Edito

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Quelques mots issus d'une déchirure, deversés en vrac en réaction au monde, à la face de fiertés individuelles, producteurs de raisonnements comme virus, et consommateurs de cultures. Pour commencer à s'écrire entièrement. Pour que vous soyés humiliés. Peut-être sauvés. Bienvenue dans la spirale !

Maximilien Friche

(la prière)

Mercredi 8 février 2012 3 08 /02 /Fév /2012 22:50

1827462362.2 Le n°23 de la revue-livre de la Contrelittérature vient de sortir.

 

 

Quel accès peut-on avoir à ce Dieu des Écritures, à la fois immanent et transcendant à ses créatures ? Comment le rendre « visible » à nos cœurs, à nos yeux ? Deux voies s’offrent à l’homme : l’art et la mystique.

Parce que l’art est nécessairement religieux, sa fonction consiste à provoquer en l’homme soit la conversion de semblance, soit la perversion de dissemblance.

C’est la présence de l’Esprit, son inhabitation dans l’homme, qui nous donne la ressemblance et nous met en conformité avec le Christ. Le corps et l’âme font l’image ; l’esprit, présence de la grâce incréée, nous fait à la ressemblance. L’homme n’est achevé que lorsqu’il se trouve conforme « à l’image et selon la ressemblance » de Dieu. Dans une optique chrétienne, cet achèvement de l’homme est la fonction de l’art.

L’art peut briser en l’homme le lien entre l’image et la ressemblance divine. La dissemblance est une ressemblance coupée de son archétype. Notre époque aura été celle de la dissemblance. L’homme a obstrué en lui la dimension communielle avec Dieu, il a fermé la voie à la grâce qui, par lui, devait s’épancher sur toute la création ; en rejetant le religieux, il a failli à sa vocation artistique.

 

 

 


Avec les contributions de :

Mathieu Baumier – Bruno Bérard – Jean Biès – Jean Borella –

Monique Cartron-Bouchouk – Maximilien Friche – Falk van Gaver –

Gwen Garnier-Duguy – Jacques de Guillebon – Roberto Mangú –

Silvano Panunzio – Alain Santacreu – Olivier-Thomas Venard, op. –

Geneviève Trainar (Sœur Marie, op.)

 

 

192 pages, 18 €

 

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* sur une librairie électronique

* à l'éditeur : L'Harmattan

Par Maximilien FRICHE - Publié dans : Livres
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Samedi 14 janvier 2012 6 14 /01 /Jan /2012 10:08

Lu dans Kephas n°40, article "Dieu et les astrophysiciens" :


“ toutes les civilisations qui ont eu une vision cyclique n’ont jamais produit de science. En effet, c’est la vision biblique d’une ouverture du temps entre un alpha et un omega  qui amena les penseurs du Moyen Age à réfléchir à la création dans la perspective du mouvement.”

 

Par Maximilien FRICHE
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Lundi 28 novembre 2011 1 28 /11 /Nov /2011 19:21

Face aux fantasmes des fanatiques, la vérité apparaît dans sa grande banalité. Il y a une supériorité naturelle et éternelle de l'écrivain sur le polémiste. Le meilleur service que l'on puisse rendre à Soral est de ne plus l'écouter. Il ne pense pas ce qu'il dit, il exprime la simple souffrance de la médiocrité. Ayons pitié.

 

 

Par Maximilien FRICHE - Publié dans : friche-intellectuelle
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Jeudi 17 novembre 2011 4 17 /11 /Nov /2011 21:46

Ai-je perdu mon temps ? Aujourd’hui, hier et demain ? Voilà l’insupportable question et le supplice de tout examen de conscience que l’homme honnête et désireux de s’humilier doit s’imposer. Pascal avait bien cerné cet être insensé qui investit tellement à fond perdu. Hommes de peu de foi que nous sommes, oisifs suffisants alors que notre tour approche, êtres infatués de son creux, avez-vous perdu votre temps ? Heureusement, il suffira d’une seconde pour regretter une vie entière. Il est important de se faire pitié.

 

 

Le temps, premier don de Dieu

 

Commençons par le commencement, c’est à dire la Genèse. Le temps fait partie du monde. Ce qui n’est pas le monde est de toute éternité. Par définition, le temps ne peut être de toute éternité. Le temps est dedans, il est créé. Il est l’une des dimensions de la matrice créée par Dieu. Malheureusement, il n’y a pas de jour, du dimanche au samedi où il est écrit que Dieu a créé le temps et qu’il vit que c’était bon. Mais les jours eux-mêmes sont la marque du temps. Ils sont comme le berceau, l’écrin de chaque division, du jour et de la nuit, des eaux et de la terre, de l’homme et de la femme. Le temps est donc d’abord la fragmentation de notre perpétuité dans l’Eden. Un rythme, des respirations ? Oui un rythme pour le travail. Nous savons, mais il est bon de le rappeler, que l’homme a été créé pour travailler, pour collaborer à l’œuvre de Dieu. Le travail n’est pas une punition, la conséquence de notre pêché, le travail fait partie du dessein de Dieu pour l’homme dès l’Eden. C’est la pénibilité et la mort qui sont la conséquence du pêché, non le travail. Le temps, sous forme de semaines, permet donc à l’homme d’y inscrire son travail, à l’imitation du créateur, du dimanche au vendredi. L’origine est le moment où le temps est un lieu, collabore au territoire, à l’accueil de la création. Le temps n’est pas encore un capital donné, un héritage à consommer. Pas encore, mais notre pêché va permettre sa mutation.

