n’est que roman. Le narrateur se trouve incorporé au texte. Contrairement à un conférencier qui se situe en dehors. Dans mon cas, je vais même jusqu’à y jeter l’écrivain (d’où l’utilité d’un pseudo.) C’est ce que j’appelle tout mettre en paquet dans un texte. J’écris toujours un extrait de roman, un morceau suffisant, souvent le dernier. Tout y est, analysé, décomposé, mais en paquet. On doit y trouver la mauvaise foi de l’écrivain, la morgue du narrateur, l’ironie des deux, la tragédie du héros et du narrateur, les propos ridicules de personnages de roman, l’humiliation reçue de la non-lecture, l’humiliation reçue de la lectrice. Car mes extraits de roman sont systématiquement des lettres à l’adresse d’une lectrice. J’écris aussi pour plaire, ce qui fait du ridicule la substance même de mes textes. Le ridicule est la preuve que je me suis, à l’image de l’humanité, un peu écrit. Tout ça donne une impression d’une rédaction à plusieurs niveaux de conscience, en pleine mauvaise foi, mal assumée. C’est ma façon d’écrire, enfin, celle à laquelle je ne peux échapper, incapable que je suis de structurer davantage ma pensée sur le papier. J’avais compris que la Contrelittérature était le lieu où le fond et la forme ne pouvaient plus être séparés, où la métaphysique rejoignait la transcendance. C’est l’intuition que j’ai eue, ce que j’y ai projeté afin de me donner l’impression d’être compris (dans un mouvement). C’est aussi ce que j’ai lu quelquefois dans les écrits de la Contrelittérature, avec une impression de prendre une gorgée d’oxygène pure, de me soulever insensiblement, de tourner la tête vers le monde et ses gens, et de leur dire avec un air jouissif : vous ne pouvez pas comprendre. La forme et le fond, fondus, parce que le mot est déjà un roman, parce le beau, à l’infini, se confond avec le vrai. Je prends davantage de plaisir à lire des textes où l’auteur est investi dans une quête de vérité dès l’écriture du mot, avant même que la phrase fasse sens, conscient de la transcendance du média lui-même. Ou pour utiliser un mot cher à Dantec, où la poésie du texte, sa forme, sa musique, est une fractale du texte, un raccourci dans le labyrinthe. Je suivrai donc de près la Contrelittérature. Presque par instinct. Par soif en tout cas.

 

 

 

S’écrire entièrement

 