 

 

La mort comme coup de grâce

 

On sent très vite que la semaine, ce temps des origines, n’a rien à voir avec nos vies. Ce temps là n’est plus le nôtre. Nous sommes les deux chevilles prises dans le sablier, mains en l’air. Voilà l’image mélodramatique de notre angoisse. Après la création, il y a eu le pêché. Et après le pêché, il y a eu un ultime don pour organiser notre retour, le coup de grâce, la mort. Notre rapport au temps a considérablement changé, comme on dit en modernité. C’est que le temps a chuté en nous, il s’est réduit à notre dimension. On comprend ainsi aisément le caractère précieux de ce que l’on avait avant en abondance. Le temps nous est compté et le gaspiller serait une folie en plus d’un pêché. La vie qui nous est donnée devient dès lors le chemin qui nous sépare de Dieu, l’espace destiné à nous convertir. La question portée au terme d’une vie risque d’être : qu’as tu fait de tes dons ? Qu’as tu fais de ton temps ? Ah, mais la réponse peut être cinglante et donc suicidaire. La liberté de la créature va jusque là. Je ne me sens pas responsable de ma nature en temps que créature et encore moins lié à ce pêché originel que l’on se refile comme une maladie congénitale, une maladie honteuse, de générations en générations. Et je me laverai bien les mains de tout ça. Le raccourci que je fais mien est le suivant : Dieu a créé l’homme mortel, c’est bien à cause de Lui que je patauge entre angoisse et jouissance, entre nausée et orgie, entre prière et théâtre. La mort est la cause de tous mes problèmes et je n’y suis pour rien. C’est ainsi que l’homme moderne commence à jouir sans retenue, sans arrêt. C’est ainsi que le réactionnaire commence à refuser de participer et à ruminer le nez dans son whisky.

 

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Désaccord profond

 

Le pêché originel est sans doute le fait le plus inacceptable qu’il soit. Par un seul homme, à cause d’un seul homme, nous voici dans une angoisse inouïe. La mort est partout, toute créature meurt, toute chose se corrompt. Il y a là une profonde injustice, un scandale magnifique, une tragédie révoltante. Si nous n’étions pas si faibles, nous partirions bien demander des comptes à celui qui n’a aucune mesure avec nous. Et se fâcher avec Dieu, c’est aussi le prier. L’explication donnée ne suffit pas à notre intelligence bornée. Ah, le baptême qui lave du pêché originel. Ce baptême une fois pour toutes et qui révèle son impuissance face à notre nature. Est-ce moi qui pêche ou Dieu qui a créé la nature pécheresse. Je suis comme ça. Ce n’est pas de ma faute, ce n’est pas de ma faute, ce n’est pas de ma faute. Et voilà que j’ai envie de chanter Brigitte Fontaine : « ce n’est pas d'ma faute je n'pouvais pas faire autrement tu comprendras, ce n’est pas de ma faute, voici pourquoi: j'suis égoïste ! » La logique de la propension à pêcher est une tentation trop facile au regard de l’existence de la sainteté sur terre. Car il ya  des saints et c’est bien ça qui nous dérange. Ce qui nous dérange, c’est bien la présence du Royaume ici bas, la réalité de son annonce au regard de sa présence anticipée par les saints. Pour dépasser notre désaccord avec le Père, il nous faut faire deux efforts d’intelligence :

 

D’abord reconnaître que le pêché originel n’a cessé d’être réactualisé depuis la chute. Ce n’est donc pas à cause du pêché du seul Adam que nous continuons de naître mortel. Nous même, dès le lendemain, nous réactualisons dans notre chair le pêché du premier homme. Nous posons un acte purement volontaire. Nier cet acte volontaire revient à incorporer le diable à notre nature, il prendra alors le nom de psychisme. L’étude du psychisme est une des façons les plus efficaces de nier l’existence du diable, de se vautrer dans un petit théâtre d’émotions et de sentiments.

 

Deuxièmement, se souvenir que nous ne sommes qu’une fractale de l’humanité et de la création, un membre d’un corps. Il y a une solidarité dans le mal de chaque individu de notre race. Nous subissons tous les conséquences d’un pêcheur quelque part dans le monde, ou plus exactement, sans fausse modestie, le salut du monde est mis en péril à la moindre amorce de désir impur en nous. La solidarité dans le mal est la seule justification du baptême du Christ par le Baptiste et seule justification de sa mort sur la croix. L’innocent est condamné à mourir à cause de mes pêchés. C’est ma faute, c’est ma faute, c’est ma très grande faute si le diable existe. Dans Képhas de janvier 2010, Alain Quilici rappelait cette histoire racontée par Elie Wiesel : devant une pendaison dans un camp de la mort d'un enfant, devant la mort interminable de l'enfant se débattant au bout de la corde, un homme répète sans arrêt : où est le bon Dieu ? Et la seule réponse venant en tête à Elie Wiesel est celle ci : il est là, au bout de la potence.

 

Mon désaccord avec le Père, mon désaccord de réactionnaire se trouve déboulonné par mon premier et mon second, mon orgueil démasqué, et pourtant, j’aurais du mal à ne pas y revenir. Ce n’est que par l’intelligence puis la prière que je peux arriver à m’éloigner un tout petit peu de mes angoisses et de ma rancune vis-à-vis de celui à qui je dois tout.

 

 

Un temps pour tout et surtout pour mourir

 

Ais-je perdu mon temps ? Yeux fermés, mains jointes sur le plongeoir de l’oraison. Débile mental ! On aime bien se faire du mal. Ai-je perdu mon temps ? Grande Bollée d’air pour une poitrine qui veut se faire montgolfière sans lâcher du leste. Cet examen de conscience doit se faire tout modestement en posant le regard sur les gestes et pensées de la journée. Voir si l’équilibre existe entre nos devoirs et notre nature. Entre prier-travailler-aimer et dormir-manger-câliner. Dans la journée, Dieu premier servi comme dirait notre Jeanne, combien de temps pour prier ? Le temps d’un signe de croix bâclé, le temps d’un chapelet où notre imaginaire gambade ? Ais-je perdu mon temps n’est pas qu’une question de quantité mais aussi de qualité. C’est le cœur que l’on met à prier, à œuvrer et à aimer qui est mesuré. Il s’apprécie à la démesure de Dieu. La stratégie consiste, pour ne pas perdre son temps, de tout offrir à Dieu, de faire de notre travail une prière. D’aimer Dieu à travers tout être. On voit dès lors que les trois pans du programme de Dieu pour sa créature s’interpénètrent, fusionnent pour nous permettre de nous rassembler dans un mouvement de récapitulation et de nous relier à lui dans un mouvement ascensionnel. Il y a du chemin à faire pour modifier en profondeur nos vies. Alors, à l’examen de conscience, on peut répondre par une promesse de lutte pour incorporer de la prière dans quelques gestes quotidiens, pour les anoblir gentiment, pour renoncer discrètement à la vulgarité.

 

Il y a enfin et surtout un temps pour mourir. Et c’est le même que celui de se convertir. Après toutes les hésitations, les chutes et rechutes, les promesses mal tenues, les luttes abandonnées, en venir à se coucher sous la volonté de Dieu. Réapprendre à mourir comme les premiers Chrétiens offrant leur gras du bide aux crocs de lions dans l’arène. Accepter d’appartenir à un peuple prédestiné à l’abattoir, marchant lentement à la file indienne, comme pour aller communier, s’agenouillant pour mieux se coucher dans l’éternité. Ce temps de la mort doit nous aimanter, c’est la certitude d’avoir l’opportunité de se convertir définitivement. C’est la certitude du retour. La prédestination à la mort dans laquelle nous sommes engagés, est une préfiguration de la prédestination au salut dans laquelle nous serons au purgatoire, comme sous l’effet d’un miroir, d’un renversement. Refuser la mort anticipe le refus du salut. Au contraire l’accepter, c’est entrer en purgatoire comme en Espérance.

Par Maximilien FRICHE - Publié dans : friche-intellectuelle
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Jeudi 3 novembre 2011 4 03 /11 /Nov /2011 22:36

Droit comme une épave qui se prend pour une fusée

qui se compare à un building

qui se prépare à être reliée


Marseille épaves 001

Par Maximilien FRICHE - Publié dans : Peinture
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Jeudi 25 août 2011 4 25 /08 /Août /2011 21:08

Le mouvement perpétuel dans lequel le monde est lancé, est celui du siphon. Nos révolutions successives nous amènent, le cœur au bord des lèvres, toujours plus prêt du trou. Le monde se vide par le bas, comme les corps pendus des traîtres.

 

siphon

 

 

Dans ce petit manège, il nous reste à jouir un peu, pour mieux se mépriser dans le monde, pour ne pas nous préserver de notre gerbe, pour être sûr de désirer davantage l’apocalypse.

Demain sera pire qu’aujourd’hui
Et nous avons déjà gagné.

Quelle ironie ! Quelle Espérance !