J’ai donc dis que je me sentais contrelittéraire. J’ai décris ce que ce que je comprenais de la Contrelittérature, en faignant même parfois d’être plus bête que je ne le suis, par stratégie pour attendrir et limiter les risques. Disons maintenant ce que je suis sensé devenir, et sur mon modèle, ce que sont censés devenir tous ceux qui écrivent. Tous les pêcheurs de verbe, tous les élus destinés à chiffrer la chair. Tous ceux pour qui on demandera compte pour savoir s’ils ont été dignes de leurs dons de verbifier, où s’ils se sont contentés d’écrire des livres, de faire de la littérature. La Contrelittérature est entrée en réserve d'elle-même. J’ai lu ça. Alain Santacreu explique que c’est sous l’égide du rayonnement intellectuel du Sacré-Cœur que pourrait s’ouvrir bientôt un nouveau cycle : le projet d'une revue-livre semestrielle. Je crois comprendre la nécessité de passer de la revue au livre. Au delà du changement de format que j’utilise dans l’esprit pour le symbole, je crois comprendre l'importance de vivre l'écrit non comme un exercice mais comme un appel. L'appel à devenir moi-même, en entier, un texte. Non pas contenu dedans, comme l'eau est retenue dans l'éponge, mais être un texte. Dès lors, l'écriture n'est plus une production, ni même une création, c'est un sacrifice. Mon intérêt pour la Contrelittérature est fortement teinté d'espérance. Je puise dans leur future révolution, une motivation pour finir d'écrire. Car l'objectif est bien là. Il faudra un jour avoir tout écrit, s'être entièrement écrit. Je suis encore plus heureux d'avoir participé au numéro 21 de la revue, sachant qu'il ferme un cycle pour permettre un retournement. Revenons une dernière fois sur mon ambition d’un jour être entièrement écrit. Cela signifie clairement : faire mourir l’écrivain pour permettre l’existence sacrée du texte. Faire mourir l’écrivain n’est pas une vue de l’esprit. Cela ne signifie pas seulement continuer à vivre sans plus écrire une ligne. Cela peut simplement vouloir dire : mourir. Se sentir prêt à partir. Il s’agit de se confronter dès maintenant, dans une fausse anticipation, à sa propre mort. Et c’est pour ça qu’on va hésiter à finir de s’écrire, à se dépouiller du vieil écrivain. A deux cent mètres de l’arrivée on se met à marcher. On veut bien se laisser doubler. On retarde le jour J, parce qu’on a peur de ne  pas être capable  de se retirer vraiment dans un mutisme absolu, on a peur de rabâcher et de se remâcher pour prolonger l’expérience. On sait que l’on peut finir sa vie à se remixer perpétuellement, on a eu des exemples. On se voit même avec un certain écœurement remplacer l’économie du salut par l’économie du recyclage. Ce qui me donne encore un peu d’inspiration, et recule d’autant la ligne d'horizon. Quelle schizophrénie ! Dire que l’on est capable de lire avec une jouissance non dissimulée sa petite phrase, comme une petite frappe de littérature que je suis, son petit morceau de texte publié. Dire qu’on est capable de se lire comme on se touche : « Ensuite se souvenir de l’extrême indigence de l’homme, que la créature n’est pas au même calibre que son créateur, qu’elle est porteuse du mal absolu, d’un pêché congénital. L’erreur de l’artiste contemporain serait de faire passer le message d’une humanité en pleine gloire, de contribuer à ce que la masse tire fierté de son pêché originel. L’artiste est ce semblable surnuméraire qui n’arrive pas à se faire discret, un trop plein de vérité, qui ne peut y rendre témoignage qu’avec vulgarité. Avec un sentiment d’indigence retrouvé, il peut ne pas se détruire, mais se contenter de se vomir tous les jours, vomir sa race, la race humaine. Avant d’être inspiré, il lui faut devenir son propre harceleur, devenir de lui-même phobe ! Réaliser une œuvre d’art, c'est oser se répandre en verbe, se ridiculiser et ainsi être baigné dans l’humiliation, bain du salut. Nous voyons l’artiste comme un martyr du ridicule. » (Extrait de l’article  « Refusez de participer à l’œuvre de l’homme ! » Publié dans le dossier Art contemporain du n°21 de la revue Contrelittérature) Et ressentir un vrai plaisir, une vraie satisfaction, une fierté d’ivrogne. Je n’ai jamais eu autant la flemme d’écrire qu’en ce moment où je clôture mon « méprisable » comme dernière histoire. Poser un point final, tout le roman est là. Je ressens tellement que c’est la fin. J’ai peur de la mort. Je ne vois pas ce qui me retiendrait à la surface. Je le sais bien, puisque c’était mon point de départ, ce qui m’a fait prendre la plume. Mais c’est quoi mourir ? Puisque comme créature, je ne maîtrise rien ! Je sais depuis longtemps que la mort n’est pas le suicide. Je sais qu’être prêt à mourir n’est pas vouloir arrêter de vivre. Je sais que vouloir mourir et vouloir vivre sont à ce point la même chose. Soyons clair, être prêt à mourir, revient à se convertir, à refuser définitivement le pêché, c’est se condamner à caler sa volonté sur celle de Dieu. C’est se condamner à commencer dès maintenant son purgatoire. Arrivée au bout de l’écriture de mon être, m’être entièrement écrit, avoir tout achevé, me renvoie forcément à la radicalité de la conversion qui m’est proposée et à la question simple qui m’est posée par le Christ et pour laquelle j’ose retarder mon oui. Ayant du mal à être prompt à être digne de la liberté qui m’a été donnée. Je prends la page blanche pour un objectif. Et je n’ai pas d’angoisse, mais une crainte, celle qui fait tomber à genoux face à son Seigneur. Même si j’arrive à m’écrire entièrement, je ne suis tellement pas digne ! Que meurre le vieil homme pour qui vive un texte !

Par Maximilien FRICHE - Publié dans : friche-intellectuelle
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Vendredi 3 octobre 2008
Par Maximilien FRICHE - Publié dans : Peinture
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Lundi 1 septembre 2008

Le sa(l)ut dans le vide

 

 

Je voudrais que cette rentrée scolaire 2008-2009 soit placée sous le signe de la page blanche. Non pas comme le reflet de l’angoisse de ceux qui se forcent à avoir de l’esprit, mais comme le résultat d’un effacement total. Vouloir écrire pour détourner le regard du vide, pour ramener l’horizon plus prêt de soi, à sa portée, est une erreur fondée sur le refus de se perdre. Il faut nous perdre au plus loin. Etre conscient que nos yeux ne sont pas faits pour s’arrêter à la ligne d’horizon, mais pour la perte de vue. C’est drôle comme cette expression de perte de vue est signifiante pour dire à la fois que nous sommes faits pour l’éternité, et que pour cette éternité il nous faut mourir.