 

 

... Ce doux désir d'apocalypse

Par Maximilien FRICHE - Publié dans : L'âme et sa vague
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Lundi 20 juin 2011 1 20 /06 /Juin /2011 00:30

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Par Maximilien FRICHE - Publié dans : Peinture
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Mardi 3 mai 2011 2 03 /05 /Mai /2011 21:56

Le débat sur l’interdiction de la fessée fait partie des marronniers du modernisme à l’œuvre dans la société occidentale. Il revient régulièrement pour montrer qu’il y a encore des combats importants à mener y compris dans nos sociétés jouisseuses et permissives pour le triomphe complet de l’humanisme. Un ensemble de biens pensants s’indigne aujourd’hui et prend appui sur une troupe d’experts en psychisme pour donner un  pedigree scientifique à leur idéologie à la fois libertaire et liberticide. Une campagne télévisuelle contre les «violences éducatives ordinaires», lancée par la Fondation pour l'enfance (1) à partir du jeudi 28 avril sera diffusée sur toutes les chaînes et sur le Web à l’occasion de la Journée internationale contre les violences éducatives programmée le samedi 30 avril 2011. Cette campagne se veut choc. Montrer au pékin comment il peut dans sa vie ordinaire, sa vie cachée et triviale, avoir les gestes d’un monstre. Un peu comme à l’époque, on nous expliquait qu’à partir de trois verres de vin par jour, on n’était qu’un alcoolique. Dans le spot sur la fessée, on voit une enfant de huit ans recevoir une claque de sa mère pour un verre de jus d’orange renversé par maladresse. La grand-mère, au regard doux et triste, qui assiste à la scène, demande alors «pardon» à sa fille. Le message s’affiche alors : «Des parents qui battent ont souvent été des enfants battus. Eduquons sans violence. Ni claques, ni fessées». Réjouissons-nous, il nous reste encore les mots, les gros yeux, les punitions, … pour un temps. Réjouissons-nous et décortiquons la manœuvre en cours.

 

Vidéo ici

 

La légitimité abolie

 

Contre le déluge d’experts psychanalystes dont se sont équipés les idéologues anti-fessé, il convient de ne pas se laisser intimider et d’enraciner notre réponse dans le bon sens et nos expériences qui valent au moins autant que les leur. Commençons d’abord par la gifle que nous avons méritée et souvenons-nous à quel point elle a brisé en nous l’orgueil qui nous habitait de façon plus efficace et généreuse que toutes les leçons de morales imaginables. Ensuite prenons soin de définir la fessée comme la marque de la violence légitime, de la légitimité du pouvoir détenu par les parents. Une des habitudes du modernisme est de mettre sur un même plan violence légitime et violence hors la loi, victime et bourreau. Et oh, doucement, il s’agit d’enfants, pas de criminels… Oui et pourtant, le raisonnement est le même. Le spot TV nous montre une gifle légitime mais injuste car donnée à la suite d’un geste uniquement maladroit. Imaginons cette même gifle donnée à la suite d’une insulte proférée à l’encontre de sa mère par un petit gars, au hasard, un truc du type, « tas gueule sale femelle ». Le geste aurait alors été applaudi comme la marque de la légitimité et de la justice. On aurait pu donner dans le vol de portefeuille à un candidat à la présidence de la république en 2007, mais cela aurait été servir la soupe au centre mou. La fessée est l’anti-raisonnement, c’est le 49.3 de l’éducation, c’est le point d’arrêt à la palabre inutile. La perte de légitimité tant désirée par les tenants de l’anti-fessée, ne réglerait en rien le problème de l’injustice, qui seul est le cœur de la mauvaise éducation et qui peut irriguer tout agir éducatif et pas seulement la fessée. Taper à mauvais escient ou parler de travers, ne plus rien hiérarchiser, voilà bien ce qui provoque le dérèglement comportemental de l'enfant.

 

Le but d’un geste physique n’est pas de faire mal. Assimiler fessée et maltraitance est une insulte à tous les enfants battus. C’est absolument indécent pour les victimes de mettre leur bourreau sur un même pied d’égalité avec les parents ordinaires. Le geste de la fessée est la part visible de la colère. Parce que nous sommes incarnés. On n’aime pas sans embrasser de temps en temps. Et bien, on ne se fâche pas sans délivrer une fessée de temps en temps. La colère est un signe de rupture, de désaccord complet avec l’attitude de l’enfant. Il s’agit d’un retrait temporaire de la bienveillance pour accepter que la fessée rétablisse l’enfant dans son amour. Catherine Dumonteil-Kremer (2) s’insurge du fait que l’adulte abuse de son pouvoir en frappant plus petit que soit, comme s’il y avait une lutte imaginable entre enfant et parent. La fessée n’intervient pas dans un combat, mais comme une sanction. Dans la position des parents depuis la naissance de leur enfant, tout est abus de pouvoir. Le parent et l’enfant ne sont pas au même calibre c’est certain. Et c’est même la raison pour laquelle les mots trouvent leur limite dans cette relation, les mots n’ont pas la même signification contrairement au geste qui est limpide de compréhension. La loi naturelle entre l’enfant et le parent est une loi d’amour et de dépendance, et c’est l’amour qui implique l’éducation

 

Catherine Dumonteil-Kremer (2), toujours, explique avec une grande pédagogie : « Il (l’enfant) leur (les parents) fait entièrement confiance et une tape va générer chez lui un sentiment d'insécurité. Le frapper, c'est aussi donner l'idée à l'enfant que la violence peut être une solution. » En aucun cas, les contraventions n’ont incité les gens à voler, la prison à séquestrer. Les fessées n’incitent pas non plus l’enfant à être violent. Au contraire, à la vue de casseurs cagoulés en ville, nous pensons spontanément et à raison : « ils n’ont pas reçu assez de fessées. » Que les sauvageons immaîtrisables aujourd’hui  ne soient pas éduqués n’est pas un mystère, c’était déjà le constat chevènementiste de la campagne présidentielle de 2002. Jamais nous n’avons eu autant de nuisances, de nocences pour reprendre une expression chère à l’écrivain-candidat Renaud Camus (3), que depuis que les pères ont renoncé à leur autorité, se sont pétris des complexes émasculateurs sous la croupe molle de notre république matriarcale.

 

 

Collectivisation de l’enfant

 

Depuis 2008, le Conseil de l'Europe recommande à ses Etats membres d'interdire  fessées, gifles et autres gestes du même genre. Pourrait-on encore tirer les oreilles, ou y apposer une pichenette ? C’est peu probable. En 2009, la députée UMP, enorgueillie de son statut de pédiatre, donc d’experte, Edwige Antier avait déposé une proposition de loi dans le sens de l’interdiction de la fessée. Cette proposition n'a toujours pas été examinée par le Parlement. Il faut dire, qu’entre deux grèves et deux émeutes, ce n’est pas forcément la priorité de notre pays de mal élevés que de lever la main sur la fessée. Sachant que l’on ne parle pas de la protection des enfants maltraités. Les lois existent là-dessus. Elles ont du mal a être appliquées, mais elles existent. La loi supplémentaire que l’on veut faire passer sur l’interdiction de la fessée est la marque d’une idéologie en marche surfant légèrement sur l’émotion des enfants battus. Ce qui sous-tend cette idéologie, c’est que l’enfant appartient à tout le monde, qu’il fait partie du patrimoine commun de l’humanité, un peu comme une planète.

 

En cas de lois, on imagine très bien les dénonciations des gens à qui on a appris dans un réflexe pavlovien à s’indigner. Imaginons un petit gars de quatre ans en crise, tapant des pieds et des mains au sol d’un supermarché, imaginons le père, qui dans un mouvement brusque l’attrape par le col en usant de sa supériorité physique pour le remettre sur pied. Aussitôt les regards, aussitôt la honte, aussitôt les soupçons, aussitôt la réprobation et l’anéantissement de l’image du père. Il est sans doute extrémiste de songer à une nationalisation de l’enfance. Néanmoins, l’idéologie qui sous-tend l’interdiction de la fessée, est celle là, celle de la nouvelle Sparte. Construire de dociles électeurs de gauche en leur faisant croire qu’ils sont rebelles alors qu’ils ne cessent de justifier le pouvoir en place : Voilà le programme de l’Education Nationale depuis quarante ans. Voilà aussi ce qui veut rentrer dans chaque famille pour maîtriser ce pan de l’éducation laissé à la sphère privée. Et c’est par la judiciarisation des rapports filiaux que l’idéologie consent à pénétrer dans l’intime des familles. Ces rapports qui sont normalement régis par la loi naturelle seront modifiés insensiblement. On obtiendra que des enfants puissent demander réparation à leurs parents pour les fessées reçues plus jeunes. Il n’y aura plus d’impunité pour les dictateurs familiaux, les tyrans ordinaires. Une cour de La Haye pour les abus de pouvoirs familiaux sera créée. On connaît déjà ceux qui réclament le droit à ne pas naître. Et comment voulez-vous que l’on n'ait pas des envies soudaines de distribuer des claques ?

 

Où commence la violence ? Ce qui crée une rupture commence par vexer l’enfant, que ce soit : privé de dessert, sort de table, va au coin ou tu la vois celle là. Tout est violence du moment que cela contrarie le libre nuire de l’enfant. L’enfant vexé se civilise, commence à prendre en compte l’autre, à mettre les formes nécessaires à la vie en société. Evacuer les moyens de correction de l’enfant comme la fessée, est risquer de ne mettre en œuvre que le type d’éducation correspondant à la moyenne des enfants sans savoir s’adapter à chacun. C’est médicaliser tout comportement qui ne saurait se corriger sous la simple injonction orale de l’éducateur. C’est au final, rendre irrécupérable toute une série d’individus. Irrécupérables comme ces gouailleurs mal vieillis aux crachats chargés, et aux gestes instinctifs. Irrécupérable comme cette racaille indigne de nos fessées… Voilà toute la générosité de nos idéologues. Voilà toute l’épuration suggérée par l’abolition de l’autorité et de sa légitimité à l’intérieur du cercle familial.