 

Parce qu’on ne peut remplir un puits sans fond, écrire ne doit jamais être une création. Ecrire ne peut être qu’un juste retour de la chose vers son créateur. L’encre ne vient pas remplir le vide de la page blanche. L’encre est avec nous, de notre côté, dans notre monde, et la page blanche, c’est la toute éternité. Les phrases de l’homme ne remplissent pas la toute éternité. On ne peut remplir une surface. C’est la nature même de la page blanche qui en fait un lieu impénétrable. Et nos stylos promènent la frontière de notre monde sans jamais pouvoir la traverser. La limite ne peut être franchie et l’éternité pénétrée, puisque la limite, c’est notre substance même. On ne peut faire un pas sans elle. Il faut donc trouver une façon d’écrire pour rendre grâce, trouver une encre volatile, faire de l’écriture un chant et de la page blanche la cible adorée.

 

 

Rédacteurs en chef

 

Il y a trop de livres, trop de pattes de mouches partout posées sur l’immaculée. Il y a trop de lignes de codes qui s’auto engendrent, qui font re-création. Il y a trop d’écrits sur tout. Qui n’a pas déjà ressenti le désir de tout brûler, n’est qu’un héros de roman ou un objet d’étude des sociologues ! La question posée à tous les écrivains sur l’angoisse de la page blanche est bien sûr ridicule. Rien n’est plus simple que d’écrire. C’est comme parler, marcher. La méthode on la connaît, c’est utiliser des mots, les mettre dans un ordre de type sujet verbe complément. Nous pouvons même, pétris de modernité que nous sommes, être plus créatifs : changer l’ordre et inventer des mots. Rien de compliqué, rien d’angoissant non plus. Si l’on rajoute à cela que le langage écrit est la retranscription du langage parlé, commettre sa petite frappe est un jeu d’enfant que tout à chacun peut remplir les doigts dans le nez. Alors bien sûr, tout le monde n’étant pas converti au surréalisme, la plupart exige d’avoir quelque chose à dire. D’où l’angoisse encore une fois. Cette angoisse formulée ainsi est encore plus idiote. On n’est pas obligé d’écrire. Ni même de lire d’ailleurs. Ils devraient remercier Dieu de ne rien avoir à écrire, et retourner chez eux continuer de vivre. Ils ne savent peut être pas que vivre et écrire sont incompatibles en réalité (j’en ai fait des histoires, j’en ferai un article prochainement.) Ne restent que les servants auto-proclamés de l’écriture, qui ont commencé spontanément et qui à un moment d’après, se forcent. Autant dire les pros. Face à l’immaculée, ils se sentent d’un coup incapable de souiller. Tant mieux ! Ils se sentent impuissants et cherchent par tous les moyens à recouvrer leur maudit talent. C’est que chez eux l’écriture est une création, un truc qui sort de soi, un truc pour lequel il faut pousser fort en plissant les yeux comme un pékin. C’est que pour eux, écrire est enfanter. Et s’ils n’y arrivent plus, c’est la panique ! Certains prennent alors ces fameuses mères porteuses qu’on appelle des nègres dans le jargon. Ecrire va devenir un droit pour ces pros. Certains vont même aller jusqu’à chiffonner de rage l’immaculée. Les impuissants du verbe ! Les idiots ne savent pas que la page blanche est le but à atteindre. Que c’est le signe d’avoir fini de témoigner ! Cela peut signifier que l’on est prêt pour la croix. Prêt à perdre ses dimensions et à se glisser dans cette surface d’éternité. Ces pros impuissants sont tout simplement confrontés à l’angoisse de la mort. Ils ne savaient pas encore que l’homme était mortel, ou alors, ils ne savaient pas qu’ils en étaient.

 

 

Retournement de la page blanche

 