 

 

Dialectique peace and love

 

Si l’idéologie sous-jacente au discours d’expert est si facile à débusquer, c’est qu’on la reconnaît à sa dialectique, à la mauvaise foi de ses arguments. Selon un sondage de 2009, 45% des Français voient la fessée comme un outil d’éducation, alors que 52% pensent que c’est un geste à éviter. Déjà l’idée fait son chemin et l’opinion bouge. Aujourd'hui, 80% des parents admettent avoir déjà donné une fessée ou une gifle à leur enfant. Ils n’ont pas encore peur ou honte de l’avouer, mais cela ne saurait tarder, la révolution culturelle est en marche. La marche est lente mais n’a jamais été interrompue depuis la chute des lumières sur le monde. Notre société allant vers toujours plus de gauche, dès lors qu’un sujet se politise d’une façon caricaturale en bien et mal, on ne peut que retarder l’avancée inéluctable du progrès. Qu’on se le dise, le compte à rebours est lancé pour l’interdiction de la fessée en hexagone.

 

Ecoutons le docteur Lazimi (4), coordinateur de l’opération de communication lancée par la Fondation pour l’enfance : "La loi interdit de frapper un adulte, la loi interdit de frapper un animal, et c'est normal. La loi doit interdire de frapper un enfant". L’angle d’attaque est vicieux puisqu’il y a bien des lois contre la mal-traitance des enfants et que dresser un animal passe parfois par des brimades. Là encore on assimile le père de famille qui donne une fessée au Thénardier qui fait subir des sévices à ses enfants. Là encore on joue sur l’émotion et la culpabilisation. Dans le dossier de presse (5), un tel continuum est établi entre le numéro vert consacré aux enfants battus et les actions militantes contre la fessée qu’il ne peut en résulter qu’un accord implicite et une bienveillance vis à vis de ces tenants du bien contre le mal. Deuxième argument à la mode du coordinateur : seules la France et l'Angleterre n'ont pas légiféré sur le sujet dans l'Union européenne. Si tout le monde l’a fait en Europe, c’est forcément un argument de poids. La première campagne TV et web de prévention des violences éducatives ordinaires a été entièrement élaborée et diffusée gratuitement avec le soutien de l’agence Publicis Conseil. A croire qu’il s’agit vraiment d’une cause prioritaire pour notre pays. A côté la cause pour la prise en compte de la diversité va développer une certaine jalousie.

 

Supposer que l’homme est par sa nature bon (6) et que la violence légitime de ses parents venant le corriger le pervertit rappelle les plus belles heures de Rousseau et nous rend nostalgiques de l’anti-Rousseau de Joseph de Maistre (7). Si l’homme est naturellement bon, pourquoi même hausser le ton et faire les gros yeux. N’élevons plus nos enfants et laissons-les s’échouer aux bancs de la société, prêts à être internés dans les grands hôpitaux des faiseurs de lois. 

 

Il sera difficile de résister à la mutation culturelle. La fessée sera interdite, la société permettra aux enfants de porter plainte contre leurs parents, aux parents contre les grands-parents, à tout le monde contre les morts, ce sera la guerre généralisée sous la forme de l’abstraction la plus diabolique. Le dernier lien charnel de la société, celui qui existe entre les parents et les enfants sera détruit. Les psychanalistes toucheront bien quelques rétrocessions sur les honoraires des avocats, eux qui ont su persuader leur client que la fessée de leur enfance leur a fait quelque chose quelque part qui est à l’origine de leur psychisme morose de ce jour. Heureusement, la société toujours en quête de faiblesse reconnaîtra la particularité culturelle de certaines communautés et tolèrera que les hommes voilent leurs femmes et que les fils battent leur mère.

 

 

A l’age adulte, on aimerait bien parfois recevoir un simple soufflet vexatoire pour quelque chose dont on n’est pas fier, de la part de quelqu’un d’infiniment plus grand, de la part de quelqu’un qui ne serait pas au même calibre que nous et qui nous aime, on aimerait bien bénéficier de cette aide pour nous remettre droit, pour nous conférer une dignité neuve. Mais on n’a le droit qu’aux condescendances tièdes des uns et des autres, aux caresses fourbes, à la tolérance méprisante d’une société qui ne cherche qu’à s’épurer. Si seulement les aïeuls de ces idéologues pouvaient revenir pour les gronder une dernière fois.

 

 

(1)  http://www.fondation-enfance.org/Une-campagne-choc-qui-va-faire

(2)  Catherine Dumonteil-Kremer,  Auteur de Poser des limites à son enfant et le respecter, interviewés sur TF1 news le 27 avril 2011

(3)  Site du parti de l’in-nocence de Renaud CAMUS : http://www.in-nocence.org/

(4)  Le monde 27 /04/2011

(5)  http://www.fondation-enfance.org/IMG/pdf/DOSSIER_PRESSE_27_04_11.pdf

(6)  Livre cité dans le dossier de presse : Oui, la nature humaine est bonne ! Comment la violence éducative la pervertit depuis des millénaires (ISBN 978-2-221-10919-9 Robert Laffont, 2009) de Olivier MAUREL.

(7)  Contre Rousseau: De l'état de nature – Joseph de Maistre - Fayard/Mille et une nuits - ISBN-10: 2755500522

Par Maximilien FRICHE - Publié dans : friche-intellectuelle
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Mardi 29 mars 2011 2 29 /03 /Mars /2011 21:53

quai de la tourette 13002

 

Il n'y a que ceux qui nient la mort pour ne pas voir d'issue. Ce qui me relie à Dieu est encore en construction tant que mes prières s'achèvent. Tant que je me prolonge. Il faudrait diminuer plutôt que de vieillir.

Par Maximilien FRICHE - Publié dans : Peinture
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Mardi 8 mars 2011 2 08 /03 /Mars /2011 20:02

Le sa(l)ut dans le vide

 

 

Je voudrais que cette rentrée scolaire 2008-2009 soit placée sous le signe de la page blanche. Non pas comme le reflet de l’angoisse de ceux qui se forcent à avoir de l’esprit, mais comme le résultat d’un effacement total. Vouloir écrire pour détourner le regard du vide, pour ramener l’horizon plus prêt de soi, à sa portée, est une erreur fondée sur le refus de se perdre. Il faut nous perdre au plus loin. Etre conscient que nos yeux ne sont pas faits pour s’arrêter à la ligne d’horizon, mais pour la perte de vue. C’est drôle comme cette expression de perte de vue est signifiante pour dire à la fois que nous sommes faits pour l’éternité, et que pour cette éternité il nous faut mourir.

 

Parce qu’on ne peut remplir un puits sans fond, écrire ne doit jamais être une création. Ecrire ne peut être qu’un juste retour de la chose vers son créateur. L’encre ne vient pas remplir le vide de la page blanche. L’encre est avec nous, de notre côté, dans notre monde, et la page blanche, c’est la toute éternité. Les phrases de l’homme ne remplissent pas la toute éternité. On ne peut remplir une surface. C’est la nature même de la page blanche qui en fait un lieu impénétrable. Et nos stylos promènent la frontière de notre monde sans jamais pouvoir la traverser. La limite ne peut être franchie et l’éternité pénétrée, puisque la limite, c’est notre substance même. On ne peut faire un pas sans elle. Il faut donc trouver une façon d’écrire pour rendre grâce, trouver une encre volatile, faire de l’écriture un chant et de la page blanche la cible adorée.

 

 

Rédacteurs en chef

 

Il y a trop de livres, trop de pattes de mouches partout posées sur l’immaculée. Il y a trop de lignes de codes qui s’auto engendrent, qui font re-création. Il y a trop d’écrits sur tout. Qui n’a pas déjà ressenti le désir de tout brûler, n’est qu’un héros de roman ou un objet d’étude des sociologues ! La question posée à tous les écrivains sur l’angoisse de la page blanche est bien sûr ridicule. Rien n’est plus simple que d’écrire. C’est comme parler, marcher. La méthode on la connaît, c’est utiliser des mots, les mettre dans un ordre de type sujet verbe complément. Nous pouvons même, pétris de modernité que nous sommes, être plus créatifs : changer l’ordre et inventer des mots. Rien de compliqué, rien d’angoissant non plus. Si l’on rajoute à cela que le langage écrit est la retranscription du langage parlé, commettre sa petite frappe est un jeu d’enfant que tout à chacun peut remplir les doigts dans le nez. Alors bien sûr, tout le monde n’étant pas converti au surréalisme, la plupart exige d’avoir quelque chose à dire. D’où l’angoisse encore une fois. Cette angoisse formulée ainsi est encore plus idiote. On n’est pas obligé d’écrire. Ni même de lire d’ailleurs. Ils devraient remercier Dieu de ne rien avoir à écrire, et retourner chez eux continuer de vivre. Ils ne savent peut être pas que vivre et écrire sont incompatibles en réalité (j’en ai fait des histoires, j’en ferai un article prochainement.) Ne restent que les servants auto-proclamés de l’écriture, qui ont commencé spontanément et qui à un moment d’après, se forcent. Autant dire les pros. Face à l’immaculée, ils se sentent d’un coup incapable de souiller. Tant mieux ! Ils se sentent impuissants et cherchent par tous les moyens à recouvrer leur maudit talent. C’est que chez eux l’écriture est une création, un truc qui sort de soi, un truc pour lequel il faut pousser fort en plissant les yeux comme un pékin. C’est que pour eux, écrire est enfanter. Et s’ils n’y arrivent plus, c’est la panique ! Certains prennent alors ces fameuses mères porteuses qu’on appelle des nègres dans le jargon. Ecrire va devenir un droit pour ces pros. Certains vont même aller jusqu’à chiffonner de rage l’immaculée. Les impuissants du verbe ! Les idiots ne savent pas que la page blanche est le but à atteindre. Que c’est le signe d’avoir fini de témoigner ! Cela peut signifier que l’on est prêt pour la croix. Prêt à perdre ses dimensions et à se glisser dans cette surface d’éternité. Ces pros impuissants sont tout simplement confrontés à l’angoisse de la mort. Ils ne savaient pas encore que l’homme était mortel, ou alors, ils ne savaient pas qu’ils en étaient.