Reprenons donc tout dans l’ordre. Ecrire est une sorte de malédiction, en tout cas une élection donc une guigne de laquelle il faut se montrer digne. La mission consiste à se vider et non à remplir. Une fois la chose faite, on doit se sentir libéré de ces obligations. Le jour où tout les mots ont été épuisés, où la source a été tarie. On peut dire que la mission est réussie, l’objectif atteint. L’état de grâce ! Ecrire, c’est faire de sa chair du verbe, afin de rendre grâce à la création, en usant du beau pour approcher le vrai. On ne devrait écrire qu’un seul livre. Ceux qui ont plusieurs livres en projet derrière celui qu’ils rédigent se sont trompés de monde. Remplir peut être une obsession. Il y a ceux qui détestent le silence parce qu’on risque de les entendre et  du coup, ils sont tentés par remuer des objets pour faire du bruit. Les écrivains compulsifs, angoissés ont besoin de remplir la page de peur que l’on s’aperçoive que le verbe est nu. Ils ont peur de la page blanche, alors que c’est elle qui engendre. Nous sommes tous issus de la page blanche. Elle nous révèle en levant un voile. Elle contient tous les mots, et nous n’en grattons qu’une infime partie pour que cela reste lisible à nos yeux. Il n’y a rien à faire qu’à naître. On ne résiste pas à la page blanche, c’est elle qui nous pousse. Ecrire n’est donc pas un ensemencement stérile. Ecrire, c’est accepter une mission comme on accepte la vie à sa naissance. Accepter sa condition, c’est déjà rendre grâce. Le but est d’arriver à la page blanche, et avant ça à la marge de bas de page, et avant ça, à la marge droite qui nous oblige à reprendre la ligne à son début. Et je fantasme sur ce symbole qui voudrait qu’il n’y ait pas de création sans marge laissée vierge. Et chanter Nougaro : « Il faut tourner la page, changer de paysage, le pied sur une berge, vierge… » Adorons la vierge qui nous révèle chaque jour, et, une fois qu’on aura fini de naître, le nez au-dessus de l’éternité retrouvée, il faudra poser son stylo et se déclarer prêt pour la croix. Tout aura été accompli.

 

 

Réaction directe

 

Rappelle-toi que tu étais poussière et que tu redeviendras poussière ! Voilà le slogan choisi par les réactivistes directs. Il est adressé à tous les rédacteurs en chefs et en herbe, à tous les héritiers d’une tradition journalistique, polémistique, à tous les producteurs réguliers de livres. Il faudrait avoir l’ambition de vider tous les journaux et magazines. Voir Télérama s’effacer sous nos yeux à chaque fois que l’on veut tourner la page. Voir tous les journaux se désimprimer. Chaque morceau de typographie réabsorbé par le ventre blanc originel. Si on choisit le terrorisme, on  peut aussi tuer. C’est possible. Un ou deux rédacteurs en chefs, une poétesse, un jeune polémiste et un académicien, un indigène de la poésie et son premier ministre à la mèche folle surnommé le printemps des poètes. Ce n’est pas très utile, puisque les gens meurent d’eux-mêmes. Ce qu’on peut faire, c’est gommer les épitaphes, les remplacer par du marbre non gravé. Prenons au hasard Aimée Cesaire. Son épitaphe, sur lequel Pierre Assouline s’extasie au point de ne pas trouver les mots (ou d’en faire des jeux) est le suivant :     «La pression atmosphérique ou plutôt l’historique/Agrandit démesurément mes maux/Même si elle rend somptueux certains de mes mots». Commentaire de MF : La place des poètes est dans la fosse commune. Leur épitaphe : ils connaissaient déjà la mort. Tout le reste n’est qu’humanisme, donc sans intérêt. L’écrit qui reste après sa mort, l’épitaphe, c’est vraiment la preuve manifeste d’un détournement du verbe,

 

 

La réaction directe pourrait aussi décider de glisser des virus partout. C’est à dire surabonder, rajouter des mots partout par-dessus les déluges de niaiserie. Glisser des phrases dans les interlignes des magazines, écrire sur les photos et sur les pubs. Seulement, c’est du boulot ! On peut prendre d’assaut les professionnels de la livraison et faire en sorte de livrer de mauvais livre aux gens. Quelqu’un qui commande Nothomb se retrouve avec Claudel. Amusant, mais par forcément efficace car il faudrait forcer les gens à lire. Alors, il nous reste à kidnapper des groupes de journalistes pour les forcer à entendre d’autres choses, leur bourrer le crâne à coup de lectures. Seulement voilà, il y aurait des comités de soutien, des photos géantes sur les hôtels de ville, des auto-collants « je roule pour les otages » au derrière des voitures, l’internationale du chacun cherche son chat moderne se mettrait en branle, et ce serait encore perdu.

 

C’est dur de motiver un réactionnaire à l’action, de le forcer à combattre, puisque par nature, il ne croit pas en la victoire, autant de suite lui proposer le martyr, c’est plus franc. De toute façon, c’est certain qu’il faudra s’imposer le silence, ne serait-ce que pour prier.

Par Maximilien FRICHE - Publié dans : friche-intellectuelle
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Editions Le Manuscrit.com
20/02/2006
165 pages,

n° ISBN 2-7481-6860-7
n° EAN : 9782748168600


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  • : Maximilien FRICHE
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  • : 08/12/1975
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