 

 

Retournement de la page blanche

 

Reprenons donc tout dans l’ordre. Ecrire est une sorte de malédiction, en tout cas une élection donc une guigne de laquelle il faut se montrer digne. La mission consiste à se vider et non à remplir. Une fois la chose faite, on doit se sentir libéré de ces obligations. Le jour où tout les mots ont été épuisés, où la source a été tarie. On peut dire que la mission est réussie, l’objectif atteint. L’état de grâce ! Ecrire, c’est faire de sa chair du verbe, afin de rendre grâce à la création, en usant du beau pour approcher le vrai. On ne devrait écrire qu’un seul livre. Ceux qui ont plusieurs livres en projet derrière celui qu’ils rédigent se sont trompés de monde. Remplir peut être une obsession. Il y a ceux qui détestent le silence parce qu’on risque de les entendre et  du coup, ils sont tentés par remuer des objets pour faire du bruit. Les écrivains compulsifs, angoissés ont besoin de remplir la page de peur que l’on s’aperçoive que le verbe est nu. Ils ont peur de la page blanche, alors que c’est elle qui engendre. Nous sommes tous issus de la page blanche. Elle nous révèle en levant un voile. Elle contient tous les mots, et nous n’en grattons qu’une infime partie pour que cela reste lisible à nos yeux. Il n’y a rien à faire qu’à naître. On ne résiste pas à la page blanche, c’est elle qui nous pousse. Ecrire n’est donc pas un ensemencement stérile. Ecrire, c’est accepter une mission comme on accepte la vie à sa naissance. Accepter sa condition, c’est déjà rendre grâce. Le but est d’arriver à la page blanche, et avant ça à la marge de bas de page, et avant ça, à la marge droite qui nous oblige à reprendre la ligne à son début. Et je fantasme sur ce symbole qui voudrait qu’il n’y ait pas de création sans marge laissée vierge. Et chanter Nougaro : « Il faut tourner la page, changer de paysage, le pied sur une berge, vierge… » Adorons la vierge qui nous révèle chaque jour, et, une fois qu’on aura fini de naître, le nez au-dessus de l’éternité retrouvée, il faudra poser son stylo et se déclarer prêt pour la croix. Tout aura été accompli.

 

 

Réaction directe

 

Rappelle-toi que tu étais poussière et que tu redeviendras poussière ! Voilà le slogan choisi par les réactivistes directs. Il est adressé à tous les rédacteurs en chefs et en herbe, à tous les héritiers d’une tradition journalistique, polémistique, à tous les producteurs réguliers de livres. Il faudrait avoir l’ambition de vider tous les journaux et magazines. Voir Télérama s’effacer sous nos yeux à chaque fois que l’on veut tourner la page. Voir tous les journaux se désimprimer. Chaque morceau de typographie réabsorbé par le ventre blanc originel. Si on choisit le terrorisme, on  peut aussi tuer. C’est possible. Un ou deux rédacteurs en chefs, une poétesse, un jeune polémiste et un académicien, un indigène de la poésie et son premier ministre à la mèche folle surnommé le printemps des poètes. Ce n’est pas très utile, puisque les gens meurent d’eux-mêmes. Ce qu’on peut faire, c’est gommer les épitaphes, les remplacer par du marbre non gravé. Prenons au hasard Aimée Cesaire. Son épitaphe, sur lequel Pierre Assouline s’extasie au point de ne pas trouver les mots (ou d’en faire des jeux) est le suivant :     «La pression atmosphérique ou plutôt l’historique/Agrandit démesurément mes maux/Même si elle rend somptueux certains de mes mots». Commentaire de MF : La place des poètes est dans la fosse commune. Leur épitaphe : ils connaissaient déjà la mort. Tout le reste n’est qu’humanisme, donc sans intérêt. L’écrit qui reste après sa mort, l’épitaphe, c’est vraiment la preuve manifeste d’un détournement du verbe,

 

 

La réaction directe pourrait aussi décider de glisser des virus partout. C’est à dire surabonder, rajouter des mots partout par-dessus les déluges de niaiserie. Glisser des phrases dans les interlignes des magazines, écrire sur les photos et sur les pubs. Seulement, c’est du boulot ! On peut prendre d’assaut les professionnels de la livraison et faire en sorte de livrer de mauvais livre aux gens. Quelqu’un qui commande Nothomb se retrouve avec Claudel. Amusant, mais par forcément efficace car il faudrait forcer les gens à lire. Alors, il nous reste à kidnapper des groupes de journalistes pour les forcer à entendre d’autres choses, leur bourrer le crâne à coup de lectures. Seulement voilà, il y aurait des comités de soutien, des photos géantes sur les hôtels de ville, des auto-collants « je roule pour les otages » au derrière des voitures, l’internationale du chacun cherche son chat moderne se mettrait en branle, et ce serait encore perdu.

 

C’est dur de motiver un réactionnaire à l’action, de le forcer à combattre, puisque par nature, il ne croit pas en la victoire, autant de suite lui proposer le martyr, c’est plus franc. De toute façon, c’est certain qu’il faudra s’imposer le silence, ne serait-ce que pour prier.

Par Maximilien FRICHE - Publié dans : friche-intellectuelle
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